SCÈNE II
Les Pbécedens, ROGER ASCHAM.
JANE
Eh ! quoi, c'est vous ; le ciel comble enfin mon espoir ! Mon père , j'éprouvais un bes oin de vous voir 5 De craintes , de soupçons toujours inquiétée , Quels soins depuis un mois ne m'ont point agitée ! Chaque jour m'a semblé tout un siècle d'ennui ; Combien de vos conseils , j'ai regretté l'appui ! Qu'ils m'eussent été chers !
ROGER ASCHAM.
Vous m'effrayez, ma lilic î Quel malheur atteignant notre noble famille , Est venu la frapper d'un coup inattendu ? Aucun bruit jusqu'à moi ne s'eu est répandu. Parlez ! que pouvez-vous ou regretter ou craindre ? Epanchez-vous dans moi , mon cœur saura vous plaindre. 11 s'ouvre à vos chagrins comme un cœur paternel : Le mal qu'on veut cacher en devient plus cruel...
JANE
Combien , depuis un mois , je l'ai senti , mon père ;
Car mon âme se fait un tourment du mystère ;
Je ne puis déguiser ma peine ou mon bonheur,
Je ne sais pas cacher ce qu'éprouve mon cœur.
Non , jamais, je n'ai feint la joie ou la souffrance.
Vous , de qui l'amitié reçoit ma confidence,
Le croirez-\ous, déjà tout est changé pour moi ;
Mon avenir me cause une espèce d'effroi.
Naguère , aux premiers jours d'un heureux hyménée ,
Quand chaque heure pour moi , s'écoulant fortunée,
Loin du faste des cours s'enfuyait doucement ,
Tout était dans ma \ic espoir, enchantement;
On me sut arracher à mon paisible asile.
Je -vins chercher à Londre un destin moins tranquille ;
Chacun , hélas ! mon père, en ce brillant séjour,
Rêve d'ambition même en parlant d'amour.
Gilfort qu'elle séduit , Gilfort n'est plus le même ;
Et lorsque ses remords disent encor qu'il m'aime ,
Sa bouche m'entretient de pouvoir, de splendeur ;
Sa chimère poursuit un songe de grandeur.
Autour de moi , chacun à l'envi me prodigue
Des honneurs, un respect dont l'excès me fatigue.
■HASSAN
JANE
J'oubliais ; dites-moi , .savez-vous ( car peut-être Avant de me l'apprendre , on vous l'a fait connaître } (Je secret qu'aujourd'hui l'on doit me révéler ? Un secret , ce mot seul" m'a fait , hélas ! trembler. Comme un pressentiment d'un avenir funeste , J'ai craint que du bonheur j'eusse épuisé le rcst€