‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 246 sur 264 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Pbécedens, ROGER ASCHAM.

JANE

Eh ! quoi, c'est vous ; le ciel comble enfin mon espoir ! Mon père , j'éprouvais un bes oin de vous voir 5 De craintes , de soupçons toujours inquiétée , Quels soins depuis un mois ne m'ont point agitée ! Chaque jour m'a semblé tout un siècle d'ennui ; Combien de vos conseils , j'ai regretté l'appui ! Qu'ils m'eussent été chers !

ROGER ASCHAM.

Vous m'effrayez, ma lilic î Quel malheur atteignant notre noble famille , Est venu la frapper d'un coup inattendu ? Aucun bruit jusqu'à moi ne s'eu est répandu. Parlez ! que pouvez-vous ou regretter ou craindre ? Epanchez-vous dans moi , mon cœur saura vous plaindre. 11 s'ouvre à vos chagrins comme un cœur paternel : Le mal qu'on veut cacher en devient plus cruel...

JANE

Combien , depuis un mois , je l'ai senti , mon père ;

Car mon âme se fait un tourment du mystère ;

Je ne puis déguiser ma peine ou mon bonheur,

Je ne sais pas cacher ce qu'éprouve mon cœur.

Non , jamais, je n'ai feint la joie ou la souffrance.

Vous , de qui l'amitié reçoit ma confidence,

Le croirez-\ous, déjà tout est changé pour moi ;

Mon avenir me cause une espèce d'effroi.

Naguère , aux premiers jours d'un heureux hyménée ,

Quand chaque heure pour moi , s'écoulant fortunée,

Loin du faste des cours s'enfuyait doucement ,

Tout était dans ma \ic espoir, enchantement;

On me sut arracher à mon paisible asile.

Je -vins chercher à Londre un destin moins tranquille ;

Chacun , hélas ! mon père, en ce brillant séjour,

Rêve d'ambition même en parlant d'amour.

Gilfort qu'elle séduit , Gilfort n'est plus le même ;

Et lorsque ses remords disent encor qu'il m'aime ,

Sa bouche m'entretient de pouvoir, de splendeur ;

Sa chimère poursuit un songe de grandeur.

Autour de moi , chacun à l'envi me prodigue

Des honneurs, un respect dont l'excès me fatigue.

■HASSAN

JANE

J'oubliais ; dites-moi , .savez-vous ( car peut-être Avant de me l'apprendre , on vous l'a fait connaître } (Je secret qu'aujourd'hui l'on doit me révéler ? Un secret , ce mot seul" m'a fait , hélas ! trembler. Comme un pressentiment d'un avenir funeste , J'ai craint que du bonheur j'eusse épuisé le rcst€

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