‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 253 sur 264 · JANE, HASSAN · texte numérisé non relu

JANE, HASSAN

JANE

Quoi! plus rien ! J'écoutais : parlez encor, mon pure; J'aime quand TOtre voix ou paisible ou sévère, Comme un son retrouvé des accens de Platon , Explique l'univers à ma jeune raison.

Eveillant tour à tour ma crainte et mon courage, Vous êtes un flambeau dans la nuit de mon âge ,

Et je sens a^ec vous ce que je ne vois pas

Dans le chemin du monde où vous guidez mes pas.

HASSAN

Oui , ma fille, j'ai vu ce monde , ce dédale ;

J'en ai payé bien cher la science fatale ;

De ce qu'il m'en coûtait , à la fin consolé ,

Pour mieux l'apercevoir, je m'en suis reculé.

Alors j'ai vu qu'un fils peut rougir de sa mère ,

Que l'époux s'enrichit d'un présent adultère ,

Que l'homme peut changer vingt masques en un jour,

Qu'on vend impunément sa haine et son amour.

Qu'on osait trafiquer du nom de ses ancêtres ,

Que l'esclave souvent commandait à ses maîtres ,

Et que le courtisan , adroit caméléon.

Tenant prêts dans ses mains l'encens et le poison,

Flattant ou déchirant ce qu'on flatte ou déchire ,

Se tait quand on se tait, rit quand on veut sourire ,

Et, toujours inconstant comme l'est le destin ,

S'en va briser le soir l'idole du matin.

J'ai vu que l'on s'élève à force de bassesse ,

Et j'ai vu le poignard dans la main qui caresse.

JANE

Non 1... ce funeste aspect épouvante mon cœur. Si vous avez dit vrai, mieux vaut cent fois l'erreur. Ah ! si c'est là du monde une image sincère , Mon père, la vertu n'est donc plus sur la terre.

HASSAN

Hélas! comme la honte, elle se cache au jour. Heureux qui sait pourtant lui garder son amour. A ce dieu blasphémé que le sage révère , Heureux qui peut donner son cœur pour sanctuaire.

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