SCÈNE PREMIÈRE
NORTHUMBERLATSD , seul.
Je l'emporte ! asservis au joug de ma puissance ,
Mes rivaux , abaissés jusqu'à l'obéissance ,
Viendront , tout en doutant que je daigne les voir,
Déposer à mes pieds leur crainte et leur espoir ;
Leur égal d'autrefois est maintenant leur maître.
De ce rang, de ce nom , je suis digne peut-être.
Sommerset , j'ai compris la leçon de ta mort;
En découvrant l'écueil , tu m'as montré le port.
N'opposant aucun voile à ton orgueil suprême , .q
.Tu ne t'abandonnais qu'à la foi de toi-même ; rj
Tu bravais le torrent dont le cours t'entraînait;
Moi, je me suis plié quand le vent me courbait.
Souvent simple flatteur d'un roi dont la jeunesse De son docile esprit me livrant la faiblesse , Croyait sans se douter que je lui commandais , Me guider vers le but où je le conduisais. Cédant ainsi, j'ai su, conjurant la tempête , De degrés en degrés monter jusques au faîte. J'y suis... Des faux dehors dépouillons le manteau , Naguère nécessaire, aujourd'hui vain fardeau. Celle à qui mon adresse assura la couronne N'oublîra pas quelle est la main qui la lui donne ; Voyant avec mes yeux, parlant avec ma voix , Reine, elle deviendra l'esclave de mes lois. Oui ! pourquoi sans cela , déshéritant pour elle Celle enfin qu'à ce trône un juste droit appelle , M'aurait-on vu sans fruit , infidèle à nos roîs , Sur elle d'Edouard faisant tomber le choix. J'ai pour me l'enchaîner choisi ma souveraine ; Jane, à moi le pouvoir, à toi le nom de reine.