A MADEMOISELLE ÉLIS A MERCOEUR
EU LUÏ ENVOYANT LE DIPLÔME DE DieMBRE CORRESPOND AKT DE LA SOCIÉTÉ POLVaiATHIQDB DU HOBBIHAN.
Ku écoutant les accens de ta lyre, Belle Elisa , daus un soudain délire , J'ai dit : « Parlons cette langue des dieux « Que sa bouche module eu sons mélodieux. « Et, disciple imprudent de l'austère Uranie (i),
(2) L'auleur est professeur de mathématiques et de physique
ex XXVI MEMOIRES
Pour le luth oubliant le modeste compas, J'aborde des sentiers ouverts au seul génie , Et m'essaie en tremblant à marcher sur tes pas.
Notre naissante Académie T'adopte pour sa sœur ; elle t'ouvre les bras;
Et , pour preuve, tu trouveras
Ci-joint l'officiel grimoire ,
Avec cachet, paraphe au bas.
Ce diplôme , tu le joindras A celui qui t'ouvrit le chemin de la gloire , A celui du talent que nous ne donnons pas.
Enfans de la même patrie ,
Enflammés de la même ardeur,
De notre Bretagne chérie Puissions-nous augmenter le lustre et le bonheur !
Puisses-tu , jeune météore ,
Qui, dès la matinale aurore ,
Brilles d'un éclat radieux ,
Dans ta glorieuse carrière ,
Inonder de flots de lumière Ce pays trop long-teraps négligé par les dieux!
Rallies ,
Membre résidant de la Société polymalique.
Parmi les nombreux hommages rendus au talent d'Elîsa , et qu'on se plaisait à lui répéter, on concevra sans peine combien elle dut être flattée de cette prédiction de M. de Lamartine :
« Je prévois que cette petite fille nous effacera tous tant que nous sommes. »
« Non , me dit-elle après avoir lu la phrase que je viens de citer, la petite fille n'effacera
DELISA MERCœUR. GXXXVII
personne, encore moins M. de Lamartine que tout autre ; car si elle y parvenait , elle serait trop grande (i).
Pauvre enfant , comme la vie dut lui paraître belle, alors que chacun s'empressait de semer quelques fleurs sur la route qu'elle devait parcourir! Si Elisa avait eu un grain d'orgueil, il y avait réellement là de quoi la faire s'enfler comme la grenouille; mais, pour qu'il en fût ainsi, il aurait fallu qu'elle changeât de nature, et cela ne se pouvait pas 5 modeste elle avait vécu, modeste elle devait mourir. Douteuse de son talent (2) , elle jouissait de son succès avec reconnaissance; car elle ne voyait dans les éloges qu'on lui prodiguait qu'un sentiment de bienveillance qu'elle attribuait au désir qu'on avait de la voir réussir.
M. Mélinet ayant répété dans son journal l'aimable prédiction de M. de Lamartine sur Elisa, comme il avait répété celle de M. de Chateaubriand, les autres journaux la répétèrent à leur tour, et depuis, lors on ne l'appela presque
(i) Elisa était cou-vaiucue que jamais personne n'atteindrait à la hrtuteur du genre de talent de M. de Lamartine.
(2) Elisa ne pouvait se persuader qu'elle eût autant de talent qu'on le disait.