‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 47 sur 264 · CXXXIV MEMOIRES · texte numérisé non relu

CXXXIV MEMOIRES

j'ai choisi des vers qu'elle adressa à ïange de l'Abbaye-aux-Bois (i).

Un bonheur n'arrive jamais seul , dit le proverbe , elle proverbe a, je crois, raison. Hélas! pourquoi faut-il qu'il en soit ainsi du malheur !. . .

A voir l'enthousiasme qu'excita l'apparition du volume d'Elisa, l'empressement des journalistes à faire l'éloge de son talent poétique, citant comme pour venir à l'appui de ce qu'ils

du petit Devéria : « Qu'allez-vous faire ! on oe touche pas à ça, » m'avertit assez à temps de l'erreur dans laquelle m'avait jetée le talent de l'artiste pour m'empêcher de gâter son chef-d'œuvre. Je n'avais donné à M. Devéria que le seul croquis des traits d'Elisa, et elle m'apparaissait telle qu'elle était lorsqu'elle allait dans le monde dans un des costumes qu'elle affectionnait le plus*, et dont mes mains l'avaient si souvent parée. Je passai donc de l'illusion à la réalité, et j'admirai!... Et ce fut en face de cette image si chère, qu'une lampe éclaira toute la nuit, et devant laquelle, comme devant une sainte Madone , je m'inclinai tant de fois , Dieu me pardonne cette adoration , elle fut involontaire , que, malgré la défense de M. Devéria, je pris la plume et lui parlai de ma reconnaissance. Je ne sais , tant j'étais émue , dans quels termes je la lui exprimai, mais il paraît qu'il fut satisfait du langage de mon cœur ; car, non content de ce qu'il a fait pour moi , M. Devéria a voulu y ajouter en souscrivant aux Œuvres de la jeune fille dont son habile crayon a rendu les traits avec un si rare bonheur... Je n'en saurais douter, la grandeur de l'àme égale celle du talent.

(i) Madame Récamier.

* Rlisa a élé vue sonrenl dans les salons avec le eosluine qu'elle a dans son portrait, le voile seul a élc ajouté pour fîiiel ablcau.

DKLISA MERCOEUR. CXXXV

avançaient, les passages de ses Poésies qui leur semblaient le plus dignes de fixer l'altention , réservant toujours comme le bouquet le dernier alinéa de sa dédicace à M. de Chateaubriand, ce qui leur fournissait l'occasion de faire connaître la flatteuse prédiction qu'il lui avait valu de cet immortel écrivain, on eût dit que chacun désirait, pour sa part, de contribuer au succès de cette chère enfant.

J'ai déjk fait connaître combien furent heureux les premiers pas qu'Elisa essaya dans la carrière des lettres , et que , pour l'encourager à marcher, deux acadéoiies se hâtèrent de lui tendre les bras. On va voir qu'une troisième ne tarda pas à suivre leur exemple : c'était à qui poserait un fleuron à sa couronne littéraire.

s septembre 1827.

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