‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 50 sur 264 · D ELISA MERCŒUR. CXXXIX · texte numérisé non relu

D ELISA MERCŒUR. CXXXIX

« Mercœur, mais on espère qu'elle consacrera sa

a plume à la bonne cause. »

Elisa sut un gré infini à M. Monteix de lui avoir évité l'insertion du billet ci-dessus, dont elle fut moins surprise que fâchée, car déjà plusieurs anonymes de ce genre lui avaient été adressés directement. Elle n'avait reçu d'autre invitation, pour le jour désigné, que celle que l'on va voir, mais qui probablement avait servi de texte à la fable des propositions qu'on disait lui avoir été faites pour l'engager à consacrer sa plume à la bonne cause, car tel était le travers de beaucoup de gens, qu'ils attachaient une intention politique à tout ce qui se faisait, et qu'ils voyaient de la politique même où il n'y en avait pas l'ombre. Alors cela donnait ampîexmatièrc aux donneurs de conseils.

€ M. Walsh a l'honneur de souhaiter le bonfl jour à madame Mercœur et de lui adresser « une prière qui , il l'espère bien , ne sera pas « refusée. C'est que mademoiselle Elisa Mercœur « veuille bien venir avec elle demain matin , à « onze heures, déjeuner à l'hôtel des postes (i). « Madame Walsh a chez elle, en ce moment,

(r) M. Walsh en était le directeur ; il a occupé cette place jws-

CXh. MEMOIRES

I notre nouveau député le comte Donatien dy ^ Sesmaisons, qui est lout-à-fait enchanté parla « lyre de notre Muse bretonne et qui demande « en grâce de lui être présenté comme un des « admirateurs de son beau talent. Madame Mer- « cœur sera bien aimable de persuader à made- « moiselle Mercœur qu'elle ne peut se soustraire « à cet empressement. « Vicomte Walsh. »

Ce déjeuner, que l'auteur du billet de la bonne cause avait cru devoir transporter à l'hôtel de la préfecture, est un des plus agréables qu'Elisa ait jamais faits ; la famille Walsh y fut parfaite pour elle ; et l'accueil qu'elle reçut du comte de Sesmaisons dut lui faire croire qu'il lui savait gré d'avoir bien voulu se rendre à l'invitation de M. Walsh. Une surprise des plus flatteuses lui avait été ménagée. Après le déjeuner, le gendre de M. de Sesmaisons , M. de Seimperne, se mit au piano et chanta plusieurs stances de sa pièce d'Une Nuit, dont il avait composé la musique :

Les rêves de mon âme ont passé comme une ombre (i).

qu'en i83o. Son fils est directeur du journal la Mode. Tousdcuv se sont empressés de souscrire aux Œuvres de ma fille. (i) Page 57 de ce volume.

d'élisa merccedr. cxli

Le lendemain le comte deSesmaisons lui envoya les poésies de Clothilde de Surville, en s'excusant de n'avoir pu trouver à Nantes une plus belle édition. On lui remit aussi de la part du vicomte Walsh ses Lettres vendéennes et son Fratricide^ hommage dont elle fut excessivement flattée. Le comte de Sesmaisons, qui n'avait pu voir Elisa sans s'intéresser à son sort , vint nous voir avant son départ, ainsi qu'un député du Morbihan, le vice- amiral Halgan , qui devait retourner en même temps que lui pour se trouver à l'ouverture des Chambres , et qui ne prepait pas à la position de ma •fille un moindre intérêt que le comte. Dans le courant de la conversation, M. de Sesmaisons s'informa si Elisa avait envoyé ses Poésies à la duchesse de Berri. Sur ce qu'elle lui dit que non , mais.qu'elle était dans l'intention de le faire , il lui proposa de lui remettre l'exemplaire qu'elle lui destinait ; qu'il le ferait relier à ses armes , et le lui ferait présenter ; qu'elle n'avait qu'à écrire à la duchesse, qu'il joindrait sa lettre au volume. Il lui dit que si elle voulait lui en donner un autre, il espérait bien qu'il serait assez heureux pour le placer avantageusement. Le vice-amiral Halgan lui demanda aussi un volume pour un de ses

CXLÏI MEMOIRES

amis qui se trouvait placé de manière, lui dit-il, à pouvoir lui être utile.

Elisa, qui pesait tout dans la balance de son jugement j, voyant les jours, et même les mois s'écouler sans recevoir aucunes nouvelles de MM. de Sesmaisons et Halgan , pensa qu'il se pouvait que l'intérêt qu'ils avaient paru prendre à elle n'eût été que l'intérêt du moment, ou que ses Poésies n'avaient pas produit sur la duchesse de Berri et sur les personnes auxquelles ils avaient dû les offrir l'effet qu'ils en attendaient, ce qui nécessairement ne pouvait manquer de les mettre dans une* position embarrassante à son égard, et les obligeait au silence. Bien décidée à ne pas le rompre la première ce silence qu'ils gardaient avec elle, car elle aurait craint de leur paraître ridicule en venant leur demander compte de la mission dont eux-mêmes avaient voulu se charger, elle ne leur écrivit pas et n'en reparla plus que lorsqu'elle reçut les lettres qui suivent :

« Madame la maréchale duchesse de Beggio a « l'honneur d'assurer M. le comte de Sesmaisons X de sa parfaite considération, et de lui envoyer :< la réponse que Madame, duchesse de Berri,

D ELISA MERCŒUR. GXLIIl

« lait à mademoiselle Elisa Mercœm', ainsi que « les 100 fr. que Son Altesse Royale lui envoie.»

Paris , ce 3 avril j8a8.

« Madame la maréchale duchesse de Reggio f< a remis à Madame , duchesse de Berri , le « Recueil de Poésies de mademoiselle Elisa Mer- « cœur; son Altesse Royale l'a accueilli avec « bienveillance et a chargé madame la maré- « chale d'envoyer i oo fr. à l'auteur.

<t Madame la maréchale prie mademoiselle « Elisa Mercœur de vouloir bien agréer l'assu- « rance de ses sentimens distingués. ^

Paris, ]e 3 avril 1828.

Maison du Roi , déparlemenl des Bcaux-Ârts , n° d'ordres, bureau des encouragemens et affaires littéraires.

Paris, le 3 arril 1828.

« Mon cher comte, je viens d'accorder à ma- « demoiselle Mercœur un encouragement an- <( nuel de 5oo fr. qui lui sera payé à Nantes, lieu « habituel de sa résidence. En donnant à cette « jeune personne ce témoignage d'intérêt, j'ai été « heureux de faire quelque chose qui vous fût « agréable. Je regrette seulement qu'il n'ait pas « été possible de prendre plus tôt cette mesure.

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