CXLIV MEMOIRES
« Veuillez recevoir l'expression sincère de mon « amitié,
R L'aide- de-camp du Roi , chargé du département des Beaux- Arts,
« Vicomte de Larochefoucauld. »
L'étonnement qu'Elisa éprouva à la lecture des lettres qui précèdent fut si grand, que, bien qu'elle tînt dans ses mains les preuves non équivoques des bontés dont S. A. R. Madame , duchesse de Berri, daignait l'honorer, et qu'elle ne pût douter de son changement de fortune, puisque le vicomte de Larochefoucauld avait eu la délicate attention de joindre son brevet de pension à sa lettre au comte de Sesmaisons , elle ne pouvait se figurer que ce ne fût pas un songe. Tant de bonheur dans un jour lui semblait impossible. Mais comme si la fortune eût trouvé que ce lot n'était pas assez fort , ou qu'elle se plût à lui rendre le 3 avril à jamais mémorable, elle reçut , à cette même date, par la voie de la préfecture de Nantes , un mandat de i5o fr. que S. Exe. le ministre de l'intérieur avait remis pour elle à M. le vicomte Alban de Villeneuve , notre préfet, qui était à Paris depuis deux mois, et qui s'était empressé de l'adresser aussitôt à son secrétaire intime , M. de
D ELISA MERCCELR. CXLV
Conlencin, avec recommandation expresse, dès qu'il l'aurait reçu, de l'envoyer à mademoiselle Mercœur sans tarder, ce qu'il exécuta à la lettre. Toujours gracieux dans sa manière de transmettre à Elisa les messages dont le chargeait pour elle M. de Villeneuve, M. de Contencin lui écrivit en lui faisant passer le mandat, qu'il l'engageait à regarder cet envoi de M. de Marlignac (c'était lui qui était ministre alors) , non seulement comme le témoignage du plaisir que la lecture de ses Poésies avait procuré à ce ministre , mais aussi comme le prélude de ce que son excellence se proposait de faire pour l'avenir d'une jeune muse dont la position lui inspirait autant d'intérêt que le talent d'admiration (ij...
(i) L'intérêt et l'admiration de M. de Martignac pour Elisa vêtaient antérieurs à son entrée au ministère , et avaient pris naissance à la préfecture de Nantes , chez M. de Villeneuve même , chez lequel il avait lu ses Poésies pour la première fois. II parait qu'il en avait été fort content, car, après son départ, M.' de Villeneuve dit à Elisa qu'il rencontra : « Si je n'avais craint , mademoiselle, de vous paraître indiscret, j'aurais pris la liberté de vous présenter l'un de mes amis intimes, le vicomte de Martignac , qui avait un désir extrême de vous connaître. La lecture de vos Poésies lui a donné une si haute opinion de votre génie que je puis bien vous assurer que si jamais il devient ministre , comme tout porte a le croire , que vous trouverez en lui un protecteur zélé. Je ne négligerai rien du moins , s'il a un jour le pouvoir, de récompenser le talent, pour faire tourner au profit