‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 62 sur 264 · CLXXII MEMOIRES · texte numérisé non relu

CLXXII MEMOIRES

Une si heureuse réussite ne pouvait manquer de donner du courage à Elisa : elle venait de trouver dans M. de Martignac , comme le lui avait prédit M. de Villeneuve, un protecteur zélé. (Voir la note de la page i4i des Mémoires.) Touchée de toutes les bontés dont venait de la combler cet excellent homme , Elisa se demandait comment elle ferait pour lui prouver sa reconnaissance, et elle composa sa France littéraire , qu'elle lui dédia et qu'elle ajouta à sa seconde édition. Lorsque l'impression de cette édition fut achevée , M. Crapelet se hâta d'en faire brocher un exemplaire pour qu'elle put le présenter au ministre avant la mise en vente de l'ouvrage (i) , et nous le lui portâmes.

« Tout ce qu'on lit de vous , mademoiselle , lui dit M. de Martignac en lui tendant la main (il venait de lire la France littéraire), donne le désir d'en lire davantage. Si l'assurance que je

(i) La veille de la mise en vente de la seconde édition des Poésies d'Elisa, M. Crapelet donna un grand dîner dont il nous avait invitées. Elisa eut la satisfaction de voir son volume circuler dans les mains des convives; elle fut extrêmement flattée de cette aimable attention de M. Crapelet. Après la mort de cette pauvre petite, M. Crapelet ayant fait une vente au rabais de tous les livres qu'il avait, les volumes qui lui restaient de l'édition qu'il avait imprimée des Poésies d'Elisa en faisant partie , il m'envoya , après la vente , i4o fr.

DELISA MERCOEUR. CLXXIII

VOUS donne de ne laisser échapper aucune des occasions qui se présenteront de pouvoir vous être utile peut vous engager à travailler, mettezvous à l'ouvrage, faites-nous admirer votre beau génie , et je crois que vous n'en avez pas de moyen plus certain que celui de mettre à exécution la résolution que vous avez prise, m'avezvous dit, de faire une tragédie, puisqu'une telle entreprise vous couvrirait à jamais de gloire ; ainsi mettez-vous donc à l'œuvre , mademoiselle, faites votre pièce, et reposez-vous sur moi du soin de la faire représenter; vous aurez le tour de faveur, je vous en réponds, car soyez bien persuadée que vous n'avez point de refus à craindre tant que je serai ministre; et si vous avez assez de confiance en moi pour me communiquer vos actes à mesure que vous les terminerez, je les lirai à tête reposée, et je vous soulignerai les passages que la censure pourrait vous disputer, afin qu'aucun obstacle n'entrave la représentation de votre tragédie, pour laquelle je vous promets un nombreux et brillant auditoire; ainsi travaillez donc sans qu'aucune crainte ne vous arrête, et ne songez qu'au succès qui vous attend. » Et, comme s'il eût voulu lui prouver qu'il était réellement disposé à profiter

Page 1