‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 61 sur 264 · CLXVIII MEMOIRES · texte numérisé non relu

CLXVIII MEMOIRES

rance est un doux oreiller où s'appuie le cœur du malheureux pour s'y délasser de ses maux , et si le sien s'y appuya les deux mois qu'elle passa dans l'attente d'une réponse ; mais elle espérait encore lorsqu'elle reçut cet avis de Son Exe. le ministre de l'intérieur, qu'à partir du i^*" janvier prochain , elle recevrait une pension de 3oo fr. sur les fonds de son département ; qu'une lettre d'avis lui serait adressée à l'époque du paiement; et, pour qu'elle trouvât le temps moins long d'ici là , Son Excellence avait eu l'obligeance d'ajouter un mandat de 200 fr. «Veux-tu m'en croire, me dit Elisa après s'être livrée à toute la joie que lui causait la venue d'un bonheur si ardemment désiré, ne parlons à personne de la faveur que vient de m'accorder le ministre ; partons pour Paris , avant que cette nouvelle soit sue ici ; car si nous attendions pour nous en aller que le paiement de ma pension s'eflfectuât, les Nantais, qui ignorent les raisons qui me font désirer de quitter Nantes, diraient que la fortune me rend ingrate envers ceux qui m'ont applaudie avec tant d'empressement 5 et je t'avoue que ce reproche de leur part, quoique non mérité, m'affligerait beaucoup ; pour n'y pas donner lieu , parlons donc,

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puisqu'il faudrait toujours en venir là, et soyons à Paris qu'on nous croie encore à Nantes. Tu ne dois pas craindre d'y être plus malheureuse qu'ici, puisque mes pensions nous y suivront, et que tu sais bien qu'en y arrivant, j'ai l'avantage d'y être assurée d'un éditeur (i). » Et dix jours après , nous arrivions à Paris. Notre premier soin, après y avoir pris quelques jours de repos, fut de rendre visite au comte Donatien de Sesmaisons , à l'amiral Algan et au docteur Alibert; et, cela fait, Elisa écrivit à S. Exe. le ministre de l'intérieur pour le prier de lui accorder une audience qu'il lui indiqua pour le surlendemain. Comme nous nous disposions à

(i) « Mademoiselle ,

« J'ai lu dans quelques feuilles diverses pièces de vers qui doi- « vent entrer dans un poëme nouveau que vous vous proposez de V publier. Si vous vouliez détacher quelques fleurs de cette belle « couronne et me les adresser, j'en parerais l'almanach des Muses « de l'année prochaine. Avez-vous , Mademoiselle, fait choix d'un « libraire à Nantes, ou préféreriez-vous qu'on imprimât vos œu- « vres nouvelles à Paris ?

« Si vous le voulez, je me chargerai d'imprimer à mes frais votre « nouveau recueil.

(( Veuillez, Mademoiselle, m'honorer d'une réponse.

« J'ai l'honneur d'être, Mademoiselle, votre très humble scrvi-

« teur,

« Addiï. »

Paris , 6 septembre 1828.

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nous y rendre, on nous annonça un monsieur que nous avions rencontré deux jours aupara vant chez le docteur Alibert, c'était M. Crapelet, l'imprimeur du roi , qui venait remercier Eîisa d'un volume de ses Poésies que, suivant le conseil du docteur, elle lui avait adressé la veille, et qui lui proposa, si elle était dans l'intention de faire paraître une seconde édition , de la lui imprimer; qu'il se ferait un plaisir de lui avancer l'argent dont elle pourrait avoir besoin. Cette proposition avait trop de quoi flatter Elisa pour qu'elle n'en profitât pas ; aussi l'accepta-t-elle sans balancer, ce qui l'empêcha de profiter de celle que lui avait faite M. Audin , l'éditeur dont j'ai parlé ci-dessus. M. Crapelet ayant pris congé de nous pour ne pas nous faire manquer l'heure de l'audience, nous partîmes pour nous y rendre^ L'accueil qu'Elisa reçut du ministre surpassa toutes ses espérances , car quand il apprit qu'elle ne devait plus retourner à Nantes , il lui dit qu'il porterait à 1,200 fr. la pension de 5oo qu'il lui avait envoyée ; qu'il regrettait de ne pouvoir la porter à un taux plus élevé, mais qu'il faisait tout ce qui lui était possible de faire dans ce moment; qu'il se trouvait heureux de pouvoir par là lui prouver tout l'intérêt

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qu'elle lui inspirait , et à M. de Villeneuve tout le cas qu'il faisait de sa recommandation (i). Et lorsqu'il sut qu'elle devait publier une seconde édition de ses Poésies , il la pria de l'inscrire pour cinquante exemplaires; et, comme nous prenions congé de lui, il lui donna un bon de 5oo fr. pour parer, lui dit-il , aux dépenses que la société, en l'appelant à elle, l'obligerait de faire, car elle devait s'attendre, dès que son arrivée dans la capitale serait connue , à recevoir des invitations de tous côtés (2) , et il nous fit conduire à la caisse. Treize jours après, Elisa reçut une lettre de M. de Villeneuve , qui en contenait une que M. de Martignac lui avait écrite à son sujet. Il lui disait qu'il avait vu sa jeune protégée , et ce qu'il avait eu le bonheur de faire pour elle.

(1) Avant de quitter Nantes, Elisa avait écrit à M. de Villeneuve qu'elle lui serait bien reconnaissante s'il voulait avoir l'obligeance de lui envoyer une lettre de recommandation pour M. de Martignac, parce qu'elle pensait bien que nous ne tarderions pas à aller habiter Paris...

(2) Elisa ne tarda pas à s'apercevoir que M. de Martignac avait eu raison de lui dire que lorsque son arrivée dans la capitale serait connue, qu'elle recevrait des invitations de tous les côtés, car elle en reçut un nombre infini, et l'accueil que lui fit la société la faisait s'applaudir de jour en jour d'avoir pris la résolution de venir à Paris.

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