‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 64 sur 264 · D ELISA MERCOEUR. CLXXV · texte numérisé non relu

D ELISA MERCOEUR. CLXXV

jour quelques nouvelles familles , et que , dans son fanatisme, Elisa regardait comme devant immortaliser les noms de ceux qui se suicidaient , elle , qui d'abord s'était laissée aller à l'indignation que lui causait cette orgueilleuse et ridicule manie de se donner la mort, finit par trouver, tant l'idée de l'immortalité a de puissance sur une jeune imagination , que l'on n'était pas bien coupable de sacrifier quelques jours d'existence à l'avantage de faire vivre à jamais le nom que l'on portail, et se promit, car la pauvre enfant était loin de croire que son talent dut l'immortaliser jamais , de s'ôter la vie dès qu'elle verrait jour à pouvoir le faire sans que je pusse y apporter obstacle, et profita, pour mettre son dessein à exécution , d'un jour où j'étais sortie pour quelques affaires qu'elle savait devoir me retenir trois ou quatre heures dehors. Mais Dieu ne permit pas que le sacrifice de cette jeune insensée s'accomplît; car, forcée par une pluie abondante de chercher un abri sous une porte cochère, je pris le parti, dès que la pluie qui avait duré fort long-temps eût cessé de tomber, de revenir sur mes pas , bien décidée à remettre mes affaires à une autre autre fois , et j'eus le bonheur d'arriver assez à

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temps à la maison pour arracher Elisa à l'abîme qui allait devenir son tombeau , et qui, malgré mon retour, le serait inévitablement devenu, sans la précaution qu'elle avait eue de me faire emporter une clef pour que je pusse rentrer dans le cas où elle viendrait à s'endormir. Sans cette précaution , dix minutes plus tard je n'avais plus d'enfant Elisa serait morte asphyxiée ! ! !

Trop inhabile pour décrire les souffrances que fit entrer dans mon cœur l'aspect du danger de ma fille , et tout ce qu'eut de déchirant la scène que mon désespoir et son repentir provoquèrent à son réveil, je me bornerai seulement à faire connaître qu'en ressaisissant la vie prête à s'échapper de son sein, qu'Elisa recouvra sa raison, et que, pour ne plus la perdre, car elle venait de faire la triste expérience que qui s'expose au danger le trouve , elle renonça pour jamais à la lecture des journaux (i), et se promit, si jamais elle devenait mère, et que le ciel lui donnât des filles, de ne pas leur en laisser lire plus que de romans (2). J'ajouterai que s'il n'est point de

(1) Ecrits sans talent, les journaux eussent été sans danger pour Elisa.

(2) Elisa faisait des romans et n'en lisait pas.

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faute que le remords ne puisse expier, que celle de ma coupable, quoique bien innocente enfant , a dû trouver grâce entière devant Dieu , lorsque son âme repentante s'est inclinée devant sa miséricorde infinie ! ! !

L'état d'asphyxie presque complet dans lequel j'avais trouvé Elisa lui laissa pendant huit jours un tel engourdissement, que je ne fus occupée, pendant tout ce temps, qu'à lui frictionner, avec des liqueurs fortes, les membres, les tempes et la région du cœur, afin de la tirer du sommeil léthargique dans lequel elle restait plongée des journées entières sans qu'il fût possible de la réveiller Pauvre enfant! je parvins , par mes soins , à la faire vivre lorsqu'elle voulait mourir,... et je n'ai pu l'empêcher de mourir lorsqu'elle désirait vivre! ! !...

Lorsque l'effet produit par le charbon fut entièrement dissipé, Elisa reprit ses travaux; elle travailla si activement qu'en six mois sa tragédie fut achevée 3 nous en portâmes le dernier acte à M. deMartignac dans le courant de juillet. Il lui dit que dès qu'if serait moins occupé, qu'il demanderait une lecture pour elle au comité du Théâtre-Français , et qu'il porterait sa pension à deux mille francs, afin que, dégagée de

toute inquiétude de l'avenir, elle pût donner I. i

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