‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 75 sur 264 · LE DECLIN DU JOUR · texte numérisé non relu

LE DECLIN DU JOUR

Il meurt, Touibre déjà rembrunit le feuillage ,

Et le souffle du soir agite le ruisseau ,

Dont le flot fugitif a balance l'image

De ces fleurs que peignit le doux reflet de l'eau.

Mais le ruisseau demain rafraîchira les roses ,

Elles retrouveront son mobile miroir \

Et moi , comme les fleurs qui s'effeuillent écloses ,

La Mort va me cacher sous"les ailes du Soir.

J'ai froid , et je voudrais ra'attacher à la vie -,

De ce cœur, pour t'aimer, ranimer la chaleur.

Tel , après ses adieux , un tremblant voyageur

Jette un dernier regard vers la douce patrie.

Quoi ! des larmes ?. . . toujours ?. . . en vois-tu dans mes yeux

Je suis bien faible , ami , j'ai pourtant du courage ;

On en devrait verser quand on meurt à mon âge ;

Moi , je ne pleure pas en regardant les cicux.

Plaintif ruisseau , qui faiblement arroses Ce gazon embaumé de suaves odeurs, Près de tes bords cachés sous des touffes de fleurs

Qu'on doit bien sommeiller à l'ombre de ces roses! Lorsque pour- toi s'éveillera le jour, Je dormirai seule dans le bocage ^

En attristant l'écho de tes soupirs d'amour,

Viens ici quelquefois rêver à mon image.

Là , quand les yeux me chercheront en vain ,

Mon âme à tes soupirs descendra sur la terre ;

Tu la respireras ; et cette âme légère ,

S'égarant dans ton souflc . ira brûler ton sein.

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