L AVENIR
A celui qui gémit sur l'objet qu'il adore Comme un dernier espoir l'avenir reste encore -,
Il se dit : « Elle est là !
« La mort , c'est le matin d'une céleste vie : « Au tranquille séjour qu'habite mon amie
Son amant revivra. »
Mais toi , dont l'art charmant décela comme on aime, Qui , dépeignant l'Amour, te retraças toi-même ,
Doux chantre du plaisir, Dis , quel fut ton destin ? L'exil et la misère ! . . . . Seul avec des regrets sur la rive étrangère
Il te fallut mourir.
Au moins , dans ton exil , si loin de l'Italie , Tu possédais ta lyre , et sa corde amollie
S'humectait de tes pleurs .
Oui , sur ton luth monté par la Mélancolie Tu soupiras long-temps , en pensant à Julie ,
Ta flamme et tes malheurs.
La Mort vint te briser, douce lyre d'Ovide : Alors son nom vola , comme un aigle rapide ,
A la postérité !
Ah ! suivons , s'il se peut , les belles d'Aonie -, Qu'importe un jour de pleurs î L'avenir du génie
Est l'immortalité !
(Mai 1826.)
ÉLÉGIE
UNE NUlï.
ELEGIE
Le lUilheurcuN ùprouve un besoin de silence ; Il (aut quVu liberté puisse batirc sou ra'ur : Le jour, il se coatrainl, la nuit, plui calme, il pense : La pensée est du inoias un reste de boubcur. Ei.ist Miaccei'ii.
A l'heure du silence , heure pure et sacrée Où la vierge des nuits , mollement égarée , Dans la plaine d'azur promène son rayon \ A l'heure où vient rêver la Contemplation , A l'heure enchanteresse où la Mélancolie , Cette fille du Calme et du Recueillement , Glissant comme un parfum dans une âme attendrie , De tristesse et d'espoir la berce doucement ,
Le paisible nocher s'approchait du rivage , Des roses s'exhalaient une mourante odeur, Et les arbres émus balançaient leur feuillage Sur le flot qu'entr'ouvrait la rame du pêcheur.
Long-temps encor, lune charmante.
Étincelle au pâle horizon ^ Du mystère timide amante , Jette dans l'onde transparente Le blanc reflet de ton rayon.
Qu'égaré sur l'humide plaine , Tranquille , agité tour à tour.
Un souffle propice ramène Cette voile qu'effleure à peine La dernière haleine du jour.
Les flots ont embrassé la rive :
A la fenêtre du manoir La vierge inquiète , craintive , Vient, et s'assied toute pensive, Pour goûter la fraîcheur du soir.
Elle se penche , sur sa lyre Egare sa tremblante main , Jusqu'à l'heure où la nuit expire , Oii du tendre oiseau qui soupire Les chants annoncent le matin.
Comme la brise qui résonne En caressant le bord des mers , Comme le rameau qui frissonne , A l'écho sa voix abandonne Des sons plaintifs frappant les airs.
« Les rêves de mon âme ont passé comme une ombre « Qui s'enfuit quand la main s'étend pour la saisir ; « Je me suis éveillée , et des chagrins sans nombre « En pesant sur mon cœur sont venus le flétrir.
« Las ! à ce qui n'est plus , quelle erreur de prétendre ! « Tout m'accable aujourd'hui, tout m'apporte un regret : « Vainement je crois voir, en vain je crois entendre-, « C'est la nuit , le silence -, et pour moi tout se tait.
« Mais au monde, en cédant à ma peine fatale, « Je puis , je puis cacher ce que souffre mon cœur, « Et les soupirs brûlans fuyant par intervalle « De mon sein oppressé par un poids de douleur.
« Heureux , lorsque du jour la flamme est éclipsée , a Evitant du sommeil les mensongers plaisirs , « Qui peut , en égarant sa mobile pensée , « La poser tour à tour sur mille souvenirs.
« Alors , en écoutant la molle Rêverie , « Celui qui vient remplir la méditation
« Repasse , en rappelant les heures de sa vie , « Ses peines , son bonheur et chaque émotion.
« Le malheureux éprouve un besoin de silence j « Il faut qu'en liberté puisse battre son cœur ; « Le jour il se contraint, la nuit, plus calme , il pense! « La pensée est du moins un reste de bonheur.
« Que de fois , en pensant , le mal qui me déchire u Me laisse respirer et s'éloigne de moi ! . . . (( C'est toi!.. Je t'ai revu!.. Tes yeux vont me sourire... « Je suis heureuse enfin lorsque je songe à toi !
u Mais toi , mon doux ami , dont mon âme abîmée « Se plaît à me parler comme de son trésor, « Je t'en prie, ah! dis-moi, long-temps, long-temps encor, « Te rappelleras-tu combien tu m'as aimée?
v( Si tu ne m'aimais plus , il me faudrait mourir î <( Non ! que jamais l'oubli n'efface mon image ; (( Ne m'ôte pas l'espoir quand lui seul me soulage , « Mon ami ! j'ai besoin d'un bien long souvenir.
« Ah! puissé-je bientôt, contre ton sein pressée, (( Ne plus m'en rapporter à d'incertains hasards , « Sentir ma main brûlante à ta main enlacée , « Et retrouver mon cœur dans un de tes regards ! »
(Septembre 1826.)
STANCES
STANCES
La mort , c'est le matio d'une céleste ïie.
Elui Msicccca.
Ne jamais redouter le temps qui nous entraîne , Atteudrc sans effroi son rappel vers les deux, Chaque jour détacher un anneau de sa chaîne , Mourir sans exhaler des regrets pour adieux.
Supporter sans chagrin Toubli de la richesse , Deviner au regard ce qu'éprouve le cœur ^ Sans cesse prodiguer la plainte à la tristesse , Et présenter joyeux un sourire au bonheur.
A l'indigent ami tendre la main d'un frère, Alléger ses malheurs en lui parlant des cieux ,
62 STANCES
Et , fidèle , toujours soulageant sa misère , De consolans pavots couvrir ses tristes yeux.
Si d'un tourment cruel l'aiguillon nous déchire, Si le monde menteur réclame encor nos pas, A ce caméléon affecter de sourire , Pour lui cacher un mal qu'il ne calmerait pas.
Aimer pour enchanter les peines de sa vie -, Muet à tout soupçon , loin de soi l'exiler, Retrouver dans ses fils sa jeunesse flétrie ; Et comme un doux parfum , sur le soir s'exhaler.
Ainsi l'heure toujours en succédant à l'heure , Lui devrait révéler quelques nouveaux bienfaits -, Jusqu'au jour où , s'ouvrant la céleste demeure , L'âme au sein de son Dieu se repose à jamais.
(Octobre 1826.)
LA FEUILLE FLETRIE.