‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 2)Chapitre 79 sur 264 · LA FEUILLE FLÉTRIE · texte numérisé non relu

LA FEUILLE FLÉTRIE

Ud printemps, un été, furent toute ta vie. Eiisi MsicoiiOB.

Pourquoi tomber déjà, feuille jaune et flétrie? J'aimais ton doux aspect dans ce triste vallon. Un printemps, un été, furent toute ta vie-, Et tu vas sommeiller sur le pâle gazon.

Pauvre feuille! il n'est plus le temps où ta verdure Ombrageait le rameau dépouillé maintenant. Si fraîche au mois de mai! faut-il que la froidure Te laisse à peine encore un incertain moment!

66 lA FEUILLE FLÉTRIE.

L'hiver, saison des nuits, s'avance et décolore Ce qui servait d'asile aux habitans des cieux -, Tu meurs, un vent du soir vient l'embrasser encore, Mais ses baisers glacés pour loi sont des adieux.

(Décembre i8a6.)

LE CIMETIERE

ELEGIE

LE CIMETIÈRE

ELEGIE

Pure 61Ie des cieui, £lisa, floQr d'un jour, Par le» ange» portée ta célPite séjour, On entendra maToii vibrante sur ta lyre... Vers ta tombe on auNra de la mère les pas : £t cette tombe enfin au monde pourra dire : ■ On ne m'oubliait pas I >

Madame tliLixie Wildob (ij.

La , sous l'ombre du saule une tombe est cachée ; Mes avides regards bien souvent l'ont cherchée. Lorsque l'étoile brille au firmament du soir, Sur le marbre muet je viens prier, m'asseoir ; Mes pleurs que tout le jour captive ma paupière , Mêlés à la rosée , humectent la poussière

(i) Ce fut madame Waldor qui ouvrit la première sonscription peur le tombeau d'Elisa Mercœur.

7^ Ï-E CIMETIÈRE

Que le temps vient jeter sur ce voile éternel , Seul vêtement qui reste à ce qui fut mortel. Ce voile , que souvent l'affreuse main du crime Lève, quand , demandant s'il couvre une victime , Dans un horrible espoir, en vain l'œil égaré , Cherche ce que la mort a déjà dévoré.... Ne m'offre plus , mon cœur, cette funèbre image j Ma bouche doit avoir un plus calme langage. L'écho semble effrayé quand le torrent s'enfuit , Il a de doux accens lorsqu'un ruisseau frémit. L'homme , dans sa douleur, tonne , crie et délire ; Mais la femme est paisible , elle pleure ou soupire.

Là , celui qui rêvait mille songes d'orgueil

Ne les écoute plus en foulant un cercueil ;

Là , plus d'illusions , de prestiges , de gloire ,

Sur ce qu'il a souffert s'arrête sa mémoire ;

Et dans un sein brûlé du seul feu des soupirs ,

Son âme rajeunit tous ses vieux souvenirs.

Vous qui vous inclinez devant un mausolée ,

Qui foulez sans la voir l'herbe de la vallée -,

Vous dont les vains regrets imitant la douleur

S'exhalent pour tromper, quand la glace est au cœur -,

Se cachant pour jamais sous celte herbe foulée ,

Tranquillement ici dort une ombre isolée.

Celte humble croix l'indique , et vous passez, hélas!

Un riche monument ne la renferme pas !...

Ahl celui qui n'est plus, quand un ami le pleure.

LE CIMETIERE. 7I

Ne peul avoir besoin d'une vaine demeure ; Dort-on plus doucement sous un arbre orgueilleux ? Un souvenir, des pleurs , voilà ses derniers vœux ; Et son ombre à la vie échappant consolée , Dans le cœur qui laima trouve son mausolée. Et vous qui dans ces lieux ne cherchez que des ileurs , Effeuillez ces tributs d'immortelles douleurs , Dans votre illusion , douce et flatteuse amie , Longuement savourez le bonheur et la vie \ Gardez-vous de penser ^ riez , riez encor, L'infortune bientôt vous nommera la mort. Jetez un voile heureux sur vos fraîches années, Marquez vos légers pas sur ces roses fanées , Bien long-temps , s'il se peut , chantez, rêvez l'amour 5 Laissez tonner l'orage à la chute du jour; Bercez d'un vague espoir votre jeune existence . Trop de momens encor restent pour la souffrance. Mais , soudain , quels accens dans le séjour du deuil ?. . . . Ce sont des chants d'adieu consacrant un cercueil. Toi , que dans cet instant on vient rendre à la terre , Peut-être enviais-tu la paix du cimetière? — Ah ! tout est froid déjà ^ ton cœur jadis brûlant N'a pas même un soupir, un léger battement. Peut-être aussi la mort , achevant ton délire , Sur ta bouche entr'ouverte a glacé le sourire ? Peut-être espérais-tu de longs jours de bonheur ? Le bonheur est-il donc où le cherche l'erreur? Quand l'àme fuit la terre , en rejetant son ombre ,

^2 LE CIMETIERE

C'est une étoile unie à des flambeaux sans nombre. Mais dans la nuit du monde , en voilant sa clarté , C'est un pâle rayon perçant l'obscurité ; La nuit bientôt s'écoule , et d'un réveil tranquille L'homme jouit enfin dans ce dernier asile.

(Janvier 1825.)

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