LA FRANCE LITTERAIRE
L'ombre de leur passé noircirait l'avenir.
Vous dont la noble cendre essuya tant d'outrages ,
Poètes français , rois des âges , Il reste des autels pour votre souvenir ! Votre culte renaît.... sans trembler ou rougir Nous pouvons regarder vos sublimes images.
Non , tu n'es pas éteint , poétique flambeau -, Et qu'importe aujourd'hui ces crimes de la veille ! Aussi grands qu'autrefois vous sortez du tombeau , Racine , Bossuet , mânes des deux Corneille \ Et vous , ombres des deux Rousseau !
Le vieux laurier du Cid , la palme d'Alhalie , L'arbre dont le Tbabor crut la sève tarie ,
Comme autrefois beaux et féconds , Vont, sous un ciel plus clair, de sacrés rejetons
Orner leur tige rajeunie.
Oui, ma pairie enfin devine sa grandeur-,
Plus belle, sans fléchir sous son fardeau de gloire ;
Elle sait qu'il existe une calme victoire
Qui donne pour butin les siècles au vainqueur.
Long-temps muette, l'Eloquence,
Dans sa force et sa liberté , Entre ses bras d'Hercule étouffe l'ignorance, Et brise sous ses pieds le joug qu'elle a porté.
î88 LA FRANCE LITTERAIRE.
L'histoire l'écoute, attentive j Et de la vérité volontaire captive , Ose à son tribunal convoquer tous les temps , Quand la religion , qui refuse l'encens
De l'impie ou du fanatique , Comme un débris divin de sa splendeur antique , Des concerts de Sion a retrouvé les chants.
Noble reine de l'Italie, Borne , jadis d'Athène eut un legs de génie \ Rome est morte. La France en hérite à son tour; Seule à ce legs magique elle a droit de prétendre le feu s'échappe encorde sa tombe de cendre
La nuit cesse-, voilà son jour.
Quand le siècle nouveau défie, à force égale ,
Les siècles de l'antiquité , Son horizon s'épure, et sa couronne exhale
Un parfum d'immortalité.