‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 3)Chapitre 26 sur 45 · IL · texte numérisé non relu

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mourir, parce que je n'avais plus d'illusions pour m'enchanler la vie.

— • Parce que vous n'étiez plus amoureuse. Le bonheur n'est-il donc possible qu'à l'amour? Pour être heureux encore lorsqu'on a perdu ce sentiment, ne reste-t-il pas ( doux charmes de la vie ) l'amitié , la bienfaisance , la pitié, la vertu, enfin? Croyez-vous qu'il n'existe pas de vieillard qui se trouve heureux, et qui le soit?

— Oh si ! J'étais bien aveugle et bien coupable! Mais, dites-moi, ma bonne amie, si l'on se hait quand l'on se ressemble , pour s'aimer il faut donc être l'opposé l'un de l'autre?

— Pas en tout , mais en beaucoup de choses. Entre une parfaite ressemblance et une opposition complète, il est un milieu qu'il faut choisir. Sans doute l'être vertueux ne doit point s'unir au scélérat, ni un esprit doucement policé à un esprit encore brut. D'abord, il faut qu'il y ait sympathie d'estime et d'amour, rapports d'âge et de con-

dition. Je n'entends pas par là qu'il faille toujours un rapprochement de naissance , de rang et de fortune, non; mais, par ses qualités , son éducation et sa manière d'être, il est à propos de se trouver à peu près au même plan dans la carrière du monde :

voilà , dans le mariage, les points de conformité nécessaires pour maintenir un juste équilibre entre les deux époux. Mais, de même que les blonds plaisent aux bruns, et les grands aux petits , à l'emporté il faut un caractère paisible , dont la patience déroute la colère; au mélancolique, il faut un esprit gai pour chasser sa tristesse; au babillard, quelqu'un qui l'écoute en silence; à l'étourdi, un être raisonnable, calme, dont la prudence empêche ou répare les torts que peut commettre sa folie. Pour être heureux, enfin, il faut se comprendre , et ce n'est pas dire que les deux époux ne doivent penser qu'ensemble. Comprendre quelqu'un , ma chère amie , c'est l'apprécier à sa valeur ; c'est deviner , sans l'éprouver soi-même , ce

qui se passe dans le cœur de l'être aimé; c'est aller au-devant de ses désirs ; c'est l'aider de sa protection ou s'abriter sous son appui ; c'est pouvoir lui servir de guide ou le suivre soi-même , recevoir ses conseils ou lui "donner les siens, l'éclairer de sa raison ou s'instruire de la sienne. Yoilà ce qui s'appelle se comprendre , quoiqu'on ait dans son cœur et dans son esprit une case à part que l'on garde pour soi. Voilà comment Phédor vous eût comprise et comment vous l'eussiez entendu.

— Phédor ! répliqua vivement la jeune fille, et qu'est-il devenu?

— Que doit vous importer ? vous ne prenez pas assez d'intérêt à son sort....

— Oh! je vous en prie^ ma bonne amie, dites-moi...

— Eh bien , Phédor est revenu de son voyage, et, comme il vous aime toujours....

— Il m'aime !

— Ignorant votre singulier mariage , il a remis à mon amitié la cause de son amour ;

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il m'a priée de sonder votre cœur... Mais vous ne l'aimez plus?

— Et si je l'aimais encore!... dit-elle en cachant sa rougeur sur le sein de la fée. »

Quelques jours après Lénida et Phédor s'inclinaient sous la bénédiction nuptiale Nous pouvons affirmer que la veuve de Similo , devenue l'épouse du beau chasseur , ne reprit pas Fenvie de mourir, et que les deux époux vécurent ensemble tout simplement , heureux d'un tranquille bonheur , quoique le destin n'eût pas fait mettre leurs âmes dans deux fioles semblables.

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