‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de Nantes (volume 3)Chapitre 36 sur 45 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

ÉLÉGIAQUES ET DE CONDOLÉANCES A MADAME MERCOEDR AD SUJET DE LA MORT DE MADEMOISELLE ELISA , SA FILLE.

Hélas ! elle n'est plus ! la mort vous l'a ravie Cette fille aimable et chérie Qui vous devait le jour!...

Mais pourquoi la pleurer? elle a quitté ce monde Pour jouir d'une paix profonde Au céleste séjour.

A des travaux d'esprit livrée avec constance , Elle affaiblit son existence Par un surcroît d'efforts , Et cette activité fut la cause fatale Qui de sa faculté vitale Détruisit les ressorts.

4l2 MÉLANGES.

Sa science précoce étonna le Parnasse , Et Phébus y marqua sa place, Même avant son printemps.

Digne émule de Gay, ces deux muses françaises Dédaignant les doctes fadaises , Vivront dans tous les temps.

Gay, par ses beaux essais , sa douce poésie, S'attira de l'Académie L'estime et la faveur.

El Mercœur, saisissant le fer de Melpomène , Fit voir sur la tragique scène La pitié , la terreur.

Je n'oublîrai jamais l'honorable visite Qu'Elisa fit au pauvre ermite Qui la chante en ces vers.

Oh ! combien j'admirai sa noble modestie ! Simple , elle ignorait son génie Et ses talens divers.

Sitôt que je la vis , cette fille angélique , Par un rapport tout sympathique , Gagna mon amitié ; Et son œil abattu , sa figure flétrie

Porta dans mon âme attendrie La craintive pitié.

l)ès lors, je l'avoûrai , je ne fus pas le maître D'un pressentiment que fit naître Son état alarmant ; Et soudain je formai le sinistre présage Qu'elle franchirait le passage Qui mène au monument.

MÉLANGES. I^l5

O vous! qui par sa mort, lente et prématurée, Mère sensible , êtes livrée Au chagrin oppresseur, Consolez-vous : croyez, j'aime à vous le redire, Qu'au ciel sa belle âme respire Dans le sein du bonheur.

Quel baume à tos douleurs ! n'êtes- vous pas certaine "' De rejoindre au sacré domaine Cet ange de bonté !...

Oui , c'est là qu'avec elle , à l'abri des alarmes , Vous jouirez de tous les charmes De la félicité.

Puissé-je bientôt, moi, qui t'ai trop peu connue, Bonne Elisa, fille ingénue^ Te revoir eu ces lieux !

Je n*y pourrais trouver meilleure compagnie : Les mœurs , la vertu , le génie Sont l'ornement des cieux.

A mon treizième lustre , accablé de misère, Privé parfois du nécessaire , Ce vœu sied à mon cœur.

Ciel ! daigne l'exaucer, je loûrai ta justice.

Mes jours trop longs sont un supplice Qu'aggrave le malheur.

Salut , estime et respect ,

La muse forestière ,

ou r ermite de Bazemont :

J.-M. Vigneron père ,

Ancien garde forestier brigadier des bois du domaine, forêt des Alluels , à Baremont , près Maule (Seineel-Oise).

Bazemont. ce 2A janvier 1835.

4l4 MÉLANGES.

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