A LA MÈRE D'ÉLISA MERCŒUR
Dans son premier essor, ange de poésie ,
Comme un aigle l'oiseau... le destin l'a saisie !
Puis il a sans pitié détaché le lien
Qui l'attachait à nous qui Vécoutions si bien î
Ange , elle a pris son vol , et sa dernière plainte
Nous l'avons recueillie avec une ardeur sainte î...
Nous avons recueilli sa prière , ses chants ,
Recueilli ses adieux si tristes, si touchans!...
Recueilli tous les sons de la harpe plaintive
Dont les chastes accords sur notre âme attentive
Coulaient comme un miel pur, comme un lait bienfaisant
Ou comme d'une sœur le baiser caressant !!!
Nous l'écoutions si bien ! et tous dans la carrière
Aimions tant à revoir sa tête belle et fière.
Que ce fut un long jour de tristesse et de deuil
Que le jour où sa main nous montra son cercueil î
Enfant î... car elle était (enfant de poésie)
Plus près de son berceau , tout baigné d'ambroisie,
Que de la froide tombe , où , d'une faible voix ,
Pâle! elle nous disait : « J'y descends... je la vois!...
« Ma mère! j'ai bien peur d'un funèbre présage...
« Car je vois la douleur, les pleurs , le long veuvage
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« De celle qui n'avait qu'un enfant adoré !
« Ah ! j'entends vos sanglots dans mon sein déchiré !
(c Bonne mère ! voilà pourquoi je voudrais vivre
« Long-temps... pour vous offrir comme mon plus beau livre
« Les hymnes et l'amour, tous les élans d'un cœur
« Que remplit votre nom... » Ainsi disait Mercœur.
Envain son œil éteint, et sa voix affaiblie ,
Sa pâleur, tout montrait sa parole accomplie...
Hélas! dans notre espoir et dans notre amitié ,
Nous pensions que le ciel d'un ange aurait pitié I ! !
Elle est morte à présent!... morte! et laisse à la terre ,
Comme au fond des forêts , un ramier solitaire
Appelant de ses cris son compagnon ailé...
Et volant dans la nuit , inquiet , désolé...
Elle laisse... ramier qui n'a plus sa colombe.
Une mère qui prie et pleure sur sa tombe ! ! !
Silence ! respectons une de ces douleurs
Que n'assoupissent pas des larmes ni des fleurs !
Ecoutons à genoux la sublime prière ,
La plainte , les sanglots, les soupirs d'une mère...
D'une femme appelant de ses plus tendres cris
L'enfant que près de lui le Seigneur a repris!...
<( Mon Elisa ! dit-elle, ô mon bien ! ô ma vie I
a Hier, à mon amour quand le ciel t'a ravie...
« Pourquoi n'avons-nous pas, en nous donnant la main ,
« Gravi , comme deux sœurs , l'invincible chemin ?
<( Pourquoi n'avons-nôus pas*, l'une pour l'autre née ,
« Atteint le même port dans la même journée ?
« Ah ! pourquoi , moi surtout , qui n'avais pour trésor
« Qu'un enfant!... n'ai-je pu m'attacher à son sort ?
« M'endormir près de toi , par tes chants caressée...
« Comme aux bras d'un époux la chaste fiancée ?
« Sur la terre, ô mon Dieu î pourquoi me retenir
« Sans ma fille? Pourquoi? — Mère, pour me bénir! « Pour, soumise à mes lois , humble en tes destinées, n Prier, pleurer encor... de nombreuses anuées!... « Pour être digne un jour, sur son sein ranimé , « De presser à ma droite , un ange bien aimé !... »
Ainsi parle le ciel aux vertus d'une femme,
Et c'est pourquoi ses pleurs n'ont pas noyé son âme ! î !
Dius Antohy Rénal.
Lyon , 25 jaillet 1835.