DIFFERENCE MORALE
Nous voici revenus dans la route du temps, au même point d'où nous sommes partis.
Avançons maintenant de quelques heures, et nous nous trouverons au lendemain du jour où Dérigny célébra , par un bal , l'anniversaire de sa femme.
Francisca était seule dans sa chambre à coucher; quoiqu'il fût déjà tard, elle était encore vêtue en négligé du matin. Ses bou-
des de cheveux renfermées dans leur prison de papier se trouvaient retenues sur son front par un petit bonnet de mousseline des Indes, garni de malines, qu'attachait sous le menton un nœud de ruban satin rose hortensia. Une redingote de basin couleur de neige , qu'un simple cordon retenait autour de sa taille , laissait à cette taille de sylphide , aux formes élégantes et réelles, une gracieuse liberté de souplesse. A demi couchée sur un lit de repos, la tète appuyée sur un de ses bras qui la soulevait, les yeux tournés vers le plafond, Francisca était plongée dans cette espèce de sommeil où l'on dort en veillant , et dont les songes dociles obéissent à l'imagination qui les évoque et qui a soin, comme on le présume étant maîtresse du choix, de n'appeler à elle que le plus doux rêve dont elle se berce comme d'une suave méditation.
Quel était le songe occupant alors la pensée de la jeune femme? Calme et pur, la caressait-il comme un baiser maternel ?
s'exhalait-il comme un souffle embaumé de
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patrie ? soupirait- il auprès de son cœur comme un accent d'amour? reculait-il vers le passé ? s'élançait-il vers l'avenir, ou se reposait-il sur le présent? était-ce souvenir,
espérance ou réalité? Mystère!... De tels
songes ne se révèlent pas, on les garde dans le secret de l'âme ; on sait trop bien ce qu'ils signifient pour appeler une interprétation étrangère au secours de l'explication qu'on leur donne.
Mais quelle que soit la nature de cette sorte de rêves et quel que fût celui dont se berçât la belle dormeuse éveillée, ce qu'il y a de certain, c'est qu'effrayé par un léger bruit, celui de la porte ouverte et refermée , il déploya ses ailes et s'envola. Madame Dérigny se souleva sur son séant : c'était Arthur.
Ce visage si pâle était plus pâle encore; sur ses traits retirés et livides se peignait une émotion profonde, amère, comprimée. Il s'approcha de sa femme , déposa sur son front un baiser froid, glacé comme le contact du marbre, et, sans rien dire, se plaça près
d'elle , prit une de ses mains qu'il laissa retomber aussitôt; puis , la tête penchée sur la poitrine, les regards baissés vers la terre, marquant avec ses doigts la mesure sur ses lèvres et se rongeant les ongles , il restait là muet , immobile , absorbé , paraissant dans sa morne contenance affaissé de corps et d'esprit sous le poids d'une pensée lourde et sombre. Francisca lui heurtant légèrement la joue, il tressaillit, frissonna presque; et, répondant à ce geste comme à une question sans parole :
— « Que disiez -vous? lui demanda- 1- il après un instant de réflexion.
— Moi?... je ne parlais pas.
— Ah! pardon je croyais... »
Et, reprenant sa même attitude, ses dents continuèrent à aiguiser ses ongles , ses yeux à passer l'examen du tapis sur lequel ses pieds croisés s'appuyaient. Etonnée de ce silence, de cet air abattu , de cette extrême pâleur :
— « Qu'avez- vous , mon ami ? lui dit sa femme. . . Et, dans sa voix si peu souvent émo-
QUATRE AMOURS. qS
tionnée, se trouvait alors une expression de tendresse et de crainte. — Qu'avez-vous ? continua-t-elle.
— Rien.
— Cela n'est pas , vous souffrez !
— Peut-être mais que vous importe?
— Quelle réponse !
— Sans doute!... Si je souffre, quelle nécessité de vous confier le secret de ma souffrance , à vous qui n'avez d'écho dans l'âme pour aucune de mes sensations? Triste ou joyeux, vous ne prenez votre part ni dans ma joie, ni dans ma peine. Vous raconler mon cœur , c'est vous fatiguer d'un récit inutile ,
ennuyeux Ainsi, je vous le répète, que
vous importe?
— Vous n'êtes pas aimable, Arthur; il y a dans vos paroles une ironie cruelle, une
amertume glaçante Ce mot vous vous
ne me parlez pas ordinairement ainsi.
— Puisque votre bouche ne peut apprendre le mot toij il faut bien que la mienne
essaie de l'oublier. Ne pouvant le prononcer, il doit vous être pénible de l'entendre.
— Allons !.. . des reproches encore !
— Des reproches ! vous vous trompez , je ne vous en fais pas , je ne veux pas vous en faire.
— Vous m'en adressez donc sans le vouloir; car il y en a dans ce que vous dites, dans ce ton que vous prenez avec moi.
— Ecoutez! Et, se retournant vers elle,
lui saisissant le poignet sur lequel il appuyait fortement l'index , il attacha sur elle un de ces regards qui font froid , dont la sévère interrogation, dont la fixité vous épouvante d'une indicible et vague frayeur — de ces regards qui font chercher dans la conscience, fouiller dans tous ses replis, et qui, lorsqu'on n'y trouve rien , vous arrachent cette exclamation involontaire : Qu'y a-t-il, bon Dieu 1 de quoi s'agit-il?... Ce fut celle qui s'échappa des lèvres de la jeune femme.
— Ce qu'il y a, Francisca!... voulez-vous le savoir ?
— Oui, parlez!.... »
Et, craintive, agitée d'un indéfinissable trouble , ployée sous l'immobile regard de son mari, elle écouta, n'osant faire un mouvement pour dégager sa main renfermée dans celle d'Arthur, et pourtant , il la pressait à lui faire mal.... C'est qu'elle était aussi bien facile à la douleur, cette petite main toute emprisonnée sous les doigts nerveux et contractés qui la serraient , sans se douter de la violence de leur pression.
— « Eh bien !.., j'ignore, si vous souhaitez réellement de connaître le sujet de ma souffrance; mais moi , Francisca, moi , j'éprouve le besoin de vous le dire, j'éprouve celui d'épancher devant vous ce superflu d'émotion qui alourdit ma charge à m'écraser sous son poids. Il faut que j'arrache enfin de mon cœur ce doute qui l'obsède, le ronge, le serre d'une étreinte infernale... Mais pour cela, Francisca , il faut me répondre avec la plus entière sincérité , me parler comme on parle à
Dieu Me le promettez-vous ?
g8 QUATRE AMOURS.
— Je ne sais dire que ce que je pense , Arthur , et quelles que soient les questions que vous m'adresserez, vous pouvez compter d'avance sur la vérité des réponses... Interrogez-moi donc, je vous écoute...
— Eh bien! Il s'arrêta, se passa la
main sur le front , dont la fièvre qui l'agitait commençait à gonfler les veines ; sa bouche entr'ouverte semblait indécise sur le choix de ses paroles Enfin , profitant d'une résolution subite :
:^ri- — Francisca , avant de me connaître
en Espagne sous le ciel de la patrie
aviez-vous aimé? »
A ces mots, qui paraissaient avoir épuisé les forces de la voix qui venait de les prononcer, madame Dérigny dégagea brusquement sa main d'entre celles d'Arthur, se recula ; et , le contemplant à son tour de ce regard qui altère :
— « Savez-vous bien que vous m'inSultez!... »
Etourdi de la réplique, Arthur se sentit
monter le sang au visage , une vive rougeur prit un instant, sur ses joues, la place de leur pâleur accoutumée.
— «Vous insulter! s'écria-t-il. Mais non, non, je ne vous insulte pas! non, ce n'est pas à toi que ce que je viens de dire doit sembler une phrase d'injure. Qu'une Française se croie ou se prétende outragée par
une telle question bien Mais toi,
Francisca, toi Espagnole, toi qui, tout enfant , as dû être endormie , bercée au bruit d'un refrain d'amour , toi qui , dans tes premières paroles, as dû bégayer le mot amour ; qui, plus tard, quand tu l'as compris, as dû l'entendre résonner dans l'air comme une vibration habituelle, le trouver dans toutes les bouches comme un accent national, un
vieux mot du pays toi, qui as dû respirer
l'amour dans tous les parfums, l'écouter dans tous les sons , le voir dans tous les objets ce n'est pas toi que j'outrage en te
demandant si lu avais aimé, en doutant qu'au sein de la patrie , dix-neuf ans d'une
lOO QUA'ÇRE AMOURS.
vie d'Espagnole , se soient écoulés sans
amour. »
Il se tut, attendant une réponse, la demandant du regard. Mais Francisca, muette , étonnée d'une pareille question , s'interrogeait elle-même, et ne trouvant rien à se dire, gardait le silence à la voix comme à la pensée.
— € Et votre réponse , vous ne me la faites pas ? vous voyez bien pourtant qu'il me la faut.
— Arthur !
— Ah! si tu as aimé, ne crains pa« de l'avouer, ne rougis pas d'un tel aveu. Je t'ai bien dit, moi, que j'avais adoré une autre femme ; je t'ai dit que cette passion , toute faite dans mon cœur avant de te connaître, tu ne l'avais obtenue, ou plutôt prolongée, que parce qu'en t' aimant, c'était elle encore que j'aimais en toi ; que tu la rendais à mon âme comme tu la rendais à mes yeux. Et quand je t'ai dit cela , en m'écoutant , tu n'as pas ressenti pour moi du mépris, de la haine — Ne crains donc pas de me paraître
plus criminelle d'un autre amour , que je ne t'ai semblé coupable du mien. Eh bien! tu te tais encore ; parle, réponds-moi ; de grâce, avais-tu aimé ?
— Non.
— Et depuis?
— Que voulez-vous dire?
— Tu ne me comprends pas?
— Non.
— Peut-être finiras-tu par m'entendre.
Voyons Ici sa voix fit une légère pose.
Il reprit : Francisca, depuis que tu m'appartiens, n'as-tu jamais regretté d'être à moi? n'as-tu jamais , pleurant en secret ta liberté perdue, senti le poid du joug et désiré de voir rompre la chaîne qui lie ton sort au mien?... ton cœur ne m'a-t-il rien ôlé de ce qu'il m'avait donné d'affection? ne s'est-il jamais détourné de moi pour aller vers un
autre? enfin, depuis que tu m'aimes,
m'as-tu toujours aimé ? m'aimes-tu encore?... m'aimes-tu seul ? >
Une aussi singulière conclusion eût, certes,
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excité dans une autre femme un accès de colère ardente, impétueuse, bouillonnante, brisant du choc de ses flots débordés toutes les digues de la retenue; mais chez la presque impassible madame Dérigny , toute émotion , quelque violente qu'elle fût , ne pouvait se communiquer au-dehors avec la force d'un torrent, la promptitude d'une commotion électrique. Cependant elle était émue , un léger tremblement dans sa voix témoigna seul de son agitation.
— « Arthur, avant de vous répondre, voils me permettrez, je l'espère, de vous interroger à mon tour , de vous demander quel motif vous porte à m'adresser l'insultante question que vous \enez de me faire.
— Insultante !
— Oui, elle l'est, et vous m'en expliquerez la cause ; vous m'avez donné le droit de l'exiger, en me contraignant à vous entendre. Maintenant , Arthur , c'est à vous de répondre. Je vous écoute. Tâchez, si vous pouvez, d'abaisser votre esprit au niveau de ma fai-
ble intelligence; car, je vous le répète , je ne vous comprends pas.
— Oh! comprends-moi doncl conçois tout ce qu'il y a de trouble , de tourmens , d'angoisses dans mon âme!... Devine donc ma pensée , puisque je ne sais pas de mots qui l'expriment. Oh! mon Dieu, mon Dieu! ne saura-t-elle jamais ce qui se passe en moi, ou plutôt ne voudra-t-elle jamais l'apprendre?»
Il se leva , fit quelques tours à grands pas dans la chambre , marchant avec agitation , murmurant de sourdes paroles et paraissant faire un violent effort de raison pour surmonter son trouble et reprendre un peu de calme : il vint se rasseoir auprès de sa femme :
— « Tu ne m'as pas répondu , lui dit-il.
— Je ne me crois pas obligée de le faire. Quoique vous sembliez jouer auprès de moi le rôle d'un juge ou d'un confesseur, je ne me figure pas être assise sur la sellette d'un accusé ou agenouillée au pied du tribunal de
Dieu. D'ailleurs , ce que je vous dirais porterait-il bien à vos yeux le cachet de la vérité? On ne croit guère entièrement qu'à un aveu libre, Arthur, et le mien, fait dans cet;instant , vous semblerait-il dépouillé de toute contrainte fj non. J'attendrai : donc à vous le faire que, par la tranquillité de votre esprit , vous soyez en état de m'accorder la croyance due à ma franchise. Cependant, dussé-je encore redoubler l'inconcevable agitation dans laquelle vous êtes , dussé-je même exciter votre fureur, comme l'étrange interrogatoire que vous me faites subir n'est pour moi qu'une impénétrable énigme, vous
aurez la bonté de m'en donner^^le mot.... vous me le devez. »
Il y avait du commandement dans le ton
de cette dernière phrase, Arthur le comprit ;
il sentit qu'en effet sa femme avait le droit
de se croire offensée et de demander raison
lie l'outrage. Il lui prit la main , l'approcha
de ses lèvres, malgré l'effort^qu'elle fit pour
la retirer; et, d'une voix d'abord embarras-
QUATRE AMOURS. lo5
sée , à demi craintive , mais s'affermissant par degré et finissant par arriver à un ton d'exaltation profonde :
— «Pardonne-moi, lui dit-il, pardonne à ce qu'il peut y avoir d'insulte dans mes paroles. En te demandant si tu n'en aimes pas un autre que moi, sois persuadée , Francisca, qu'il ne m'est pas venu dans la pensée de soupçonner ta vertu, de douter un seul instant que tu sois restée fidèle à ton devoir? non, je puis croire à ton inconstance, et non pas à ton avilissement. Je ne t'accuse pas d'avoir manqué à l'honneur, d'avoir trahi ta foi d'épouse. Si je te soupçonnais d'infamie , je t'aurais apporté des preuves , je t'aurais confondue, abîmée dans ta honte. Je ne serais pas venu, m'en rapportant à ton seul aveu , me soumettant d'avance à la plus entière conviction, te prier de vouloir bien confirmer ou détruire le doute affreux qui me ronge... Mais, Francisca, comment veuxtu que je me croie aimé, ou du moins aimé seul? Est-il possible que tu m'aimes de tout
ton amour et que tu puisses conserver cette insouciance, cette apathique froideur de sensations qui repousse et glace les miennes en les renvoyant vers mon âme? Non, ce n'est pas une Espagnole qui peut jeter sur sa passion ce voile épais d'indifférence. Chez toi , le cœur doit subjuguer l'esprit et non l'esprit dominer le cœur. L'amour doit être un sentiment- roi commandant à tous les autres, leur imprimant, dans sa volonté de despote, le mouvement ou l'immobilité... Voilà ce qu'il doit faire , et non se laisser maîtriser lâchement, par une réserve inutile, une timidité nonchalante. Que veux-tu que je pense de la tiédeur du tien? sinon qu'il existe un rempart de glace entre mon image et ton cœur, qu'une image plus chère, un être plus heureux obtient de toi cette exaltation de pensées, cette ardente ferveur d'amour, ce bien que tu me refuses, ce trésor que tant de mes vœux sollicitent et contre lequel j'échangerais tous les autres biens de la terre, si Dieu me les eût donnés... Non! je le dis
avec une amère et déchirante certitude , tu ne m'aimes pas, et tu dois en aimer un autre.
— Ah! mon ami, pouvez-vous...
— Prouve-moi le contraire. Si je m'abuse, détrompe-moi d'une erreur qui me tue ; n'attends pas que l'habitude de la souffrance m'ait rendu le bonheur impossible en lui fermant à jamais toutes les voies de mon âme. Ah ! si tu le peux, Francisca, persuademoi que je suis aimé... mais tu ne veux pas même l'essayer !
— Et le puis-je, Arthur, quand mes paroles , quelque vraies qu'elles soient , n'ont sur vous aucune puissance de conviction ?
— C'est qu'en me disant je vous aime , ces mots ne s'impreignent pas d'amour en passant par tes lèvres; c'est qu'ils ne reçoivent de ton cœur et de ta voix aucun reflet, aucun accent de passion. Ces mots ne paraissent dans ta bouche que des sons machinalement articulés et jetés dans l'air au ha-
sard... Ah! dans la voix de Louise, ils ne signifiaient pas ee qu'ils expriment dans la tienne !
— Je ne sais pas les dire autrement, interrompit Francisca d'un air confus et légèrement boudeur. Si vous ne me croyez pas, ce n'est pas ma faute , mais la vôtre.
— La mienne , est-ce bien sûr ? Un triste sourire passa sur ses lèvres et n'y resta que le temps d'un éclair. Ah ! conlinua-t-il , si tu parviens à me convaincre d'injustice, avec quelle reconnaissance ne t'offrirai-je pas l'hommage de mon repentir !
— Aurez-vous enfin , ajouta-t-elle avec une insouciance ironique, la bonté de m'apprendre comment vous avez découvert cet amour que j'éprouve, sans me douter que je le ressens? pourrez-vous aussi me nommer celui que j'aime? Ce sera me rendre service, ce sera sortir mes vœux du vague dans lequel ils se perdent, ne sachant à qui s'adresser. »
Dérigny, déconcerté par ce ton moqueur, s'aperçutalors qu'il avait beaucoup parlé sans
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Tien dire ; et, commençant à se fatiguer luimême de la longueur de cette étrange scène, il réfléchit quelques instans, reprit ensuite la parole , fit rapidement l'exposé de ses doutes , de sa pénible déception sur son caractère , lui peignit la tristesse de son désappointement lorsqu'en prodiguant mille dons à sa vanité de femme , il ne recevait que de dédaigneux remerciemens au lieu de transports de joie et d'orgueil... Une fois qu'il en fut arrivé là :
— 0 Lorsqu'il me fut bien démontré que tu ne m'aimais pas , ne pouvant soupçonner dans ton cœur l'absence du sentiment que tu me refusais, alors ce fut moi dont je passai l'examen; je me regardai, je me vis ce que j'étais, je ne me trouvai pas grandement fait pour plaire ; je me dis qu'ayant été aimé de Louise , ton amour n'était pas une conséquence inévitable de celui qu'elle avait eu pour moi.
— Louise, toujours Louise! N'avez-vous que ce nom sur les lèvres ?
— S'il vous fâche de l'entendre, Francisca, vous devriez donc essayer de me le faire oublier.
— Après?
— Après , je cherchai le motif qui t'avait portée à m'accepter pour époux ; ce n'était pas la crainte , l'obéissance , on t'avait laissée libre de ton choix. Je me demandai si c'était par vengeance, par inquiétude de ton avenir, que tu t'étais donnée à moi. Je t'étudiai de nouveau ; ta froideur me parut être l'effet de l'ennui de ta situation présente et des regrets de ton existence passée. Il me sembla que ton cœur, si je puis me servir de cette expression , tournait le dos à la France et regardait vers l'Espagne, non pour retrouver seulement en elle la terre natale , le sol où s'imprimèrent tes premiers pas , l'air qui fut aspiré dans ton premier soupir, le ciel qui fut salué de ton premier regard, la patrie enfin, mais pour revoir aussi, pour placer sur le premier plan de ce tableau tracé par ta mémoire , un être dont le souvenir ai-
mante attirait ton âme glissante vers lui à travers le temps et l'espace, un être coupable ou malheureux , je ne savais lequel , mais du moins aimé. Cette supposition s'appuyait d'une probabilité puissante ; mais, en l'adoptant, c'était ouvrir à mes soupçons une carrière trop vaste et trop obscure ; quelle chance avais-je d'y rencontrer celui que je cherchais... aucune; aussi, me lassant bientôt d'une recherche inutile , je regardai autour de moi , je cherchai parmi les hommes formant notre société , s'il n'en était pas quelqu'un dont la grâce ou l'amabilité avait pu mériter l'attention d'une femme comme toi. Plusieurs se partagèrent mes soupçons incertains; j'allais de l'un à l'autre : enfin hier
— Ah! pourtant Voyons! je suis
curieuse !
, — Hier , je me sentais malade à l'esprit ; l'humeur que j'éprouvais, sans trop m'en expliquer la cause , reflétait une nuance sombre sur tous les objets qui m'environnaient.
i 1 2 QUATRE AMOURS.
Le soir vint, le bruit et la foule m'étourdirent. J'aurais voulu être seul , ne rien entendre , me cacher la tête dans les mains et pleurer ; il me fallut prendre sur moi , rassembler toutes mes forces pour jouer tant bien que mal mon rôle de maître de maison. Te le dirai-je? moi , fier de toi, orgueilleux du moindre triomphe que tu peux remporter; moi qui t'avais parée comme on pare une idole , pour éblouir, pour fasciner les yeux de la foule à genoux devant elle; eh bien ! en te voyant l'objet de l'admiration , en entendant les éloges prodigués à ta beauté comme à ta parure, je me sentais contrarié, mécontent. Chaque louange qu'on te donnait me retentissait péniblement à la pensée. L'éloge qui m'était le plus insupportable, était celui que l'on faisait de tes yeux, tes yeux si beaux , si expressifs , si pétillans dame, si menteurs en me parlant. Oh! ^i j'avais pu dire à tous ceux qui les admiraient : Taisez-vous donc! Mais, contraint à les entendre, je me mis à contempler aussi,
moi , ces yeux qui me faisaient mal à les voir étinceler de tant de feux 1 Alors, mari jaloux, je suivis des miens chacun de tes regards; hélas ! j'étais le seul point vers lequel ils ne se dirigeaient pas. Enfin, quelqu'un s'avança vers toi ; l'accueil que tu lui fis , l'expression qui se répandit sur ton visage fut un éclair pour moi ; je me dis : le voilà , lui. Et quand vos deux voix unies laissèrent échapper de si purs, de si doux accens, oh 1 il y avait de l'amour , de l'amour partagé dans les sons qui sortaient de vos lèvres et semblaient s'élancer de vos cœurs. Vous chantiez bien , beaucoup trop bien , et moi , j'étais horriblement malheureux de vous entendre; bon Dieu , que j'ai souffert à vous écouter !
— Ainsi, c'est M. Roger qui
— Oui, Roger. II est beau, aimable, habile à plaire.... Et tu l'aimes , n'est-ce pas?
— Que le ciel ait pitié de vous , Arthur , vous avez grand besoin de son aide.
— Tu l'aimes?
— Et non , non , je ne l'aime pas.
i l4 QUATRE AMOURS.
— Si cela est, pourquoi le reçois -tu comme tu l'accueilles , l'écoutés - tu avec tant d'attention , mets-tu tant d'empressement à lui répondre ?
— C'est qu'il a vu l'Espagne, Arthur, c'est qu'il en cause souvent et qu'on a toujours une réponse prête pour qui vous parle du pays.
— Yiennent-elles d'Espagne, ces fleurs qu'il t'apporte? Avait-il été cueilli sous le ciel de Barcelonne , ce bouquet qu'il te donna l'autre jour et que tu pris avec une folle joie d'enfant? Tant qu'il a conservé sa fraîcheur, tu n'as pas vu une seule personne à qui tu ne l'aies montré . à qui tu n'en aies fait respirer le parfum. Tu en étais fière, jalouse; tu n'en aurais pas pour beaucoup détaché la moindre branche, la plus petite fleur. Tu l'as reçu et gardé avec mille fois plus de reconnaissance et de soin que lu ne reçois et ne gardes les parures, les bijoux que je te donne. C'est qu'au fait , il faut être juste ; un collier de diamans présenté par la main d'un mari ne
QUATRE AMOURS. Il5
vaut pas à beaucoup près une simple rose offerte par la main d'un amant. »
Francisca devint rouge jusqu'aux paupières. Ce n'était pas de honte qu'elle se colorait ainsi , c'était d'un peu de colère et de beaucoup de pitié.
— «Yous êtes fou, Arthur. J'aime les fleurs, vous le savez. Quand M. Roger m'en apporte, je les reçois sans distinction de la main qui les donne. D'ailleurs , il ne m'en parle pas sans cesse; il ne s'inquiète ni du prix que j'y attache, ni de l'usage que j'en fais. Yous, vous me reprochez continuellement les présens que je dois à votre générosité Si je
les demandais encore! mais non, c'est vous qui me forcez à les recevoir. Ah! gardez ceux que vous pourriez me faire, reprenez ceux que vous m'avez faits , vos reproches me les vendent trop cher, je ne veux plus les acheter à ce prix.
— Te les reprocher, moi , bon Dieu ! regarder comme perdu ce qui peut t'embellir ou flatter ta vanité ! Ya, je te voudrais autant
Il6 QUATRE AMOUP.S.
de joie de les posséder que j'ai de bonheur à te les offrir I »
Madame Dérigny baissa la tête et réfléchit.
— « Arthur, voulez-vous m'entendre avec toute la patience et l'attention que j'ai mises à vous écouter?
— Oui , parle , ne garde rien dans ta pensée ; j'ai besoin de la savoir toute.
— Je vous l'avouerai , mon ami , je ne vous ai pas compris d'abord; vous m'avez irritée tant que vous ne m'avez paru qu'injuste; vous l'êtes encore, mais vous êtes malheureux, et ma colère s'en va. Vous me faites sentir la nécessité d'une explication. Je regrette maintenant que vous ne l'ayez pas cherchée plus tôt. Nous nous sommes trompés tous deux, Arthur; vous me pensiez ce que vous êtes , et je vous croyais ce que je suis. Née en Catalogne, élevée par des parens espagnols, ayant reçu d'eux une éducation peut-être un peu plus étendue que celle que mes compatriotes reçoivent d'ordinaire, mais cependant tout-à-fait dirigée
dans l'esprit de mon pays, ayant vu le monde et passé dix-neuf ans aux lieux de ma naissance, malgré tout cela, je ne suis pas Espagnole, c'est-à-dire dans le sens que vous l'entendez. Si mon visage est catalan , il me serait bien difficile de vous dire de quel endroit est mon cœur. Ce qu'il y a de certain, c'est que la nature ne l'a pas fait comme celui de mes compatriotes. A-t-il l'exaltation de moins ou la raison de plus ? c'est ce que je ne déciderai pas. Je n'ai pas attendu jusqu'à ce jour pour découvrir cette différence de caractère. Il y a long-temps , mon ami, que je m'en suis aperçue; dès l'instant où j'ai pu penser par moi, j'ai senti que je ne pensais pas comme les autres; plus tard, quand je me suis vue forcée par la situation de mon oncle de me heurter à la société, j'ai écouté le bruit, j'ai regardé l'éclat du monde , et ni mes oreilles ni mes yeux n'ont fait parvenir la séduction à mon cœur; être à part , je m'isolais dans moi. S'il existe des personnes dont le corps échappe à l'influence de toute
rjntagion pestilentielle, il faut qu'il en soit de même à l'égard de certaines âmes.
Vivant sous un ciel enfiévré de passions, moi , je n'ai respiré qu'un air tiède et calme. Cependant , ne croyez pas , mon ami , qu'aucune affection ne puisse trouver place dans mon cœur ; les sentimens y pénètrent peutêtre avec moins de bruit, mais ils s'y établissent avec plus de solidité que dans beaucoup d'autres. A la vérité, ils ne produisent pas dans moi de ces secousses violentes qui agitent et brisent même quelquefois les ressorts de la vie. Je ne crois pas qu'il me soit possible d'éprouver le bonheur jusqu'au délire, ni le malheur jusqu'au désespoir. Je n'use pas ce que j'éprouve à le dépenser en démonstrations, et je ressens peut-être avec autant de force que vous, Arthur, j'aime moins que vous si vous voulez, mais j'aime mieux , car j'aime en amitié comme en amour d'un sentiment tout simple réduite lui-même; je ne l'orne pas d'illusions , je ne le colore pas d un reflet de prisme, aussi
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la raison et le temps ne peuvent rien lui ravir ; et , voyez-vous, vous serez long-temps aimé, car je vous aime , Arthur.
— Tu m'aimes!
— Oui , quelque injuste que vous soyez maintenant, quelques torts que vous puissiez avoir envers moi dans la suite.
— Je ne sais si je dois me plaindre ou me réjouir de cette disposition d'esprit. Etrangère comme je vous l'ai dit sur le sol natal et au milieu de mes concitoyens, il m'était impossible, je le sentais, de sympathiser avec eux ; ma tranquillité n'allait pas à leur enthousiasme. Aussi dans mon rêve d'avenir , je me créais une patrie d'avenir sous un autre ciel, je plaçais ma vie auprès d'une existence paisible comme elle , je les enfermais toutes deux dans une étroite réalité , à l'écart du monde ou l'approchant sans se lier. Sans les vapeurs de sa lourde atmosphère et la mélancolie de ses habitans , j'aurais choisi la paisible Angleterre. Mais la France î... Oh! c'était elle qui me souriait, le pays où je dé-
sirais un toit pour m'abriter vivante, une tombe pour m'envelopper morte. La France, belle , pure et naïve !. . . . Non, vous ne pouvez vous faire une idée de ma joie quand mon oncle me proposa de l'accompagner dans son voyage. Quand je vous connus, Arthur, je me sentis doucement aller vers vous par le penchant de mon cœur; je vous crus semblable à moi de caractère, et je vous aimai ; je fus heureuse de vous appartenir. Cependaat il faut de la franchise , il y avait dans vous quelque chose qui me déplaisait, c'était votre goût pour tout ce luxe que je vous voyais prodiguer, sans utilité, sans cause. Chez mon oncle , j'avais apj^ris le danger qu'il y a de s'enorgueillir d'une pareille vanité. Et dans mon mari, je ne désirais ni l'apparence , ni la réalité même de la richesse. Mais je me flattais de vous ramener à des goûts plus simples , moins coûteux. Je me suis trompée ; depuis noire mariage , chaque jour a amené pour vous la nécessité d'une nouvelle dépense; le besoin est né de
l'habitude; et maintenant, permettez- moi cette comparaison , peut-être fausse, peutêtre juste: dans votre soif d'éclat et de bruit, il vous faut du luxe, dans vos sensations, dans les sentimens que vous inspirez, comme il vous en faut dans les meubles, dans les vêlemens. Vous me demandez de l'extravagance et vous refusez ma raison.
— Ta raison , ta froideur , ton dédain plutôt. Mon père était raisonnable comme tu prétends l'être , ma mère insensée comme moi, et ma mère est morte de sa folie; car c'était une démence incurable, un mal qui lui rongeait le cœur, une souffrance de toutes les minutes... celle qui m'est réservée.
— Mais calmez-vous , mon ami , et s'approchant d'Arthur qui s'était levé et marchait à grands pas dans la chambre , elle passa son bras sous celui dont il se pressait la poitrine, s'appuya la tête contre son épaule, leva timidement les yeux et répéta doucement : je vous aime. Dérigny inclina son front vers celui de sa femme , sourit avec une exprès-
122 QUATRE AMOUKS.
sion de doute et d'amertume. Et montrant à Francisca une glace placée devant eux.
— Regarde, lui dit-il; sur quel visage Irouves-lu l'empreinte d'un sentiment profond , extrême de cette exaltation d'âme que tu nommes folie?
— Ah! répondit-elle confuse et craintive, c'est que mes yeux reflètent votre cœur comme les vôtres le mien.
— Si tu dis vrai , tu as raison , tu n'es pas
Espagnole Mais achève, que faut-il à ta
vie
— Du repos , du silence , quelqu'un à aimer, à entourer de mes soins, une médiocre fortune , assez pour vivre sans misère et quelque chose de plus pour faire un peu de bien.... Voilà tout.
— Et moi aussi , je ne demanderais pas davantage au sort pour être satisfait de mon lot; si tu étais ce que j'avais cru, ce que tu devrais être, ce qu'était Louise; près d'elle, au-delà de son amour , qu'il m'eût fallu peu
de chose pour être riche de bonheur
Ma pauvre Louise ! »
Et ce nom lui brûla les lèvres.
Il repoussa le bras de sa femme , fit quelques pas encore, et se laissant tomber dans un fauteuil , se mit à pleurer à sanglots ; sa voix, presque étouffée, jeta ces mots à travers ses soupirs.
— « Francisca , que tu me rends malheureux!
— Vous ne me croyez donc pas?
— Eh ! mon Dieu si , je te crois , et c'est parce que malgré moi je me sens convaincu par tes paroles , que je souffre ainsi , que je suis mille fois plus malheureux que je ne l'étais hier, hier, quand j'étais jaloux. Oui, ma confiance en toi me fait mille fois plus de mal que tous mes soupçons ensemble... Oh! si ma jalousie pouvait revenir, il y avait encore un peu de bonheur au fond de ma peine. »
Cette fois , madame Dérigny resta muette d'excès de surprise.
124 QUATRE AMODKS.
— « Oui, ayant foi dans ta vertu, dans ton respect de toi-même , je préférerais la jalousie à cette léthargique sécurité, cette froide garantie de tes sentimens pour moi. Jaloux , épiant avec des convulsions d'angoisses ton amour pour un autre , dans tes paroles , dans tes regards , dans ton silence , dans ton sourire , dans ta tristesse ou dans ta joie ; portant partout avec moi l'image exécrée d'un odieux rival , la voyant se dresser comme un
spectre , debout , devant ma pensée Eh
bien! ce tourment atroce, infernal, serait encore plus doux à souffrir que ce repos , cet anéantissement dans lequel tu me plonges.
— Comment cela, mon ami?
— Gomment? — Eh! ne le conçois-tu pas ! Jaloux, je me dirais elle ne m'aime pas, mais je pourrais me dire elle aime; et peut-élre un jour, le temps, mes soins, ma douleur, son inconstance à lui, ou son repentir à elle la feront se retourner vers moi, me payer mes iourmens , refaire ma vie avec son amour ; me rendre heureux. . ... Et le bonheur
QUATRE AMOURS. isS
après la peine ; c'est un pur et brillant sourire du soleil après la sombre colère d'un orage. Il fait plus beau dans 1 anie après la souffrance, comme dans le ciel après la tempête. Le présent me manquait, mais l'avenir était devant moi coloré d'un faible rayon d'espoir... et maintenant...
Il posa une main sur le sein de sa femme à la place du cœur. C'était une interrogation muette, et cherchant une réponse décisive par la pression de cette main brûlante. Immobile, elle resta là quelques minutes et s'ôta... La réponse était faite. — Maintenant, continua-t-il , rien pour moi dans l'avenir , hors la souffrance qui se rive à mon âme
comme les fers aux bras du coupable
Rien!... comme dans ce cœur qui ne bat que pour témoigner de ton existence. Malheureux! j'avais foi dans ces yeux imposteurs!... D'où reçoivent-ils donc l'éclat qui les anime?... N'est-ce que la réflexion de la lumière que les rayons du jour répétés dans ces yeux, comme dans l'onde, dans le cris-
tall... Et moi qui, dans le feu de leurs regards, croyais voir j'aillir des étincelles dame.... Funeste déception, vérité plus fatale encore Elle ne sait pas aimer.
— Mais, Arthur!
— N'ajoute pas un mot, Francisca ; ton cœur est là pour démentir ta voix; tu ne peux lui commander de palpiter plus vite , de parler d'amour, et la tranquillité de ses battemens est l'irrécusable preuve de ta morne indifférence, de ta paisible insensibilité Mais
que veux-tu? ce n'est pas ta faute, c'est la nature qui t'a faite ainsi..... ce n'est pas toi qui m'as trompé , c'est moi qui m'abusais et qui voudrais racheter au prix de ma vie quelques instans de mon erreur évanouie pour jamais. Hélas ! pourquoi ai-je voulu savoir ton cœur? pourquoi l'ai-je appris?. . . La leçon m'a coûté cher , je l'ai payée de ce qui me restait d'espérance. »
Et ses yeux n'avaient plus de larmes; son désespoir les séchait à la source. Francisca se recueillant dans sa pensée, achevait de
comprendre Arthur autant qu'il était possible qu'elle le comprît. Consciencieuse , elle s'accusait de n'avoir donné que du malheur à celui qui, la choisissant pour l'aider à traverser la vie , l'avait crue pour lui dépositaire d'un trésor de félicité. Tous deux souffraient, mais non de la même peine ; tous deux gardaient le silence.
Une voix se fit entendre , celle du temps ; la pendule sonna trois coups; Dérigny se leva. — « Allons , dit-il, désormais toutes les heures seront semblables pour moi , elles auront entre elles une effrayante parité d'infortune. Me voilà tombé de l'illusion dans la réalité; et ma tâche est la résignation... Puissé-je la remplir !
— Me pardonnez-vous? dit sa femme en se levant aussi.
— Eh ! mon Dieu tu n'es pas coupable; et toi me pardonnes-tu mes soupçons?
— Oh ! oui. » Elle se jeta à son cou, l'embrassa ; il sortit.
laS QUATRE AMOURS.
C'était l'heure où il donnait audience à son homme d'affaires, où l'amant exalté devenait spéculateur, et passait de la poésie de l'amour à la prose de l'or.