ES GRANDS JOURS
Doyac est gouverneur d'Auvergne ; c'est un de ces homnaes qui , ne pouvant se faire estimer, veulent se faire craindre. Devenu favori de Louis XI, malgré toutes les odieuses calomnies qu'il a inventées contre le duc de Bourbon , il profite de l'empire qu'il s'est assuré par ses méchancetés sur l'esprit du roi , pour décider Sa Majesté à établir la tenue des grands jours (i). Doyac, en les
(i) Les grands jours étaient des espèces d'assises ou diètes solennelles qui se tenaient de temps en temps par une commission du roi dans les provinces les plus éloignées des parlemens. L'objet des grands jours était la recherche des abus qui pouvaient échapper à la connaissance des parlemens.
demandant, pense à venger ses injures particulières ; et le roi , en les établissant, songe qu'ils lui serviront à découvrir quelques traîtres. Ils s'ouvrent à Montferrand. Le duc de Montpensier, prince du sang , et Matthieu de Nanterre sont les commissaires du roi ; deux maîtres des requêtes , plusieurs conseillers , etDoyac composent le tribunal. Le premier arrêt qui s'y rend est pour réparation des propos tenus contre Doyac (i).
(i) Elisa arait l'intemiun de faire un plaidoyer qui, je crois, aurait offert beaucoup d'intérêt.
Un homme jouissant de la plus haute considération en Auvergne est appelé le premier en réparation de propos qu'on l'accuse d'avoir tenus contre Doyac, et pour lequel il a été rendu un arrêt. Doyac ne demande pas , comme le tyran Grisler, que l'accusé plie le geucu devant son bonnet , mais devant lui, car il veut une réparation publique : la peine doit être mesurée à l'offense... Si le tribunal n'était composé que de juges comme Doyac , l'accusé courberait la tête sans daigner se défendre, mais il est eu présence d'hommes d'honneur; et, quoique Doyac ait pris soin de se couvrir du mépris public, il doit se justifier de l'accusation que ce tyran a osé porter contre lui... et il le fait sans beaucoup d'efforts, car la vérité a besoin de peu pour se faire comprendi'e, et Doyac a la honte de voir absoudre l'accusé et le chagrin de se voir arracher la vengeance qui l'avait porté à conseiller su roi d'établir la tenue des grands-jours.
(Exposé du plan du chapitre XXXI qui devait faire partie de Louis XI et le Bénédictin.)