‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de NantesChapitre 70 sur 72 · LA SIGNATURE · texte numérisé non relu

LA SIGNATURE

Tout semble concourir à la prospérité et à l'agrandissement de la France. Louis XI a fait des traités avec tous ses voisins ; le duc de Bretagne est devenu son allié depuis la mort du duc de Bourgogne ; Marguerite d'Anjou lui a cédé tous ses droits sur la Provence.

Si le crime et le parjure pouvaient assurer le bonheur, rien ne manquerait au bonheur

de Louis XI , car le parjure et le crime lui sont soumis. Il pensionne des traîtres , fait disparaître ceux dont il craint l'indiscrétion. L'abbé de Saint-Jean-d'Angely a été trouvé étranglé dans sa prison le lendemain du jour où le duc de Bretagne a signé son traité avec Louis XI. Louis a fait enlever les pièces du procès de l'abbé de Saint-Jean-d'Angeîy, et les a brûlées ; il a donné des charges et des sommes considérables à ceux qui lui ont remis ces preuves irrécusables de son crime,..

Louis , malgré sa prudence , manque de tact ; il pouvait réunir la Bourgogne à la France , en mariant le dauphin à Marie de Bourgogne ; et Louis a manqué ce mariage , dans la crainte que le dauphin devînt trop puissant , et Marie a épousé Maximilien.

Louis XI , toujours défiant et inquiet, veut changer sa signature, parce qu'il prétend que le duc d'Autriche la contrefait ; mais le conseil qu'il a assemblé pour lui faire part de son projet lui représente le danger qu'il y aurait à la changer, à cause des traités

qu'il a signés , et que d'ailleurs rien n'empêcherait que l'on ne contrefît la dernière comme la première, si toutefois elle l'a été; qu'il vaut mieux faire contre-signer par un secrétaire tout ce qu'il signera , et Louis renonce à changer sa signature.

(ExpoM (lu plan Ju cliapilrc \XXII qui Jcvail faire partie (l<^ Louis XI et le néncdietin.)

LA SAIGNEE.

Quoique un pied dans la lombe et l'autre près d'y descendre , car Louis XI a des faiblesses qui font craindre pour ses jours, Louis ne peut oublier qu'il est roi et ne veut pas que les autres l'oublient... Sous des prétextes frivoles, il envoie des ambassadeurs dans les cours étrangères; il comble de présens les envoyés des autres puissances, mais il ne les voit point; car il craindrait que l'ai-

téralion de ses traits ne le fît croire moins redoutable, et Louis veut être redouté... Louis ne se montre qu'à ceux qui l'entourent... Olivier-le-Dain et Tristan-l'Hermite sont les échos des ordres et des lois qu'il dicte du fond de son cachot royal (i) , dont les portes ne s'ouvrent plus que pour livrer passage à des moines superstitieux (2), à des physiciens et à des marchands de reliques (5)... Louis, qui croit voir sa guérison attachée à toutes les reliques qu'il n'a pas , prodigue les trésors de l'Etat pour se les procurer; mais il plie en vain sous le poids de ces saints topiques, ils ne peuvent lui procurer un seul instant de calme. Louis XI ne sait plus à quel saint se vouer pour re-

(i) Louis XI, sur la fin de sa \ic , fit entourer d'un treillis de fer le château thi Plcssis-les-Tours , et en fit parsemer les fossés et les chemins environnans de dix-huit mille trappes et chausses- trapes.

(2) Les chanoines de Cologne -vinrent au Plcssis pour s'assurer des revenus que Louis XI avait donnés à leur église en vertu des reliques des trois rois qui lui avaient été vantées.

(3) Un marchand lui ven-lit une petite image d'argent 160 livres.

56o LOUIS XI ET LE BENEDICTIN.

Ciller sa mort ; il ne voit que trop qu'il ne doit plus compter sur le secours des reliques , des offrandes et des prières pour prolonger ses jours, et pourtant Louis voudrait vivre... Sa vie est nécessaire, il le sent... Que deviendrait la France s'il mourait?... Louis doit tout tenter pour se conserver à son bon peuple qu'il aime; il ne doit faire fi d'aucun moyen... Si le physicien avait dit vrai... si le sang innocent pouvait!... et aussitôt Olivier parcourt les villages des environs et revient suivi d'une paysanne , portant dans ses bras un enfant endormi. Olivier lui a dit que le roi veut du bien à cet enfant... Pendant que la bonne villageoise , toute honteuse de paraître devant le roi dans ses habits de travail , car Olivier n'a pas voulu lui donner le temps de prendre ses biaux atours , fait des révérences plus gauches les unes que les autres , Olivier parle bas au roi... Louis s'aperçoit de l'embarras de la pauvre femme dont l'enfant vient de se réveiller et pleure pour avoir le sein de sa

mère; il va à elle , la prend par la main , la fait asseoir près de lui et veut qu'elle donne à téter à son joli marmot qu'il prend dès cet instant sous sa protection, et il baise l'enfant au front... L'enfant, sans respect pour la Majesté Royale, passe une de ses petites mains dans le collier de l'Ordre de Saint- Michel que le roi a au cou , et ce n'est pas sans peine que la mère parvient à lui faire lâcher prise. . . Louis aime les braves gens ; il sait que la villageoise a son père qui est infirme et qu'elle lui donne les plus tendres soins (c'est ce qu'Olivier lui a dit tout bas). Louis veut que ce vieillard ne manque de rien , et il donne l'ordre à Olivier de faire compter dès le jour même à la villageoise une somme pour l'entretien de son vieux père et pour celui du petit marmot ; et il dit à la paysanne que chaque année, à pareil jour, elle en recevra une semblable... Dès que les forces de Louis lui permettront de sortir , il veut aller manger la soupe avec le vieillard... Louis ne se plaît qu'avec ses bons paysans qu'il

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