‹ Œuvres complètes d'Élisa Mercœur de NantesChapitre 72 sur 72 · LES FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

LES FIANÇAILLES

Louis XI, malgré ses souffrances, ne néglige et n'a négligé aucun des moyens d'assurer la paix à la France. Instruit par les émissaires qu'il entretient en Flandre, que les Flamands veulent la paix et qu'ils désirent la sceller par le mariage du Dauphin avec Marguerite d'Autriche (mademoiselle de Bourgogne ) , et que si on refusait ce parti, il y aurait à craindre qu'ils ne se li-

guassent avec les Anglais ; il a aussitôt envoyé des ambassadeurs vers Maximilien pour convenir des articles du mariage entre le Dauphin et la princesse Marguerite. Et Marguerite vient de faire son entrée à Paris . au milieu des acclamations du peuple, accompagnée d'Anne de France, dame de Baujeu , que le roi a nommée régente du royaume , après sa mort , et du sire de Baujeu , son époux. Pendant que Marguerite est à Paris , et que le Parlement s'empresse de la féliciter, Louis se fait conduire à Amboise, près du Dauphin; il lui donne d'utiles leçons; il lui fait jurer sur les saints évangiles , sur l'hostie et sur la croix de saint Lô , de ne faire aucun changement s'il succède à la couronne... Louis voudrait régner après sa mort 1 Ensuite Louis va s'acquitter d'un vœu que Commines et du Bouchage ont fait pour lui pendant sa maladie , et dont la fatigue , loin d'améliorer

ga santé, ne sert qu'à l'altérer

A peine Louis est de retour au Piessis-les-

SyO LOUIS XI ET LE BÉNÉDICTIN.

Tours que Marguerite d'Autriche arrive à Amboise, et les fiançailles de celte princesse avec le Dauphin s'y font avec toute la magnificence possible.

(Exposé du plan du chapitre XXXV qui devait faire parlie de Louis XI et te Bénédictin.)

XXXY

l'agome du coupable.

Pendant que les fêtes qui se donnent à Amboise , en réjouissance des fiançailles du Dauphin et de Marguerite d'Autriche , continuent , on ordonne de tous côtés des prières pour le rétablissement du roi.

Si tous les soins que Louis XI se donne pour vivre pouvaient lui prolonger l'existence , Louis aurait de longs jours à passer &ur la terre..,. Mais, malgré sa grande foi

aux reliques, il ne peut s'empêcher, en voyant le peu de soulagement qu'elles lui procurent, de convenir, à part lui, que si elles n'ont pas la vertu d'éloigner la souffrance, elles ne doivent point avoir celle de repousser la mortî... Et Louis refuse de lire la liste des reliques qui sont à Constantinople et que Bajazet , second empereur des Turcs , fils de Mahomet II , lui fait proposer s'il veut seulement empêcher son frère Gem-Zizim , qui s'est réfugié en France, de repasser dans l'Orient... Louis pense que pour des reliques , peut-être tout aussi impuissantes que celles du pape, dont il est cuirassé , il serait mal de violer le droit des gens dans la personne d'un prince malheureux,... et il renvoie les ambassadeurs de Bajazet sans les voir et sans leur faire les présens d'usage. Louis ne veut plus d'autres reliques que celles que lui donnera saint François-de-Paule : celles-là du moins seront agréables à Dieu. . . D'ailleurs , Dieu est le maître ! ! il lui a donné la vie , il peut ta

LOUIS XI ET LE BÉNÉDICTIN. SyS

lui reprendre... Louis a parfois de ces momens de résignation ; mais ils durent peu , car il ne peut s'habituer à la pensée qu'il lui faudra mourir !... mourir quand on règne l...

Oh! les rois ne devraient pas mourir! La

vie pourtant , par le prix qu'elle lui coûte ,

devrait bien lui être acquise IWais l'or ne

suffit peut-être pas pour le rachat de cette vie à laquelle il attache tant de prix. Le

sang est peut-être plus agréable à Dieu Si

des sacrifices humains... Louis n'a peut-être pas assez immolé de victimes. . . et il ordonne des supplices , car il faut qu'il vive; ... et si , cédant parfois à ses remords , il les révoque , l'empressement barbare des aicles du grand prévôt Tristan les rend toujours trop tardifs.

Inquiet , après avoir rendu La Balue au Pape , de ne point voir arriver François-de- Paule , Louis envoie des courriers au-devant de lui., . Lorsque le vertueux vieillard arrive, Louis se jette à ses pieds , les embrasse , le supplie de lui prolonger la vie , et lui de-

mande des reliques , car il doit en avoir pour repousser la mort... Mais le saint homme n'a d'autres reliques que sa foi et ses vertus , car notre vie est entre les mains de Dieu ; il le lui peint clément... Les paroles de paix qu'il fait entendre à Louis rendent un peu de calme à son âme... Louis ne veut pas que le saint homme le quitte. La vue de l'homme de bien est douce au cœur du coupable. Louis se plaît à l'entendre ; car il lui parle de Dieu, de Dieu que le repentir désarme et qui ne

repousse aucun de ses enfans Louis se

reproche ses crimes ; mais il ne peut avouer et pleurer hautement que ceux qu'il a commis par le fer des lois ; ceux qu'il a commis en silence, il faut qu'il les pleure en silence; car Louis est roi , et l'histoire les révélerait.

Louis s'aflfaiblit de jour en jour Pioli ,

son confesseur, croit que l'on doit , en conscience , avertir le roi de son danger

Louis a dit bien des fois que lorsqu'on le verrait bien mal , il faudrait se bien garder de lui prononcer le terrible mot de mort ; il

suffira de lui dire : « Parlez peu. . . » Louis ne peut entendre avec indifférence sa sentence de mort ; mais les pieuses exhortations de François-de-Paule tombent comme un baume sur son cœur ulcéré,... Louis demande et reçoit ses sacremens... Il ordonne »a sépulture , fait marché pour son tombeau à mille écus d'or, en fixe lui-même la forme et

la dimension Louis semble regarder la

mort avec moins d'effroi; il paraît plus calme... Mais à ce calme succède bientôt le plus affreux délire. Louis , toujours harcelé par ses remords , croit être poursuivi par l'ombre de son frère et par celle de l'abbé de Saint-Jean-d'Angely... Louis veut s'élancer hors du lit pour fuir ces fantômes accusateurs; il demande à Charles, au nom de leur père , de ne pas le maudire, qu'il a vengé sa mort en précipitant dans la tombe le traître d'abbé Saint-Jeand'Angely qui a fait couler le poison dans ses veines... Puis, les mains jointes et d'une voix suppliante, il prie l'abbé de ne pas dénoncer

son crime à la postérité , de se rappeler qu'il est roi !. , . Epuisé par cette lutte de sa conscience , Louis s'endort quelques instans.... Pendant son court et douloureux sommeil , Goittier lui essuie la sueur qui coule à flots sur son front; sa respiration devient difficile, sapoitrine sesoulève avec effort. Il paraît dans les angoisses d'une délirante agonie ; il se débat, il crie Il veut qu'on éloigne les enfans

du duc de Nemours, tout baignés du sang de leur père et qu'on leur rende ses biens. . . Puis il demande de l'eau ,... de l'eau pour rafraîchi son palais desséché.. . Olivier en remplit une coupe, et la lui présente. . . Louis la croit pleine de sang , et la repousse... Il ne voit que du sang,... toujours du sang... Mais que lui veut la villageoise ?... Pourquoi Olivier l'a-t-il laissée approcher. Elle est seule ; elle est couverte de voiles funèbres... Vient-elle pour le maudire? vient-elle lui redemander le sang de son enfant ? Il s'en est abreuvé , et , depuis cet instant fatal , comme un feu dévorant, ce sang parcourt ses veines Si

saint François-de-PauIe était là, il repousserait la malédiciion de cette mère en courroux... il le bénirait... Mais il l'abandonne !.. Si du moins Roli était près de lui... mais non , on le laisse seul avec cette femme... Elle le poursuit., sa voix est menaçante... Où donc sont Olivier, Tristan ?. . . Personne. . . Aurait-il cessé d'être roi?... Va-t-il mourir ?. .. Le sang de l'innocent deviendrait -il pour lui un breuvage de mort?... Oui,... il le sent,... la vie s'échappe de son sein... Il ne peut la retenir ! 1 ! !

Et saint François-de-Paule et Roli étendent leurs mains pures de tous crimes sur le front décoloré du coupable qui fut roi !!!

{Fin de Vexpos.i au plan de Louis SI et îe Bénédictin.)

Elisa se proposait d'ajouter à ia fin de cet ouvrage une description de la séance des Etats qui se tint à Tours au sujet de l'apanage du duc de Berri.

Puissent tous mes cRoris , pour donner au lecteur l'idée de ce qu'aurait été Louis Xî et

lil. 3-

le Bénédictin , ne pas être vains ! Si je n'ai pas rempli le but que je me suis proposé , qu'on me le pardonne, je le demande au nom de tout ce que j'ai souffert en faisant cet exposé. Dans les chapitres uniquement historique», j'ai dû me borner à citer les faits qu'Elisa voulait traiter; mais dans l'exposé des chapitres de passions , il m'aurait fallu l'âme de feu de ma fille pour les bien

rendre.

y^ Mercœur ,

Née Adéiftide Aumand.

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