III
porte dans son cœur el qu'il sait lui être tout dévoués... La villageoise assure Louis qu'il n'est pas un seul membre de sa famille qui ne donnât son sang pour racheter la vie de son roi... C'est parce que Louis est sûr de l'attachement de cette famille pour laquelle il est disposé à tout faire (car il ne veut pas que ceux qu'il aime connaissent la gêne), qu'il serait heureux de lui devoir quelque chose ;. . . et il demande à la paysanne si elle ne serait pas satisfaite de participer à la guérison de son souverain. Sur sa réponse, Louis lui dit que les physiciens ont déclaré qu'il ne recouvrerait la santé qu'en buvant du sang d'enfans à la mamelle; que c'est le seul moyen de corriger l'âcreté du sien , fruit de ses longues et constantes fatigues; car on ne peut se dissimuler les peines qu'il s'est données pour arracher ses bons paysans à l'esclavage où les avaient condamnés les gra-ads. Que c'est pour accomplir cette tâche qu'il s'était imposée , que sa santé s'est altérée... Et il propose à la villageoise de
laisser tirer du sang à son fils ; que la fortune de son enfant et la sienne dépendent de cette complaisance... Et moitié crainte, moitié intérêt, car elle croit voir la fortune de son fils assurée , elle consent à le laisse^; saigner, à condition, cependant, qu'on ne lui tirera pas trop de sang..... Et Olivier prend une lancette et ouvre la veine à l'enfant... Louis XI, pendant que le sang coule, cherche à détourner l'attention de la paysanne qui a les yeux fixés sur son fils. . . Il lui frappe légèrement sur la joue, la nomme sa bonne commère, . . . lui montre une bourse en voyant pâlir son enfant, comme si la vue de l'or pouvait étouffer la nature dans le cœur d'une mère; mais Louis a beau faire, il ne peut lui dérober la pâleur livide de son enfant... Elle croit qu'il va mourir, elle crie, rejette au loin la bourse que le roi lui présente, le repousse lui-même avec effroi,... lui redemande son fils,... son fils dont il a ordonné le trépas.. . Et pendant que cette mère éperdue appelle sur Louis XI toutes les ma-
lédictions du ciel, Louis, avec une joie de tigre, boit le sang de son enfant (i) 1 1 î
(i) Tous les détails de cette scène dont je n'ai donné que si imparfaitement l'idée par cet exposé, aurait été d'un effet des plus dramatiques. Chaque fois qu'Elisa me parlait des angoisses de cette malheureuse mère , tout mon sang refluait vers mon cœur.
Elisa ayant l'intention défaire un drame de Louis XI, se plaisait à arranger d'avance des effets de scène qu'elle pût V faire entrer.
{Exposé du plan du chapitre XXXIII qui devail faire partie de Louis XJ et le Bénédictin.)
L\ TRECAUTION.
A peine une heure s'est écoulée depuis que Louis XI a bu le sang que contenait la coupe que lui a présentée Olivier, soit que le mélange du sang de l'innocent avec celui du coupable ne pût s'opérer facilement , ou que la crainte de voir se réaliser les terribles malédictions dictées par le désespoir d'une mère lui ait causé une trop forte émotion , Louis , en entrant dans son ora-
toire où Olivier-le-Dain le conduisait pour demander à Notre-Dame d'Embrun de faire que ce sang qu'il a bu puisse rafraîchir le sien , est tombé sans connaissance. Sa faiblesse, qui a duré plusieurs heures, a donné les plus grandes craintes pour sa vie... Revenu à lui, Louis comprend, à la consternation de ceux qui l'entourent, que ses jours ont été menacés. . . Après avoir passé en silence l'examen de chaque physionomie, il promène ses regards sur lui-même et s'aperçoit que l'accident qui a failli lui faire perdre la vie est le résultat d'une négligence impardonnable... Il est sans reliques...
Louis se rappelle qu'avant de boire le sang , il a oublié de prendre cette importante et utile précaution ,... et il se fait apporter par Olivier-le-Dain et par Tristan l'Hermite toutes les reliques qu'il a reçues du Pape... Il prend le corporal , le baise , le pose à nu sur sa poitrine , et se fait attacher à ses vêtemens toutes les autres reliques... Si Louis XI avait un bourdon à la main, on le prendrait
po ur un pèlerin revenant de la Terre-Sainte. . . Cela fait, Louis s'informe au Légat s'il doit s'attendre, ainsi que le lui a fait espérer le Pape, de voir bientôt arriver saint Françoisde Paule... Le légat répond que^cette faveur dépend de l'élargissement du cardinal de La Balue... Louis, qui croit que le vertueux François-de-Paule pourra lui prolonger la vie, fait aussitôt remettre La Balue entre les mains des envoyés du Pape, avec recommandation à Sa Sainteté de punir le cardinal sitôt son arrivée à Rome... Louis donne ensuite l'ordre de faire meubler la maison qu'il a fait bâtir dans son parc pour saint François-de-Paule, afin que le saint homme puisse l'occuper en Privant..
(Expose du plan du chapitre XXXIV qui devait faire partie de Louis XI et le Bénédiclin.)