Oeuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2
L’homme , et qui plus est la femme, propose, et Dieu dispose; mes malles étaient faites, les chevaux étaient à la chaise de poste ; je croyais coucher ce soir à Orléans , et demain t’embrasser à lleauvoir, et voilà qu’un incident imprévu me retient à Paris , je ne sais pour combien de temps encore. Je laisse au chevalier Charles le soin de me justifier auprès de toi ; pour le moment, je me contente de te dire qu’il a jugé lui-même mon séjour à Paris indispensable ; si tu ne sentais pas tout le poids de ma justification, je serais obligée de t’avouer que tes vœux
CÉCILE
et ceux d'Anatole sont en partie exaucés , et que le goût de la philosophie m’a fait presque perdre celui du veuvage : mais c’est encore un texte dont un autre s’est réservé le commentaire.
Comme cet antre est en voiture , et qu'il attend ma lettre pour partir , je ne te dirai pas tout le plaisir que in’a fait la tienne; je ne te dirai pas tout le chagrin que j’éprouve à me voir contrainte de différer encore notre réunion après laquelle j’aspire depuis six mois; tout cela d’ailleurs s’explique de soi-même.
Je voudrais bien que tu fusses assez généreuse pour me céder Anatole pendant quelques jours ; mais, comme je te crois un peu égoïste en amitié, c’est une commission dont je charge spécialement Cécile, afin de mettre son désintéressement à l’épreuve.
Le postillon fait claquer bien haut son fouet , pour m’avertir qu’il s’impatiente : le pauvre Charles , les yeux fixés sur le balcon de la chambre où je suis, éprouve toutes les angoisses d’une attente pénible ; il est temps de finir sou supplice et le mien; je vous embrasse tous, la larme à" l’œil.
LETTUE Ll.
LETTRE Ll