‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2Chapitre 4 sur 41 · I-ETTHE LV · texte numérisé non relu

I-ETTHE LV

moment , il vous sera facile de reconnaître une petite fenêtre en ogive , à la lueur rougeâtre qu’on y verra briller, quand toutes les autres seront éteintes. »

La nuit est venue, je me suis réfugié sous la voûte, d’où je sors vingt fois pour aller observer les fenêtres du château.... Que le temps me dure!.... que je desire !... que je souffre !... Mais les fenêtres s’éclairent, et tous les bûtes du château viennent d’entrer dans leur chambre à coucher.... Qu’y fontils?.... Plus d’une heure s’est écoulée... aucune lumière ne s’éteint... mais elles disparaissent!... Je n’en compte plus qu’une!... ô bonheur! tout est dans l’ombre....

Je m’approche , je reconnais la fenêtre en ogive. Une lumière se promène sur le rideau de pourpre qui la ferme; toute ma vie est dans mes yeux.... La fenêtre s’ouvre : un des bouts d’une longue torsade, attachée à l’intérieur, tombe à mes pieds; je m’en saisis, et à l’aide du treillage que je touche à peine , je m’élance dans la chambre d’où la lumière a disparu. J’en retrouve la trace sous la porte de la chambre voisine... je reste quelque temps immobile , la poitrine oppressée : enfin je prends courage , je porte une main tremblante sur la clef, j’ouvre et j’entre d’un pas mal assuré. Tout mon corps palpitait; un nuage obscurcissait mes yeux.

J’aperçois Cécile à moitié évanouie sur un fauteuil, je me précipite à ses pieds; j’y veux en vain

CÉCILE

recueillit' mes esprits, ma tête n’avait plus d'idées, ma bouche ue pouvait s’exprimer que par des soupirs. Enfin je tue hasarde et j’ose lever les yeux sur la divinité aux pieds de laquelle j 'étais prosterné en silence. Tant de beauté pouvait-elle être le partage d'une mortelle? Je la vois encore, la tête mollement inclinée sur sou sein, portant à-la-fois sur sa figure les impressions de la crainte, de la pudeur, et de l'amour; je vois les pleurs qui s échappent à travers *a paupière; ils tombent sur son sein, et s’y évaporent connue des gouttes d’eau sur un fer brûlant. « Divine Cécile, m’écriai-je eu sortant de l’extase où m’avaient plongé toutes les sensations qui m’assaillaient à-la-fois, laisse tomber un regard sur le forl une mortel qui meurt a tes pieds d’amour et de reconnaissance! » Elle souleva ses longues paupières d’ébène encore chargées de larmes, etses yeux d’azur s’attachèrent daus les miens avec une expression si teudre !... Je me crois transporté dans les cieux.... l ivresse du bonheur s’empare de moi : je me lève ; je |>arcours à grands pas cette chambre ou plutôt ce sanctuaire de la divinité de mon cœur. Tous les objets dont je suis euvironné appartiennent à Cécile , ou servent à son usage : cette glace a retenu l’empreinte de ses traits adorés; ces parfums n’embaument pas de leur odeur, ils me semblent exhaler quelque chose de cette essence divine que je ne respirai jamais qu’auprès d’elle.

LETTRE LV. a5

La vue de ce lit embrasait mon ame et mes sens; je n’osais le regarder. L'égarement de ma tête régnait dans mes discours et dans mes actions; j’allais, je venais, j’errais autour d’elle: je saisissais ses vêtements épars, je les couvrais de baisers; j’avais besoin d’intermédiaire pour arriver jusqu’à Cécile.... « Idole de mon ame , lui disais-je en retombant à ses pieds, aie pitié du désordre où tu me vois ; si tu es une divinité, pourquoi cette illusion ravissante de mes sens ? Si tu es une mortelle , pourquoi cette crainte religieuse qui m’arrête? » «Anatole, me dit-elle d’une voix faible, je suis plus qu’une divinité , je suis ton amante. » Et sa main , en parlant ainsi , tombait dans la mienne , et sa tête venait chercher un appui contre mon sein, .l’osai la serrer dans mes bras; les siens s’enlacèrent autour démon corps, et son haleine embaumée vint effleurer mes lèvres. Je le recueillais d’une bouche enflammée, cesouffled'amonr, mais je tremblais oncore d aller le respirer à sa source : Cécile franchit l’intervalle, et nos âmes se réunirent dans un baiser.

Moment de félicité suprême ! Nuit d’éternelle mémoire, je ne profanerai pas le mystère d’amour dont tu fus témoin ! Restez ensevelis dans mon cœur, souvenirs ineffables des plaisirs que j’ai goûtés dans les bras de la plus parfaite créature qui jamais ait été forméel Ne crains pas , ange de pudeur, que ton amant sacrilège trahisse, même auprès de l’amitié,

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le secret de son bonheur!.... Ah! ce serait en vain que je voudrais retracer toutes les délices de ta possession : il n’est point de langue qui pût les exprimer. S'il est des mots pour peindre l’ivresse de mes sens, les transports de mon ame embrasée, en est-il qui puissent donner une idée de cette volupté céleste , de cette ravissante sensibilité, de cette pureté des anges qu’il n'appartint jamais qu’à toi de réunir? En est-il qui puissent rendre le charme attaché à tescaresses, à tes soupirs, à ce douxabandon deton aine , à cet étonnement si naïf de la plus aimable ignorance? En est-il sur-toutqui puissent exprimerces gémissements si tendres qui attestaient le triomphe de ton heureux amant? Oui, nous étions (comme tu le disais en me pressant sur ton sein) «les deux moitiés réunies du même être ; » mais je n’en étais que le corps; Cécile, tu en étais lame : et moi; semblable à ces substances inodores qui s'approprient , par la communication immédiate , un parfum qui leur est étranger , je puisais dans tes bras une existence nouvelle; ton amour m'élevait jusqu’à toi.

LETTRE LYI.

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