‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2Chapitre 3 sur 41 · ANATOLE A LUI -MÊME · texte numérisé non relu

ANATOLE A LUI -MÊME

Non, le cœur humain n’est borné ni dans ses désirs, ni dans ses douleurs, ni dans ses jouissances! Hier encore, je croyais avoir épuisé tout ce qu’il renferme de délices, et je n’avais connu que le bonheur d’un homme : la nuit dernière, j’ai goûté des plaisirs célestes. C'est au moment où je suis encore sous cette influence divine, que je veux me rendre témoignage à moi-même de quelques heures d’une existence qui appartient à un autre ordre de choses. Je Je sens, dans quelques jours mon cœur n’aurait plus d’interprète , et ma pensée manquerait d’expressions.

Cécile , en me quittant , m'avait promis que nous nous reverrions avant l’arrivée de son père ; hier , à cinq heures du matin , j’ai reçu le billet suivant :

« Nous sommes, depuis deux jours, aux Bruyères, en grande compagnie ; trouvez-vous , au déclin du

CÉCILE

jour, à l'endroit que l'on nomme \eCliêne des Daines; un billet déposé dans le creux de cet arbre vous en dira davantage.

« Vous pourrez prendre adroitement les renseignements dont vous avez besoin pour arriver à cet antique château , perdu au milieu des bruyères dont il porte le nom. »

A neuf heures du matin j’ctais en route, instruit dans les moindres détails de tout ce qu’il m’importait de savoir : dans la crainte d’arriver de trop bonne heure , et d’élre rencontré par quelque personne de connaissance , je m’arrêtai dans une closerie à plus d’une lieue des Bruyères; j’y fis un modeste repas que je fis durer jusqu’au moment où je vis le soleil descendre à l’horizon.

Grâce aux informations que m’avait données M. d’Amercour, et à celles que j’avais prises chez le vigneron où j’avais diné, j’arrivai droit à ce Chêne des Dames que m’avait indiqué Cécile; j’y trouvai le billet quelle m’avait annoncé.

« Le sentier qui vous fait face conduit à une sapinière au-delà de laquelle se trouve le fossé du château. Ou peut le traverser, en cet endroit, au moyen de quelques arbres jetés en travers du sautde-loup. A quelques pas de là , une voûte en rocaille est creusée sous un monticule d’où l’on découvre, au-delà d’une vaste bruyère, l’une des quatre faces du château. Dans cette partie, la seule habitée en ce

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