‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Cécile, ou les passions. Tome 2Chapitre 7 sur 41 · MADAME DE NEUVILLE A ANATOLE · texte numérisé non relu

MADAME DE NEUVILLE A ANATOLE

Beauvoir, 1786.

Je sais tout , Cécile a déposé dans mon sein un horrible secret. Je suis tentée de vous maudire quand je songe à celle dont vous avez h jamais flétri l’existence , que vous avez précipitée dans un abyme de honte et ‘de douleur ; si jeune ! si pure ! si accomplie!. ..Malheureux ! que deviendra-t-elle?... Que deviendra sa mère, ses parents, ses amis et les tiens ? Notre existence à tous était attachée à la sienne.... Tu nous as tous perdus... et cependant je te rends justice, tu n’es pas un méchant homme ; ton cœur est bon, généreux , honnête; mais une passion désordonnée y croissait à l’ombre d’une orgueilleuse sagesse, et tu lui as fait le sacrifice de tout ce qu'il y a de sacré sur la terre....

Mais je dois me faire violence et vous épargner des reproches qui pourraient vous conduire au découragement, seul malheur que vous ayez aujour-

d’hui à redouter. Osez envisager votre position , elle est horrible ; mais si votre crime est grand , notre amitié est sans bornes.... Cher et cruel Anatole, vous ne savez pas encore jusqu’où s’étend votre infortune.... Peut-être la punition d’un moment

d’erreur est-elle déjà commencée Cécile craint...

Que dis-je ! elle espère... Dans quel égarement vous l’avez plongée !%.

M. de Clénord est arrivé hier soir, deux heures après moi.

Cécile , t. u

CÉCILE

CÉCILE A ANATOLE

Trois t'ois j’ai voulu commencer cette lettre, et trois fois la plume s'est échappée de mes doigts. C’en est fait !... le crime est puni; la honte , la douleur, la félicité suprême, sont à jamais mou partage. Ils sauront tous le secret de notre coeur. Je suis perdue!... Je suis heureuse !

Devines-tu , Anatole, sens-tu tous mes tourments , toutes mes délices ? Je n-’eu puis plus douter, un gage de notre amour vit dans mon sein. Les résolutions les plus désespérées se pressent dans mon cerveau. Tantôt je veux me jeter aux pieds de mon père , et lui demander ma grâce ou la mort : tantôt je veux fuir, fuir avec toi , périr, me cacher au sein de la terre. O toi ! mon époux , mon bien , mon malheur et mon seul appui , père de cet être infortuné qui naîtra sous de si cruels auspices , quel secours te demander? Que faire? que devenir, Anatole?

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