‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 2 (volume 2)Chapitre 14 sur 56 · A, QUARANTE ANS I)E DISTANCE · texte numérisé non relu

A, QUARANTE ANS I)E DISTANCE

« On a joué jusqu'à trois heures du matin ; l’e comte dé Valbclle nia gagné deux cents louis, et m'a .offert de me reconduire; il a été bien surpris de me voir descendre à la petite porte du jardin de l’hôtel de L”‘. Je lui ai demandé le secret; il me l’a promis: j’espère qu’il ne le gardera pas. »

. .as mars 1812.

. « Je n’ai pas fermé l’œil de. la nuit : je me suis •

avisé' de faire le jeuue homme hier au soir, et de boire deux grands verres de punch. Lapicrre ma grondé.

« Mon petit-neveu Emmanuel est venu me voir; il est guéri de la blessure qu’il a reçue le mois dernier, dans un duel, au bois de Vinceanes. Je l’ai grondé de ne m’avoir .pas pris pour témoin. Il prétend que , s’il s’en était avisé , je l’aurais grondé bien davantage; je crois qu’il 'a raison.

. «J’allais déjeuner chez madame de H‘". Cet étourdi d’Emmanuel ne voulait-il pas me conduire dans ce qu’il appelle son carriole ! Je me croirais plus en sûreté pendant l’orage dans la voiture de Garnerin. La goutte me tracasse depuis quelquc&jonrs ; le pavé était bien glissant; j ai pris le bras de Lapierre.-»

— « Nous -avons déjeuné tête à tête, au coin du feu , avec madame de B***. Le temps ne l’a pas plus épargnée que moi-: nous aVons beaucoup parlé de

nôs plaisirs passés, de nos infirmités présentes; je lui ai renouvelé, en toussant, la déclaration que je « lui avais Faite à Versailles, il y a quarante ans jour "pour jour: cette fois, elle m’a pris au mot; sa petitenièce chantait dans la chambre voisine: Il est trop lard.... i>

. — « Je suis revenu par le Carrousel , où je me suis arrêté pour voir passer la revue. Quel magnifique spectacle! Sous les armes, vingt mille hommes des plus braves ét des. plus belles troupes du monde; ' un état-major brillant de gloire et de jeunesse, tout le luxe de la guerre au milieu des trophées de la victoire , et l'empereur à cheval commandant une armée de héros dont il est à-la-fois le chef et le modèle. »

— «J’ai dîné avec l’abbé Delille. Je l'avais connu en 1772 : il donnait dès-lors de grandes espérances; il les a surpassées'. L’âge semble ajouter aux charmes de. son esprit et de son imagination. En serait-il des grands talents comme des bons vins qui gagnent à vieillir? Nous avous beaucoup parlé de M. Turgot, dont la mémoire nous est chère à tous deux, et je l’ai fait rire en lui citant quelques vers d’un M. de Cour... , qui n’a pas craint de traduire aussi les Géorgiques. ». «

— «On donnait Andmmaquc. aux Français. Je n étais pa,s homme à manquer cette représentation.

J’ai vu Le Kain dans le'rrtle d'Oreste. l’aima (dans

A QUARANTE ANS DE DISTANCE. 99 la dernière partie de ce rôle) lui est iuconstestabler ment supérieur* L’art du comédien ne peut aller au-delà ; et c’est eu jugeant ce grand acteur sur cette prodigieuse élévation où il parvient, qu'on pèut être surpris de le trouver quelquefois fort au-dessous de

lui-même 1 . » " .

— « Je suis sorti , après la tragédie, pour me rendre, rue du Carême-Prenant, chez ma cousine, la présidente de MézièreS , où je vais , une fois la semaine, retrouver d’anciennes habitudes et Je vieilles connaissances. Cette société se compose de quelques débris du parlement et de la chambre des comptes. Il était neuf heures et demie lorsque je suis arrivé ; le souper venait de finir. On m’a forcé de faire un boston avec trois veuves de la chambre des en* quêtes; j’ai joué de malheur, et dans l’espace ,d'une heure.de temps je suis parvenu à perdre quarantecinq sous. » • "

' — « A onze heures Te docteur Paulet , qui demeure à ma porte , m’a ramené chez moi dans sa demi-fortune. » . • ’.j •

» Depuis cette époque ,< le talent de Talma s'est perfectionné, d'année en année; il est parvenu au plus haut degré de perfection qu'un acteur puisse atteindre.

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SIX ÉTAGES d’une. MAISON

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* s R° U. [4 avril 181a.]

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