‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 3 (volume 3)Chapitre 42 sur 56 · UNE EXÉCUTION EN CRÈVE · texte numérisé non relu

UNE EXÉCUTION EN CRÈVE

avaient jadis fait partie des appartements que saint Louis habitait. Ce préau où les criminels vont promener leurs remords, dû quelque innocent, peutêtre, verse en secret des larmes, est la même enceinte où le roi Charles V assemblait son conseil, où les princes du sauf; et les grands du royaume venaient discuter les intérêts du peuple et les besoins de l’État.

Nous étions entre les deux guichets, dans la salle de l’avaut-greffe où le criminel allait être amené.

A trois heures et demie, au moment où l'huissier de la cour d’assifes sort pour se rendre au lieu de l’exécution, la porte d’un long corridor obscur s’ouvre avec fracas, et l'assassin Lomont paraît au milieu des bourreaux, n’ayant sur la terre, d’où il va disparaître, d’autre créature qui s’intéresse à son sort que le vertueux ecclésiastique dont l’auguste ministère est de donner des consolations au désespoir, ,et de présenter des espérances au repentir.

Il est des émotions dont on ne se fait pas d’idée, même après les avoir senties : telle est celle que produit la vue d’un être qui respire, qui pense, qui se meut, qui jouit de l’intégrité de ses facultés physiques et morales; et qui, dans quelques minutes, n’offrira plus que l’image de la mort, ne sera plus qu’un cadavre.

Je voudrais en vain pouvoir exprimer ce qui se passait en moi à l’aspect de ce malheureux, dont les cheveux tombaient sous le fatal ciseau, et que

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les bourreaux déshabillaient après lui avoir lié les mains. En lç contemplant sur une escabelle, les yeux hagards, la tête affaissée sur la poitrine, tous les muscles de son corps dans une agitation convulsive, l’assassin disparaissait; je ne voyais plus que . l’homme; et les sentiments de l'horreur faisaient place à ceux de la pitié.... Quatre heures sonnent.

A ce signal de mort les grilles s’ouvrent : il révoit le ciel; il se retrouve, pour uu moment encore, au milieu des hommes, du nombre desquels il est déjà rayé. 11 monte sur ce tombereau de l’infamie, au bruit des imprécations que sa vue inspire à la multitude, et qui l’accompagnent jusqu’à l’échafaud dt •essé dans cette place de Grève qu’il a plus d’une fois traversée, en méditant peut-être le crime qui devait y recevoir sa juste punition.

Après le départ du condamné, le docteur me conduisit au logement du concierge, où nous trouvâmes, dans un salon agréablement décoré, une jeune personne qui prenait sa leçon de musique, et chantait d’une voix douce, en s’accompagnant sur le piano, la romance du beau pays de l’Ibérie.

Ce rapprochement d’objets si disparates, d’un vil assassin et d'une jeune fille pleine de grâces et d’innocence, d’un cachot obscur et d’une salle de musique, du bruit des chaînes et d’un chant d’amour, fut pour moi une source de réflexions qu’il me suffit d’indiquer à mes lecteurs, pour qu’elles se présentent aussitôt à leur esprit.

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