‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 1Chapitre 16 sur 47 · partie de la ville, le défaut de fontaines, de marchés · texte numérisé non relu

partie de la ville, le défaut de fontaines, de marchés

publics, offensait ses yeux , n’aurait plus aujourd’hui

les mêmes raisons. Chaque jour cette capitale du

monde devient plus digne d’une dénomination qui

lui fut donnée par le grand Frédéric. Les marchés,

autrefois si barbarement établis, poqr la plupart,

au milieu des rues et des carrefours,” ont été l'objet

des plus heureuses réformes. Oh n’est plus obligé

1 BubouCf ou le monde comme il t*a. Voltaihi ;.

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de faire un long détour pour éviter cette rue Traversièrc , occupée jadis, dans toute son étendue, par les sales établis des marchandes de légumes et de poisson, réfugiées aujourd'hui dans le bel et vaste emplacement des Jacobins. Le quai de la Ferx-aille, le passage le plus fréquenté de Paris , n’est plus obstrué, trois fois par semaine, parles marchandes de fleurs, beaucoup plus convenablement placée^ le long du quai Desaix. Avant peu, l’autre extrémité du Pont-Neuf sera débarrassée de la longue file d’échoppes de marchands de volailles, pou/î lesquels on construit un marché spacieux sur l’emplacement de l’église des Grands-Augustins (où, par parenthèse, se faisaient jadis les promotions de l’ordre du Saint-Esprit, et la procession annuelle instituée en mémoire de la. réduction de Paris sous l’obéissance de Henri IV, le 22 mars 1 5 g 4 ). Enfin lèsmarchands de vieux linge, qui tapissaient si burlesquement les deux côtés de la rue du Temple, ont été relégués dans . une vaste .balle, très* convenable à un genre de commerco,sur lequel le riche impertinent peut jeter un regard' dédaigneux, mais d’autant plus important aux yeux d’un gouvernement sage et libéral, qu’il intéresse exclusivement la classe la moins aisée et la plus laborieuse,

— rBoileaü a fait , il y a près.de cent cinquante ans,* une satire des embarras de Paris, do.nt les traits prin- •eipaux ne sont heureusement plus applicables à le-

io.f LE NOUVEAU PARIS.

poque où nous vivons. On ne dira pas aujourd’hui

que • • •

Le bois le plus funeste et le moins fréquenté,

Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté.

On n’entend pas .crier par-tout :

'.Au meurtre! on m'assassine!

Ou, le feu vient de prendre à la inoison voisine.

Mais, à cela près (et c’est bien quelque chose), tous les inconvénients de détail signalés par le grand satirique .subsistent encore aujourd’hui, ou du moins sont remplacés par de petits abus analogues, qui se glissent à l’insu dé la police même la plus vigilanto, ou, sous le nom d’usages, parviennent à se soustraire à son action. J’ai.' voulu essayer de prendre note de cette foule d inconvénients, de contrariétés, qu’un auteur anglais a mis au nombre des misères humaines , et dont la suppression ajouterait beaucoup aiix agréments de cette iimAensé capitale. Voici quelques unes des questions inscrites sur mes tablettes :

— 'Pourquoi des balayeurs, déjà payés par l’administration municipale, exigent-ils, dans les pluies abondantes et ebins les fontes de neiges, une rétribution des gens à pied qui ne veulent pas se mettre dans l’eau jusqu’à' tni-jainbe? ' '■

— Pourquoi ces mêmes hommes font-ils des ba- •

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tardcaux pendant la nuit pour retenir des eaux qui, le lendehiain, formeront des rivières?

— Pourquoi voit-on encore, sur quelques uns des quais , de sales échoppes où le jour on expose des haillons, et dans lesquelles des vagabonds peuvent se réfugier pendant la nuit? •

— Pourquoi les bouchers étalent-ils au-dehors ces' cadavres d’animaux qui choquent la vue et salissent les habits des passants?

— Pourquoi les blanchisseurs s’attribuent-ils le privilège d’avoir sous leurs charrettes des dogues énormes qui s’élancent aux jambes de ceux qui passent à leur portée?

— Pourquoi les fiacres profitent-ils du mauvais temps pour. prendre le soir les allées latérales des boulevarts, et venir disputer le terrain aux piétons qui n’ont pas le moyen de les employer?

— Pourquoi les environs des promenades publi-, . • ques sqpt-ils occupés par une foule de demi-escrocS, qui soutirent, à certains jeux de leur invention , l’argent- des dupes- amorcées par l’appât d’un gain à peu près impassible? „ (

— Pourquoi ne pas placer d’une manière plus ostensible ces croix de funeste présage qui, presque adossées à la muraille, vous avertissent du danger lorsqu’il n’est plus possible de vous y soustraire? .

. Mes questions s’adressent maintenant à cette partie de la population qui s’est érigée en arbitre des

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belles manières; nous voudrions que, par l'organe de quelqu'un de ses coryphées, elle nous expliquât :

Pourquoi il est reçu de se mouiller, de se geler dans un cabriolet*, tandis qu’il est souverainement ridicule de se laisser voir dans une demi-fortune bien commode et bien close?

— Pourquoi, à l'heure du dîner, on court s’entasser dans les salles étroites et obscures des frères Provençaux', dans les r asemates du Hocher de Cancale, an lieu de se rassembler, au même prix, dans les beaux salons de Véry, de Beauvilljers, de Frascati?

— Pourquoi ce même Frascati, le pins beau café dé" l'Europe, s'est vu tout-à-coup abandonné, après avoir joui quatre ans de la plus grande vogue?

— Pourquoi, dans tons les théâtres, mais principalement aux Français , à l’Opéra et à Feydeau , l’orchestre et l’amphithéâtre (c'est-à-dire les meilleures places) sont abandonnés aux billets donnés, aux femmes de chambre des aetrices, tandis queues balcons, d’où l’on ne voit les àcteurs et les- décorations que de profil-, sont tout à-la-fois les places les plus incommodes, les plps distinguées et lès plus chères ?

— Pourquoi, dans un salon, où quarante chapeaux, absolument de même forme, presque tous portant l’adresse du même chapelier, se trouvent chaque soir entassés pêle-mêle, il est convenu de rjegarder comme un homme de mauvaise compagnie , ou du moins' comme un provincial, l’homntt raisonnable

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qui a pris la précaution d’écrire eu toutes lettres son nom sur la coiffe de son chapeau , pour éviter des recherche’s ennuyeuses, ou des méprises désa-, gréables? • • ' •

■ — - Pourquoi le mot épouse, du style le plus- noble au théâtre, est dans le inonde une expression de mauvais goût?

— Pourquoi l’on s’obstine à ne pas vouloir qu'on

• s'aide à table de sa fourchette pour manger sa soupe,

que l’on attache sa serviette pour garantir son habit ou sa robe, et que l’on coupe son pain lorsqu’il est du bon ton de le casser? ’*•

On ne voit pas trop quand finirait un pareil interrogatoire, sur-tout si l’on entreprenait d’épuiser les questions de la nature de celles-ci .

• — Pourquoi tel acteur , qui n’a jamais eu qu’un rival au Théâtre-Français , telle actrice de l'Opéra , au moins l’égale du plus beau talent qu’on puisse lui opposer, sont-ils souvent moinS ^iplaudis , moins favorablemeqt traités du public, que ceux qui les remplacent avec des talents bien inférieurs?

. — Pourquoi la meilleure tragédie, la comédie la plus forte, la plus gaie , a-t-elle tant de peine à atteindre la vingtième représentation , tandis que les Buiues ' de Babytohe , la Clialte merveilleuse , etç. , en obtiendront pour le moins cent cinquante? etc. , etc. .

■ — M. Caritidès, personnage des Fàchettx de Molière, voulait', avec raison , qu’on réformât la détes*.

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table orthographe de nos enseignes, et l'on vient de faire droit , en 1 8 1 o , ali placet qu'Eraste fut chargé , p«1r lni , de présenter à Louis XIV en 1661. Tant de grossières absurdités vont enfin disparaître, et il ne restera plus, à désirer aux bons esprits les' plus minutieux, que de voir peu-à-peu s’établir une sorte d’analogie entre les enseigpes et les professions. -Ce défaut était moins choquant autrefois qu’il ne l’est aujourd’hui. Il y avait quelque raison pour qu’un cordonnier fût à l’image de Saint-Crépin, un tabletier au Singe d’ivoire, un marchand de tabac à la Civette. Mais quelle espèce de rapport peut-on établir entre le Masque de Fer èt les bonnets de coton , entre Jocrisse et un joaillier, la Festoie et une lin— gère, te petit Candide 'et un bureau de loterie, la bonne Foi et un tailleur? Nous 11c manquons pas de mauvais plaisants tout prêts à trouver là des sujets d ’épigrammes. ' ,

— Il est du Hw à sage aujourd’hui, dans les maisons dont 1 ’opuledce peut atteindre à ce genre de luxe , d’avoir au nombre des gens un chasseur suisse, ou du moins que l’on puisse prendre pour tel. Quelques jeunes gens, pour les avoir à meilleur conipte,

les font venir, comme autrefois Petit-Jean, à'A- »

miens pour .être suisses ; mais, afin de sé ménager' toute la considération attachée spécialement à l origiiie de leurs chasseurs, ils ont imaginé de leur donner un maître, non pas d’allemand, mais de bara-

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gouiiï, qui leur apprend à parler français comme un Suisse. L un de ces bons Jficards-Ilelvétiens nous racontait dernièrement qu'il avait été renvoyé par le jeune maître qu'il servait, pour avoir eu le mallieur . de dire à quelqu’un qui Venait pour le voir: Monsieur il est pas à la maison, au lieu de: Monsir n'ètre pas au logis. ' , •

— On crie depuis long-temps après les voitures, et sur-tout après les cabriolets, qui brûlent, comme on dit, -le pavé, aux risques et périls des malheureux piétons qui se rencontrent sur leur .chemin. Ponr être tout-à-fait juste, il faut convenir aussi que , parmi ces derniers, il se trouve à Paris une foule de gens qui se croient propriétaires de la rue ' qu’ils traversent, qui vous injurient lorsque vous leur criez gare! et' ne se rangent qu’à la dernière extrémité. 11 en'est même quelques uns qui font, du danger auquel ils s’exposent volontairement, une branche d’industrie que l’on dit assez productive: ils mettait une adresse. extrême à se faire renverser par nu cabriolet dont ils auraient pu facilement éviter l’atteinte : aux cris qu’excite un pareil accident, le maître du cabriolet s’empresse de descendre, le 'peuple s’attroupe, on relève le malheureux , qui feint de ne pouvoir se-soutenir, et ne s’apaise qu’en acceptant quelques écus, au moyen desquels l'homme à la voiture se trouve trop heureux de réparer un màlhenr dont il n’est pas cause. .

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