DEUX ANS D'ENTRACTE
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esprits de ses malheureux compatriotes , demeurés inaccessibles à l’action du temps, aux progrès des âges. 1. énumération des nombreuses superstitions aux<|uelles ils sont en proie suffirait seule pour tourmenter et affliger la pensée ; ici les nourrices et les femmes noient sortir après le eoueber du- soleil, dans la crainte que le diable ne s'empare de leurs enfants; là, toutes les figures pâlissent autour du lit d’un malade , quand par hasard l’orfraie a fait entendre aux environs son eri lugubre. L’un vons'dira qu’avec le lait d'une femme qui a été deux fois mère, et sept hosties consacrées dans la semain# sainte, pendant sept années consécutives, on peut jeter tous les sorts'et opère tatous les enchantements imaginables'; l’autre ne passera qu’en tremblant devant l’adroit escroc qui lui aura tait accroire qu’il est possesseur du Cordeau, conducteur magique, à laidè dîuqufel il peut faire passer chez, lui le' lait et le beurre de ses' voisins. Peut-être avezvous été porté à croire que c’est par distinction .que cet hoinihe que vous veoeZ. de voir passer, a placé en dedans la- boucle de ses éperons: détrompezvous; c’est pour ne pas rencontrer de sorciers dans son voyage. Quant à cette ménagère qui s’achemine vers la prairie , si c’est à sa propreté que vous faites honneur de la préférence qu’elle, a donnée à un vase de cuivre pour recevoir le lait de ses vaches , vous lui supposez un motif qui u’a guère de puis-
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sonce dans ce pays; -eHe n'a eu- d'au (rebut que de détourner les maléfices de dessus son troupeau. Pressez, de questiohs un peu vives Te premier sacristain de village que vous rencontrerez -, il y a tout à parier qu’H vous affirmera qiic, - depuis la mort de son cnré, il lui a répondu plusieurs messes, dont ce digric pasteur avait, par inadvertance, reçu Tardent de son vivant, et-que son Ombre a été obligée de venir célébrer après sa mort. Enfin , Si vous voulez n 'être pas mis voüs-ménje au rang des esprits diaboliques, ou au moins au rang des esprits forts,' ce t ^]ui est à-peu-près la même chose pour beaucoup de gens , vous -ne vous aviserez pas de douter quepen- (lant la messe de minuit les bœufs et les ânes mettent un genou en terre. • '■ ■ • ’ *: \
« — Votre jeune ami, reprit M. N**% a peut-être un peu trop présent à la pensée le" tableau des mœifrs de nos paysans qu’un écrivain a joint, .il y a quelques années , au tableau statistique du département queses fouettons rappelaient à tracer, jent voudrais cependant pas prétèndrequé tous le* traits en soient effacés depuis 1809. — Ni même-, repartit plus vivement Léon, que eeux do ces. traits qui ont pu être affaiblis dopuis 1809 jusqu’en 181 5, n’aient pas acquis Une force nouvelle dans ces dernières années. Doit-on s’étonner, après tour, que ces ridicnles préjugés, que ces absurdes superstitions sé propagent et Se maintiennent parmi de pau-
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\res paysans sans culture, quand leur contagion, envahissant les liasses les plus éclairé*’ s 4e la société, se mêle à toas les travaux de l’esprit , infeste tous les jeux de la scène et domine toutes les créations de l'imagination? Câr voilà maintenant les fictions de notre poésie, le sujet de tons nos tableaux , le mOtif de tons nos chants. Mais , ce qui m'étonne surtout, c’est que l’on n’ait. pas entrevu le but vci> lequel on tendait^ par. uq semblable détour y. c’est que l'on soit encore à apercevoir que, de la part des meneurs, il .y a plus de calcul que d'enthousiasme dans l’accueil qu’ils ont fait et qu’ils ont essayé de» procurer à ce .genre féodal et gothique, et que, du côté des menés, on ait été assejt dupe pour ne pas voir que, dans le désespoir de uohs ramener à l’amour du vieux temps par la réalité on tentait au moins de nous y allécher par le chariftc prétendu de ses fictions et de ses contes grossiers. «
Léon ne put être arraché à la vivacité de cette discussion que par l’approche d’Alençon, que madame N*** nous montra dans le lointain. Bientôt #
nous passâmes au pied da calvaire gigantesque dont lesjnissionnaires ont là , comme ailleurs , marqué leur passage. « Pourquoi , dis-je , en en mesurant des yeux la hauteur, ces ambitieux monuments, dont le mauvais goût perce à travers les ; dorures dont 3$ sont surchargés , parlent-ils moins à l ame que ces croix de village formées d’un bois mal dé-