‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 7 (volume 2)Chapitre 37 sur 60 · LES MOEURS ET LES LETTRÉS · texte numérisé non relu

LES MOEURS ET LES LETTRÉS

« Souwjiobi bien not droits ; sot est celui qui donne ;

. * C’est ainsi devers Caen qne tout Normand raisonne.

• * lloiLKAO, tp II.

» Vous avez mis taut d exactitude et de complaisance , dis-je le lendemain àn jeune ami de f^on , à me donner tous les détails historiques et statistiques susceptibles d’entrer dans le tablean physique que j'avais à tracer de votre ville, que je ne crois pouvoir m’adresser à personne mieux qu’à vous pour me fournir les couleurs les plus délicates dont j’ai besoin, âfin de reproduire la physionomie morale de ses habitants. Je connais assez votre esprit pour être sûr que rien d’important n’aura échappé à vos observations , et j’honore trop votre caractère pour me défier de son impartialité. — Comme vousyonslivrericzpçiit-êtrê avec moins d’abandon à mes Opinions politiques, raprit M. L. P***, je tâcherai , sans vous en faire le

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sacrifice , de généraliser assez mes aperçus , peur , 4 qu'ils né contrarient pas les vôtres. r .

« Pour bien juger de notre caractère , je crois qu’il faut l'envisager avant, pendant et depuis la révolution. ..

. «Avant la révolution, notre nombreuse aristocratie était forte et dominante. Une ligne de démarcation que l’on ne songeait d'aucune des deux parts à franchir, la séparait de la bourgeoisie et du peuple. De sou côté cette bourgeoisie était itère et indépendante ; et le periple, un peu turbulent, se refusait à tonte domination qui venait du dehors de ses murs. Ainsi chaque classe , bien pénétrée de la plénitude dé ses droits , en jouissait dans sa plus grande extension : peut-être m’accuserez-'voos de voir avec les préjugés de ma caste; mais je regarde cette situation sociale comme une des pins avantageuses, et je çité l’Angleterre pour exempte. »'

Je vis que Léon avait qneique peine à laisser passer cette assertion sans répli que, et je l’entendis murmurer le nom des États-Unis ; mais il ne voulut pas interrompre le discours de son ami , qui continua en ees termes: « Pendant la révolution, . .

tout le monde sait que notre viHe fnt un des points d’appui de l'opinion monarchique, et des efforts que ses partisans faisaient pour son triomphe. La noblesse était guidée par les sentiments de l’homt neur et du devoir, sous lesquels vous ne eoqSenti-

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b ES MOEURS

rer probablement à voir que-sdh intérêt personnel.

Quant à la bourgeoisie, nous -conviendrons Ions que J bontur du sang et la haiue de tbus les despotismes, sans en excepter celui de l’anarchie, déterminaient seules sa généreuse impulsion, t*» •

Pour ma part, s’écria Léon , j’applaudirais avec moins <lc réserve , si les habitants de Caen , au lien dé décimer dans des querelles particulières et dans des combats singuliers, où le son des amies était presque toujours inégal, les’ régiments républicains , casernes dans- leur ville , eussent tenté en ligne des efforts plus nobles et une lutte 'plus fraubfae..» •»•»'• . V ", - è

M. L^t)"” laissa à son tour cette objectiort sans réponse, et reprenant son discours : «■' Cet esprit . d’opposition •, dit-il , qui caractérisait itotrê- ville, sc soutint sous' le consulat et sous l'empire. La restauration nous trouva prêts à l’applaudir et à la seconder; mais depuis, faute davçirun t-ouemi ,t:6mtuunè combattre, bous avons divisé nos bannières , soit que chaque elasseuit senti plus spécialement le besoin de détendre ses intérêts respectifs, -soit qu’il y ait parmi nous wn esprit de contradictiod , qui ait totgeurebesoiad un «ÜtBentquelconque. L’ancienne noblesse , qui a compté | >lusi«-in-.- défections dans ses rangs , .a formé un parti distinct, qualifié ici i.urtHie .ailleurs, du surnom d'utftù; et la txjurgeoiaie sous les étendards -de quelques nobles qui

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ont préféré jouir des bénéfices d onc aristocratie de fait r plutôt que -de s'attacher à la vaine poursuite des privilèges dune aristocratie.de nom,formé les rangs des libérau*. .Tel Mt -encore aujourd'hui -l'état de la société «t des .partis' •

« Il faut joindre- à -ces utiances générales de notre caraotère politique quelques qualités etquekpies défauts qui appartiennent à notre caractère particulier. Au rang des premiers, nous -nous flatlons de pouvoir placer ht bravoure, l’amour du travail, l'intelligence des affaires, et des sentiments d’indépendance et de justice. d’une Susceptibilité prompte à sfcxatter. On hoir reproche r parte) les seconds , une humeur un' peu quereUfeuse/ct\m attachement tnop opiniâtre à nos intérêts , ce qui nous, précipite tour-à-tour dans des duels sanglants ou dans de? procès ruineux. Cependant la population, ebaqnq jour plus éclairée, commence à- suivre moins lîdè- Jemcat ces traditions dernières des mœurs de ses aneêtrps. ' ' ; ..■»* it. •• .

Cn trait .caractéristique que j’ai réservé pour 1 énoncer à par* de tous les autres , p&reeqtul a dans la ville de Caen un relief remarquable , c’est l'amour des-sciences et .des arts. Je n’ai rencontré dans au- , cune ville de province un. aussi grand nombre de personnes lettrées, et jè û’ai vu nulle part les bienfaits de l'éducation aussi généralement pecjierobés: ‘ b® nombre des. savants, et des écrivains- distingues

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que nos mnrs ont vus naître, dépassera , tonte proportion gardée d’ailleurs , le tribut que les autres villes -ont payé en te genre à la France.

.*« « Caen-, iat&rrorrtpit Léon, a mérité d’être snr- * nommée, dans le vieux langage, laville de Sapience.

Si on voulait lui donner aujourd'hui une qualification plus moderne , on pourrait l’appeler (Athènes lie la Normandie. Je Vous avoue que j ’aimerais à roir cette ville acquérir de nouveaux droits à te titre, • et devenir,' comme Édimboufg , le centre d ont petit étÿt indépendant dans la vaste république des lettres., 11 y aurait prdnt-pour tous.: car si le séjour de Paris a des avantages pour les gens de lettres , d’un autre côté il y a aussi de graves inconvénients. On y perd, malgré soi , son originalité. On se laisse envahir par les idées dominantes, que l’on flatte au lieu de les combattre ; en un mot , on suit son riécle, au lieu de le maîtriser. Les dissipations de la capitale dévorent aussi les heures qu’un homme de lettres devrait donner à ses travaux , en même temps que les exigeantes d’une vie dispendieuse poussent l’écrivain à travailler plutôt pour l’argent que pour la gloire. • • ; •'<» • • • ■'

. 4 » Je m’abuse peut-être , mais Caen me semble réunir toupies avantages que pourraient desirer des gens de lettres studieux et avides de retraite. 11 me « •semble qu’une Bei ue mensuelle , qoj y serait rédigée sur le plan des eélébres revues anglaises , par une .

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société d 'écrivains do caractère que j'indique ici , en devrait égaler le succès. Les critiques', «placés en dehors du tourbillon de la littérature parisienne , en jugeraient mien* les effets et lés oeuvre», et pourraient s’affran ch ir plus facilement dans leurs compositions partièulières des défauts cju’ils -remarqueraient dans les antres , ou des influence^ auxquelles ils mitaient cédé. - •

« — Pour yous faire apprécier dans son ensemble’ notre situation scientifique et littéraire , reprit à son tôur M. L. D*'*, j’avais le projet devons proposer anjourd hui de passer en revue tous les établissements qui.se rattachent, 'soit à l'instruction publique, soit aux science» et aux arts. Commençons parl’instruetion. Caen a compté jadis jusqu'à quatre collèges ; aujourd'hui le seul collège royal fleurit sur leurs débris. Dans une sphère supérieure à celle du. collège, brille notre académie. universitaire, qui 6è compose d'une faculté des lettres , d'une faculté des sciences , et d'une faculté de droit ( Une école secondaire de médecine supplée au défaut de cette dernière fecub • té, exilée çle la communion de ses *œ«rs. Ces di-

verses institutions remplacent notre ancienne université, dont la fondation remonte à l'année > 43 1 ; elle fut faite par Henri -VI , roi d’Angleterre , auquel la France est encore redevable de l’université ' de Poitiers. L’université de Caen ne’ se composait d'hbord que d’uue faculté de droit, niais on. y adjoi-

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gmt. peu d'années qprès les facultés de théologie et des iirU, et eufiii celle de médecine.

. « Quoique tontes les facultés actuelles se' prêtent un appui réciproque, et qu'elles empruntent un véritable lnstrê des noms do MM. Delarue, ’Lanmttroux , et Maillet- Lacoste , »c cst néanmoins de lâ faculté de droit que notre- académie moderne, de • même que l’ancienne université, tire son plus grand "éclat. MM. Dclisltj Tliomme-Desmasurei, et Marc , en sont. les honorables soutiens. Malgré le voisinage di^Paris, l'école de droit ne compte pas mohis.de six*ceuLs étudiants $«r les bancs. Plusieurs dentre eux fréquentent dansleurs loisirs notre école d’équitation , parfaiteinent -dirigée par M. le lioutcuant- colonel Dejean , et le plqs grand nombre assiège nos académies d’armes , oà le viehit Jnnaillac conserve encore la tradition des anciens principes, tandis . que Lafond et Bure se livueut, grâce à leur jeunesse, à uu jeu plus vigoureux et plus brillant. Plus d'un élève lutte avec succès contre ses professeurs dan» cetart dangereux; il est des. noms, teLs que ceux de MM. de Lapomeraye , , d lluulefeuillc , Leroy, • et 'Bayabé,, qûi se. soilt placés dans ce genre au- . dessus de toute comparaison- ' . . •

, «.Outre son académie uuiversiiairc , Caen, possède, une académie royale dos sciences, • arts,- et belles-lettres. Ihtrt nous a transmis' les circonstàBccs quiuntpccompâgnéson humble fondation- en itîSa.

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Ce. ne fut d'abord quinte espèce de cabinet de lecture qtre M.Moysant de Brieux onvrit dans.sa maison , pour sauver aux nouvellistes les plus distingués de. la ville , qui se réunissaient au carrefour Saint- Pierre, le désagrément de lire la gazette en plein air, et parfpis à la pluie. Cette société prit ensuite une physionomie plus littéraire, par les soins 'de Ségrais , qui en fit uue sorte d’émule de l’académie française: On. assure, ajouta Léon,. que, toujours * digue d’une pareille rivalité, elle lutte maintenant d’inaction avec. l’indolente protégée de Richelieu.- -t-Lc choix de ses membres, répondit M.J,. D***, la rend cependant encore remarquable antre les académies de. province ;.il en est peu qui n’aient quelque droit réel à faire partie d’une société savante ou littéraire. Parmi ceux , que je n’ai pas encore ep l’occasion de vous citer, il faut compta- M. Lair ,■ qui jouirait d’une réputation plus étendue * s’il êAt concentré , dans deux pu trois ouvrages , les connaissances variées, les vues utiles, et les pensées ingénieuses qu’il a disséminées dau£ une foule de notices d’un intérêt de -circonstance.» Depuis trente ans, on n’a pas formé ou .exécuté À Caen un seul projet favorable h I industrie, on honorable pour la littérature, que M. Lair n’y ait prêté le secours de' sfcs efforts ou de scs notices. Le recueil de ses légers .écrits sera quelque jour d un véritable intérêt pour 1 histoire de notre, ville. C’est aussi à M. Lair qu’ap-

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partient l'idée d’avoir ouvert une souscription pour faire frapper une médaillées l'honneur de Malherbe, soûl hommage que ce poete célébré oit reçu doses compatriotes. MM. Debaudrè, Vaultier , Lange, vt Simon , concourent, chacun avec les talents dé sa profession , à soutenir l'éclat de notre académie. On y remarque aussi M. labbé J urne t , qui a heureusement appliqué à une méthode nouvelle d'instruction pour les sourds et muets dés talents mûrs dans la pratique déLeuseignement , et qui use de l’ascendant que lui donnent servertüs pour fonder sur une large hase les institutions humaines et charitables do Bon- Sauveur. • * •

« La Société ((agriculture et de commerce qui réunit sur ses fauteuils une partie des membres de l’aeadémic , auxquels viennent s’adjoindre quelques riches et habiles agronomes, et les membres lés plus marquants du négoce et de l'industrie , vise moins à la renommée qu’à l’utilité ;• aussi ne vous citeraijeM. Jfdt/wn,.pairdeFraneey M. le général (Julot, et MM. Daigremontrde-haiütrMauvieux , de Bonneville, dëFoutette, Dufresne, et liouel, qu© pour les féliciter de prêter l’appui de leurs noms ou de leurs exemples à cette modeste mais importante association. . . • * ••

« — N’oublions pas non plus, reprit Léon en S’emparant à s<m tour de la parole, dé mentionner deux sociétés qui s annoncent avec toute l’ardeur du

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prosélytisme. L’une est la Société Ltnnécnuc , qui' à la rigueur aifroit pu ne former qu’une brandie de la société d’agriculture. Quant à l’autre, elle doit sa naissance à un genre d’études que l’esprit novateur de la révolution nous- avait fait un peu négliger peut-être, mais vers lequel il est à craindre que l’esprit rétrograde qui nous domine 11e nous reporte trop passionnément-: je veux parler de l’étude des antiqdités locales. Heureusement le ridicule, anquel elle offre une prise si facile, est là pour. /tous sauver de ses excès. Ce sont les voyageurs anglais qui , par leurs nombreux et minutieux ouvrages sur une province où il viennent puiser les traditions et les Souvenirs les plus intéressants de leur histoire, ont réveillé le feu sacré des antiquaires assoupi sur sqù autel gothique. L’auteur des Puritains et de IVawerley a bien eu aussi sa part d’influence sur cette résurrection. C’est pour la plus grande gloire du moyen âge qüe la société des Antiquaires de la Normandie s’est spontanément formée. Forcée de s’àffranebir des divisions administratives , elle n’â d’autres limites que celles de l’ancienuc province, c’est-à-dire quelle s’étend aux cinq départements qui en ontété formés. Sa création nous a révélé que la France pouvait opposer à l’Angleterre démotivants capables de discuter avec M. Turner sur' les arches circùlaires et sur les arches aiguës, avec lé docteur Dibden sur les majuscules des vieux Missels, avec

Ermite eu provirck , t. vu. i 5

2oÇ i, es moku il s*

M. Spencer Smith sur la chasuble infondibüu- FOBMK de Saint Regnobert, et avec M. Stulhard sur la grande question de savoir si Guy-, comte de Ponthifcu, portait ou non des moustaches.

« Quoi qu’il on soit , la société des Antiquaires renferme dans son sein. des hommes d'un esprit assez supérieur pour régler sbn essor, pour la défendre de l'exagération à laquelle elle pourrait se livrer sur l'importance de ses travaux , pour l’engager à dérober aux profanes ce qu’ils offrent quelquefois d’inutile et souvent de diffus, enfin et sur-tout pour protéger le présent et l’avenir contre l’influence du passé. Ce sont des soins que l'on peut avec confiance abandonner à MM. l’abbé Delarue,- Pattri, de Caumont, Lair,, Pluquet,- Lambert, Clogenson, Leprevost, Marquis, Rever, et Riaux . »

' Dès que Léon eut achevé cette rassurante énumération, M. L,D*** nous engagea à nous rendre au Musée, situé, comme je crois l’avoir déjà dit, sur la place Royale , dans des bâtiments dépendants de J’hôtel-de-ville.-

Le musée de Caen , comme tous les musées de province, se composa d’un fonds de tableaux ou mauvais ou médiocres, et de quelques morceaux remarquables que le hasard y a jetés, mais qu’il y faut retenir avec d’autant plus de soin, qu’ils sont plus rares, tync.faut que l'aspect d’un beau tableau pour arrachée, à l'enthousiasme de quelque génie

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<[Ri l'ignorerait lui-mênio ce cri qui annonça un peintre inimitable à l’Italie : Audi io son Pittore ! •Le tableau du musée de Caen que je regarderais comme le pins capable de produire cet effet électrique, est sans conl redit une tentation de Saurt- Antoine, que l’on attribue à Paul Véronèse. Trois figures entrent seulement dans cette composition, le saint, le diable, et une femme, dont la tête, vue en raccourci etdaos l’ombre, est d’une beauté ravissante. Le Cicérone femelle qui nous conduisait nou6 montra un Holopheme , que l’on dit échappéy au même pinceau ; mais je me permets d’en douter.

Nous remarquâmes successivement, et je' notai un mariage de la Vierge, par Pérugin; une mort d Adonis dans le genre du Poussin, si elle n’est pas de lui; un tableau de Rubens, dont le snjet m’est échappé; une Samaritaine, par Champagne et de prétendus portraits de Guillaume-le-Conquérant , et de sa femme Mathilde, dont aucun intérêt historique ne relève la médiocrité, car il est certain qu’ils ne reproduisent même pas le, costume du temps de ces deux personnages, et par conséquent très probable qu’ils reproduisent encore moins leurs traits.

Parmi les tableau* plus modernes qui fixèrent notre attention, je me garderai d’omettre Titon et l’Aurore, dus au pinceau de Vien, et arrachés par un heureux hasard à l’obscur étalagé d’un brocanteur; un portrait de Malherbe, par Robert Lamrrp

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sen compatriote , et un portrait dè Habert Lefèvre luimlêmc. lin David de M. Berthou ternit par l’éclat de' ses jeunes couleurs les vieux tableaux qui l’erv tourent. Puisse le temps confirmer ce succès! Cependant une Calypso de je ne sais quel auteur semble placée à peu de distance de là, pour prouver sans doute aux générations à venir, jusqu'à quel degré il aura été donné à quelques peintres de ‘faire descendre leur art , dans le siéele des David , des Gros, des Girodct , des Gérard , des Gnérin et des Ver net Dit Musée nous sommes' passés dans la Biblioiliètpic. Son vaisseau spacieux et bien éclairé a la forme d’une croix latine. D’une des extrémités de la grande galerie l’œil plane sur un magnifique point de vue. La plupart des bibliothèques de province datent de. la révolution , époque où elles furent formées avec les débris de celles des couvents. Iæ bibliothèque de-Cacn a hérité, comme • les autres , des dépouilles monacales, mais son origine est plus ancienne, Elle fut fondée pàr la munificence de quelques particuliers pour l’usage de l’université ; «lie- a été déclarée depuis la propriété de la ville. Un sentiment ingénieux de reconnaissance a inspiré' l’idée de placer au-dessus des rayons de Cette bibliothèque les portraits des hommes tpii l’ont enrichie par leurs bieufaits ou par leurs ouvrages. M. L. D M * nous fit entr’autres rcmtfrqfter lés traits d c Jean Bi'it liant , évéque dé

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Séc'z-, du fameux Malherbe, d eSégrais, de Samuel Bochard, ne à- Rouen, mais qui fut ministre protestant à. Caen, de son petit-fils, Samuel de Colle-* ville, qui fit don à la bibliothèque des livres de. son grand-père, ducélèbre lluet, auteur des Origines; à' Antoine Ca relier , imprimeur de l’universitü dç Caen, à laquelle il légua pour deux mille frauts de livres ; du cardiual Fleury , donataire d’une somme de mille écos; du jésuite Forée y du docte Tauneyuy Lefebvre; du mathématicien Farigium ; et du dernier bibliothécaire, FrartçafrMoysant , qui a présidé à la régénération de cet utile établissement, et auquel on est redevable du bon ordre et du bon goût qui ont présidé à sa distribution intérieure.

La bibliothèque de Caen ne renferme pas moins de vingt mille volumes, dont le plus grand nombre a malheureusement pour objet ces futilités et ces arguties théologiqnes sur lesquelles, seules l'intelligence humaine s’absorba pendant plusieurs siècles. Les livres de llochard sont remarquables t par les notes marginales écrites de sa main ^ ils sont l'objet d’un catalogue particulier.. Parmi les Jivres les plus curieux et les plus anciens, les bibliomanes se * font présenter de préférence , un Arélin , de JJelio advenus Gothos , de 1470 un Juvénül, de a 4?4 ; un Falère-Maxime, de 1 47 5 ; un Ueporloriuni staluterum ordinis Cttrlusienus , de 1 jH.j ; cl encore nue Fie des Pères, de 1 4 - Parmi les manuscrits ils

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admirent trois volumes, touchant lefaictde la guerre, .extraite de Polybe Froutin, Végèeey etc. ; tme /lisx Inire du Cotentin, ét deux ouvrages biographiques précieux par les détails qu’ils renferment sur les célébrités normandes ; l'un écrit en latin par un des premiers bienfaiteurs de la bibliothèque de l’université , « nommé François Martin , a pour titre : A thème Normanorum veteres ac recentes; l’autre, écrit en français , est intitulé le Moréri des Normands. • ■ 1 » • * '•

Ainsi que toutes lés autres bibliothèques publiques, colle dé Caen semble appartenir à un pays étranger à la littérature des dix-huitième et dixneuvième siècles, et sur-tout aux nombreuses et remarquables productions qui ont renouvelé depuis cinquante aos le système des sciences physiques et mathématiques, Nou» avons retrouvé là comme ailleurs la dotation annnellè de douze cents francs, qui semble être l’apogée de kt munificence municipale. Quand les souscriptions suppléeront-elles à cette lésinérie administrative? Les habitants de Caen semblent appelés par des. souvenirs nationaux à donner le premier cet utile exemple à la France; c’est à eqx qu’il appartient, en présence des images des anciens bienfaiteurs de la bibliothèque, de former une association de bibliophiles, qui joindrait son tribut aux fonds accordés par la

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ville, il serait à désirer que la rétributiou quelle fixerait fût légère, afin d’ouvrir ses rangs à un plus

Tout en nous livrant à ces vœux, nous approchâmes d’un cadre appendu dans l'embrasure d’une crûiSéë de la bibliothèque, et renfermant Iq dessin d’une pétrification extrêmement remarquable, trouvée il y a quelques annéès dans le village d 'Jllemagne. C’est un crocodile fossile couvert de ses écailles, ët différent de tontes les espèces actuellemant vivantes. 11 a été envoyé à Paris, où iPa reru le nom de Crocodilus Cadomensis. Ce monument antidiluvien aurait pu donner une vaste carrière à nos conjectures, si nous n’en eussions été distraits par l’aspect de tables disposées, contre les murs voisins, et qui nous parurent attendrë des inscriptions. M. !.. D*** nous apprit quelles étaient destinées à recevoir les nortis des hbnunes célèbres que Caen a vu naître. ! » • • • " . * ' .

« C’est encore urte de ces idées heureuses et na- • tionales, remarqua Léon, qui font honneur à la ville où elles sont conçues, et qui méritent d.etre adoptées dans les autres. A edup sûr l’importance provinciale peut avoir sës excès et ses ridicules, niais l’abnégation de toute gloire locale et cèt esprit contempteur de centralisation, .qui ne vent adméttre de talent et de mérite que depuis la barrière

LES MOKlHtS

du Trône jusqu’à la barrière dès Bons-Hommes, est bien autrement à redouter. On a la manie de tout concentrer en France: les gens de lettres comme les autres se précipitent et se hcurteBt dans Une meme carrière. 11 n'y a d’acclamations et de lauriers que pour ceux qui triomphent dans cette lice de prédilection. On ne fait pas attention que si l’on obtient par-là un peu plus declat sur un point, on s’en prive sur beaucoup d’autres. La province elleuiêine se rend coupable de cette réprobation humiliante pour elle. Au théâtre aussi bien qu’en btférature c'est toujours de Paris qu elle reçoit )es.objets de son culte : c’est toujours des théâtres de la capitale que nos grands théâtres de proVince attendent le mot d’ordrtf, tandis qu’ils devraient chercher à s'attacher des poètes et des musiciens particuliers, et à so.çréer un répertoire qui leur fût propre. Un écrivain a-t-il produit un ouvrage dans la retraite, de $a ville natale, son premier soin est de dérober au public cette tache originelle, en le livrant â un imprimeur et- à un libraire parisiens. Ainsi tout présente un aspect uniforme, mie fastidieuse similitude, et la république des lettres prend l’allure et lès mœurs d’une monarchie absolue. L’Italie et l’Allemagne, dans des limites bien plus resserrées que les nôtres, noos offrent sur les divers points de lèur territoire des théâtres frers d’avoir les premiers

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produit au grand jour les -oirvrapes le* plus remarquables, et des académies rivales.* En Angleterre, Londres laisse Oxford et Cambridge se disputer la palme universitaire, et voit Edimbourg contrebalancer son influence et*ses succès littéraires. Dans la France seule régnent le monopole et la centralisation des arts, des sciences, et des lettres ; au reste ce n’est que du concours des gens de lettres et du publ ic que l’on peut attendre la réforme de cet abus. U faut parmi les premiers que tous ceux qui se sentent Trop pressés dans la tumultueuse arène de Paris, qui trouvent les accès fermés par des rivaux, qui n’ont souvent d’autre avautage sur eux que d’être les premiers occupants, se replient sur les grandes villes départementales. Il faut que les libraires de province et les directeurs de spectacles osent lier leurs spéculations à ces talents (pii n'attendent que l’occasion de se produire , et que le public encourage d’abord leurs efforts , pour- applaudir ensuite à. leurs succès. >s •» . .

« Caeu me paraît,, souslè rapport littéraire, être une des villes qui présentent le plus des .conditions nécessaires pour concourir à cette heureuse révolution. C’est aux grands théâtres, de Lyon, de bordeaux, de Rouen, de Strasbourg, de Lille, et-dfe Nantes, à ouvrir de nouvelles carrières aux auteurs dramatiques. Alors qji nu sera plus réduit à entendre

LES MOEURS

les mêmes pièce» et les mêmes chants d’un bout de la France à’ l’antre ‘ età-voir des acteurs , 's’efforçant de sc copier Servilement les uns les autres , grossir lenr voix an même hémistiche, et lever le même bras à la même exclamation. Alors ces tableaux légers, que trace le vaudeville, pourront faire allusion à des meetirs et à des anecdotes locales, et ceux qui h’ont trait qu’à des travers parisiens ne seront plus représentés devant un public pour lequel ils ne peuvent être que des espèces d’énigmes , dont le mot leur échappe. Quant à ces outrages d’an ordre supérieur qui appartiennent à tons les temps et à tous les lieux , Pâtis continuera toujours à en livrer le plus grand nombre à l'admiration des départements ; maÎ9 les départements pourront avoir aussi la gloire d’en offrir quelques uns à l’enthousiasme des Parisiens. »

Nous étions encore devant les tables qui attendent •les noms célèbres de Caen , lorsque Léon termina la digression à laquelle elles avaient donné lieu. En attendant qu’on-y inscrive les noms des élus appelés à f figurer-, Je citerai ceux qui , d’après les renseignements de mes jeunes amis, m’ont paru les plus- çKgnés de cet honneur* Parmi les illustres que Huet a m'entiotanés dans ses Origines , ils ont choisi, en orRetiant toutefois les nçmp qtie nous avions et» l'occasion de rappeler dans nbs entretiens ;• •

ET LES LETTRES

Oresme , précepteur deCharles V ; ’• *

Gervais Chrétien , qui, chargé de conduire des lévriers au même prince, quand il n'était encore que dauphin , lui plut , étudia à ses frais , devint son médecin, et , en mémoire de son origine-, fonda un college pour les pauvres;

Jean Marot , père de Clément , et auteur do quelques ouvrages dont oq aurait moins parlé, ^i son fils n'eût pas composé les siens ;

- Jacques Dalechamp , célèbre médecin, traducteur d’ Athénée , et annotateur de Pline;.- ’ . , « . ,

Le fameux professeur houxel;

Charles de Baurgueville, plus connu sous le nom de M. Debras, auteur des antiquités de Caen; L’helléniste Constantin ; t y •

Nicolas Fauquelin Desivelaux , précepteur de M. de Vendôme, fils de la belle Gabrielle, et ensuite de Louis XIII ; mais plus célèbre encore par la manie pastorale à laquelle il se livra vers la fin de sa vie ;

Jacques de Chàssaicfnes,le Plutarque des illustres Caenais de son temps * V. • v

Chandeville , descendant de Malherbe, auquel une carrière, terminée à vingt-dêüx axis, permit cependant de donner quelques preuves de sa consanguinité avec ce grand poètfej

François de Cauoiyny , loué par Pellisson dans Son Histoire de l’académie française ;

LES MOBUBS '

L’hydrographe Fournier, soustrait parles jésuites à l’autorité paternelle* '•••' -

Sarrasin, dont le nom n’a pas besoin d'annotation ; » • ' ; • • ■ \ . •

Jacques et Nicolas Turgot, souche d’une famille sur laquelle le ministre du même nom a jeté depuis un plus grand-éclat?.

- Bo\f~ilobert , qui «Ilia l’esprit des lettres à l'esprit de la cour, et qui, grâce à la faveur de Richelieu, concourut puissamment & la fondation de l'académie française? ,i '

Savary, l’auteur français qui -a 'peut-être fait le plus- de -vers latins : le plus connu des .outrages qu’il 'a publiés est un poëme sur la chasse au lièvre* ' ... „ *• • :

Patruc , and de Voiture, pacte original, dont on trouve dans tous les recueils la petite pièce commençant .par ces vers : . .. . O .

' Irffl.'.i '.// ;• „■ —

' Je rêvais cette nuit qpe, de maf consumé,

Cote à cote d’un mort on m’avait inhumé, etc.

' y .“kf* F.f'- '. v * .

Échappé à une maladie grave, à l'âge de quatrevingts anS-, c’est lui qai répondit à ses amis, qui le jwessaient de, sa lever : « Mêlas! messieurs., est-ce * bien- la peine. queje m’habille encore? «si. .. ». •,« Jacques \e Pauhniçr qui s’est distingué daûs la poéai« grecque, coiihuo Savary , daos la poésie la-

ET LES LETTRES

tine, Il ne maniait pas l’épée avec moins de succès que la plume. On cite le duel à l’épée et au poignard qu’il eût à soixante-cinq ans , contre un jeune homme qn’il désarma;

Tanneguy Lefebvre, prêtre catholique , ministre protestant et critique célèbre ;

' Les frères Halley, professeurs distingués , qui comptèrent Huet au nombre de leurs disciples et de leurs amis ;

Gille- André de La Roque (pii s’est livré à des recherches minutieuses mais exactes sur le ban , l’arrière-ban , les noms , la noblesse , et les antiquités de Caen; ‘ . » - • .

É tienne Lemoyne e't Etienne Morin, savant» ministres protestants ; • V-

Il faut ajouter à la nomenclature de fluets Ilarnilton, auteur de jolis contes, et des Mémoires du duc de Grammont, son beau-frère; .

Massieu, membre de l'académie française,, et de * celle des belles-lettres, dont on cite une Histoire de la poésie française ;

Le Cène, traducteur de la Bible ; ‘

Hermanl, historien des conciles; •••

Le médecin Malouin , coopérateur de [Encyctopédie, et auteur de [ Histoire générale des cérémonies religieuses ; ; . ' '

Et enfin l'infortuné Malfilastre , dont la mort

LES MORUltS

cruelle fait autant de honte a sa patrie que scs talents lui font d’honneur.

« Il y a tant de connexité entre une bibliothèque et un magasin de librairie, dit M. L. D***, quand nous eûmes compulsé nos tables biographiques, que je crois pouvoir me dispenser de tonte transition pour vous engager à visiter celui de M. Mancel, rue Saint-Jean. Ce jeune éditeur, secondé par les conseils et les encouragements de quelques amis de la littérature, a rendu à la librairie dé cette ville une activité quelle avait perdue depuis long-temps. Il s’est adonné de préférence à la publication d’ouvrages d’un intérêt local, C’est par ses soins qu’ont été publiés ÏEssai historique sur la ville de Caen , par l’abbé Delarue, les Antiquités anglo-normandes de Ducarel, traduites par M. Léchaudé (tAnisy, et les Archives delà Normandie, recueillies parM. Louis Dubois. Bientôt on lui devra la traduction de fflis- 4 toire de Normandie (fOrderic Vital, par M. Guizot, et unçiiou velle édition de la Chronique de Guillaume de Sirnièges. ,

s M. Mancel est aussi le libraire de la société des Antiquaires de Normandie. Il me présenta les deux premiers volumes des mémoires de cette société, qui venaient de paraître. Il me pria en outre d'accepter les premières épreuves d’un plan de Caen , réduit à une proportion qui le rend portatif, sans

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noire à sa netteté, et une demi-douzaine de lithographies , représentant les principaux monuments de sa ville natale, La fidélité de ces jolis dessins a plfis d’une fois réveillé celle de mes souvenirs.

u La destination présente de cette maison , reprit M. L. D"', en parcourant des yeux le magasin de M. Mancel, offre un contraste trop digne de remarque, pour que je ne l'indique pas à vos observations. Ce magasin , aujourd’hui vrai trésor des remèdes de lame, 09 talon de lecture, silencieux confident des méditations de nos professeurs et de nos gens de lettres, servaient , il y a quelques années , de dépôt à des trésors d’un tout autre genre, et étaient témoins de plaisirs plus bruyants. En un mot , vous êtes ici dans l’ancien café Longuet, célébré il y a vingt ans à Caen comme le point de réunion d'une société de jeunes gens que les funestes événements de la révolution avaient trop tôt livrés à eux-mêmes. Issus des familles les plus distinguées de la ville, unis par la conformité des opinions, liés par des plaisirs communs, ils formaient une sorte de puissance que l’autorité voulait ménager, mais quelle fut souvent obligée de combattre. Ils avaient résisté au consulat, à l’empire, ils ne purent résister à'eux-mêmes. Le temps, qui mûrit tout, adoucit le fier ressentiment des uns, et la fortune, qu’on voit rarement marcher long-temps à la suite de la dissipation , fit

LES MOEURS

courber les autres sous scs coups. Chacun de ces jeunes et brillants épicuriens chercha alors à s’ouvrir une carrière nouvelle. Ils adoptèrent presque tous celle des armes, et nos braves comptèrent bientôt avec joie dans leurs rangs MM. E. d’il***, de La P**\ d'In***, A. de Mar***, Ter***, été. La gloire les y accueillit. Un seul membre de cette société , doué d’un caractère aussi ferme qu’intrépide., résista à la séduction générale , et refusa de passer sous des drapeaux qu’il avait trop long -temps regardés comme ennemis. Peut-être était-il déjà dominé par les inspirations secrètes de ce talent un peu acerbe, mais vigoureux et profond , et dont il a donné depuis des preuves. On assure que M. A. D** avait déjà médité ici , entre deux parties de plaisir, plus d’un chapitre de son Esprit des religions, et l’esquisse du sombre tableau qu’il a tracé depuis du règne de Philippe II.

« Avant de regagner votre hôtel , poursuivit M. L. D"*, je vous proposerai une dernière excursion dans la rue Saint-Étienne, où nous trouverons la maison de Malherbe , au coin de la rue de l'Odon. »

Un marbre attaché sur une maison d’antique apparence, que nous aperçûmes bientôt à gauche, en descendant la rue, nous révéla le berceau du poète qui

* le premier eé France

Fit sentir dans les vers une juste cadence.

ET LES LETTRES

Son élégie sur la mort de mademoiselle Dupérier réunit une hauteur de pensées , une délicatesse de sentiments, une fraîcheur d'images, et un charme d’expression qu'aucun autre poète n’a égalés depuis dans uu semblable sujet.

L’inscription de cette maison , simple comme celle de la maison de Corneille à Rouen , ne porte que ces mots :

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