‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 7 (volume 2)Chapitre 38 sur 60 · ICI NAQUIT MALHERBE · texte numérisé non relu

ICI NAQUIT MALHERBE

en 1 555 .

fcllMlIK f .N PHOVINCk y T. Vit.

s" CLXXIV. [9 SEPTEMBRE 1826.]

Vivitur pnrt>n Itene...

Horace 1

llciirrui c-eltai qui «ait te contrôler de prit !

M. L. D***, qui cherchait tous les moyens de prolonger notre séjour et de retenir son ami quelques moments de plus auprès de lui,, nous proposa une excursion à l’embouchure de l’Orne et au rocher du Calvados. «Vous ferez bien, me dit Léon, d’indiquer, au moins par égard pour nos Saumaises futurs, à quelle occasion ce roc a reçu son nom. Dieu sait à quelles conjectures ils pourraient se livrer pour trouver l’étymologie d'un mot espaguol, imposé à un département français. Les uns ne craindraient probablement pas d’avancer qu’il lui fut donne à la suite de quclqu’invasion ou de quelque conquête, bien que les Espagnols n’aient jamais mis le pied sur cette partie du sol français qu’en qualité de prisonniers de guerre. D’autres , remarquant que le mot Calvados veut dire Calvaire , pré-

tendraient peut-être que ce rocher reçut son nom de quelque grande croix plantée par quelques disciples de Loyola. Ils appuieraient leur opinion de l’usage où l’on était d’élever ce signe de salut aux endroits périlleux; ils argumenteraient de la haute piété des habitants de ces rivages, qu’ils justifieraient d'ailleurs par quelques ruines dune antique chapelle, consacrée, diraient -ils, pendant plusieurs siècles àNotre-Dame de La Délivrande, et avec toutes ces apparences de raison et de vérité ils n’établiraient qu’une erreur. Notez donc que le rocher du Calvados fut ainsi appelé du nom d’un des vaisseaux de la fameuse Armada de Philippe II, qui vint se briser contre ses flancs. C’est à la même circonstance qu’il faut rapporter la dénomination de Fosse cf Espagne sous laquelle on désigne la baie, située derrière les rescifs du Calvados. »

Pour faire plus facilement notre excursion , nous avons pris une voiture publique, qui part tous les matins de Caen pour Lyon-sur-Mer et qui revient tous les soirs. Lyon est un petit village dans lequel on a imaginé depuis deux ou trois ans d’établir des bains de mer. Le nombre des baigneurs s’accroît chaque année et Lyon pourra acquérir quelque importancé. Il nous a servi de point central pour diriger notre double promenade à l’embouchure de l’Orne et à la chapelle de Notre-Dame de La Délivrande. Nous avons eu soin dans notre route de

tourner un petit poste d'avant-garde jésuitique,

établi depuis peu dans ces parages.

La clia/xdle de Im Délivrande est comme la chapelle de Notre-Dame-de-Grace, et toutes les chapelles favorites des murins, l'objet d on culte un peu superstitieux. De petits vaisseaux avec tous leurs agrès, des coeurs de fer-blanc, de vieilles béquilles, des jambes et des bras, moulés en cire , ou sculptés en bois, sont appendus aux voûtes de ce petit temple. On y remarque un cadenas offert par un voleur très dévot à la Vierge. Pour prouver son innocence, le saint personnage demanda à être conduit devant la statue de Notre-Dame, en l’honneur de laquelle il fit célébrer une messe, et au moment du sacrifice le cadeuas qui rctenoit ses fers s’ouvrit et tomba de lui-même. Le juge d’instruction de ce temps-là ne résista pas, dit-on, à une pareille preuve , et l’accusé fut mis en liberté aux acclamations de la multitude. Tous ces ex-voto rappellent plutôt les traditions du paganisme que le culte épuré du Christ ; mais le philosophe, dont les approches de la mort ébranlent souvent la fermeté , et troublent les idées, peut bien passer quelque chose à des hommes peu éclairés et placés chaque jour eu présence du danger.

Les deux amis se sont enfin séparés , et nous voilà Léon et moi sur la route de Bayeux. Un grand et beau village marque à-peu-près la moitié de la

distance qui sépare cette ville de Caen; c’est Bretteville-C Orgueilleuse. Les étymologistes varient sur le motif qui lui a valu cette épithète : le plus grand nombre l’attribue à la hauteur du clocher de son église. U y a sur l'entrée d’une halle nouvellement bâtie une inscription en l'honneur de M. de Mont livaut, gravée sous les yeux et avec l’autorisation de ce magistrat, ce qui pourroit faire croire aussi que la modestie n’a guère d’accès dans les limites de cette commune.

Si une circonstance particulière ne nous eût imposé l’obligation de nous rendre de suite à Bayeux, nous aurions quitté la grande route à Bretteville , pour aller saluer à Juvigny le château qu'habita Malherbe, et le parc où il proineua souvent ses poétiques rêveries. Nous finies au moins à sa mémoire l’hommage de nos regrets. Un peu avant d’arriver à Bayeux, Léon ine fit remarquer un cimetière abandonné, où repose sous une modeste pierre le vainqueur de Thionville , le général Félix de fVimpJfen , mort le 2 3 février 1814.

Bayeux est sans contredit un des points de la Normandie où les hommes se sont le plus anciennement réunis en société. Cette ville a quelque prétention au titre de capitale du pays. Fiers du siège épiscopal qui lui reste, ses habitants, même les plus philosophes, sont portés à regarder Caen avec cet air de jalousie et de dédain que les anciennes fa-

1IAYEUX ET VAI.OG Pi ES.

milles , dont l’opulence est anéantie et la grandeur éclipsée, témoignent pour les hommes nouveaux <pii doivent à des circonstances plus récentes leur fortune et leur gloire. La première chose qu'un patriote bayeusain vous apprend c’est que sa patrie avoit déjà fleuri sous les noms successifs d 'Artegenus, Nœomugus, Bayocassium, avant qu’il y eût même une cabane à la place où Caen s’élève aujourd’hui. 11 a soin de vous révéler aussi l'antique origine de la suprématie religieuse. On la fait remonter jusqu’aux druides. U parait en effet prouvé qu’il en existait un collège à Bayeux, et qu’il tenoit scs assemblées sur le mont Thaunus , à la place ou l’on a bâti depuis les prieurés de Saint-Vigor et de Saint-Nicolas-de-La-Chesnaye. L’enthousiaste et complaisant bayeusain, auquel nous avions été recommandés , et qui nous donnait ces notions premières sur sa ville natale , nous cite à l’appui de cette assertion un passage d’Ausone, où ce poète fait l’éloge de deux professeurs de Bordeaux , qui étaient, l’un grand-prétre , et l’autre trésorier du temple des Druides de Bayeux.

«Le hasard, continua-t-il, nous a donné des preuves qui établissent que notre ville conserva sous les Romains son importance primitive. En 1760, en faisant des fouilles pour la reconstruction du chœur de l’église Saint-Laurent, on trouva plusieurs objets antiques qui annonçaient le séjour du peuple

conquérant. Depuis, en détruisant l’ancien château, on découvrit dans ses fondations des colonnes milliaires, des fragments de sculpture ou d’architecture, et un grand nombre de médailles qui donnèrent à penser que Bayeux avait eu des temples , des théâtres, et des gymnases. Les Saxons qui succédèrent aux Romains sur toute cette côte, laquelle même prit de là le nom de Littus saxonicum , après avoir ravagé ces monuments des arts , en avaient englouti les débris sous leurs grossiers remparts ; mais on n'avait trouvé encore aucun vestige qui annonçât l’emplacement de ces monuments supposés. Les découvertes de 1 760 avaient seules éveillé quelque espérance à cet égard au fond du cœur de nos antiquaires. L’église Saint- Laurent était pour eux un morceau de convoitise. Ils n’attendaient qu'une occasion favorable pour en explorer le sol , lorsque la gelée seconda leurs vœux, et fit tomber, en 1820, les anciens murs du cimetière. Les travaux , entrepris pour les réparer, mirent à découvert les traces des constructions antiques. Le zèle se ranima. On sollicita de l’autorité un secours pécuniaire qui fut accordé, et le soleil de 1821 éclaira les débris d’anciens thermes que la terre dérobait à tous les yeux depuis quatorze siècles. On distingua la destination des différentes pièces du monument à la disposition des pavages de inarbre et des canaux. La place de Yhypocauslum fut reconnue aux petits piliers de

brique qui s’y trouvaient; le ciment, la poterie , les métaux , et le talc , furent déclarés romains , enfin les médailles aidèrent à préciser plus nettement l’époque de ces constructions. On n’en a trouvé aucunes plus anciennes que celles de l’empereur Claude, qui régna, comme chacun sait, de l’an 4 > à l'an 54 de l’ère chrétienne, ni de plus récentes que celles de l'empereur Gratien assassiné en 383.

«Un de nos jeunes compatriotes, M. Lambert, apres avoir principalement surveillé et dirigé ces recherches, a rendu le compte le plus satisfaisant de leurs résultats, et des inductions auxquelles ils pouvaient donner lieu. Il en a fait l’objet de deux mémoires insérés parmi ceux qu'a publiés la société des Antiquaires de la Normandie. «

La digression archéologique de M. F*’’* m’éclairait sur l'histoire de Bayeux jusqu’au quatrième siècle; Léon acheva de m’en dérouler succinctement les annales , en m’apprenant que les fiers Saxons , après s’étre soumis au sceptre des rois francs, virent à leur tour leurs foyers envahis par les Normands. La première invasion qu’ils y firent, date de 844- Quelques années plus tard, Rollon, qui vint aussi pour ravager le pays, s’y laissa charmer par les attraits de la belle Popée. Bayeux devint, sous Guillaume-le-Bâtard, l’apanage de son frère utérin, de ce fameux évêque Odou , si célèbre par la part active qu’il eut à la conquête de l’Angleterre , et par

son respect pour cette maxime chrétienne: Ecclcsia abhorret à sanguine. Le bon prélat , armé d'une massue, assommait les pauvres Anglais ; mais sa conscience ne lui permettait pas de leur faire la moindre blessure avec des armes tranchantes. Cette ville fut ravagée et brûlée deux fois parles Anglais, sous Henri I" et Édouard III. Enfin , lors des guerres de religion, les calvinistes s’y livrèrent à ces fureurs qu’il n’appartient qu’aux passions religieuses d’inspirer.

Aujourd'hui les Bayensains, qui n’ont, comme on voit, aucune raison de regretter le bon vieux temps, savourent les douceurs de la paix la plus profonde, on pourrait même dire du calme le plus plat. Leur ville est tout-à-fait propre à servir de retraite aux personnes qui , avec une fortune médiocre , cherchent à se procurer la plus grande dose possible de jouissances positives. La vie y est à bon marché, et la chère excellente. On y trouve réunis dans une heureuse profusion les produits divers de la pêche et de la chasse, de la ferme et du jardin, des prés et des bois. En un mot , ses chapons sont préférés à ceux du Mans, et ses gélinottes n’ont point de rivales.

La société présente d abord la grande division de la noblesse et de la roture ; puis vient celle de la haute et de la basse bourgeoisie, lesquelles se subdivisent à leur tour en coteries secondaires. Un salon fréquenté par des gens de la vieille roche est

25o ba yeux et valognes.

iiu asile impénétrable pour les gens de justice; et,

par ricochet, la femme d’un avoué ne voudrait

pour rien au monde frayer avec la femme d’un

huissier.

I^a fabrication de la dentelle est l’unique industrie de Bayeux ; elle occupe environ trois mille ouvrières. M. Tardif, membre de la chambre des députés, en emploie le plus grand nombre. On cite après lui M. ifuvet, et mesdames Depierre et Carpentier.

..Deux objets principaux, reprit le Bayeusain, méritent de fixer ici votre attention. Le premier, est la cathédrale; et le second, la tapisserie de la reine Mathilde. Notre suprématie religieuse s’est conservée sans interruption depuis les druides jusqu’à nos jours. Notre cathédrale a remplacé leur temple, nos chanoines leur collège, et notre séminaire leurs écoles. Le siège épiscopal, maintenu dans nos murs, en dépit des prétentions de Caen , est le dernier débris que nous ayoDS conservé de notre grandeur passée. La beauté de notre cathédrale augmentait nos droits à cet acte de justice. Jugez-en vous-même, nous ditM. F***, au moment où nous arrivions au détour d’une petite rue , qui conduit devant la face de cette basilique. »

Il nous fallut lever les yeux presque aplomb audessus de nos têtes, car, faute d’une place publique en avant de son portail, on est réduit à regarder

1IAYEUX ET VALOGNES.

perpendiculairerueut la cathédrale de Bayeux. C’est encore un de ces monuments gothiques, où tous les genres et toutes les époques se confondent ; mais dont la masse est imposante. Les arcades de la nef sont les seuls restes du monument primitif qui aient échappé à deux incendies successifs; elles remontent à l'évêque Odon. Les autres parties de l’édifice datent des douzième, treizième, et quatorzième siècles. Cette église est aussi pauvre et aussi nue à l’intérieur quelle était riche et ornée autrefois. Les seuls morceaux curieux de son ancieu trésor, qui aient été conservés jusque aujourd’hui, sont la chasuble de saint Regnobert et le coffret qui la renferme. Le coffret paraît être l’ouvrage des Sarrasins. Les uns veulent qu’il ait été trouvé dans leur camp, après la bataille de Poitiers, les autres le regardent comme un présent fait par saint Louis à l’époque des croisades. Il y a autour de la serrure de ce coffret une inscription en caractères orientaux dont on a fait deux traductions qui offrent entre elles à-peu-près autant d’analogie que les opinions des antiquaires. Voici la version du premier traducteur , P élis de La Croix : « Au nom « de Dieu ! quelque honneur que nous rendions à » Dieu, nous ne pouvons pas l’honorer autant qu'il «le mérite, mais nous l’honorons par son saint « nom. « Comme cette version n’est nullement en rapport avec la brièveté du texte , on a cru devoir

l’envoyer de nouveau au savant M. de Hammer, qui bien et duement averti, s’est renfermé dans une interprétation plus laconique. Selon lui, l'inscription signifie : « Au noin de Dieu clément et miséricoru dieux ! sa justice est parfaite et sa grâce est vaste. » En vérité ces traductions rappellent la fameuse mystification de l’ambassadeur turc dont Musson amusait nos salons, avec cette différence cependant qu'ici ce ne sont pas les orientalistes qui sont les mystifiés.

Au-dessous du chœur de la cathédrale de Bayeux se trouve une crypte ou chapelle souterraine, remarquable par son antiquité et par son étonnant effet de lumière. C’est un morceau qui ne conviendrait pas moins au pinceau de M. Bouton que la crypte de l’Abbaye-aux-Damcs à Caen.

F..e gothique et fameux ouvrage à l’aiguille que l’on appelle tapisserie de Bayeux, ou tapisserie de la reine Mathilde, est dans une des salles de l’hôtel-deville, tout près de la cathédrale. C’est un morceau de toile de lin, blanche et d’un tissu assez fin, sur lequel sont représentés tous les événements de la conquête, depuis l’ambassade dont Èdouard-le-Coufesseur chargea Harold auprès de Guillaume jusqu'à la défaite et la mort de ce même Harold. Il me semble que c’est assez improprement que l’on désigne cet ouvrage sous le nom de tapisserie, celui de broderie lui conviendrait davantage. On n’y voit

en effet que l'indication du contour extérieur des hommes ou des choses. Les milieux et les fonds ne sont point remplis. C’est ce que les artistes appellent un simple trait, exécuté par un travail qui rend àpeu-près l’effet de la broderie au crochet. Les couleurs de ce trait varient suivant celles des objets qu’il indique. Les personnages sont représentés dans des proportions assez justes; mais l’architecture est sur une échelle beaucoup plus petite que les figures. Malgré ces imperfections de dessin, cet ouvrage est infiniment remarquable et très précieux pour l'histoire. Les armes, les costumes, les usages , y sont représentés avec une extrême fidélité. Quelques antiquaires pudibonds prétendent que la chaste susceptibilité de la reine Mathilde ne lui aura pas permis de reproduire les formes un peu viriles des conquérants; et en conséquence ils attribuent la direction de ce travail à l’évêque Odon, moins délicat sur ce point ; mais c’est une question assez insignifiante. Il suffit qu’on reconnaisse unanimement que cette fameuse tapisserie ait été faite du temps des événements qu’elle retrace.

M. F*** nous engagea à visiter la bibliothèque du chapitre; mais Léon, qui avait à la main le Voyage du docteur Dibdin, m’assura que le seul ouvrage qui pourrait exciter notre surprise au milieu de cet amas de livres théologiques, était un exemplaire

des Contes de La Fontaine, in-4°. Alors nous passâmes outre.

Pour compléter les notions que nous pouvions desirer sur llayeux, il ne nous manquait plus que la nomenclature de ses hommes célèbres. ■< C’est un travail, nous dit M. F"', dont j’ai fait l’objet d’une étude spéciale. Je me suis également occupé des morts et des vivants; un coup-d’œi! jeté sur les matériaux que j'ai réunis, pourra vous épargner de fastidieuses recherches. » M. F*" eut effectivement la complaisance de nous apporter son manuscrit à Y hôtel de Luxembourg , et Léon se mit à en extraire les notes suivantes :

Saint-Marcoul , savant et célèbre prédicateur, dont les reliques reposaient à Reims, dans une église qui portait son nom , et où nos rois faisaient une neuvaine, lors de leur sacre, pour obtenir la faculté de guérir les écrouelles. S’il faut en juger d’après les cérémonies du dernier sacre, il paraît que c’est un avantage auquel la couronue a renoncé, sans trop s’embarrasser de ce qu’on penserait du passé.

Àlain Chartier, fameux par ses talents, et par le baiser que Marguerite d’Ecosse déposa sur celte bouche qui avait prononcé tant de belles choses.

L’archevêqne de Rouen, Jean de Bayeux, assassiné par les moines de Saiut-Ouen.

Le docteur de La Bigne, premierjcompilateur de la bibliothèque des Pères.

Le professeur Couture.

Le boursouflé Brébeuf, que ses quatre vers sur Cadmus, inventeur de l’écriture, feront vivre plus long-temps que sa traduction de Lucain tout entière.

L’abbé de Choisi , membre de l’Académie F rançaise, qui, sous la soutane, publia une Vie de David , une Vie de saint Louis, des Dialogues sur l’immortalité de lame, et une traduction de l’Imitation de Jésus-Christ, et qui est véhémentement soupçonné d’avoir revêtu le jupon de la comtesse Desbarres, pour avoir impunément des maîtresses, et pour écrire des mémoires scandaleux.

Cahier de Gerville, prédécesseur du vertueux Roland au ministère de l’intérieur. Ce fut lui qui le premier provoqua les améliorations qu'ont subies nos lois sur l’état civil: dabord eu publiant un excellent mémoire sur l’état civil des protestants en France, ensuite en rédigeant la pétition que la municipalité de Paris présenta sur cet objet en 1789 à l’assemblée constituante. Puisse-t-on ne pas détruire l’ouvrage auquel il prit une part si honorable!

Delauney, jeune peintre, mort comme Drouais, dont il fut contemporain , avant d’avoir pu confirmer les espérances que son talent faisait naître. La gravure a reproduit son joli tableau représentant

le Pèlerinage de saint Nicolas. C'était dans sa patrie, en présence des ruines du prieuré de Saint-Nicqlas de La Chesnaie, qu’il avait conçu cette gracieuse composition.

Félix Bodard , vice-consul à Sinyrne, et consul à Naples et à Gênes. Ami d’enfance du fabuliste Le Bailly, il avait consacré quelques uns de ses loisirs à la littérature, et fait représenter dans sa jeunesse plusieurs pièces sur le théâtre italien.

Le contre-amiral Lhermitte, un des officiers qui ont le plus honorablement soutenu la gloire de notre pavillon, dans un temps où le gouvernement semblait en quelque sorte complice de ses ennemis pour en ternir l’éclat.

Boberl Lefèvre, qui vivra par ses portraits, comme ses portraits feront vivre ceux qu’ils représentent.

Philippe Delvitle, membre de la convention, où il déploya au 3 i mai un courage qui eut trop peu d’imitateurs.

Mademoiselle Georges (Wemmer ), née le février 1787. Cette belle et célèbre tragédienne est venue en 1820 offrir l’hommage de ses talents à la ville qui l'avait vue naître. Elle joua Mérope dans l’espèce de grange qui sert de salle de spectacle à Bayeux, et elle montra une énergie et une tendresse quelle n’avait peut-être jamais déployées à un aussi haut degré sur de plus grands théâtres.

Mademoiselle Georges peut justifier là réputation de beauté dont jouissent les femmes de Bayeux. En général leur taille est élevée et bien prise, leurs traits réguliers, et leur carnation de la plus grande fraîcheur. Dans la plaine de Caen ce sont les hommes qui jouissent plus spécialement de ces avantages; ce qui a donné lieu au dicton populaire : Garçons de Caen , filles de Bayeux.

« Pour ce qui est de notre biographie vivante, nous dit M. F***, vous devez citer M. Pluquet, neveu de l'auteur du Dictionnaire des Hérésies , antiquaire connu par plusieurs mémoires pleins de recherches curieuses sur les poètes et les trouvères normands. 11 a publié aussi sous le titre de Contes populaires une petite brochure où il s’est plu à réunir les vieilles traditions, les histoires de fées, les croyances absurdes, et les préjugés de toute espèce , que le bon vieux temps a légués à notre siècle de lumières. C’est là qu’il faut chercher les miraculeuses histoires de la fée d’Argonges , de la dame dAprigny, de Jeanne Bacon, et la diabolique aventure du chanoine de Cambremer.

<■ A côté de M. Pluquet, se présentent M. Lambert, déjà cité au sujet des antiquités romaines; M. Delauney , ancien curé de Vaucelfes; et un autre

' M. Pluquet prépare en ce moment une édition du poëmc de Roberl-Wall qui paraîtra chez M. Frère, libraire à Rouen.

Ermite eî» province, t. tu. 17

GATEUX ET VALOGHES.

M. Delaunejr, membre de l’assemblée constituante, et auteur d’un poème sur Bayeux et ses environs. Comme antiquaire , M. Delauney attache probablement plus de prix aux notes de cet ouvrage, qu’au texte lui-même.

« Nous avons aussi quelques dames, poursuivit M. F***, qui se livrent pour leyrs amis et pour ellesmêmes au culte si doux des muses. Mesdemoiselles P*** et D*’* de R*** sont de ce nombre , et mériteraient qu’on soulevât entièrement le voile mystérieux dont elles s'enveloppent. J’aurais mentionné également madame d’H***, si elle n’eût abandonné le culte des faux dieux, et déserté le mont Parnasse, pour aller s’agenouiller sur le mont Valérien.

Avant d’abandonner Bayeux sans retour, nous avons cherché à nous former une idép générale de l’assiette de cette ville. Elle est située au milieu d’un pays fertile en pâturages, et arrosé par la rivière d’Aure, qui, ainsi que la Drôme, va s<r perdre à quelques lieues de là dans une fosse n'ommée la fosse du Souci. Ségrais a chanté dans son poème d’Athis le phénomène que présentent le cours et la perte de ces deux rivières. Tous les lieux d’alentour y figurent, et sont supposés avoir pris leurs noms à la suite de métamorphoses dans le goût de celles d’Ovide, mais qui malheureusement ne sont pas écrites du même style. Le mont Caumonl est dans ce poème le père de l'Aure et de ta -Drôme , qui

promènent d'abord une onde innocente et pure dans deux lits voisins; mais bientôt l’amitié prend le caractère d’une tendresse coupable dans le cœur d’Eure. Il poursuit sa soeur la Drôme de ses feux illégitimes. Caumont, en père bien avisé, cherche • ■>

à donner le change à la passion de son fils, en lui proposant pour seule épouse' la Naïade de la rivière la plus voisine; mais l’humeur sauvage de cette jeune beauté est peu faite pour charmer Aure, et Caumont est obligé de retenir ses eaux captives dans ses flancs. L’impétueux ruisseau s’échappe de sa prison , et après avoir erré quelque temps dans la campagne à la recherche de sa sœur, il l’atteint enfin, et s’unit à elle à peu de distance de la mer; mais Neptune irrité refuse de recevoir leurs ondes , et, d’un coup de son trident, il leur ouvre la fosse du Souci pour les dérober ainsi que leur crime à la clarté du jour. Il y a là plus d’imagination que de goût.

Depuis long-temps le génie des ponts-etchaussées aurait dû s'immiscer dans cette affaire de famille et forcer Neptune à user de plus d’indulgence à l’égard de ces deux malheureux amants; pour parler sans figure, il serait fort à desirer dans l’intérêt du pays environnant, que l’on créât un canal pour porter à la mer les eaux de l’Aure et de la Drôme, dont le cours souterrain occasione des ravages qui vont toujours croissants et qui se sont

même quelquefois ressentis dans toute la vallée de

Trivières et d'Isigny.

Si nous avions eu un jour de plus à donner à l'exploration des environs de Bayeux , nous l'aurions consacré à la mine de bouille de Litri, qui nest distante de cette ville que de quelques lieues. M. F*** a voulu suppléer à nos propres observations par la description qu’il nous fit du charmant village qui environne la houillère, par celle des belles machines à vapeur, appliquées à son exploitation, et parles détails qu’il nous donna sur l’excellente administration de cette grande usine.

« L’heureuse influence de cette mine sur la prospérité de ce pays, nous dit-il, devrait être un motif d’émulation bien puissant pour exciter sur d’autres points de U France à des recherches géologiques analogues. Il faut avoir été témoin de la métamorphose que ce pays a éprouvé depuis 1741, époque de la découverte de la houillère de Litri, pour se faire une idée de tous les avantages qui en découlent. Beaucoup de gens ne voient généralement dans une mine de charbon qu’un moyen d’augmenter la masse du combustible au profit de l’industrie et au détriment de la propriété territoriale. Quand on parcourt ce pays, on ne tarde pas à s'apercevoir que c’est à la mine de Litri qu’il doit sa prospérité agr icole. En effet le bon marché de la houille a permis d’établir à dix lieues à la

ronde une grande quantité de fours à chaux dont les produits , employés comme engrais, fertilisent plus de cent cinquante mille arpents de terre. De nombreux ouvriers travaillent à l’exploitation de ces fours, tandis que d’autres extraient la pierre calcaire ou sont occupés à son transport. Il est encore des vieillards qui se rappellent avoir vu ce pays, riche aujourd’hui d’une population laborieuse, d’abondantes moissons, d’habitations commodes, et de tout le matériel nécessaire à son industrie et à sa culture , parsemé seulement d’un petit nombre de huttes habitées par quelques malheureux, qui avaient peine à arracher à des terres argileuses et froides le gage d’une chétive existence. La découverte et l’exploitation d’une mine de charbon a tout changé. C’est ainsi que l’industrie participe à la puissance suprême et créatrice dont elle est une émanation. »

Après avoir recueilli ces dernières instructions de notre aimable interlocuteur, nous avons pris la route d'Isigny. L’aspect des campagnes que nous traversons pour nous rendre à cette petite ville , célèbre par son commerce de cidre et de beurre, est tout différent de celui que présentent les plaines que nous avons parcourues jusqu’ici. Nous pourrions nous croire au milieu d’un parc où l’on aurait ménagé tous les points de vue imaginables d’une nature champêtre et bien cultivée. Des haies vives

et des plants de pommiers bordent la route sans interruption , et l’œil ne quitte un cbamp couvert d’une riche moisson que pour se reposer sur l’éclatante verdure d’un pâturage qu’animent de nombreux bestiaux. Les habitations, même celles qui paraissent appartenir à la classe la plus pauvre, ont une apparence de propreté qui charme: elles sont souvent tapissées d’arbres à fruit soigneusement taillés, et toujours entourées d’un jardin bien cultivé. L’espèce humaine participe a ce bien-être général ; toutes les figures que l’on aperçoit aux portes ou aux croisées sont remarquables par la fraîcheur du teint et la beauté de la carnation. L'ensemble de ce pays agricole reporte la pensée vers cette félicité de l’âge d’or, dont on aime à retrouver quelques images ailleurs que dans les poètes. Ce tableau des mœurs champêtres et d'occupations agricoles attache et pénétre. En sa présence on se sent convaincu que l'agriculture est en même temps la première et la plus douce destination de l’homme.

Une pluie assez forte qui tombait au moment où nous passions devant Formigny nous a empêchés de mettre pied à terre pour aller visiter la place où le connétable de Richemont porta le dernier coup à la puissance anglaise en Normandie, le i5 avril i45o. D'ailleurs nous y aurions vainement cherché un monument qui consacrât cette mémorable action. La petite chapelle que la piété

de nos pères y avait élevée, a été convertie en grange. Quelques amis de la gloire nationale ont émis des vœux stériles pour que cette profanation fût expiée ; mais on conçoit que des ministres réduits à gouverner la France avec un milliard n’en puissent distraire cinq à six mille francs pour relever un pareil monument.

Le temps que l'on a mis à changer nos chevaux à Isigny nous a suffi pour parcourir cette petite ville et son port. C’est encore un point où la nature semble vouloir que les avantages soient achetés par le travail de l’homme.

A peu de distance d'Isigny nous sommes passés sur le pont du Fey, important ouvrage attendu depuis près d'un siècle, et qui présente enfin un point de communication sûr et permanent entre la péninsule normande et le reste de la France. Nous nous sommes arrêtés quelques instants sur ce pont bâti tout en granit et destiné à prodA er à la postérité que les Français auraient pu sous une bonne administration lutter avec le peuple-roi en travaux utiles et durables. J'appris que ce pont avait été construit sous la direction de M. Pattu. « Notez aussi, me dit Léon, que Dumouriez avait sollicité, sous un gouvernement .dont les liens se relâchaient chaque jour davantage, l’exécution de cette importante entreprise et que la construction n’en fut arrêtée que le 1 7 frimaire an 5 . Le projet de Dumouriez était plus

vaste que celui que l’on a adopté. 11 proposait de créer le pont sur le Grcind-Vey, de réunir dans un seul chenal ou dans deux au plus les eaux des sept rivières qui se fraient en cet endroit une embouchure si difficile et si lente à travers les sables, d’en fixer les bancs, de les conquérir à la culture, et de rendre en même temps la salubrité à tout le pays environnant. La communication établie par le Grand-Vey aurait aussi raccourci de treize lieues le chemin de Cherbourg à Caen. Offrons du moins ce projet à l’activité de nos neveux. Le pont du petit Vey satisfait aux besoins les plus urgents, et a mis un terme aux accidents nombreux qui arrivaient chaque année à ce dangereux passage.

La grande route de Bayeux à Carenlan nous a semblé propre à résoudre les doutes que l'on pourrait élever encore contre le système des chaussées à la Mac-Adam. Je ne me rappelle pas en avoir parcouru de plus unie et d#plus roulante. Léon me fit remarquer que le cailloutage dont elle est formée se compose d’un galet rond et à-peu-près de la grosseur d’une aveline , ainsi que le prescrit l’économiste Anglais. La nature fait ici ce que l’on ne peut attendre ailleurs que de la main de l'homme.

Que dire de Carentan P si ce n’est que cette petite ville est une petite place de guerre , située dans un pays marécageux et malsain , et qu'on l'appelait autrefois Cronciatonum , nom qui signifiait fl de lis-

BAYEUX ET VAl-OGNES.

serand, et qui lui fut donné à cause des toiles qu’on y fabriquait. Ceux des antiquaires qui rapportent tout à César et au temps de César attribuent la fondation de Carentan à un de ses lieutenants , nommé Carus, qui, selon eux, y construisit un château dont on ne voit point la moindre trace. Les murs de cette ville sont baignés par ta Douve , rivière dont on a eu le projet de resserrer Jes eaux daus un canal qui aurait eu son embouchure sur la côte opposée à celle de Carentan , et qui par conséquent eût formé une ile du département de la Manche.

Jean Lorrel , auteur de la Gazette burlesque de la cour, écrite en vers libres , et adressée à la duchesse de Longueville, Éléonore Langevin, docteur de Sorbonne, et Benjamin Basnage, ministre protestant, sont les seuls hommes qui aient sauvé leur nom de l’oubli dans lequel dorment paisiblement les générations de Carentan. 0

Sauf quelques nuances légères, le paysage entre Carentan et Valognes est le même qu’entre Bayeux et Carentan. La route est tracée daus une direction si régulière, qu’en sortant de Sainte-Mère-Église on aperçoit, à trois lieues devant soi, le clocher de Montebourg , qui semble un obélisque placé au fond d’une immense avenue. Léon me dit qu’il y avait à une demi-lieue de Montebourg un camp romain , connu , parmi les amateurs de castramétation , sous le nom de petit camp de Mont-Castre ; mais, quoiqu’il

BATEUX ET VALOGN ES.

m’ait assuré que son enceinte était encore bien conservée , je n’en ai pas moins passé outre.

Lesage a voué Fabgnes au ridicule. Un autre écrivain , dont la massue était moins redoutable pourtant que les flèches perçantes de l’auteur de Turcaret , a écrasé cette malheureuse petite ville de tout le poids de sa colère. L’effervescence de 1793 explique l’acharnement de La Vallée contre le séjour de prédilection de tous les petits nobles de la contrée. Cette double attaque m'a inspiré un sentiment de compassion en faveur de Valognes, et j’y suis entré avec l’intention d’y chercher et d’y recueillir tous les motifs de réhabilitation quelle aurait à faire valoir. Mais hélas ! l’ancienne noblesse semble lui avoir imprimé d'une manière indélébile le sceau de l'inutilité et de l'ennui. L’industrie n’a encore fait aucune tentative importante et féconde pour l’effacer. Le commerce de consommation locale prend seul un peu d’extension. Quelques boutiques sont établies dans les hôtels délaissés ; mais elles ne sont point à leur place. On dirait de ces arbrisseaux utiles dont la semence a été jetée par le hasard sur des monuments gothiques , et qui ont peine à étendre leurs racines sur leurs ruines stériles.

Les appartements de Yhôtel du Grand-Turc , où nous sommes logés , portent ce caractère de grandeur prétentieuse et de luxe de mauvais goût qui semble avoir présidé à la construction de la ville en-

tière. 11 serait facile de ménager le logement d'une famille dans chacune des chambres que nous occupons. D'innombrables moulures , des festons, et des astragales, se relèvent en bosses poudreuses sur les murs ; des fresques de la plus risible médiocrité décorent les plafonds, et de misérables tapisseries font regretter la nudité des murs quelles recouvrent. Quant à la cuisine , celle du Grand-Tuiv est digne de la première ville du monde... pour le rôti.

L’usage de planter des vignes devant les maisons donne à quelques rues de Valognes une physionomie toute particulière. Pendant la belle saison , la trace des habitations disparaît derrière ce rideau de feuillage et de fruits , et la ville reproduit alors l’effet de ces édifices en charmille qu’alignaient jadis les jardiniers français.

Si nous avions eu le bonheur de rencontrer à Valognes M. de Gerville, ce savant explorateur des antiquités de son pays nous aurait guidés dans la recherche de l’ancienne Àlauna, ville qui fut le berceau de Valognes, et dont on a découvert en 1695 l enceinte, les thermes, l’amphithéâtre, et 1 aqueduc. Notre curiosité s’est reportée sur les monu ments modernes; nous avons visité le nouveau palais de Justice que l’on construit en ce moment. Au milieu du dix-septième siècle, Valognes n’avait point encore d’hôpital. Un pauvre domestique s’avisa en mourant de léguer vingt sous de rente pour

en fonder un. Sa bonne œuvre prospéra; les riches rougirent de leur égoïsme; des dons considérables vinrent se grouper autour du denier du pauvre , et l’on fut bientôt en état d'élever Y hôpital général. Nous avons voulu voir un établissement dft à de si faibles commencements; mais ce n'est pas sans douleur que nous avons remarqué que les couvertures en étaient à jour.

Nous sommes restés trop peu de temps à Valognes pour juger par notis-mêmes de l’état actuel de sa société. Tout ce que nous avons observé, c’est que l’herbe croît aujourd'hui dans les cours de ses hôtels déserts. Jadis quarante voitures de maître en foulaient le pavé. Ceux qui ont été témoins de la splendeur de ce Versailles du Cotentin, et qui y survivent, en déplorent entre eux la chute, et tâchent d’en réveiller quelques traditions. Un seul vieillard, dont l’esprit jeune encore a su se conformer à celui de son siècle, et que la bonté de son cœur porte vers un sentiment de bienveillance générale, accueille indistinctement les hommes de tous les rangs , et se plaît à rapprocher toutes les conditions; M. de Sainte-S*** est payé de sa noble conduite par la reconnaissance de tous ses concitoyens, et par l'estime de ceux même qui ne l’imitent pas.

Léon *** a peut-être manqué de renseignements exacts sur la biographie des hommes célèbres de Valognes; mais il n’a pu me citer que trois noms

BAYEDX ET VALOGNES. 269

que quelque éclat recommande à la postérité ; encore ces noms appartiennent-ils à nos temps modernes : ce sont ceux de Vicq-d'Jzir, de M. Dacier, secrétaire perpétuel de l’académie des Inscriptions, et du brave colonel Bricqueville, parti soldat, parvenu au commandement du sixième régiment de dragons , et rentré dans sa patrie couvert de soixante blessures. Les environs de Valognes offrent heureusement quelques noms à glaner pour ajouter à cette liste trop courte. Fréville a donné le jour à Dumoutier , précepteur de Ferdinand des Ursins , devenu pape sous le nom de Benoît XIII ; Grosville, au chevalier de Brucourt, auteur d’un ouvrage estimé sur l’éducation de la noblesse; et le Val-de- Scie, au fameux docteur de Navarre Jean Delaunoy, non moins connu sous le nom du Grand dénicheur de saints. Cè savant défenseur des libertés de l’Église gallicane, consacra sa longue et laborieuse carrière à combattre toutes les prétentions temporelles de la cour de Rome, et à porter le flambeau d’une critique judicieuse sur les contes ridicules et sur les fausses croyances dont la religion catholique s’est surchargée en traversant des siècles d’ignorance et de barbarie. 11 attaqua la simonie, les annales, et les prétendus privilèges des moines. L’arrivée de saint Lazare et Madeleine en Provence , l’apostolat de Denis-l’Aréopagiste, la vision de Simon Stocb , et plusieurs autres traditions du même

HAYEUX ET VALOGNES.

genre durent céder devant sa logique pressante, et devant la vérité de l’iiistoire. Le nombre des saints dont il a purgé la légende est considérable. «J’espère que vous ne ferez pas de mal à notre saint Yon, lui dit un jour le président de Lamoignon, chez lequel il se trouvait. — Comment lui en ferais-je, répartit le docteur, je n’ai pas l'bonneur de le connaître. » De son côté, le curé de Saint-Eustache de Paris disait : « Quand je rencontre le docteur Delaunoy , je le salue jusqu’à terre, et ne lui parle que chapeau bas, tant j’ai peur qu’il ne m’ôte mon saint Eustache, qui ne tient à rien. »

Les ouvrages de Delaunoy ont été publiés par l'abbé Granet , et imprimés à Genève en dix volumes in-folio. Une réimpression des oeuvres choisies de cet auteur aurait peut-être aujourd’hui le mérite de la-propos.

M° G). XXV. [ iC SEPTEMBRE 1 8a6.]

Le projet da port de Cherbourg est une des plus hardies et des plus glorieuses entreprises de ce tiède; elle honore le monarque qui la approuvée, et qui a tu le courage d'en ordonner l'exécution, les personnes à qui on la doit, et la nation qui l’a conçue.

Mémoire* de Duasooaicz, lib. XI, chap. y.

« Si j'étais jamais atteint de quelque ambition administrative, me disait Léon ***, la modeste préfecture de la Manche serait, je crois, celle que je rechercherais avec le plus d’ardeur. Je n’en connais point en France, qui puisse flatter davantage un esprit avide de créations. La péninsule sur laquelle s’étendent ses droits administratifs offre en effet la plus vaste carrière aux grands travaux , aux entreprises utiles , et au double développement des améliorations industrielles et agricoles. Si on en excepte le port de Cherbourg, qui au reste est encore loin d’être achevé , il est difficile de se soustraire à un sentiment d'humiliation nationale en parcourant

272 lf. guide de dumouriez.

cette contrée, et en comparant ce quelle est avec ce qu’elle pourrait être. Comment ne pas convenir eu effet avec soi-même que, si le sort eût donné un pareil pays pour patrie à un peuple rival , ses belles rades et ses baies spacieuses auraient vu s’ouvrir depuis long-temps des ports aussi sûrs que formidables , et que ses rivages seraient couverts de nombreux chantiers de construction et d’immenses arsenaux, où l'on travaillerait à consolider la supériorité de la marine militaire pour assurer la prospérité de la marine marchande ? Comment ne pas s’avouer encore que si les Hollandais eussent été maîtres de l’intérieur de ces terres, coupées en tout sens par des eaux abondantes, ils y eussent créé un système de canalisation, qui eût suppléé au défaut des routes de terre , qui eût multiplié les communications sur tous les points, et réuni aux richesses commerciales tous les avantages de la plus fertile agriculture? car par-là on eût pu porter et répandre jusqu’au fond du village le plus reculé cet engrais si actif que la mer prodigue sur ces rives, cette tangue, qui, semblable aux eaux du Nil, fait naître l’abondance par-tout où sa poussière fécondante peut atteindre

«Je ne m’étonne point que Dumouriez, esprit actif et entreprenant, se soit si fort passionné pour ce pays. Comme homme d’état, et comme guerrier, il songea d’abord à sa défense. Le naïf exposé

de ses projets, et le tableau des efforts qu’il fit pour arriver à leur exécution, est un des morceaux les plus instructifs de ses Mémoires. Cette lutte d’un grand talent et d’une volonté forte contre l'apathique indifférence des ministres, contre les prétentions locales, et contre les prérogatives contradictoires d'une administration sans harmonie et sans ensemble, intére^e puissamment en faveur de celui qui la soutient, en meme temps qu’on reconnaît avec effroi les symptômes d’une dissolution complète dans le gouvernement, qui, au détriment du trône, avait alors un roi de la terre, un roi de la mer, un roi de l’artillerie, un roi des fortifications ; puissances indépendantes les unes de^ autres , et auxquelles la volonté du souverain lui-même était trop faible pour imprimer une unité de tendance et d'action. Sons ce rapport, il est affligeant de songer que la création du port de Cherbourg fut un acte d’autorité arbitraire de là part de Louis XVI. Il est même probable que si les vœux de la nation ne se fussent pas unis, dans cette. circonstance, à ceux du prince, le futur vainqueur de Jemmapes, appuyé de tout l’ascendant du roi de France , n’eflt jamais triomphé de ces conflits d’autorité, et des résistances administratives. Ministres et bureaucrates , méditez cette partie de la vie de Dumouriez, et si votre cœur conserve quelque étincelle d’amour pour votre patrie, préservez-la à jamais d’une semblable

Ermite Et» hiovirce, t. vii. • H

anarchie. Quoi qu’il eu soit des obstacles qui entravèrent la création du port de Cherbourg , elle a commencé pour ce pays une ère nouvelle d’amélioration, que l'esprit du siècle et la force des choses contraindra d’achever.

« C’est en longeant une partie des côtes de ce département, et en pénétrant pur des chemins écartés au centre de ses terres, continua Léon, que vous pourrez mieux juger de la justesse des réflexions qu’il m’a inspirées. Nous nous dirigerons d’abord sur Barfleur, en passant par Saint- /Faust, petit port de iner voisin de la pointe de la 1 longue .

Une grande route récemment établie conduit de Valorjncs à Sainl-JVaast, et de Saint-fFaast à Barfleur. Nous eûmes l'occasion d’apercevoir les heureux effets de cette création ; les habitations nous parurent plus élégantes, et les enclos mieux soignés sur les bords du chemin. C’est probablement aussi à ce nouveau débouché offert à l’agriculture, qu'il faut attribuer les défricliements considérables que M. le général Le Marrois a entrepris dans les bois du Bain, un peu avant Quethon. Les bâtiments de la ferme avoisinent la grande route, et l'œil se repose avec plaisir Sur les moissons et sur les plants de pommiers qui ont remplacé des bois peu productifs. . •

Sainl-fVaasl est une petite ville à laquelle deux longs talus en pierre, qui conduisent, l’un vers la

LE GUIDE DE DUMOUIllEZ. * 275

liowjue, et l’autre, vers la pointe de Réville, ne me paraissent point devoir mériter le nom de port; mais l’aspect de la mer est ravissant autour d’elle. Du cô^é de la terre, les côtes du Cotentin, parées d'une brillante végétation Rabaissent par une pente insensible jusqu’au niveau des eaux; du côté de la mer, / t/e Talihou , le rocher de la Vent, le fort de l’JIctle, la lotir de la Ifougue se dessinent de la manière la plus pittoresque sur l’azur des deux et des eaux, tandis que l’on entrevoit à l’horizon les îles Saint-Marcouf et l’embouchure des Veye. Quelques bâtiments de commerce, équipés par MM. Lamarche et Rouland, cinquante bateaux pêcheurs, et cent parcs d’huîtres, occupent de douze à quinze cents personnes à Saint-Waast. Tout y annonce l'activité et l’aisance. « Enfin , suivant l’expression du matelot qui nous guidait sur ces rivages, tout le monde y mange du pain blanc », ce qui est ici' l'apogée de la prospérité publique. • -

Nous avons longtemps promené nos regards sur cette belle rade, - où Louis XIV sacrifia follement sa marine, pour soutenir les prétentions du légitime Jacques H, qui ne put, dit-on, s’empêcher de sourire à notre désastre. Serait -il heureusement vrai que les calculs de la politique ne parviennent jamais à étouffer les sentiments de la nature? Tourvilie avait battu en 1690 ces mêmes flottes combinées d’Angleterre et de Hollande qui le bat-

■ 1 76 • I»K GUIDE DEDUMOUHiEZ.

tirent eu 1 (iya. Mais qqand il fut vainqueur, il était maître de diriger les évènements, et quand il fut vaincu, il obéissait à un de ces ordres absurdes qui , pour le malheur des états, émanent trop souvent du sein des cours. U lui était impérieusement enjoint d’attaquer la flotte ennemie, forte ou faible ; elle se composait de quatre-vingt-quatre vaisseaux, tandis que Tourville n’en avait que quarante-deux. Le célèbre amiral disputa néanmoins- la victoire pendant trois jours à des forces aussi supérieures, mais enfin la flotte française fut dispersée; vingt-deux vaisseaux se sauvèrent heureusement à Saint-Malo; sur le reste , qui chercha un refuge à Cherbourg, et à la I longue, neuf seulement échappèrent, et onze furent brûlés par l’ennemi. ' ■

Ix»rs de la création du port de Cherbourg, quelques personnes, oubliant les difficultés que cette rade avait présentées à la retraite deTourville r penchaient polir lui donner la préférence. Get avis ï fut promptement rejeté; nos neveux seront peut-être moins difficiles un jour. • 1 •

‘ .À-peu-près à moitié route de Saint-W’aast, Léon fit arrêter notre voiture au pied du mont Pernetlo. Force me fut de jeu laisser séul explorer le sopimet. Ce n’est plus à mon âge que l’on- peut se hasarder à gravir les flancs perpendiculaires d’une montagne aussi escarpée. Plus heureux que moi , il se plut à l'eseajader en suivant ia ligne la plus directe et la

LE GUIDE DK DUMOUJUEZ. 277

plus rapide- A ou juger par l’esquisse- tpi il ih'awp portée, du point de vue dont, on jouit de cette hauteur, les côtes de la Normandie, s» fécondes en beaux sites , n’en offrent probablement aucun autre qui soit comparable à celui-ci. L’église de la Pernelle, entourée de son cimetière et des chaumières do Custoe et de la Bonne-Sœur, occupent seules, mais dans la plus heureuse disposition, le sommet aride du mont. Tout le reste du tableau est au pied, de la hauteur, dans un abaissement qui semble d’autant plus profond, qu’on u’aperçoit point la pcritp qui y conduit. Toute la baie du Cotentin , ceinte d’ttn demi-cercle de riantes coHities , se déploie sur' la droite, dans un. horizon immense; la large cm- ' bouchure des Veys y paraît à peine sensible, et les îles Saint-Marcoitf ne sont que deux points noirs à la surface des eaux.' Sur un plan plus rapproché, on distingue l’ile Taliltoïc, Saint- ff'aast, ta Hotigüe, et une vaste étendue? de prairies et de-vergers.. Sur la gauche , l’œil remarque d’abord la peinte et le* fort Aè Reville, sMgare ensuite le long des bords. sinueux de la Sa ire', franchit le pont qui unit ses rives, et, va s’arrêter dans le pins grand éloigpement possible suï* les clochers de Barflùur et sur le phare de GaUevilie.

Je-trouVar,- avant d’arriVel - à barfleur, l’ôcoaskm de faire, une balte phis agreablc pour môi qiié édile du mont Perfidie. Je 110 voulus point passer devant ' le chàteatf d’A*** sans visiter le vénérable et spirituel

2 ’]& LB GVIDK DE DUMOUUIEZ.

vieillard qui, partagé entre le# souvenir# d'une honorable carrière et les affections d une famille empressée à lui plaire, coule paisiblement ici le noir d’un beau jour. Je suis, resté quelques heures avec M. d’A***. I<es charmes de sa conversation m’ont rappelé aux plaisirs de ma jeunesse, à ces temps d heureiue insouciance et d’aimable frivolité que 'personne ne pensait alors devoir payer si cher. M. d’A**' est resté un homme de l’autre siède; mais il n’en reproduit que les idées généreuses, la politesse exquise, et l'esprit anecdotique. Aussi ne saitil pas moins charmer les jeunes gens qu'intéresser la vieillesse. Léon n’a pas moins regretté que moi de ne pouvoir passer près de lui que de si courts instants.

D'A*** k'Barfleur nous avons eu à lutter .contre la difficulté d’une route nouvellement encaissée ; c’est un inconvénient passager. La chaussée s’affermira promptement sous le poids des voitures, et un chemin facile conduira 'bientôt jusque dans- ce. petit port, aussi insignifiant anjotird’hui qu’il parait avoir été important jadis. 11 mérite cependant d’être visité à cause de l’aspect tout particulier qu’il présente. Les masses informes de granit qui hérissent l'enceinte, et l’accès de son port, lui donnent up caractère que l’on ne retrouve sur apeun antre point delà Manche, Cette petite portion d’un rivage oiàia- • tonaut*abJüdonné est digne dps études du peintre et de l’attention du pôëte. C*est de semblables ro-

LE eCIDE DE DUMOUaiBZ. B j<J

chers que devait êtçe -entourée la demeure des Gyclopes. Les fureurs de la mer, accrues par les obstacles que leiir présentent ces noirs rescif| , ne doivent être nulle part plus effrayantes et plus dangereuses. ' • ■ - ■

« De fortes inductions, me dit Léon, en parcourant avec moi le talus voisin de l’église , portent à croire que Barfleur fut fréquente par les Rom oing lors de leurs guerres dans la Grande-Bretagne ; et l’on sait positivement que c’était -un-des ports où les ducs de Normandie, devenus rois d’Angleterre, s’embarquaient le plus fréquemment- Le funeste et Célèbre naufrage de k^Blanohe-Néf, dont votis «etc# peut-être bien aise que je vous rétrace les détail^, à la vue des grèves qui en furent tétâoins, ne laisse aucun doute à cet éjpird.

«C’était en 1 120 ; Henri 1 CT * roi d’Angleterre et duc de Normandie , après 'avoir marié son Bis Guillaume à Ja fille du comte d’Anjett, venait de conclure avec Ic roi'de France une paix qui lui faisait espéfcer un, régne tranquille. Le monarque-, les deutf nouveaux époux, et toute letir cour, composée .de la . plus brillante jeunessotles deux états, étaient réunis à Barfleur,' et se disposaient à traversée la Manfclie, quand le fils du hautonier, qui avait. conduit la Nef de GuiLlaume-le-Bâtard , lors de la conquête, te présente au roi, en*récl«tnant*avêc iristanac l'honneur (huit son jièrë avaitjotii : • — « Mon choix est déjà £ait,

zflo LH dUÎDE l»K DlîMOUIllEZ.

lui répondit Henri ; mais tu conduiras mon fila et

toute sa cour. » Le vaisseau du roi partit le premier; celui |jui portait le jeune prince, sa femme, et toute leuf sirite , Leva l'ancre uu peu plus tard. Cependant la mer était’ calme, le ciel serein, et-les feux étincelants de la lune ne permettaient pas d’apercevoir que la nuit eût fait place au jour. Cinquante rameurs choisis, et animés par le désir de toucher au rivage aussitôt que le vaisseau du roi, faisaient voler la Manche- N ef sur \ esc aux. Malheureusement les jeu u es passagers leur avaient fait distribuer en trop grande abondance le vin du départ 'La prudence avait disparu avèc la sobriété. Un'è force avçn- ■ gle dirigeait seule h; vaisseau, qui, engagé parmi les roebérs du ras de Çatte (aujourd’hui le ras de Galteville } , donna contre un écueil, et s’entr ouvrit aux . cris de détresse de? passagers et de l'équipage. Le bruit eu parvint jusqu’au vaisseau du roi, -sans qu’on en soupçonnât la cause. Le jeune Guillaume eut néanmoins le temps de se jeter daus la chaloupe du bâtiment , et de regagner la terre-; tuais ayant aperçu . la comtesse du Porche, sa* sœur naturelle^, qui se débattait sur les flots et l'appelait à son secours, il retourne au lieu du naufrage ,, la recueille sur son frêle esquif, où se précipite en même temps une foule d’autres passagers. Iat barqne ne peut bientôt plus contenir tons, ceux qitfse présentent ; elle fléchit sous le - faix , et s’abyrae dans les flots. Oc -trois cents

LE GUIDE DE DUMOU&|£.Z> sKl

passagers , deux seulement surnagèrent » en se cràrtiponnant à la grande' vergue. Le patron, après, avoir été une fois submergé, reparut àla surface de (eau;

« Qu'est, devenu le fils du roi? dit-il aux deux nau- . fragés qu!il aperçoit. —IJ n’a, point repam. — : Malheur à moi! s’écrie-t-il j » et au même instant il se replonge dans les flots. - • ' > t r • , ,

« Un seul des deux naufragés. i[ui avaient d'abord, échappé à ce désastre, eut. assez de forcé pouf résister à la rigueur de la saison, «âr on était eu dé-, cembre, et pour attendre jusqu'au point du jour que des pêcheurs vinssent lé recueillir. C’était on boucher de Roue», le {dus obscur peut-être de tous " les passagers. Ge fut de lui que l’on recueillit les détails de cette catastrophe si-cmelle et si imprévue- Mais à quel- moyen avoir rècours pour Tanpenéer à Henri? aucun courtisan nosait se charger d'un si triste message. On imagina enfin de placer suc le passage d» roi un enfant en pleurs, auquel, on venait de faire ce .récit, déchirant, et qui, interrogé par le prince sur la cause de ses farines, le lui répéta avec la naïveté de son âge. Ce fut un coup de foudre pour Henri: après faut de {guerres et de brigues, d’injustices et de eriuteâ pour assurer fa couronne à son fils , il s« trouvait frappé dans sa [jeçsonile, Comme moqarque et comme père. L« souvenir decct affreux naufrage le poursuivit toute sa vi«, et les historien» ont remarqué que dpjgrts ce

î8a LE UUIOE DE DUMOOH1BZ.

jotte'lesonrire même le plus léger n'effleura pins se» lèvres. *

Des chemins seulement praticables pour les personnes à pied on à cheval, nous Ont conduit» de Baifleorau Fasl, village devenu important dans ce pays par les oréations industrielles de M. de Fontenillal. Une manufacture de zinc, appartenant an gendre de Ce célèbre manufacturier, .occupe la pente stérile de bruyères cjuel’on rencontre on peu en avant du Fait. Non» reniæquâmos aussi à notre gauche le château du Vicdr, bàbité par M. le général Le Marrais, et agréablement situé au point le pins éjevé d'une gorge, qui descend-du sommet de deux montagnes jusqu'au fond d’un vallon charmant. Je ne parlé point de l’intérieur de 1a filature dr cot^n dè M. de ï'ontehillat/rri de celui de ses moulins à blé, disposés; m’a-t-ou dit, d’après lé système anglais. Il paraît qor’enTabsence dies chefs de kr maison, une consigne sévère interdit aux étrangers l’entrée de ce» usines;- et je n’ai pas 'dû chercher à la Vidler. L’énsembla des bâtiments 1 présente un coup d’oeit imposant. . ‘ ?

De belles balle* èt une lotîgue «îite d'habitations (aines et commodes; tontes construites shrun plan régulier ,• prouvent vjue 4’intérêè général n’a- pas moins animé M. de d onteniHat que-lmtérêe particulier. Ge fut sans-sarprise, ma» uoti sans chagrin'; qoe j’appris' quelle» difficultés il avait cites à

£* f>1H©ï: DR •BüMOCBIBZ. • af|3 vaincre poOràttirer dam ses ateliers la population des environs. Nous avions personnellement recueilli une preuve de celte déplorable antipathie, un pet» avanrd’ariiver au Vasl. «Qtf ai-je besoin de v gagner de l’argent? disait Une petite fille couverte « de haillons "à Léon, qui 1 engageait à aller de- « mander dn travail à la filature. — » Mais avec êet « argent tir achèterais de meilleurs habits. — » Ceux- -ci sont assez bàns. — - Tu pourrais remplacer pair a du paih blanc le pain noir que tu dévores. — Çé» « lni-là pie suffit'. — Tu blanchirais tes murs- de ta * chaumière, tu exhausserais son sol humide. — A « qupt cek me servirait-il? v A coup’ sftr il y a des . gens qui tocTnanqMerent pas de trouver quelque philosophie dans ce» réphnses, et il y eu a en effet; mais c’est de laphilosophie de çauvage, et 1^ pèuple qui la professe ■vfgéteà demi-nu dans des tanières insalubres, est rongé de 'Vermine, mange fin- pain que Pôn abandonnerait aux clriens dans d’autres ’ pays, et se chauffe, comme daps celui-oi, avec.de la bouse dê vache séehée au soleil. • ’

» * Lhn chemin bien entretenu établit' une commuaication facile entre le .Va»l «t la grande route de Barfteùr'à'ValQgtïes* Nous couchâmes dans cette der-' mère ville, et le lendemain le jour naissant éclaira nos premiers pas sur lîr route de Céeriojiéy. ;• *. » • Les sept lieues de grando route qui séparent Va- "loynes et • Chef bon ri/ n’offrent rien de remarquable.

lÿlf ' LB GUIDE BE IIUMOURIEZ. '

Airijd que snr toute» les côtds, là fertilité <dp sol décroît à mesure que ion avance davantage vers la nier:, d’énormes masses granitiques, qui élancent du milieu des vallons et des bois leurs dièdres stériles, en -anitnnceut l’approcbe. ,Oà descend par une pente donce r prolongée pendant une lieue environ, jusqu'au, niveau de la plage ouest situé Cherbourg; mais à mi-côte il apparait soudainement dans un de ces- sites heureux qui frappent lcoil le plus inattentif. C’est üTun des tonrnants de la roule, tout près dupe petite maison tjuÇsemhie placée là par lé goût d ; un artiste, que nous mîmes pied à terre pour contempler ce tableau imprévu. Une montagne granitique oecupe la droite du spectâteur; à . gauche s’élèvent en amphithéâtre les lianes d’uu val; Ion dont la végétation riante et le£ j'plies habitations forment, un vif contraste aésc la nudité des \ .

rochers opposés. Ça grande route décrit un large demi-cercje au.pied-dil mont, et guide vers la' ville l’oejl qui switaon détour. V . . ' •

« Vous pouVéz déjà , m'e dit Léon , vous former d’ici nue idée première de là division générale de Chtrboury. A droite vous reconnaîtrez le port de commerce à. quelques mâtures de batiments marchands , tandis que le fort d'Artois et les vastes toiture^ de deux - cales couvertes vous signalent àgautbe le port de marine militaire. Quant à la

LE QUIDE DE DUMOOiUEE. ^K5

ville , elle s'étend, comme vous voyez, «entre ces deux ports., • .

•<r 11 qst nécessaire , cOntinua-t-fl , d’avoir cette division toujours' présente à la pensée quand on parcourt Cherbourg. ou quand on s’occupe de 'son histoire jusqu'aux trois quarts du dernidè . siècle. Le i. théâtre de ses annales se. restreint à la ville, et ati port de commerce. Le port de marine militaire est une création contemporaine dont il fant.s’.occuper à part. • • \ .• «,

. « De» savants, qui n’ont pas fait attention que beaucoup de villes ont reçu d’abord eu langue indigène des noms que les historiens ont ensuite traduits en latin , se sont , par suite de cette inadvertance, livrés aux conjectures étymologiques.lesplus bizarres. C’est ainsi qu’on a fait de Cherbourg un bourg fondé par César ( Cœsaris Jinrgus). On a eu 'beau objecter que jamais César n’avait mis le pied dans le Cotentin; les imperturbables étyniologistes oui pépondit que si ce n’était Jui , c’étaient ses lieutenants qni, par un trait de flatterie subalterne, lui avaient fait hommage de la ville qu’ils fondaient sons s«9 ordres. Quelques, médailles , trouvées dans les ruines de l'ancien château , prouvent que les Romains ont passé par- là ; mais ce no fut point du temps de César : d’autres compilateurs attribuent • l'origine de Cherbourg à Clierbcrt , frère de Dagobert, qtiuiqu il n'ait jamais «u. la moindre autorité.

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