‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 7 (volume 2)Chapitre 56 sur 60 · SA U MU R · texte numérisé non relu

SA U MU R

Aussi ne.sétQuiiera-t-on jiaé que dans nia’lougfie pérégrination à travers le plu^varié, je- plus généralement beau, le plys diversement fertile des pays do l’Europe, j’aie en soin de .m'adresser aux plus exacts de tous les guides historique^ * que m'offrait. chaque province :je cherchais à éteVer q mon usage un certain nombre de fanaux' dont la'Jbimi.ère pût me guider d'une régipp à l’autre- Je sa va» que Ms Bodin, auteur des Reaherohxs historiques sur l’Anjou, peüt-étre le meilleur ouvrage dans son genre, demeurait -près .dé, Saumijr, et j etais eu soin de me diriger vers eette ville de second ordre* ou les lumières de l’un des hommes les plus distiogués de sou temps devaient mktftnifre et m'amuser. . ...

M-. Al"', qui étqit aussi lié d’amitié avec M. Bodin, 'consentit à m’accompagner jusqu’à Saumur, quoique ses affaires ne l’appelassent . point- dans nette ville. Ajous résolûmes de faire à * pied une partie de la roule ;-cétte méthode est plus, igngue; maij les jouissances du voyagéue' sdut plus variées Ct plus vives. Le ciel et la terre semblaient rivaliser d éclat, de luxe, et de richesse. 11 faudrait la magie de,style qui appartient, aux grands poètes, pour reproduire dans tout son prestige le spectacle de cesj coteaux couverts de vignes et de bois, au milieu desquels sA montrent de jolis villages et des .citateaux construits avec élégance ; de ce mélange per-

, 4'»‘ UAUhUR..

potnel'de Verdure et dVidifices pittoresques, èt de

• ce beau. fleuve, au milieu de tant de merveilles, déroute , en les répétant dans son sein , la nappe tranquille de .ses eaux. Plus d Une fois j ’aurai

• lien de vanter les sites de la fertile Totiraine ;■ quiconque aura parcouru Seulement ceft'e province * avouera que mes éloges n onf l ieu qui approche seulement de la vérité, tant la «autre s’y montre à-la-fois bienfaisante et aimable ; je ne pourrais la comparer qu’à ce# belles vierges de Baphaél, brillantes de tout ' l’éclat naif dé la première jeunesse , et intéressantes comine mères.: symboles à4a-fois de ht beauté idéale, dë"la pureté -virginale , et de la fécondité créatrice.

Nous cheminions sous urr ciel' admirableiWént pur.; M. M“* s’arrêta devant tm monument rfe la •tendresse paternelle, moins connu que le .célèbre tombeau de .lolia A tpi nuta eu Suisse, et digne cependant de fixer le» regards du voyageur. La tèerr de Kosieau , édifiée de forme octogone, ‘est couronnée pai* une balustrade : c’esf de là qu’au père , qui venait de marier sa fille «nique, allait chaque jour regarder le tillage des environ*’ où elle .s'était établie, sentiment délicat èt exalté qni lie fit cort- , sidérer ôe monument (Icsepl ’peuP-étre qui ait jamais été comité ré à une telle destination,) tfVecun attendrissement que moa compagnon de route, partagfcaït

SA L M UH. . 4 1 I

Nom traversons le bourg des J^Qsiets, beaucoup

moins anacréoutique que le nom qti’il porte, et nous apercevons sur la rive gauche de la I<oire celui des Tuffeaux , qui a dû au voisinage d'un camp romain fort bien conservé les fréquente»- visites des antiquaires. Au bourg du Toufed , où nous passâmes Ja Ivoire, nous nous assîmes sur les débris épars de la tour de Galles (terris Gai lorum)^ selon les érudits. Fatigué de cette longue course pédestre , dout là beauté de 1» route avait rendu la longueur moins sensible, je rencontrai, enfin , à Sainte- Il adegop« le , M. Bodip, qui venait à 'notre rencontre. , • j • " '• .

« Grâces vous soient rendîtes, lui dis-je : c’est donc seps votre Oomluite que je porterai inés. . premier^ pas dans th gentille , bien assise , et bien aérée ville de Saumur? Vous Voyez que je eounais au peu nies, chroniques’; mais né me regardez toutefois que comme un écolier bien innuble et qui vient consalter son maître, — Je vonsferai , ibon cher Ermite, grâce de plus d Un détail , ou , comme «Ut Gresset, de plus-d une laitue; je ne vous compterai pas les chapiteaux ou les Arcades de nos églises ; j’espère que vous vous reposerez quelque .Camps dans ods murs, et je rue garderai bien de toqs fcffrhyer, par la vertu répulsive de cette érudition qui se onoit instructive «parceqd’elle est fatigante- — * Vous savez que je dois- profiter du temps ; d 4fic talonne;

SAUMI 11.

j’ai encore une langue route à faire, et Sàmnùr, dont je viens sur-tont visiter- l'historien ne peut m'arrêter que très" peu de temps. « • . •'

■ 'Cependant notre caravane entra dan*' la vHlé ; M. Bodin nous fit visiler'lefaubouq» de Fenet , âudésstis duquel se trouve un rocher escarpe où nous aperçûmes des portes et des fenêtres , pour les fous de la Providence, creusées dans cet escarpement. J'appris que l'aspect et lélévatidn de cette roche, semblable en effet à Un mur composé de pierres inégales et percé irrégulièrement , Jtvaieht fourni aux antiquaires uqe étymologie assez vraisemblable ef'plus conforme à la raison que presqtfe toutes les rêveries 4 e ces messieurs. Saumur, d'après les élymologistes , vient de murus /mur ; il porta même ce nom dans le: quatrième siéclé., ' , '

Hentrés dans la ville, M. Bodin nous montra une auberge assez misérable, eiî- nous disant: «.C’est ici le berceau de Saumur; l’écurie de eefte vieille auberge fut jadis uhe église- consacrée à saint Jean, par Pdpin-te-Bref, et lo presbytère, qui .sert maintenant d’hôtellerie,', fut le premier noyau de lacité. 4 e permets, malgré feon titre d’antiquaire , de h accorder qpi’un regard passager à ces pierres, dont aucun .souvenir mémorable ne consacre (üaiilenrs la foudatiôo’. J’aime mieux '.vous faire reinarqoer la caserne , l'un dés plus beaux quartiers de cavalerie qtfil y ait eu France, ef à

SAÜMUlt. •

proprement parler le souk établissement important qu’il y ait à Saumur; il est occupé depuis une dizaine d'an nées par l’éçole de cavalerie. On y construit maintenant encore d’immenses écuries et des manèges couverts autour d’une plaine trèspropre aux grandes 1 manœuvre? : c’est Une espèce de Charnp-de-Mars. • ..

. Quel est ce bâtiment si- vaste ? — Panem eî-circensss., C’est la balle -et la salle, de speetacle.réliiâés dans' le même édifice; Ne trouvez pas ce mélange • disparate : chez notls., comme sous la décadence de liome, rien d e-plus nàturvl et de plus intime que ectte alliance. Mais traversons, sî vous n otes pas trop fatigué», üe beau pont jeté sur la Loire: il a huit cent soixante-dçux pieds de long- sur soixante de large t* ses douze arches magnifiquesrésisteut à toute la violence dn fleuve. Les plans arrêtés par , lé gouvernement ont décidé que lés autres ponts qui.précèdent celui-ci seraient remplacés par tin seul , ‘et que ces îles riantes ’u.’en. formeraient plus qu’une, seule. Suiveî-moi», nous troqterons un bateau qui nous conduira jusqu'à la résidence qu’un de nies* amis occupe dans. le voisinage de la plus belle- de ces > île?, L’ile Pmi&tu. » t - ’* - • ,

Dès que nous eûmes mis pied à terre sur le rivage de cette île, je dis à M. Bodin; « l£st-ce dans les jardins d’Armide que vous m’avez conduit? — Non; l’ile Poneau ne peut se vauter d’aucun sonve-

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nir romantique^ «»»» se*' «tes hr*iJ, ses pelonses verdoyantes, les sentier* tortueux qui serpentent entre Ce s grands arbres, valent, jéérôis, te* arbustes et les fleurs magiques dont Armide parsema il ses retraite*. » ' •• ”

Accueilli avec uûe extrême bienveillance par P Ami de M. Bodin-, chez lequel M. M't* , mon' premier fluide, fut obligé de me laisser, je m'abandonnai quelques jours aux délices de ce séjour enehaHteur, que le hasard de la renommée n’a point rendu célèbre, et que l’on devrait placer sur la métné ligne que nie “Saint-Pierre et les fatrtenses îles Boiromoes , si la gloire des li&rtc comme celle, des hommes et dos livres n’avait ses capriçes-et ses injustices. . ‘ V •

’ Je profitai de ce temps ,de repos pour causer à loisir avec {'aimable et savant M. Bodinsnr l'histoire de Saumur- -Le grand nombre d'anecdotes intéres . sautes, de traits curieux qa’d a extraits des chroniques anciennes , et que j’écoutai avec' la pins Viye attention , ne me laisse ici que l’embarras du choix. * La rapidité de ces notes ne me permet que de consacrer quelques pages aux- pluir curieux de ces souvenirs locaux , que la plupart dés historiens ûégli- K<nt, et qui constituent la véritable histoire.

CAUSERIES DE L’iLE *><JN EAU.'

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