LE GRATIN
Spéculum historiœ. Parmi. les ouvrages de nos st^ vants, jai placé cenx de Jeaii<^ie Lerîgot de La
Fayc, qui, après avoir été niousqnetaire et capitaine' aux gardes, devint habile iiiatliéinaticicn et membre de l'académie des sciences - aiusi que les Traités de géométrie d'Aotooio Borel , auteur né en 1492: son ouvrage est très remarquable pour le temps o& il fut publié; la Description des plantes de t Isère, par le médecin Villars et le savant Fanjas Saint-Fond ; la Minéralogie du Dauphiné, par Guettard. Les noms de Mably et de Condillae sont trop fameux, leurs ouvrages sont trop connus pour que je ne me croie pas dispensé de von^ en parler. J*ai placé à côté deux les ouvrages de M. Ghampolion, parmi lesquels se distinguent YHistoiredes Lagides, les ^nnt^aires, ainsi que les divers écrits de M. Berriat de Saint-Prix; les œuvres politiques deMounierlepcre, qui fut un des premiers apôtres de la liberté en France; les Discours de lîarnavc; plusieurs brochures et des Mémoires de MM. Duchesne et Kcy, avocats de Grenoble. Voici enfin des ouvrages dé simple littérature, les Œuvres de Pierre de Boisât, en prose et 'en vers, peu di^jncs d*tm membre de Tacadémie française, et les comédies de Jean Miller, partie en idiome dauphinois, partie en franeais. On distiujj^ie parmi ces comédies la pastorale intitulée la CoHitance de Philis et de Margotvn ; les Bourgeoises de Grenoble, et la tragi-comédie de Jcannin : le style
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en est à-la-fois in^nieux, naïf, quelquefois élégant, mais raieiuLMit chaste. Nous avons un Dictionnaire étjmologiquc de la langue viih/airt' qu'on parle dans le Datiphiné, grand in-b" de plus de ({uatre cents pages, déposé à la bibliothèque de Grenoble. Je possède une copie de ce manuscrit inédit , et qui est sansnom d'auteur, mais que Gras de Villars, chanoine de Saint-André, attribue à Nicolas Chabot, avocat de Grenoble Nous avons aussi de M. Champolion de savantes Recherches sur le patois de l Isère. Enfin, monsieur, ma bibliothèque, qui ne couipose de plus de six cents volumes sur les mathématiques, Thistoire naturelle, la géographie, la médecine, la jurisprudence, la philosophie, Féconomie politique, Iliistoire, et la littérature, n*en renferme pas on seul qui ne soit sorti de la plume d*un Dauphinois. Il m'en man([iic encore un assez grand uonibrejmais à force de recherches et de soins j'espère me les procurer. »
On est venu annoncer que le gratin était servi, et, de la bibliothèque, nous avons passé dans la saUe à ma.nfgec.
11 ne suffisait pas pour trouver le bronet "noir excellent de le iiiaugcr sur les bords de Tl^urofas^ je crois (ju il fallait encore être Laccdémonien. .le pourrab en dire autant du gratin de Grenoble: ces pâtes, mêlées tantôt avec des herbes, tantôt avec des viandes , cuites entre deux feux, et comme em-
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boUées dans une double croûte qu on appelle gra tin, sont sans doute nourrissantes et agréables an goût; mais, pour en bien apprécier toute la saveur, je pense qnll faut aussi être de Grenoble.
Je me suis bientôt trouvé prêt à reprendre mon rôle ordinaire, celui d auditeur attentif et presque toujours bénévole. Le libraire, pour mettre notre bôte en train de faire les bonneurs de son esprit, lui a reprocbé, dans les termes les plus obligeants, de priver le public des précieux fruits de ses savantes méditations. « Que voulex-vons? a dit M. M. ... ; les travaux auxqnds je me livre exigent beaucoup de temps et de réflexion. Quand on se mêle de relever les erreurs des autres, il faut bien prendre fjardc de se tromper soi-même ; l'auteur qui entreprend de résoudre les difficuliés bistoriques et d'éclairer des faits obscurs doit, sous peine de se rendre ridicule, ne laisser aucun doute dans Fesprit de ses lectcors. Je tiens qn*en matière aussi grave toute faute est un crime. Monsieur, a-t-il dit en se tournant vers moi et en m'adressant la parole, va juger par la simple indication des ouvrages à la composition desquekje consacre toutes mes veiDes com^ bien il importe an public, encore plus qu^à moi, qu*aucune omission, qu'aucune inez^/ctitude dans les faits , ne puisse m^étre reprocbée.
« Charles de Montmorency fut-il seul parrain , en son nom, du dauphin jiU de Charles F, ou ne parut'il
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dans cette cérémonie que comme procureur de l'eut' pereur Charles IF? Ce point liistorique est des plus obscurs; je me fais fort de le rendre aussi clair cpie le jour en .plein midi, et de prouver que dans Fentrevue du dauphin avec Tempereur le dauphin slncllna et ne s'agenouilla pas, comme Font faussement avancé plusieurs lii>>loneas allemands.
»< C'est encore une grande et importante difficulté de savoir combien de temps a vécu le prince Philippe, fils de Charles FI. Les uns disent que ce fut six , et d*autres dix jours. A force de soins et de recherches je suis parvenu à me procurer un document historique de la plus grande authenticité, et qui prouve que Philippe a vécu sept jours treize hcuies et quelques minutes.
« Les circoustances de la mort du duc d Orléans, assassiné par ordre du duc de Boui^osn®* ont été diversement racontées. Ce ne fut pas trois jours, mais seulement vingt-quatre heures après avoiri en signe de réconciliation, communié avec ce piînce que le duc de Bourgogne le fit poif;narder à son re* lourde chez la reine; dOquetouville, qui commit ce meurtre, n était ni bourgeois ni paysan, mais bon gentilhomme, et même dune ancienne maison de Normandie. .
« La dame de Gine, maîtresse du duc de Bom> gogne, qui le détermina à se rendre sur le pont de Montereau , où il fut assassiné à son retour par ordre
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dn dauphin « était aasBÎ ime dame de fart Bon lieu et d*agréable humear.
« JVii recneiU! un frrand'nombre d anecdotes inté^
ressantes sur .Icau Villiers, seigneur de I/IloAdaiii, lequel fit massacrer, en i4i8, à Paris, les évêques de Goutaoces, de Bayeux, de Senlis, de Saintes, le chancelier, un grand nomhre de personnes de dist|nctioD, et arracha; lui-même de dessus le dos dn coonétabfo deux lanières de chair en forme de croix de Saint-André.
« Ta! démontré jusqu'à l'évidence qu*à la mort de Charles VII , qui chassa les Anglais de la France, il ne resta près de son corps que le chancelier Jean des Ursins, et le grand écuyer Tanneguy du Cbàtel, qui prit soin de lui rendre les derniers devoirs, et avança de ses deniers une somme de oinquante miDe livres pour-le fîûre enterrer. Si les successeurs d un roi héritent des chairs comme des bénéfices de la couronne, je prouverai que les rois de France sont redevables de cette somme et des intérêts aux descendants de Tanneguy du Châtel.
« J ai composé un petit traité sur cette question : ff»U vient qu'on iSt ies Bourguignons salés? A l'approche dn dauphin, les habitants d*Aiguemortes, après avoir chargé la garnison bourguignonne et en avoir f {joqjé la plus grande partie, coupèrent les corps par morceaux, les salèrent, et les mirent dans une gcaude cuve de pierre. Toutes les circonstances