‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 10 (volume 3)Chapitre 28 sur 40 · CAP · texte numérisé non relu

CAP

sancc est presque une vertu cl'iustiuct, tant elle paraît facile et naturelle. Dans rarrondisscment de Briançpo, les veaves et les orphelins ne doivent que la Dourriture aux ouvriers pour les travaux de la moisson. La charité publique leur a accordé le droit de faire couper leurs (»rains et faucher leurs foins trois jours avaut tous les autres, et ce droit est toujours respecté. Si la maison du pauvre a hfvsoin de réparations, c*est à ses frais que le riche fait transporter tous les matériaux nécessaires. Un homme^ privé de secours par la perte de ses enfants ou de sa femille, tombe-t-il malade au moment de la moisson , le curé ou le maire fait connaîtr e sa position à ses concitoyens , et le dimanche , après lofâce, des individus de tout sexe, de tout âge, vont recueillir ses fruits, ses grains ; ils les portent à son lo^ ou les mettent à Tabri des injures du temps. Véritable et touchante manière de sanctifier les jours destinés à la prière! Le pauvre a-t-il perdu pur accident ou par maladie quelque pièce de bétail , les habitants de la paroisse se cotiseut entre eux, et la perte est bieutôt réparée.

«Vers la fin de Thiver de 1806, un homme de la commune de la Grave mourut d*une manière tragique. De sept enÊmts quil laissait, quatre jen bas âge étaient hors d*^tat de ga^jner leur vie. Le maire et son adjoint, le curé, et tous les habitants, s'empressèrent à l'envi de prodiguer des secours et des

consolations à cette famille désolée: clic appartenait an bonr{j de Ribières, et les habitants de cette coni' mune disputèrent à ceux de Lagrand le plaisir de la bienfaisaoce. Une maison c[u*avait affermée le père de ces sept enfants, et le peu de biens qoi en dépendaient, furent affranchis de toute bypotbéqoe et rendus libres aux héritiers.

(< 11 y a douze ans, des avalanches désolèrent le Vulgodémant ; cinq hameaux de la commune de Guillaume-Péronse furent ensevdb sons les neÎQies: vieillards, femmes, eofonts, les hommes, et les animaux, tout disparut; seulement (spectacle di^e de pitié) quelques personnes absentes au nionicnt du désa>lir, (hs amants, des époux, des iiicirs, accourus aux lieu.v doù leurs familles venaient de disparaître, cherchaient sur ces débris d arbres, de rochers, et de glaces, remplacement où fut leur maison, appelant avec des cris pitoyables Tàmante, Tépouse, Tenfant, qu'ils y avaient laissés pleins de santé rt de vie (|uelques heures auparavant. Le maire, M. Guilbert, le curé, M. Dusserre-Teliemont (il est des noms qu'on ne doit jamais oublier), firent de tous les côtés un appel à Thumanité des habitants des communes voisines : cent vingt hommes se réunirent à leur voix. Après un travail de deux jours , durant lesquels nul ne songea à prendre ni repos ni nourriture, ils parvinrent à retirer vivants ces malheureux du tombeau de glace où ils étaient

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en&evelis. Par les soins du bou inaire et du charitable pasteur, des feux, des aliments réparateurs, avaient été préparés; ils recueillirent chez eux les familles les plus nombreuses et les plus pauvres: chacun suivit ce touchant exemple , et , par une espèce de miracle, pas un seul individu uc jx-rit dans nn désastre qui menaçait la vie de doux cents individus. Les ames sensibles sont encore émues de terreur et de pitié au souvenir de ce terrible événement. Napoléon voulut récompenser la noble conduite du curé et du maire de Guillaume-Pérouse : des médailles d*or furent décernées à MM. Gnilbert et Dusserrc-TcUemont... Le préfet, qui avait lait connaître le dévouement de ces {jénéreux citoyens, eut la touchante mission de leur remettre lui-mgme, sur les lieux témoins de leur noble action, ces médailles, les plus honorables des décorations.

« Je pourrais vous citer un grand nombre de faits semblables ; car il n*est ici point de canton , de commune, (jui n'ait ses héros de ijiiMifaisancc et d humanité. Jamais, la nuit, rindi{;ent ne frappe en valu à la porte d'une chaumière; il y trouve une place au coin du feu, au bout de la table, et le même lit reçoit la famille et Vétvançer : si c*est un homme, il est placé à c^té du mari ; et si c*est une femme, elle se couche auprès de la ménagère. Je m'abandonne au plaisir de vous donner ces détails qui font honneur au caractère des babitauts de nos montagoes.

et je ne m aperçois pas que les beurc> de la nuit sécoulent: donnons celles (jiii restent au soiunicil ; nous en avons besoin pour nous préparer aux fatigues qui nous attendent; car je ne dois pas différer d'un seul jour mon voyage à Ordères. Je porte aux deux famiUes que la calomnie vient.de diviser un trop vif intérêt pour ne pas me bâter de les rapproclier, et de leiu' rendre la paix qu'elles ont perdue. Demain, aux premiers rayons du jour, nos montures seront prêtes et nous nous mettrons en route.»

Le prétend u sorcier d'Orcières n a pointdeviné que nous voulions partir si matin : on Ta long-temps et vainement cberohé en ville; il avait été se lop.er an fanbourfj. Le soleil éclairait les tours de Gap quand nous souuues soi tis de la ville. Nous avions tait à peine un quart de lieue (pie M, Val*** s'est vu arrêter par deux paysans, disputant entre eux, et qui l'ont pris pour arbitre. « J ai mis, disait l'un, mes ruches cbez le compère André, à condition qull me tiendrait compte de la moitié du miel et des abeilles, ainsi que cela se pratique parmi nous: maintenant il veut <pie je les rejucime, quoi<|ii il sache fort bien que je n'ai pas uu endroit pro|>re à les placer ; j*offrc de les lui vendre, et il refuse de les acheter, sans doute afin de me forcer à les lui abandonner pour rien. » Maître André a repondu : « Gompère, vous dites là une chose méchante ; vous n*ignorcz pas que les ruches (ju'ou achète pour de l'argent

ne prospèrent jamais : les vôtres ont multiplié chez moi ; les miennes ont cette année donne beaucoup d*es8aims: je dois loger mes abeilles de préférence à celles qni ne m'appartiennent pas; reprenez les vôtres, on donnez-leur la volée. » M. Val*** a mis fia à ce débat en offrant son jardin pour refuge aux abeille^i chassées de l'asile hospitalier.

Pour aller de Gap à Orcières il faut prendre la route de Grenoble; car il n'y a point de communications directes entre cette commune et Embrun, quoiqu'elle n*en soit éloignée que de quatre lieues. M. Val*** n*a voulu recevoir ni mes remerciements ni mes adieux. «Monsieur, m'a-t-il dit en riant, nous réglerons nos comptes à votre retour dans la • ville de Gap ; car il faut y revenir, puisque vous vons proposez d'aller à Lyon. » •

3^3 0H0RGE8.

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GHORGË&

LaîMcs dire Its mv, le wvmr a too prit.

La Fomtairi.

Depuis que je parcours 1rs monfnjrnes, j'ai pris 1 habitude de monter ù cheval. Cet exercice de nia jeunesse était bien loin de moi; mes lonf^ues courses sur mer me Tavaient fait prescpie entièrement oublier. Cependant combien cette manière de voyager n ofFr&>t«eIle pas à la curiosité de lobservateur de moyens de se satisfaire.' Il trouve, poiir sapj)rorber des objets qui attirent son attention , des routes presque toujours pratical^les ; il s arrête aussi sou- Vent, aussi long-temps qu il le veut, sans craindre de faire attendre ses compagnons de voyage: il rompt à chaque instant la monotonie de la ligne droite que sont forcées de suivre les personnes qui voyafjenten voiture; il trouve, sous les arbr^■^(p^i bordent la route, un abri contre la pluie (pie vei*se l'orage, et contre les rayons que darde le soleil.

Jelaissais ma paisible monture «uivre son allure na-

CIIORCES. 233

tarelle» et j'obéissais à ses mouvements plutôt qn^elle ne cédait aux impulsions de ma volonté. J'ai tant vu le soleil! répondait nne jeune personne qn*on invitait

à admirer les splendeurs de l'astre du jour; et moi, j'ai tant vu les montagnes que la majesté de leurs masses commence à me trouver indif férent , je dirai» presque irrespectueux : mon œil poétique cherche des prairies, des vignobles, des champs, où les zéphyrs se jouent sur 1 ondoyante chevelure de la blonde Cérès. Tons les pas que je fais m'en éloignent : je vois les plaines s'aloiejcr eu {îoi j^es ("troites; les prés ne sont plus que des lisières de verdure, et la vigne, cramponnée sur le rapide penchant des collines, semble ne s y maintenir qu avec effort

Je me suis arrêté à Charges pour y diner.

L*h^ellerie où je suis descendu n*est pas somptnense, mais tonte auberge m'est commode dès que je puis y rp[)Oser ma tëtc; tout mets me semble agréable lorsque je le digère facilement : j'ai l'estomac plus délicat que le goût. On m'a offert de dîner à table d'hôte; j'ai accepté: il est rare qu'il n'y ait pas quelque chose à apprendre avec les gens que ron ne connaît point, même avec les plus ignorants. Le plus méchant livre renferme toujours quelques bonnes pages. Les convives étaient rassemblés dans la pièce qui sert à-la-fois de salon et de salle à manger. Là se trouvaient plusieurs personnages vêtus d'éto£fes brunes; ils avaient une plomc fichée à leur

2 34 CHOlkCES.

chapeau : leur contenance était austère ; mais leur gravité avait quelque chose de roide et de pédantesque. L*h6te , qui s est aperçu que je regardais cesbonmes avec attention, m*a dit en se penchant ven mon oreille : « Ce sont des instituteurs : si vous restez au dessert , vous entendrez de belles choses , car ces messieurs en savent long, et ils disent tout ce qu'ils savent. »>

Les premiers moments d an repas, sur-tout lorsqnlon est à table d'hôte, sont toujours silencieux: il régne une grande émulation dans cette espèce d'exercice gastronomique ; c'est à qui arrivera le plus vite au terme, après avoir conm toutes les ba- {jues. Les instituteurs m ont paru fort habiles en ce genre d'escrime ; il y en avait parmi eux de très jeunes, car ils étaient âgés tout au plus de quinze à dix-huit ans: les premiers, ik ont atteint le but. Dans la halte qn ils ont faite entre Fentremets et le dessert, on a demandé à Fun d'eux combien la Vallonise enverrait de maîtres au-dehors dans le courant de l'automne : « Je ne sais pas au juste, a répondu celui-ci; mais je ne pense pas que le nombre excède quatre-vingts : 1 instruction est abandonnée pour le commerce. Autrefois notre vaUée voyait partir, au commencement de chacpie hiver, deux cent cinquante instituteurs , qui allaient dans les autres communes, et même hors des limites du département, porter 1 instruction et Texcmple des bonnes

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mœurs. Ce qui coûte le plus est toujours ce qui rapporte le moios. 11 faut des dispositions naturelles et de loD^pies études pour former le maître le moins habile, tandis qu'un peu de calcul et de forces physiques suffisent au colporteur; cependant ses bénéfices sont trois fois plus forts que ceux de Tinstituteur le plus savant: celui-ci rapporte à peine, au printemps, une modeste somme de quatre cents francs, quand l'autre revient chargé de quatre cents écus. — Mais comptez-vous pour rien le poids des ballots qu*il pôrte sur son dos pendant la moitié de Tannée? a dit, avec un peu d*humear, un homme qui paraissait savoir par sa propre expérience combien ce poids quotidien est accablant. Lorsque la pluie et les frimas couvrent et pénétreut les habits des colporteurs, vous êtes tranquillement assis dans un lieu sec et chaud. Nous allons de porte en porte chercher des chalands; et vous, ils viennent vous trouver. Vous avez toujours qui gronder, à qui parler; et nous, nous sommes presque toujours seuls: chacun déprisc nos marchandises, afin do les avoir à meilleur marché. Vous n'entendez que des éloges, afin d encourager votre zèle; les dispositions naturelles des élèves, les progrès qu'ils font vous sont attribués: si, au contraire, il s'en trouve qui n apprennent rien, la faute en est à FécoUer, et jamais au maître. Sur environ quatre mille cinq cents personnes, colporteurs, peigncurs de chanvre, bergers,

336 cnoRGES.

cullivaluuis , niarchauds de fromages, niégissicrs , charciitiers, aigûiseurs» voituriers,etc., on comptfe presque autant de porteurs de marmottes que dlustituteurs. La masse entière des émigrants rapporte près d un million dans le département, et votre part dans CCS produits de rindustric n est filière que d'un neuvième. Cessez donc d'altaciicr tant d ini|i()rtance à un vain savoir qui rapporte &i peu., D'ailleurs, au fond, que savex-vous? — Mon ami, reprit aigrement Tinstituteur, n^êtes-vous pas de Ghorges? — Oui, monsieur le docteur. — Eh bien! je sais qu*on donnait à vos ancêtres le nom de Caturiges, compose; tiii mot eellirpie rv;/, qui sifjnific bourreau, et du mot lalin uiiy), hnilure^ ce qui prouve que vous descendez de gens flétris : vous le voyez, la science est bonne à quelque chose. » Cette plaisanterie, un peu brutale, a d*abord déconcerté le négociant ambulant; mais bientôt la colère a succédé à Fétonnement : d'autres citoyens de Ghorf^es, qui se trouvaient là, ont pris parti pour le défenseur de l ijjnorance^ une rixe sérieuse était au moment d éclater: je me suis interposé entre les deux partis, et ce n est pas sans peine que j'ai obtenu un moment de silence ; les passions sont causeuses, et la colère est la plus bavarde de toutes. J*al commencé par établir mon caiaclère d'impartialité, en déclarant que je n'étais ni inaroliand ni instituteur, mais (pie je faisais grand cas du commerce et de la science : J ai

CHOBGES. 237

conim hcaiicoii}) tic m'-j'ociaiits Irès estimables, heaucoiij) tic savants tics estiiin-s: à la j ijjin'iir, je lésais, oo se passerait plutôt de livres que d habits; mais ce sont les faiseursde livres qui ont eosei^^ué lart de tirer des praductions naturelles le parti le plus avantageux. L'étymologie forcée rpie monsieur 1 instituteur a doniM^e au nom Catwiiji s, que portaient vos aiiccties, est une piUitf malice dont il n a pas iiieiue le mérite d'être riuvciiteur : d'autres Tout trouvée avant lui; mab des savants plus dî^^ncs de foi prétendent qne ce nom si|{oiiic montagnards, bons guerriers. Cette étymologie est plus vraisemblable que 1 autre : vous habitez de hautes montai gnes et Thistoire atteste votre valeur. D'ailleurs, s'il est juste d<' (Ii'lendre l lionneur de ses aïeux, il est contraire à la saine raison d'honorer ou de mépriser les fds d après les vices ou les vertus de leurs pères; l*estime doit se mesurer à chacun selon ses vertus et ses qualités personnelles. » Ma petite harangue a produit un bon effet : le vin du dessert a ramené la gaieté parmi les convives ; et, pendant qu'ils buvaient, les uns à la scit-iiee, les autres au eomuierce, je uïe suis esquivé doucement pour parcourir la capitale des Calurifjes.

Le portail de legtise est orné de bas-reliefs qui semblent pronver que dans ces lieux la chaste Diane a été adorée avant la chaste Marie. Des débris de colonnes, des restes de remparts, dan-

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cienoes portes en pierres de taille, placées, non à Icntrc'c du bour{i[, mais au milieu des habitations, altostmt (|uc la {jucrro, les barbares, le fanatisme, et la féodalité, ont passé par-là. Dans le cimetière de la paroisse, on voit un gros bloc de marbre, sur lequel nne croix a été plantée. Ce bloc était le piédestal d*une statue de rempereur Néron * , lequel , comme les princes ses prédécesseurs, reçut de la politesse romaine le titre de divin, même après qu'il eut fait empoisonner son frère, tuer sa femme, et noyer sa mère. Si cette Providence du monde, ce prince pieux, auguste, tout-puissant, revenait sur la terre, il serait peut-être un peu surpris en voyant sa place occupée par le signe de la rédemption des bommes.

Je suis rentré à l'auberge au moment où tous les voyageurs allaient se mettre en route. Ce n'est pas aux colporteurs à qui le pardon des injures coûte

* Ce pic(lc<4tal était orné de deux in&criptioDS qui ool été confcrvées. Voici celle placée à l'occident :

no-ffMBG»i-nnricio»AmNnio inmoTtfhi-ouu

PROVinP.!<TIS5IMO tl KIIO-rR I n C - J t- V - A K - S C P CB-OIIBES

KOHTISSIMO ANMI S-flI KIM F-FP.

PRi(;-AI.P-MAUniTIMAnL'M DKX'OTCS-SPMIÎII MAJ ESTATI-QVK-i£J es.

CUOBGES.

le plus; il était aisé de 8*en apercevoir à lear air riant et à la mine un peu renfrognée des instituteurs.

Le bourg de Savines, nommé Sabina par les Romains du moyeu â(^e, est exposé aux ravage.^ de la Durauce, qui, deux fois, la première en 1358, et la seconde en 180a, a intercepté les communications entre Gap et Embrun, rompu la route, et emporté une partie des terroi végétales.

En approchant d*Embran, jai vn un grand nombre d hommes couches sur Therbe. Leur vêtement avait quelque chose d'étranger, leur langage netait point le patois du pays. C'étaient pour la plupart des ItaUens venus du Piémont, de la lagune, deLucques, du royaume de Naples, et même de la Suisse. Ces hommes, de professions diverses, quittaient les plaines de lltalie pour venir dans les montagnes du Dauphiné faire la moisson et tailler des pierres, vendre des chaudrons et des figures en plâtre, en cire, en albâtre; acheter des vipères et des marmottes. Si Taxiome féodal, ubi bcne, ibi patria, était vrai, le nom de patrie serait un mot vide de sens; car nulle part Thomme ne se trouve bien où la nature Ta placé. S*il n'est attaché au sol natal par la puissance des lois, comme à la CJiine, ou réduit par la fortune à Theureuse impuissance de le quitter, on le voit, poussé par son humeur inquiète et aventureuse, franchir les montagnes, traverser les fleuves, braver les tempêtes êt les abymes

24o (:noR(.ts.

des mers pour cberchcr uae terre et des cieux nouveaux, fie vice et la misère ont eofaoté ces migrations, plus nuisibles qu utiles aux populations chez lesquelles elles ont pris une espèce de caractère endémique. La talijjUa.' et la ilcbauclio font [H'VÏv avant le temps, et .sur ties terres (''lran{;ères, un grand nombre de ces ouvriers va{;abonds. Ceux qui ne succombent pas rapporte!»^ daus leurs villages, avec Fargent quHb ont recueilli, les vices qui les portent à le dépenser proroptement et follement. Parmi tous ces colporteurs dmdustrie^ on nen voit pas beaueoup qui, comme M. Irat du Val-des-Prés, soit devenu un riçbe uégocîant et le bienfaiteur de son village, ou qui, comme le fameux Guérin-de- Ceillac, ait pu compter an nombre de ses petitsfils un cardinal de Tencin. Il y a cette différence entre les ém jurants italiens et les émigrants des Hautes-Alpes, tpie eeux-ci quittent leur pays à l'époque où les autres rentrent dans le leur, au commeocement de la mauvaise saison.

A mesure que j*approcbais d'£mbrun, une remarque que j'avais faite depuis Gfaorges devenait à chaque pas plus frappante et plus douloureuse. Parmi les habitants de petite taille en général, j'ai vu, plus qu'ailleurs, un jjrand nombre d'individus boiteux, estropiés, racbitiques. Les médeeins, à qui j'ai demandé la cause de ces difformités, les attribuent à l'usage du maillot , conservé dans ces mon-

CRORGES. 24t

tagnes, à l'abus non moins nuisible d'allaiter trpp long-temps les enfants. La contrainte les suit jus*' que dans leurs jeux et dans leurs ébats. Les femmes veulent toutes avoir la taille longue et pointue, et s enferment dans des corps de baleine, où elles respirent avec elTort; leurs coiffes et leurs tabliers courts achèvent de [;âter le peu de cbarmes que leur a donnés la nature. Les bommes portent une veste courte, un gilet iait avec le drap grossier du pays; de gros bas de laine couvrent la culotte jusqu*au milieu de la cuisse ; les souliers sont tellement garnis de clous qu'ils durent des atmi^es entières. Dans les jours consacrés au travail, tous ceux qui travaillent sont coiffés d'un épais bonnet de laine; une cravate noire, un babit carré, et un cbapean de quarante sous, forment leur parure aux jours de féte et de cérémonie. La couleur la plus généralement adoptée est le vert. Cet habillement est peut-être, dit-on, celui (jiii se rapproche \c plus de celui des Caturiges: si cette conjecture était vraie, elle viendrait à lappui de ceux qni prétendent que le nom de Calurigcs est formé du celtique c«it et du latin utigo.

Enan u »OTmz, t. iff . i6

2i2 EMBRUN.

■*tuuii. [iS ROTHinB 1819 ]

£MBRU]N.

Si lu as la tuc fioct •er*-t'en pour jugn 1ei*lMHMs H lté chatn.

Annie.

ï^e territoire d'Embrun est propre à tous les geares de culture; il produit le fromeut, le seigle, lavoine, des lëgnmes et des fruits en assez grande dboodance et .d une saveur agréable. On y recaeille même des raisins; mais .le vin qii'ib donnent ne flatte guère le palais des gourmets délicats. Située sur un plateau, entourée de remparts, de fossés, et de bastions, Embrun est dominée par le mout^'amf- GuiUaume, sur lequel se trouve un lac. Plu& petite, mais mieux bâtie et mieux percée que Gap , elle a llionneur, quelquefois importnn, de posséder, nn sous-préfet et un tribunal de première instance^

A Chorjjes, j'avais dîné avec des instituteurs; à Embrim, j'ai soupe avec une bande d'écoliers qui veuaieut de passer les vacances chez leurs parents, et retournaient, les uns à Gap, les autres à Grenoble, pour reprendre leur place sur les bancs de Técole.

Cette jeunesse m'a para moins remanpiable par le sel et la vivacité de ses saillies que par son bon sens

et son inaltérable gaieté.

Dans la plupart des vallées de ce pays l'agriculture est encore uu maillot, si l'on peut s'exprimer ainsi: Ja môme terre, qui sous Louis Xi était ensemencée en froment et en seigle, reçoit encore chaque année des semences de seigle et de froment. Le laboureur est vaiiteroent aveiti par la médiocrité des 'récoltes <jue cette terre, épuisée pour la niême espèce de [>rains , demande une autre culture; vainement il voit le champ voisin où le seigle succède au froment, 1 avoine au seigle, et les prairies artificielles à 1 avoine, .enrichir le cultivateur qui sait varier ainsi se» produits. Les petites araires, dont Tusage est en*' core presque général, efflèurent à peine le sol: notre lerre reeéle des trésors, niais ils ne sont point à sa surface; il faut, pour les y amener, la creuser profondément. M. Ladoucette, qui a fait tant de bieù dans notre département , est parvenu à y fûre adopter la grande charrue. Nulle contrée en France* n*exige une plus grande variété de culture. La température y varié selon les divers degrés d*élévation : ' lorsqu'on fait à Ribière la moisson des seigles, leurs liges percent à peine la couche de neige qui les couvre encore dans la conuinme de Saint- Vérao.

Cette commune , peut-éti'e la plus élevée du globe, est à plus de six mille pieds -audessus des eaux de la

mer; les faiTers y sont si rodes et si longs qn*on dit que les mélèses même n y donnèrent ancun signe de

végétation en 1 79C. Lorsque Ton cultiTe les hauts plateaux ci lo soimiictdcsniontajjnrsjcs scniaillcsne peuvent se faire qu'en juin, et même en juillet, et les récoltes au mois de septembre de l'année suivante. Dans les champs couverts par les avalanches, le grain enseveli sons la neige ne se pourrit pas ; mais il font que cette neige sôit fondue par la chaleur du soleil avant que les tij^jes puissent se développer, et ee n'est (pie deux années après les avoir eusetneocées qu'on peut faire les récoltes. 11 est des terrains élevés où les récoltes gèlent presque de deux années lune.

Les moyens simples et économiques d*extraire le grain des épis ne sont point connus dans ces campajjfnes ou eu sont n poussés; les gerbes, étendues sur une aire, sont foulées par les elicvaux, les mulets, ou les bœufs, quoo fait marcher dessus durant des heures entières. Cette opération gâte la paille , salit le grain qu*il faut laver ensuite, lait perdre beanconp de temps, et cause un déchet de quatre pour cent. Mais lomière de la routine est S! profonde en France, qu'il est difficile d'en sortir: les secousses de la révolution 1 avaient un peu comblée; voilà quon la creuse de nouveau, et que Figoorance s efforce d*y enfoncer plus que jamais nos pauvres cultivateurs.

BMBRUN.

Dans aiR uu département de la Fiance, excepté peut-être dans quelques coulrées delà Bretagne, la distance entre le cbàteau et la chaumière n est aussi grande <|Be dans le Haut-Daupbiné. Une cavité de montagne, devant laquelle on place des planches et du cbanme ; un trou qui sert à-la-fois de cheminée pour récoulement de la fumée et de porte d'entrée, tel est lasile où des familles entières se rassemblent et passent nos longs hivers ; ces habitations ne valent pas donae francs. 11 est des villages oà les habitants couchent dans de grandes aruMMres; les lit y sont placés les uns au-dessus des antres. Les vêtements sont en harmonie avec lliorrihlc saleté des demeures et la grossièreté des aliments: ceux des hommes, faits d'un drap appeh' cordeAtctj qui se fabrique dans les ménages , sont lourds et rudes. Les femmes sont vétnes d'une étoffe qui nest pas beaucoup plus légère, nommée cadis: dies aussi portent de la dentdle; mais dans plus d'une vallée cette dentelle est faite avec du crin de cheval. Cependant la nature supplée à l induslrie dans ces montagnes. Les honunes y sont patients et bons ; les crimes y sont à peine connus; les mœurs en général sontpuresfrexistencie est longue, exempte d'infirmités , si Ton en excepte les gokres, i|ui même semblent devenir pl us rares.

Embrun ne renferme guère au-delà de trois mille babitanU»; \\ ne faut pas employer beaucoup

2^6 -iuhtitv.

(le temps pour en faire le tour. Près du pont de la Clapièro se trouve la jolie iiiaisou de la Hobillione, où le géDéral Valiier-Lapeyroose est mort en i8o4t laissant uo dernier témoignage de son amour poor sa patrie : c'est un ouvrage manuscrit sur le système militaire qu'il Conviendrait d*adopter pour, la dér fense des Alpes. La mort cclnircit chaque jour les raHj;s de ces f^ueriiers sans reproche, qui n'ont combattu que pour la France et sous les. drapeaux français^et qui lèguent enmourant) ce qu*ôn n a pu leur ravir, de la gloire et des avis salutaires, fruit de leur longue expérience et de leurs patriotiques méditations.

Je me suis arrêté un moment devant Tanclen colléfje, dout on a fait une maison de détention. Cette maison est du petit nombre de celles qui nont pas été supprimées depuis la. chute jdu gouvernement impérial. Douze .cents, condamnés apprennent à y faire des tissus en laine, en coton, en lin, en chanvre, et en bourre de soie; ce travail leur procure des aliments medleuis et des ressources pour les premiers moments où ils sci'oot rendus à la société.

Les premiers ministres du Dieu des pauvres et de son vicaire, le servitedr de ses serviteurs, sont en général peu modestement logés. Jje palais des archevêqaes d'Embrun est admirablement situé et figurerait avec honneur parmi les demeures royales

de plusieurs petils souverains de lEuropc. Ces archevêques, il est vrai, furent aussi des petits princes; ils en eurent les prétentions, les prérogatives, et là tnrbidénce. L'empereur Conrad II leur accorda les

droits régaliens et celui de batlre monnaie. On voyait sur cette monnaie, d\in cAté, une croix entourée de fleurs, et, de l'autre, l'effigie de 1 archevêque en mitre. Ces droits, confirmés parles cmperenrsRodolplieetFrédéricIl,enflèrentlecœurde8 archevêques d*Eaibrun et achevèrent d!en chasser lliumilîté. Dans tous les actes publics ils firent placer leurs noms avant ceux des dauphins, souverains du Dauphiné. Fn de ces dauphins voulut être le premier à Embrun, comme il l était dans tout Je pays soumis à sa domination ; mais les archevêques, comme tous les prêtres catholiques, ont une patrie différente et recoimaissent une autre puissance que les citoyens ordinaires, fje prince en soutane, d'Embrun, de Uochebrune et de Brezicrseu aj>pela àl'évê que de Rome, lequel, ainsi que cela arrive toujours, prit parti pour sa robe et prononça en faveur de la mitre. Urbain IV autorisa, par une bulle, Tarchevêque à conférer à un autre prince Fantorité que le dauphin exerçait dans Embmtn , si le dauphin ne • se reconnaissait pas son vassal. Humbert II, prince pieux et discipliné s'il en fût jamais, se souu)it au décret papal et prêta à monseigneur l'archevêque d'Embrun le serment que tout sujet devait alors a

a48 EMBRUN.

son souverain. Charles Vlll, roi de France, se montra moins boa cathoUqUe; il retira aux archevêques le droit de battre monnaie, et, depuis la réuniott du Dâuphiné à la France, les rois très chrédent oot eu la fantaisie d*étre les premiers chanoines dlEmbntn^ et le prélat de cette ville a dù se contenter de n'être qne le second pei sonnaj^e de son chapitre. Louis XUI, surnommé ic Juste, et qui ne mérita pas moins ce sobriquet c|ue Louis XV celui de Bien- Aimé, était, on le sait; un monarque si pieux qui! remitàuncardinél le gôuTeVnementdeson royaume, et le laissa maître de démolir la citadelle d*Embrun ; mais il n'abandonna ù personne Thonnenr de se montrer dans la cathédrahî de cette villr en camail et eu rochei de cbanoioei car ce prince entendait merveilleusement les choses qui tenaient à la dignité de sa personne et aux intéréu de sa gloire.

La cathédrale n*estpas indigne de l^unchevêché, et monseigneur peut sans rdb{;ir pàssër de sa maison dans celle du Dien qu il sel t.

La ville d tmbrun, comme teintes celles qui se trouvent sur les pa^ges des Alpes, à sbuffert plusieurs sièges. Occupée et saccagéSe tduHi-tonr par les Vandales, les Lombards, les Huns^ et les Saiona, ^quelques gentilshommes la livrèrent par trahison, len 966, aux Maures, qui la pillèrent, mirent le feu aux archives, et massacrèrent l'archevêque Benoît, I cvêquc de la Maunéone, et toute la population,

san& dislinction d âge ni de sexe. £Ue fut encore pillée et, en partie, ioceadiée par les (grandes bandes en iSjS, Cependant*, de tontes les villes dn Hanfe4)anpblné, c*est celle où moins de mines attestent les malheurs et les crimes de ces siècles désastreux qu on appelle le bon vieux temps.

La cbévre indigène des Alpes porte ici, comme celle du Tliibct, un duvet fin, doux, et léger, presipe semblable a celui avec lequel se labriqnent les précieux tissus qui nous viennent dt>rient : le froid parait être nécessaire an développement de ce du> vet, dont la nature garnit le manteau des chèvres à l'approche des frimas; niais la cjyleuret Thumidité des bergeries le pourrissent sur le corps de ranimai, «tFen détachent avant le temps de son entier accroissement. On retire des chèvres laitières un profit phis certain que celui de leur poil; elles donnent, terme moyen, quinze livres de fromage, qui se vend dix sous la livre. Cent ehévt es sout la fortune d un paysan et la ruine d'une forêt.

Le Haut-Dauphiné produit des hommes d'un caractère doux et modéré, partant, peu de ce qu*on appelle des grands hommes; car ce n*est que par de violents efforts qu*on parvient à se faire une grande réputation, dans quelque genre que ce soit. Tcncin, le cardinal ; Marcelin , jésuite et historiographe; Claude Comiers, mathématicien et astronome, sont à -peu-près tous les personnages remarquables

aSo EMBRUN.

qu*aient proiluits Knibnin et son territoire. Jean Moral Daquit dans cette ville ^ il y donna le jour à trois filles que leur beauté et leurs talents reBdireiit oéiébreft. Camille» l'une d'eUes, possédait toutes les .langues de l!Eorope.

BBIANÇON

•* txxnv. [ao iiOvBiimB 1819.]

l.'injiUlice à la fia prod lit rin<l>-p<:ndancr.

VoUTAIMIt.

Eotre les eonuniines de Saint-déoieiit et de.Gbftteanrom les montagnes se rapprochent et forment

nn défilé étroit, auquel on a donné le nom de Serredu-Buu. La Diirance, grossie par les pluies de sepjtembre, y roulait avec une rapidité effrayante se$ ondes fan^^usesé On m*a dit, à Saint-^Clément, que cette commune nVprouvait jamais de gi:èle, parceque les nuages. qui descendent des hautes montagnes s*arrétent an défilé de Serre^u^Buis, et que ceux qui sont chassés, par les vents du midi, de la Provence et du département des llautes-Alpçs, sarr rétaient au même endroit.

An-delà de Saint-Clément^ on trouve Guillestre, honrg dont la population s'élève à près de douze cents ames. Dans un pays où il faut disputer aux torrents les terres quHls entraînent^ et s*emparer de celles qu'ils déposcnl , une compagnie de juifs offrit

aS2 BBIAnÇOM.

d^encaisser la Dtirance entre des digues, afin qu elle ne pût (Midoiniiiafçer les champs fertiles qu'elle arrose. Cette compagnie ne demandait pour indemr oité que Tabandon des délaissés du fleuve. En acceptant sa proposition, on eût conservé environ douze cents arpents des meilleures terres labourables dn département; mais les ennemis de tout ce qui est bon, les adversaires de toute entreprise qjii a pour objet la prospérité publique, les bomnics de la fV;odalité, puisqu'il faut les appeler par leur nom, s*opposèrent à cette proposition, et la firent rejeter. Par respect pour les injustes prétentions de qu^ qnes bobereaux, la Dnrance a continué de ravager et d*engloutir ses riva^.

Je me suis arrêté peu de nionieuts à Guillestrc, et cependant assez pour entendre la longue complainte des vieillards sur la triste destinée de ce boni|f« « Dans ma jeunesse, disait un de ces hommes au front ridé, le GuU baignait les murailles de nos maisons, et arrosait les plates-bandes de nos jardins; maintenant il en est éloi{^ d on quart de lieue. De mon temps, le jour de la Pentecôte, on célébrait la fratrie: les autorités civiles et ecclésiastiques se rendaient à la maison de i'habitaut qu'elles avaient choisi pour prieur; après avoir été barangné, on le conduisait à TégUse, une torcbe ornée de fleurs à la main, et on diantait le Te Deum. Cette cérémonie terminée, le prieur s'occupait des fonctions de sa

BItlANÇON. 353

chaîne, achetait des lé(];iinies, de la farine, deux bœiifii, et un veau qu'il faisait engraisser. L'avantyeille, on venait en cérémonie prendre dans les étables do priepr le veau et les hœah : les animaux étaient couverts de toiles blanches , ornées de rubans; à leurs cornes étaient enlacées des guirlandes de fleurs, dont on leur formait une espèce de couronne. Les coisiniers, les boulangefs du pays, en bonnets et tabliers blancs, rehaussés de cocardes et de nœuds de diverses couleurs, ouvraient et fermaient la marche. A^rès avéir parcouru tontes les rues de Guilleslre au bruit des fanfares, les trois victimes étaient conduites au bâtiment de la frairie, où elles tombaient sous la massue et le couteau des sacrificateurs. Le pain et les viandes destinés au festin recevaient auparavant la«bënédiction dn curé, et chacun des conviés, à qui il avait été envoyé «ne tourte aux épinards, en faisant maig^re la veille se préparait au festin du lendemain. Ce jour-là tous les hommes, même les domestiques, venaient s'asseoir à une table commune, dont les conseillers mnnicipaux faisaient les honneurs, après avoir d'abord hit ensemble un très bon déjeuner : les anciens prieurs dînaient à une table séparée. Deux vieilles filles avaient voulu que la jeunesse prît aussi part à la fête; elles avaient pourvu par un lejjs suffisant à ce que tous les mentons imberbes, divisés en compagnies de vingt-cinq, pussent manger et boire en

rboaoeur de la frairie. î^e dincr était suivi d'un soU' per non moins splendide. A la fin de chaque repas, le curé, en habits sacerdotaux, et suivi par un autre* prètre, venait en failv la clôture par des actions de frraces. Le même jour il était fait à chaque famille indigente une distribution de soupe et de pain, proportionnée au nombre do personnes dont elle était composée, et le soir un l>ou(|uet était remis en cérémonie au prieur. Enfin cette fétc avait un lendemain; mais seulement pour les pauvres; il leur était encore distribué du pain et de la soupe, et, après leur repas, ils venaient en cérémonie sur la'pUce publique remercier Dieu et lui recommander les morts. Maintenant la Pentecôte . se célèbre ici comme ailleurs; on se contente d'y faire une distribution de pain et de soupe aux pauvres, il n'y a plus rien* de curieux à voir à GuiUestm, et ce que les étran-^ gers qui arrivent ont de mieux à faire est de passer leur chemin. •»

.Vallais suiv re à la lettre le conseil de ce vieillard , lorsque je me suis souvenu que le {général Albert était né dans cette commune. J'ai téni()i{^né le désir de lui faire une visite. « Le général Albert est à Paris, ma dit un jeune homme de fort bonne mitte; il a llionueur d^étre attaché, en qualité de premier' aide»de-camp, an duc d*Orléans, bon juge des services cl de la valeur d*àne armée dans les ran^js do laquelle il a lui-même combattu avec gloire, et qu'il

BRtANÇON. 255

n'a quittée que pour dérober sa tête aux coups des révolutionnaires de 1793. Le général Albert avait mérité cette distinction flatteuse par de longs et honorables services. A dix-neuf ans il fut fait officier dans un -bataillon à la formation duquel il avait contribué par ses discours et ses exemples : la France était menacée iruno invasion, et il s enrôla un des premiers pour combattre 1 étranger... C'était pour la cause sainte de iindépendance nationale qu*ii avait pris les armes en 1 79 1 , et il Ta défendue jusqu'au dernier .moment. Quand il fallut opter eotrp la fidélité à des engagements récents et la vieille fidélité envers la patrie, le général Albert remplit ses devoirs jusqu^aux limites où tous les devoirs cessent» excepté celui de. citoyen: il atteignit la frontière, et ne la dépassa pas. .Quoique jeune, j'es> time encore plus le courage civil que la bravoure dans les combats. Je pourrais citer vingt traits dintrépîdité par lesquèls ce général s'est fait remarquer dans sa longue carrière nnlitaire ; sa brillante conduite pendant les trois premières campagnes de larmée des Pyrénées, et en Italie, sous les ordres du général Augereau , qui l'avait aussi choisi pour aide^ de-camp;' je pourrais dire qu'il se distingua d'une manière particulière aux batailles d'Ansterlitz » dléna, d'Eylau, d'Essling, etde Wagram; au siège de Dantzick et dans la désastreuse campagne de Russie, où le com'age ne fut vaincu que par les seuls

eDoemis qui soient invincibles pour les Français, le

froid et la faim; je poiinais rappeler sa résolution g*»néreuse et salutaire d'attaquer rennemi devant lequel on fuyait; ses services à la Bérésiaa, à Bautzen, à Hanaa, dans la campa^e de France; vous citer ses blessures et ses décorations; mais jlattacbe on plus baat prix aux vertus civiques qu aux actions (guerrières. Parent du général Albert Je redis avec orgueil qu'en i8 1 5 son devoir le conduisit jusqu'aux frontières de France, et que son patriotisme ne lui permit pas de les franchir. Au-delà ^ trouvaient des honneurs et des récompensesi mab aussi il sy trouvait des Prussiens et des Anglab; an-dedans U ' n*y avait que des périls et des fatigues, mais aussi on n'y aperçevalt encore ni drapeaux ni uniforme» ctran^jers : un Français ne s'y trouvait environné que de Français...; le général Albert fit en i8i5 ce qu'il avait fait en 1791 , il opposa son fer au fer de Tennemi du dehors. — Votre enthousiasme pour les hommes qui placent le dévouement à la patrie an premier rang des devoirs, ai»je dit an jenne parent du {général Albert, prouve qpe le patriotisme est chez vous uue vertu de famille. Je verrai le xjénéral à mon retour à Paris, et si vous vous glphfiez, à juste titre, dun parent tel que lui, if nVppnsndra pas sans plaisir que son pays natal renfeirme encore d'aussi 'bons citoyens que vous. ' »

' L'Ermite n'a point revu le brave général Aibert, qu'une mort

' Le jeûne homme a para seasible à cette manî^ festatioa franche de mes opinions politiques. L*amonr tic la patrie est un sentiment électrique : ses

vives émotions se communiquent rapiilenicnt cœurs qu il ouibrase de ses saintes ardeurs; il établit prescjue subitement cotre eux une douce sympathie. « Vous allez à Briançon , me dit-il ; je pars aussi pour cette ville, où mes affaires m^appellent, et, si vous me le permettiez J*aurais beaucoup de plaisiràfairoroute avec voMs. — Venez, venez, jeune homme; nous parlerons du (;<'*ii(''ral et de votre pays. Je suis jjrand questionneur; pour peu que vous ainiie:& à répondre, le chemin nous paraîtra court. » Ses préparatifs ont été bicntdt faits. «Je serai votre écuyer, » m*a-t-il dit en prenant la bride de mon cheval pendant que je le montais; il s*est élancé sur le sien et oous voÎIà parlis.

Au sortir de rArj^entièrc , mon compagnon de voyage ma fait remarquer avec quel soiu étaient cultivés tous les coins de terre que la patiente in-f dttstrie dés paysans peut dérober aux neiges envahissantes et aux torrents dévastateurs. Dans les vallées du liriauçonuais la terre, légère et sablonneuse, est presque par-tout couverte de cailloux; mais, à force de travail et d'engrais, le laboureur parvient à lui faire rendre de douze à quinze grains pour un

prcuiatiiK-e a cnlt Né à la paUic, à la gloire, et à raïuîtié, vers la iiii (le raniice i Hîj.

KllUllC IS VROVINCE, T. III. 1^

qu'il lui confie. î^cs champs, non moins bien cultivés que les vignobles de la Boiir{;ogae, que les vei^ers de Paris, ressemblent à des jardins par leur petitesse et la variété de letii^s prodoits. Mais oseraije dire ce que j ai vu? et qui voudrait ajouter ibi à nnon récit, si les témoignages les plus respectables n'en altfstaient la sincciité :^ O femme! être délicat et sensible, toi que la nature a créée pour inspirer Tamour et transmettre la vie; toi qui presses les lèvres avides de l'enfance contre ton sein nourricier, et le vieillard défaillant entre tes bras consolateurs, quelle grâce peut-être comparée à la tienne? à quelle hauteur la nature ne t a-t-elle pas placée audessus de tous les êlres animés 1 Cependant le pouvoir a méconnu et ta divine essence et ta noble des* tination 1 il a osé appesantir sur la fleur de la création sa flétrissante main 1 Dans les harems de l'Orient tu n*es plus la compagne de Tliomme : esclave avilie et soumise, ton maître commande, et tu obéis; il désire, et tu aimes! Dans l'Occident, le travail t'a courbée sous son jouj; quotidien; dans les villes, il tattacbe, jusquaux dernières heures de la nuit, sur ses banquettes, ou les ingénieuses fantaisies de la mode satisfont et réveillent incessamment les desirs capricieux de lopulence; dans les champs, il t'arrache aux douces illusions du sommeil, pour te rendre aux fati{jues du jour: trop souvent tu partages avec les animaux la paille qui leur sert de li-

tière, Vétable qui ne les protège qu*à demi contre les frimats et le souffle j^lacé des hivers! Hélas! ce n'est point là le dernier excès de tes maux, le dernier terme de tes bumiliations ! Ici je te vois attelée à la même charrue que la femelle du plus tnépiisé des animaux : la corde que tu tiens serrée fortement entre tes mains, et qui passe par-dessus tes épaules, est attachée à cette charrue dont je vou le rude timon appuvé sur ton sein délicat. On t'instruit à mesurer ton pas sur celui de ton étrange compare. Oui, j ai vu, dans les campaj^nes du Briançonnab, des femmes attelées avec des ânesses! Ce triste et honteux spectacle m'a fait monter la rougeur sur le front ;j en ai détourné mes yeux, que la compassion remplissait de larmes, tandis qu'au fond de mon cœur jVprouvais mille mouvements confus d'horreur et d'indignation.

Plongé dans ces tristes réflexions , je ne m*étal$ pas aperçu qa*à plusieurs reprises mon jeune comr pa^raoa de voyage m*avait adressé la parole. A la fin il est parvenu à rompre le cours de ces idées mélan* coliques, en disant d'une voix élevée : f-'oilà Jii iari' çon ! Nous arrivions par la route (pii conduit d'ivspague en Italie; nous traversions le pont de la Guisame: devant nous se présentaient, sur un alignement presque régulier et an premier plan , à droite et à gauche, des maisons flanquées dVbres., et au milieu l't'^glise de Sainte-Catherine ; à mi'CÔtes

a6o BRIANÇON.

la ville , où s'^tcvaient, en se dessinant snr lé profil des montannos , d'an côté les clochers de l'église paroissiale, et de l'antre un (îiand bâ liment, qui m'a paru être une caserne; les sept forts qui dominent Biiançonjlc pont, de cc«t-viD(5t j.ieds d ouvci nue, jeté sur un précipice, pour lier les forts à la viUe; dans un enfoncement, le mont Genêvre, qui semble porter une couronne de rochers; et enfin la Durance , ^[ui , roulant lentement au milieu du paysage délicieux c,u'elle fertilise , semble le quitter à regret. Tel est le magnifique tableau qui s olfrait à nos regards, et dont nous pouvions saisir à la-fois lensemblé et les détails.

Brianeon, ville de garnison et de passage, ne compte cependant pas plusde trobinille habitants; mais il y a plus cl uulustric, plus dlnstructîon , que daps les autres villes du département. Les rues sont en pente, étroites, et la hauteur de la plupart des maisons rend ce défaut d espace plus sensible : elles sont arrosées par de heltes fontaines. Les eaux d un canal (rirrigation , prises dans la Gii/sannc/ audessus du joli villa^je de Losalle; après -avoir arrosé le territoire île cette commune et celle de Saintservent à laver la grande nie de Briançou, dans laqudle nous avons été nous loger.

Au bout dune heure on a visité dans cette ville tout ce qui mérite d'être vu. En paôant dèvant l'hôpital je me suis souvcott du malheureux combat

fiRIAMÇ01«. a6i

à^Exiles et de madame d*Audifret, femme du lieutenant-de-roi de Briaoçon, qui . « prête d*acconcliei%

M pansa de ses mains les blessi'-s , et mourut, dit « Voltaire, en s acquittant de ce pieux office. » '

Je desirais visiter les forts et les galeries souterraines qui pot été taillés dans le roc vif pour établir enti^e eux des communications sûres et invisibles; deux obstacles m^en ont empécbé : - quoique leurs feux se croisent, et qu'ils soient assez près les uns des autres pour se protéger réciproquement, eependanl le plus rapproché est éloigné de la ville d'une heure de chemin; il .faut- marcher pendant plus de troisheures pour arriver 'au château: nous nous sommes contentés de les voir du dehors. t Placés su rie pont construit eu 1 75oparrbabilein{yé> nieurd'Asfeld, qui lui a donné son nom, mes re[;nrds, tantôt plongcantau fond de 1 abyniesur lequel il a été jeté, et tantôt s*élevant sur la redoute de Linfèmet , passaient avec rapiditédu grand et terrible spectacle des hantes montagnes se perdant dans les eues, des noires forets de sapins, parsemées de bouquets d*nn vert tetïdre, formés par les touffes des mélèses, aux rianics [)i ailles, aux campagnes verdoyantes, ou la Durance promène ses eaux paresseuses; de l'autre côté est la vallée, plus riche et plus belle encore^ qu*arrosë la Guisanne,,

Les forts de Briançon battent toutes les gorges et toutes les grandes routes par lesquelles on peut

2(y}. BUIANÇOX.

y arriver. Cinq de ces forts, ûtuës sur ]a rive ^ucbe de la Duraoce , ne peuvent communiijuer avec Briançon que par le pont à!Asfeld: si Ja Ville ëtait prise, un coup de canon ferait santer

la clef du pont , et cette communication serait coiipre. C'est dans un de ers forts, d»'"garnis de troupes, que se jetèreut ea i8i4 les habitants de Snini'CUaffrey i Village voisin de Briançon. Le général piémontais lel somma de se rendre, en annonçant qu^ii brûlerait leur village s'ils faisaient la moindre résistance: Brùlet! hti répondirent ces braves gens; et ils virent sans sourciller la flamme dévorer leurs toits: cependant une maison et une part dans les paccages de lu commune étaient toute la fortune de la plupart d*entre eux. Ils se battirent avec an courage héroïque: les Piémontab restèrent devant Briançon jusqu'au mois de septembre, et les liahitants ne consentirent à mettre bas les armes qu'après avoir vu leur territoire entièrement purgé de la préscuce de l'étranger.

Une circonstance remarquable de Taffaire de Didier, et qui peut faire juger dans quel esprit il agissait, cW que le mot d*ordre de sa petite troupe était Saint'Chaffrey: Les habitants de ce village sont habiles cultivateurs, ils etitciKlcnt luci veilleusement la conduite et réconomie des eaux; ils recueillent beaucoup de [jrains, ce qui leur a fait donner le titre de pmssanis dans les halles

BRIÂKÇON. a63

La liberté, ppnr me servir de Téoei^qoe expression d^D montagnard , la liberté est indigène et

vivacc ( omme les mélèses dans ces contrées, où elle peut se retirer sur des plateaux escarpés, se défendre derrière des torrents et des muis de {];lace. Combien de fois, durant le conrs sanglant de nos discordes civiles, ces montagnes, ces forêts hospitalières, n*ont-elles pas offert aux échappés de tontes les tyrannies un asile sacré que n ont pa violer ni la corruption, ni la terreur, ni cette odieuse politique qui fait un écliarifje des malheureux , et qui , comme au temps des Tibère et des Doraitien, veut qull n*y ait plus sur la terre un seul lieu de refuge poiur les proscrits du pouvoir 1 Cette patrie du mal^ beur ne reçut jamais de fers sans les briser aussitôt sur la tête de ceux qui tentèrent de les lui imposer.

Dans les siècles de Icotlalité , les nobles du Briançoaaais voulurent aussi courber le front des montagnards sous le joug honteux et accablant, imposé alors à tous les paysans de la France: le châtiment suivit de près le crime; tous ces tyrans disparurent le même jour, à la inéme heure. Depuis cette époque il n'y eut plus que des citoyens dans le Briançonnais. I^es antres nobles de la province prirent les armes pour venger leur caste: les dauphins se mirent à leur téte; mais ils avaient affaire à des hommes , qui , préférant la mort à la servitude, ne furent ni soumis ni exterminés. La

a04 BRIANÇOR.

cause était sainte , ét la goem fut glorieuse. Un traité solennel reconnut et -consacra des droits sanctionnés par la victoire t les tailles, les octrois, les (▼nbclles, tons les droits seifjnouriaux ^ tou'i les devoirs feotlaiix , furent abolis ou abandonnés aux habitants. Sous le nom d^escarton, il fut créé un conseil e1iar{;[é de la répartition des impôts, de là levée des gens de gnerre et de pourvoir à Icnr subsistance : s*il s^agissait de combattre au dehors, ils n*étaient tenus que dé fournir cinq cents hommes, dont la solde élail pay<'e parles dauphins; mais si la j;nerrc menaçait le pays, Ions les habitants répondaient à iappei du bailli^ et couraient eux armes. Leurs syndics consentirent à faire bomniage an dauphin, mais en baisant le dessus de sa main, ou simplement le chaton de sa ba(|ue, à la iiianièrn drs nobles, et non pas son ponce, eouinie les ruturiers y étaient astr<Mnts; consaer.int ainsi le {jrand principe d'égalité natiircUc et politicpie, base de tout contrat social ^ fondé sur la justice et la raison.

Depuis i343 les Briançonnais jouissaient de ces privilèges^ d*autant plus glorieux qn^ils ne pesaient

sur personne, et donnaient un bon exemple à tous; mais lorsque la révolution fratuaise éclata, ces braves (;cns y renoncèrent aussitôt, ne voulant pas être libres aaircment que le reste des habitants de' ia France. Comme 4es éléments de résistance et

BRIAKÇOX. :a65

d*opposition avaieot. disparu de cette coutréc des puis quatre siècles et demi, les heureux ritovens des Haulcs-Alpcs ont i^jnoï c vX les fmrm s de 1 di; parti, et les S(]n[;lante.s réactions, et les inacliina- -tioas secrètes, et les conspirations ténébreuses; ik ne savent pas encore ce que c^est qu^nn- espion, un détaleur,* un aj^ent provocateor : il n y a point de privik^iés parmi enx;

• Il Tant le tlirc aussi, j)onr cnconrnf;cr le zelo pl)ilaiilrli{>j)i(|iie des propaj^aleurs de I iiistnirtion populaire, dans I arrondissement de Briançon il u est guèi'e de paysans qui ne sachent lire, et il s y commet infiniment moins de crimes, relativement àsa population, qu'en aucun autre arrondissement de France. Pendant tout le dix -huitième siècle u \ il [uis eu im«' seule teiitalivc d'assassinat, pas une seide action capilale, tandis rpje dans l'Oysans, qui y touclic, il y a une vallée où rc(rncnt la plus crasse ignorance, la plus (grossière supei'stition, et celte vallée est cbntinuelicmént le théâtre des vengeances les plus atroces, des forfaits les plus abominables.

Nous avons vié dîner an pont de Ccrvicifs, hameau de Hiiauef)n, où Ijabile im .imi de mon eompagnon de voyage C'est un houimc savant, et renommé par la (^iiérison de certaines maladies contre lesquelles la science des médecins ordinaires- s'est trouvée impuissante.

A table, on a beaucoup parlé des mœurs et des

266 DRIANÇON.

QMgcs du pays. «Je re{rrette, m'a dit le maître de la maison, que vous oe nous ayez pas visités ua mois plus tôt, le 16 août, jour de notre féte patro*

nale : les jeunes {jeus du hameau exécutent, au cbant des femmes, une danse (jnerrière qui pourrait bien étie la fameuse pyrrbiquc des Grecs.»

Comme il parlait encore, neuf jeunes gens, en veste, mais vêtus avec propreté, sont entrés dans la salle, dont on a aussitôt enlevé la table et les chaises. Chacun d*enx tenait à la main une épée lar^^e et courte, commelV'péo romaine; celui qui faisait les fonctions de choré(je ayant douué le signal, un méchant violon a joué Tair que je vais noter sans prétendre qne cet air soit véritablement d'origine grecque'.

* Gel air, aimi qtw odiii da jeune homme d'Abriès, te Uieave

HRlASiÇON. . 267

Les danseurs se placent en cercle, posent à terre

leurs épées, la poi{T;née de leur c6té et la pointe vers le centre du cercle dont cll«s foi uicnt autant de rayons. Après sétre salués, ils saisissent de la main droite la lar^^e poif^née de leur arme, et de la gancbe la pointe de l'épée de leur voisin, et tournent en partant du pied ofauche et sans lâcher les épëes. Les fifl^nres de cette danse sont «nu nombre de douze; mais les danseurs reviennent souvent à la position circulaire : tantôt ils se portent sur la {^^auchc deux à deux, Tua ayant le poignet droit sous le coude çanche de Tantre; tantôt ils élèvent la main gauche au-dessus de la tête de leur voisin, et posent son épée sur leur épaule gauche. Le chorégc se place an centre des danseurs, élevant au-dessns de sa téte les deux épées qu il tient: Ic>aij(it > danseurs en font autant eo se pressant autour de lui : il passe pardessus ses épaules les deux épées ({u'il tient; les danseurs posent leurs lames sur ces épées qui se trouvent ainsi croisées dans une position horizontale autour du cou do choi c^;c : celni-»ci , ramenant ses deux épées devant lui, se trouve les bras croisés; les autres 1 imitent et jiremicnt la môme altitude. I^es danseurs se séparent eu deux bandes, puis en trois, et forment avec leurs épccs des carrés et des triangles, en balançant leurs armes, et se portant les uns vers

dans loiiviapc, plein <lp rc» |j< 1 rlus cl fl oli'^ci vnliftiis jiiilicirusP'i, de M. de LadouccUc, sut- le tlé[)arteiueiil des llautcs-âlpcs.

^68 iîniANço>'.

les autres. Dans une autre figure, les dan«ciii's passent sons Tépée du cbortçe, sans rompre la chaîne. ÏJa danse. finit, comme elle a commencé , par un salut. Il n'y a de (jnerrîer dans cette prétendue [)yi^

riliqtie que armi^s et (|iiclr[ii('s rvoliitions à droite et à gauche. Lorsque les danseurs tom iieiit sur euxmêmes, c*est toujours les tatous qui leur servent de pivot. lueurs mouvements « \eun sauts même ont quelque chose de lent et de loui^d qui n'a aucun rap* port avec Fardeor et la vivacité des actions guerrières, sur-tout chez les anciens, où lattaque avait lieu d lioinnie à lionmie, ou les batailles les plus générales, et les attaques faites avec le plus d'euseuible, n'étaient, pour ainsi dire, que la somme totale d'un nombre infini de combats singuliers.

Briançon est la patrie de plusieurs hommes distin{;ués dans les scicnccit et dans les lettres. Parmi eux, on eile le mal liéniaricicn Oronce Finé, moins célèbre par se.s ouvrajjes que par sa lonrjue détention pour s être opposé avec ardeur au concordat fait entre le jiape et François l" ; Laurent de Brian* çon, auteur dun poëme intitulé le Banquet de la Paye; Brunet, anteur d'un mémoire sur les dîmes. .

Les pic« élevés des moiitn.^ncs commençaient & blaiieliir ; dcja les paysans se pourvoyaient de crampons de fer, au moyeu des(piels ils se soutiennent sur la f]^lace, et de raquettes d'un pied de diamètre, qu'ils placent sous leur chaussure pour ne pas en-

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foncer daus la neig^e. On piaulait de graudâ jalous le loog des routes, pour indiquer aux voya(][eursla hQoe qu*iU doivent suivre, lorsqu elles &out entière^ ment couvertes par les neiges. Je n*ai pas attendu

que ces jalons me fussent de quelque secours: je nie suis liàlé de lu éloij^uer de ers hautes ré{;ions, et de revenir sur mes pas, pour me rendre à Lyon, où j'ai le projet de passer ce qui reste des beaux jours de rarrière^aison.

270 LE BETOUB.

Ik° LXXSV. [aS NOVEMSRE 1819.]

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