‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 10 (volume 3)Chapitre 31 sur 40 · I- JIMITB F.» rROVIXCi^jT. III. l · texte numérisé non relu

I- JIMITB F.» rROVIXCi^jT. III. l

RETOUB.

quelques jours me restaient encore pour voya^jer à cheval , j'en ai profité.

Je me suis anvt»'» à ï^izillc, Vwii cliarmant, où Ton vient visiter le château que le connétable Lesdiguièresy fitbâtir. 11 est représente à cheval, dans un {;rand bas-relief en bronze, placé sur la porte du château, et les portraits des personnes de sa famille sont encore dans la salle de billard.

J'ai visité avec plus d'intérêt et de curiosité la salle où se réunirent d'eux-mêmes, au commuiicement de la révolution, les fameux états du Daupbiné. Ce pays est trop plein des souvenirs de la féodalité pour n*étre pas resté fidèle à la liberté. On ni*a fait remarquer le dessus d\uie porte où étaient représentées une tète d'homme et une truite; le connétable les avait fait sculpter pour perpétuer le souvenir d'un acte que, dans la barbarie de ces temps et la férocité des mœurs féodales, on appelait un acte de justice. Le connétable avait fait trancher la tète d'un paysan parceque ce malheureux avait péché une truite.

M. Augustin Perrier, propriétaire du château de Lesdi^juières, y a établi une {grande et riche manufacture de toiles peintes. Je ne partage point Tespéce de pudeur qui lui a fait détruire le monument que Lesdignières avait élevé à sa fureur. Tous les traits de cruauté de ce temps qu'on appelle bon doivent être conservés pour la honte éternelle de ses

LE RETOUR. jyS

pauégiyristes, et pour la Icçoq des iioinincs de Tagc présent.

MM. Perrier ne se bornent pas à donner du travail aux habitants de Vizille; ils leur procurent un bien plus précieux, Tinstruction. Ils ont établi à Vizille une école à la Lancastre; leur beau-frère,

M. Tfissèrc, en a établi une au bonrjT d*Oysans: dans ces institutions véritablement pbilantbiopiques les élèves n'apprenneat pas seulement à lire et à écrire; ils reçoivent encore des leçons de morale, des principes d*agricnlture et d*industrie manufacturière.

Undè amulatto, <*( uii'iilin,tl uno nmne tiiscretis conitexHm oOium ?

Sëparës de ceui de Lfm par nn flaivs, laait attacKéi par leur baiM.

Me voici dans une ville ([ui fnt grande, forte, et célèbre. Los Romains l'appelaient Vienne f Opulente, Vienne la Belle; aux premiers siècles de l'Église, elle reçut des chrétiens le nom de Vienne la Sainte; Tautear de Tépitaphe de saint Burchard rappelle la robuste nourrice des rois {nutrix Jbrtis^ sima regum) : elle a mieux mérité, de nos jours, lenom de Vienne la Patriote, car ni l'une ni l'autre fortune D ont pu affaiblir dans le cœur de ses habitants Faniour de la justice, des lois, deTiionneur et de lindépendance de la patrie.

f jorsque Téclat des triomphes militaires éblomssait tous les yeux, égarait les plus sages, la liberté et Tégalité, fondées sur les lois, comptaient encore à Vienne autant d adorateurs que de citoyens, et,

VIENNE. 277 quand le sort eut ti aiii le coui'afjc, on ne vit s'élever dans ses murs aucun autel aux divinités étraojjcres.

Les dieux du Panthéon et les statues des divins Césars, brisés par les barbares, forment les parois des maisons et le pavé des rues de Vienne; à cfaa> que pas j'y ibnle d'un pied dédaigneux quelque membre d nn de ces hommes qui eurent des autels, des prêtres, et des dévots: la majesté de Galba, la majesté de Vitellius,la majesté de Claude, roulent dans la poussière. Un poëte, un affranchi, dont Fesprit était déjà celui d*un courtisan , osa le premier parler de la majesté des Césars.

Sed neque parvum carmen majestas recipU tua, dit-il au lâche, au sanguinaire Octave: depuis ce temps il n'est point d'esclave qui ait refusé ce titre à son maître; point de maître qui ne 1 ait placé au premier rang des tributs que lui doivent ses esclaves.

Jamais, en Angleterre, il ne fut pins question de

la majesté du prince que sous le régne de ce Ilichard ill, petit, bossu devant et derrière, loiu^lie, cagneux, dont le visa^je était repoussant, le teint basané, le regard farouche, et qui fut à-la-fois, di« sent les historiens , le plus laid et le plus méchant des hommes.

Je me livrais à ces importunes réflexions en traversant le Rhône pour me rendre à Sainte-Colonihc. Arrivé tard à Vienne, je n'avais guère aperçu que

les deux extrémités de cette ville, masquée, au levant, par le mont sur lequel est bâli le fort Pipet. Assis sur le coteau , chargé de vigaes, qui domine la plaine étroite de Sainte-Colombe, je voyais se dé* ployer devant moi les édifices et les ruines de cette Vienne jadis si snperbe, maintenants! déchue.

I^a première ville des Allobroges, la résidence des ^jouvcrncmcDts romains dans la province vienuaisc, l'antique métropole de la Gaule narbonnaisc, la capitale du premier et du second royaume do Bourgogne, n'est aujourd'hui que le modeste chef-lieu d*une sou»préfectnre. Elle a bien encore un haut dignitaire ecclésiastique, mais cet aixïhevéque ne jouit pins des droits royaux octroyés par Tempereur Frédéric 1" à l'arclievéque Ktienne et à ses successeurs: les soldats qui veillent à la défense du fort Pipet ne sont plus les siens; il na plus ni sénéchal poiur régler, chaque soir, les comptes de sa maison, et condamner à Famende on au fouet ces valets négli{][ents qu on appelait officiers; ni bailH pour rassembler et commander ses milices; ni c/idtelain pour veiller à la garde de ses châteaux, et les pourvoir de toutes sortes de provisions ; ni courrier pour tenir la main à Texécution des jugements; ni ceUérier pour recueillir et serrer ses grains; ni c/ianome misirat pour commander dans la ville en qualité de* gouverneur ; ni bayle pour faire la recette des droit» seigneuriaux; ni vigu iet poui encaisser i ar-

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Qent provenant des coodamoalioii:»; ni prévôt pour r^ter les amendes; ni clavaire, ni mandataire, ni bannier, ni maynier: il faut quil se contente de grands vicaires, de chanoines, de chantres^ et de Ae*

deaux; condition bien obscure aiipn-s des .sj)I<mideurs de lantique église de Vienne, qui co'iibattit si bravement et avec tani de persévérance contre VégUse de Lyon, non moins brave et non moins têtue.

La philosophie a tout corrompu: elle a licencié

les soldats des évêques, des archevêques , des moines et des chapitres; elle ramenait à fjrands pas l(^ clei^é de France vers la simplicité des premiers siècles du christianbme, et, vendant au profit de lindigence les carrosses des princes de ll^Use, elle allait les forcer de faire le tour de leur diocèse sur rhumble animal qui portait le divin fils de Marie quand il fit son entrée dans Jérusalem; heureusement pour le sacci*doce, Bonaparte vint à son secours, et lui rendit une partie de ses honneurs: une main plus chrétienne encore lui a rendu une partie de ses biens, une partie de sa puissance; il est même des hommes plus catholiques qui veulent tout lui rendre: cela me parait impossible;

Mais quel temps fut jamais plus fertile en miracles?

J'ignore si dans le pays où je me trouve il y a assez de curés et de desservants; mais il me semble que

28o VIENNE.

Je* prélats n'y lont pas faute: j vu vois trois dans un seul déparlcmcut ; car si Vienne a son arclievéquL% Gtenoble et Valence ont chacune leur évéque. Le concordat. a singulièrement favorisé le midi de Ja France: Lyon et Aix ont des archevêques; il y a un évéque à Viviers, un évéque à Aviçnou, un évéque à Al les, uu évéque à Nimes, uu évéque à Montpellier, un évéque à Marseille...

Vicunes^ëléve en amphithéâtre sur un monticule séparé des antres montagnes par des ravins profonds. Cette vieille capitale des Allobroges est rentrée dans les limites que lui avaient données ses prejuiers londatrurs. Les Romains, qui riiabitèrent pendant plus de cinq cents ans, couvrirent de temples, de palais, d obélisques, et d'aqueducs, les plaines qui s'étendent au midi vers -Avignon, au nord du côté de Lyon, et firent de Sainte-Colombe une autre Vienne: que reste-t-il de tant d'édifices paiticuliers et de monuments publics? un mélange ( ontus de tours, de tourelles, de maisons, et de ruines.

.l'interroge le fleuve; ilua ressaisi que ce qui lui fut pris , d'étroits rivages : il vient du nord, il se dirige au midi; et, comme autrefois, il court verser dans la Méditerranée ses eaux quil a recueillies

dans les n)onta(jnes et à son passafje dans les plaines de la Provence el du Uaiiphiné. Les rochers qui pe- .saicnt sur la plaine la pressent encore de leurs

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masses inégales: la lerre n'a point entrouvert ses entrailles pour engloutir ce qui était à sa surface; ce sont des hommes qui ont brisé les épaisses murailles, renversé les palais des rois, abattu les temples des dieux, promené la charrue, et semé le sol, où d'autres hommes avaient élevé ces temples et ces palais.

Vienne avait arrêté la fortune de Clovis , mais un traître en ouvrit les portes au fils de ce conquérant. Au temps de Charles-Martel , elle avait rompu le premier effort des Maures et des Arabes; mais les nobles enfants d'Eudes, duc d'Aquitaine, apprirent aux Sarrasins par quel côté il fallait la surprendre : les premiers ils y jetèrent des brandons enflammés, et plus tard François de Beaumont, baron des Adrets, renouvela et surpassa leurs fureurs. •

Mes regards parcourent le fleuve qui me sépare de Vienne; et c'est avec raison, je le vois, que les poètes l'ont appelé Impatiens pontis, car des trois ponts qui jadis le traversaient ici, il en a englouti deux, et à peine a-t-il laissé debout quelques ruines du troisième.

TiC pont dont je contemplais les tristes restes fut construit par ordre de Tibérius Gracchus lorsqu'il passa à Vienne pour se rendre en Espagne. Durant près de seize siècles ce pont résista à tous les assniit-î du fleuve, car sa fondation date de l'an 175 avant I rre chrétienne, et sa première chute eut lieu

VI KNN E.

au mois de février 1407. Selon nos anciennes chroniques, recueil fidèle des superstitions du bon vieux temps où Ton vent retrouver anjonrdliui les matériaux de lliistoire, cet événement fut annoncé par dea

prodi^ijos: quelques cloches sonnèrent d'elles-mêmes; on entendit, la nuit qui précéda sa chute, des murmures, des gémissements étranges, et des chevaux courir et hennir sur le parapet : la veille , un taureau , d'une grandeur et d'une grosseur extraordinaires , fit quelques tours sur la place de Sainte-Colombe, et disparut tottt-à-coup ! Depuis , ce pont a été plusieurs fois rétahli et plusieurs fois renversé : soit faute de moyens ou d'encouragements, on parait avoir renoncé à l'espoir d'imposer un joug nouveau à i'impatiens pontis»

A (fueUfue chose malheur est bon, dit un vieux proverbe; les amateurs de la bonne chère eurent à se réjouir de la chute du pontdcTibérius Gracchus: antérieurement à cette époque, le carême commençait toujours le lundi dans le diocèse de Vienne, et non, conune ailleurs, le mercredi des cendres; AnL de La Colombière, grand-vicaire de l'archevêque jinge Caio, permit de faire gras le lundi et le mardi, . à condition que chaque habitant, sans en excepter les enfants au-dessus de Tâge de sept ans, donnerait six deniei-s pour la réparation du pont. Mais il est probable qu'alors le nombre des gourmands n'était pas aussi considérable que de nos jours; car le

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bon M. de Lu Colombière se vit forcé de présenter une autre amorce à ceux qui, par avarice, se piquaient d'abstinence : quarante jours de vrai pardon , en rémission de leurs péchés, leur furent promis, s'ils contribuaient, pour une même somme de six deniers, à la l'éparation du pont de Tibérius. Enfin, pour ne laisser aucun refuge à la mauvaise foi , les fraudeurs furent bien avertis, par lettres patentes publiées dans tout le diocèse, que ceux qui, sans payer, mangeraient chairs et viandes défendues seraient excommuniés et damnés à tout jamais.

Les excommunications et les pardons n ont pas toujours été employés dans des vues d'utilité publique; par exemple, l'archevêque Guillaume de Valence songeait plus à ses proches qu'à ses ouailles quand il accordait quarante jours d'indulgence à tous ceux qui prieraient pour lame de ses parents, et pour celle de la mère d'un certain archiprêtre d'Annonay : indulyenliam quadraginla dierum omnibus oranlibus pro animabus parenlum suorum et bona memoria Guillelme^ matris domini archipresbiteri d Annonay.

Un autre archevêque, Thibaud de Rougeniont, ayant reçu des officiers du roi de France je ne sais quelle injure, en punit les pauvres habitants de Sainte-Colombe, que cela ne regardait nullement: tous furent excommuniés, sans distinction d'âge ni de sexe, et restèrent un au tout entier sous le fatal

VIESWE.

interdit. Dica sait ce que sont devenues les ames de ceux qui moururent dans le cou» de cette année.

La tour élevée de ce côté du pont par Philippe de Valois avait moins pour but de protéger Sain^ Colombe que de menacer Vienne. Ce prince ambitieux convoitait non seulement les états des dan. phins, qu'il se fit cédrr; mais cette ville et son territoire, alorssoumis a la puissance ecclcs.ast.que , le tentaient également. U disait que les homme, qm se sont consacrés an gouvernement des consciences „e doivent point se m^er du gouvernement des états j adepte , pour mon compte, le raisonnement de Philippe de Valois. Pendant le séjour qtfU fit à Sainte-Colombe, pour muU ur Vienne et se Vacquénr dit le bon Chômer, le roi de France logea an couvent des coitleUcr». Guicbard, seigneur de Beanjeu , introduisit le premier en France cet ordre mo-

nastique. , . r i

Les cordeliers de Sainte -Colombe furent plus d'une fois chassés de leurs ceUules. Reçus dans Vienne en 120a, ils habitèrent pendant cinquantebuit ans, sur le territoire de Saint-Gervais, une maison modeste, bâtie exprès pour eux, mais Le ciel pour les punir leur doona de* grandeurs.

L archevêque .1 .au de Bumin les plaça dans un beau couvent de ce côté du Rhône. Pendant les guerres de religion, ce couvent tenta l avarice des hugue-

nots, qui le pillèrent et le saccagèrent : les catholiques ne l'épar^uèrent pas davantàfje ; et le duc de Nemours acheva de ruiner ce couveot, sous prétexte qu il pouvait favoriser les desseins des partisans et des serviteun fidèles du roi Henri IV.

En vain , poussés par un intérêt qui n*6st ni celui du ciel ni celui de la terre, (quelques mortels insensés cherchent à éluder Tordre du Créateur et le vœu de la nature. Elle a voulu que la femme fût la compagne de Thomme : par-tout où Tiiymen ne les réunit pas un attrait invincible les rapproche, et, sans en deviner le motif, ils prennent des habitudes communes. Il y eut des dévots aussitôt qu*il y eut des dévotes; dès qu'il y eut des bénédictins, des bernardins, et des carmes, on vit paraître des bénédictines, des bernardines, et des carmélites. Si vous apercevez un couvent de moines, soyez assuré qu*un couvent de nonnes n'est pas loin ; du moins il en est ainsi à Sainte-Colombe : entre la maison des cordeliers et celle des religieuses la distance était petite. 11 parait que l'obéissance n'était pas la première vertu de ces modestes filles, car le pape Grégoire IX ne se contenta pas de leur recommander un respect profond pour la juridiction de Fabbé de Saint-Pierre, il autorisa cet abbé et Tarehevéque de Vienne à les contraindre à la soumission par la voie des censures ecclésiastiques, et sans s'arrêter aux appellations qu elles pourraient inter-

jeter, appeltatione remoîa. Un petit grain de vanité se plaçait aussi sous leur f^^uirape: la supérieure des vestales païennes portait a lîomc le titre de maxima; la supérieure des vestales chrétieimes à iSainte-Colombe prenait celui de maxima monacha. Un peu plus loin se trouvaient deux antres couvents de filles, Tun des religieuses de Sainte-Claire, et Taotre des religieuses de Sainte-Marie; ce dernier remplaçait un jeu de jiauine; et ce lut, dit un ancien auteur, un grand sujet de joie pour les anges de voiisuccéder des religieuses à des joueurs, et des exercices de piété à des divertissements pro£uies.

Tons ces édifices ruinés avaient été élevés sur les ruines d'édifices bâtis par d'autres générations.

Les Romains du moyen âge avaient en leurs nymphes ou maires, espèces de divinités subalternes, favorables à ceux qui les imploraient, ou pour qui elles avaient de Taffection. Les maires succédèrent aux génies et aux lares dans la protection des provinces, dans la garde des empereurs et des simfdes particnliers. Après avoir été adorées dans les campagnes, où l'ignorance les avait reçues, elles s introduisirent avec elle dans les villes, où elles obtinrent des temples : elles prirent dans les Gaules le nom de Dames, et enfin celui de Fées, Fatidicœ, qu'elles y ont conservé. Nos pères se les représentaient sons les traits et les formes de jeunes femmes d'une grande beauté; elles conversaient familièrement

avec tout le monde, avertissaient les çens des malheurs dont ils étaient menacés, et les instniisaieut

des choses à venir.

Les pierres usées dont l'œil suit avec peine, sur un sol inégal, Talignement ioterrompa, forment la cféte des mars d'un de ces sépulcres appelés Er~ gastuks, où les anciens renfermaient lenrs esclaves pendant la nuit. Ces vastes prisons souterraines > divisées en (i^rottes par d épaisses murailles et dV> troites ouvertures, étaient fermées par les {grosses tours des gardiens et par des portes irrévocabies comme celles du Tartare. Là le désespoir, chargé de fers, enveloppé de chaînes, environné de murailles hautes et lisses, n*avait en sa puissance que la mort et le néant; là l'horrible droit de la guerre enseignait au fils du roi , enchaîné avec le fils du pâtre, quels sont et les crimes du fort, et les douleurs du faible, leçon tardive, trop souvent répétée par le remords, et qui n*est qu'un supplice de plus.

Avec la vie. Dieu donne à tous les hommes la liberté; mais ce don du ciel semble être devenu rhéritaçe exclusif d un petit nombre d oppresseurs, .l'entends prêcher la rclifjion, la justice, les lois; je regarde , j eianûne , et je vois les prédicateurs s'élever au-dessus de lois, se livrer à l'iniquité, et leurs passions aussi libres d'entraves que leurs membres sont exempts des liens. Ladorateur de Jupiter, le sectateur de Mahomet, le dervis, le

flamine, Hmao, tous, jusqu'au moine de Saiat- Claud»', no vculeut être servis que par les mains enchaînées de leurs frères esclaves. 8'il y a des athées, ils sont assurément parmi ces hommes saus charité, qui violent la loi du Dieu qu'ils servent, et qui ne crai^foeot pas de braver sa menace : mais quittons la sagesse un peu douteuse des hommes pour leur folie, et les prévisions de l'avenir pour les erreurs du passé.

Les Arabes d'Es[>a{jiic veuus vers i';iniiée y.iu au secours de Guellier, duc d'Aquitaine, contre Gbarles-Martel, renversèrent les monuments ro* mains dont nous foulons les cendres. Un lai^e mas* sif, composé d un ciment très fort, et couvert près* que par-tout d'un pavé de marqueterie, a été percé par la pioche, arraché par la houe, déchiré de toutes parts, et des ceps vigoureux ont pu s'y ea* foncer. Un peu plus loin est le territoire appelé le Mireau ou le Miroir; li, selon une ancienne tradition, existait uu grand et bel édifice, élevé par le lieutenant de Sylla. An lien de se rendre prompte^ ment en Espa^jne pour s'opposer aux progrès de Sertorius, Pompée s'amusa à bâtir et à faire l'amour daus la capitale des Allobroges. Ce Pompée, dont le palais était situé à Vienne sur Férainence où les pères capucins et les jésuites ont eu depuis des cou vents, n'y voulut point loger avec sa maîtresse, sans doute pour éviter le scandale; mais il l'aimait trop

passionnéiiieiit pour se priver de sa vue et du plaisir de converser souvent avec elle, ne fût-ce que par signes. Il la lo(jea de l'autre côté du liiiùne, et lit appliquer à la muraille qui regardait le couchant un graod miroir de cristal, à l'aide duquel il lui faisait savoir, de moment en moment, à quel point en était sa tendresse : occupation très douce et- très galante, mais qui n'était peut-être pas tout--à-fait digne du Futur compétiteur de César.

Le territoire entier de Sainte-Colombe ne renferme que cent quinze arpeots de terre en rapport; on n*y compte que cent quarante maisons, et son revenu net n est évalué quà environ quatorze mille francs. Cependant cette petite commune a payé jusqu'à cinq mille francs de contribution pai' au, tant l'industrie est féconde.

En l'y 86 la population de Sainte -Colombe no s'élevait qu*à six cent soixante-quinze individus; die est aujdurd'hui de sept cent cinqtiante, et, par une bizarrerie assez digne de remarque, c'est peutêtrelesèulcoin delà terre où la naissance des garçons surpasse celle des filles de plus d*un cinquième. La partie virile de cette population n'ot pas la seule laborieuse; les vieillards, les femmes, les enfants, travaillent constamment, les uns à carder de la laine, les autres à la filer: personne n'est oisif; jamais il ne s*élêve de rixes entré les habitants; les procès sont inconnus parmi eux, chacun y respecte la per-

EmuTB n noTiHGB, t. m. 19

290 VIENRE.

sonne et la propriété d*antnii: cette famifle (Hiabitants aime le plaisir, sur tout celui Je la danse; mais nulle part en France on ne trouverait de meilleurs citoyens : trente jeunes gens partirent à-la-fois et volontairement pour Tarmée «u commencement de la guerre de la révolution.

8aiete-Golombe a eu Tbonnenr de posséder de^ viguiersy et de compter parmi eox François de Cours, noble damoiseau; Eymard de nileneuve, «'•chanson de Charles VU; Claude de Costaing, écuyer tranchant, et un prévôt général du Dauphiné, Scipion de Poilard, Cette terre appartenait i la famille des Maugiron; rien ne Ini mani|iiei pas même les illustrations féodales, et quelques nns de ces noms que madame de Staël appelait historiques, quand par hasard elle oubliait qu'elle était la Hllc (1 un Hnancier pour se souvenir seulement qu'elle avait été la femme d'un baron.

J*arrive à JmpuU* Que la famille de Mangiron ait remplacé, dans la possession de«ette ville, Gérard de .4mpush on Roger d*/#m/70{5, on cet Erchembert qui succéda à Gondoald en la mairie d^i palais de Dajrobert , et que le moine Adématus appelle Erchembert, Ercanaldiis ou Eccembaldm, noms qui , dit le feuillant Pierre de SahU-Romuald, ne sont autres qne celui d'Jrchambaud; qaJmpuis ait eu anssi les noms de jémpoysiacus et à*Jmputhmts, cela importe pent- ^trc assez peu : Tessentiel, c*est que saint Éhi soit

VIENRK. 291

entré claos l'église d'Ampuis pour faire sa prière, et qu'il y ait guéri incontinent un démoniaque qui se présenta à lut, miracle auquel j'accorde d*antaot plus croyance que le secret de ces (jtiérisoiis vient d'être retrouvé de nos jours par un noble évéque (1 Alleiua(jne ; ce qui importe sur-tout, cVst que nie voilà sur la terre classique de la vigne, en présence de cette Cole- Rôtie que Bacchus regarde avec amour.

• Les vignes de G6te-R6tic se perpétuent par les provins, et ne se replantent jamais. L'emploi des

écbalas, comme tuteurs de la vigne, est fort ancien: les Romains en faisaient usajje ; Columelle en parle. Ceux que j ai sous les yeux ont huit à neuf pieds de haut, et coûtent depuis soixante^louzc francs jusqu'à cent trente francs le cent; ils sont de bois de cbà^ taignicr, et viennent du département de liséré. Ceux qui sont faits avec de grosses brancbes refendues , et qu on a[)[)L'lle (juarliers, sont les plus chei's, niais durent plus long-lenips, sur-tout lorsqu'on a le soin de passer au feu le bout qui doit être enfoncé dans la terre.

' jàmpuis est abrité des veiits du nord. Situé à lorient et au midi, le coteau de Famjris, au-delà du Rhône, reflète les rayons du soleil, et concentre

la chaleur sur celui à'Ampuh. Un rocher friable et humide, exfolié par le temps, compose le terrain d'où la vigne tire le suc pjurticulier qui distingue ses

raisins, et qui donne au vin qu elle produit ce parfum et ce{joùl (le poix qui plaisaient tant aux Homaius. La première (jualité se distinjjue par son feu, sa transparenee , sa belle couleur , et Todcur de violette ou de framboise qu elle exhale ; le temps corrige la légère amertnme qa on y remarque dans sa nouveauté : cette qualité est produite par les vijrnobles qui s étendent le long dn chemin deSainte- Colonibe à Condricn jusqu'au ruisseau de Malpro- Jonde. Les vignes qui approcbentle plus de la crête du coteau, et celles qui sont au-dessus du ruisseau de FonIrJean, donnent le vin le plus estimé. Les raisins des vignes dont Taspect est un peu vers le nord, et de celles du château de la Boche, ne produisent que des vins de médiocre qualité.

Le vin de Côte^Hôtie, l'orgueil de ces cantons, n'est agréable à boire qu'au bout de deux ans; mais il peut se conserver pendant plus de vingt années. 11 se dépouille et saméliore en vieillissant : s'il fut ignoré de Virgile, qui n*en fût pas mention dans ses Géorgiques, Pline en parie; et dans ses propos de table Plutarque n'oublie pas le vin empoissé de Vienne, dont les Romains faisaient grand cas, parcequll semblait les rendre plus forts. On assure que ces vignes, dont l'antiquité ne peut être mise en doute, ont été apportées de TOrieut sur les bords du Rhône par quelque colonie grecque.

Pendant qudiqaes heures qae j*aî passées à Vienne, j*ai visité la cathédrale de Saint-Mauricc, vieux monument de la piété des rois de BoiiryofTnc ; le palais arclHépiscc)j)al , ou se tint, en i3i i , \c <|uinzicnie concile; et Tabbaye de 8aint Pierre, où M. Schneyder fonda un musée des aoticpiités de la ville de Vienne» dont il fut pendant quarante ans le cooservatenr.

Je suis sorti par la porte d*Avi^noB : Louis XIII

fît par-là son entrée dans Vienne après la prise de Montpellier. Une inscription rappelle c« t cvéneuieot, et dit aussi que ce roi,. mort eu tutelle, se laissait appeler le Juste,

De ce côté, les dehors de Vienne sent très agréables ^ les montagnes, en s'étendant vers le sud, semblent s*avancer ponr suivre le cours du Rhône. La plaine, riche autrefois des plus nobles monuments de 1 architecture , se^t couverte d utiles vignobles.

Non loin de la porte d*Avignoo on voit, sur une base percée à jour par quatre arcades, un obélisque de soixante-treize pieds d élévation. Ce monument,

assis sur nn massif de pierres de taille, et creux dans une partie de sa liautt ur, n'a point été achevé : des quattx; colonnes dont il est Hauqué, aucune u est parfaite ; les architraves attendent encore les moulures qu'elles devaient recevoir. Cest un cénotaphe

OU tombeau vide qui , selon les uns , lut destiné ù renipereur Alexandre Sévère, et, selon les aatres, à Auguste.

On aperçoit de ce côté des restes d*aquedacs, comme pour attester le séjour des Romains à Vienne

et Tancienne ma(çnificence de cette ville. Un de ces aqueducs amenait dans la citadelle du Mont-Qui^ rinal, aujourd'hui Sainte-Blandine, Icau nécessaire à la garnison.

Vers ce lieu était une de ces Nmmactdet où l'on donnait au peuple le spectacle simulé des combats maritimes. Les chevaliers de larbalête succédèrent aux {i[ladiateurs romains : le Carlliajjinois ou le Breton n était plus 1 ennemi qu'il fallait abattre, c ctait le papegai. Lonjj-teiiips le vainqueur porta le nom de roi, et pendant sa royauté de douze mois il était exempt de toute taille delphinale et royale.

Le palais des rois de Bourgoj^ne renferme encore de temps en temps, vers le soir, d*illustires reines et de fjrands monarques : Sémiramis , Clj Icnnicstre, Jocaste, Louis, Àgamemnou, Œdipe, viennent y renouveler leurs crimes et leurs fureurs.

On est bien surpris de trouver une porte triomphale d ordre corinthien à 1 entrée de la cour de la comédie. Cet échantillon de Tarchitecture ^"ecque an milieu dnn monument à moitié romain, à moitié gothique, présente un rapprochement bizarre,

une alliance monstrueuse entre la civilisation et la barbarie. Ijes travaux pour la coostroction de la salle ont été dirigés par le métne M. Schneyder, fondateur et -conservateur du musée des antiquités

de la ville de Vienne.

Non loin dn théâtre se tronve l'église de Nutn- Dame-^ie'la'Fie. Les colonnes corinthiennes de cet ancien monument sont à demi ruinées. Au temps des Romains on y rendait la justice.

Je n*ai point voulu quitter Vienne sans visiter le fort Pipet y moins pour défendre la ville que pour la dominer. Ce fort , situé sur un rocher élevé, fut, dit-on, construit par Manlius, gouverneur de Vuenne , au temps de la guerre entre Sertorius et Pompée , qui iuà donna le nom de Fcfum Pompeiamim, parceque ce fut Pompée qui donna Tordre de le bâtir. Les Romains, pour lui donner une forme régulière , Tentourèrent de terrasses et de murs : à l'ouest ces mui's touchaient à Tamphithéàtre ; ceux du nord et du. midi sont parallèles: an levant le fort présente un front demictrcnlaire de trentobuit toises de «liamêtre. Ce fort a em pour garnison d*abord des Romains, ptiis des Francs , puis des Bourguignons :>des soldats de lliglise, desdauphuis, des rois de France, delà répnbhque, et de Teinpire, Tout occupé et cédé toiir-à-tour; il est revenu aux soldats du roi de France, espérons

qu on n'y verra plus les archers du chapitre, et les ba)lcl)ardiers de ^archevêque de Vienne.

Du fort Pipet nous sommes descendus, par une pente assez rapide, jusquW fimboni^ d*Arbot, où m'attendait la voiture qui va me conduire à Lyon.

R* LXXkVII. [5 DLCEMBKE IÔ19.]

HISTOIRE DË LYON.

Mdiawtf «forte.

BàMxm., Vmiaiti.

He pit «flnMr ce qui cm daoïeWf ne pat taire ce qui cal vrai.

J ai été distrait de rhistoire contemporaioe et porté brasqiiement vers les temps anciens par une dispute très animée entre un jeune homme nouvellement sorti des bancs de l'école et un vieux pé-

dagofjue.

Il s'afjissait de savoir quelle élait l'époqu».' de la fondation de Lyon, et à qui cette fondation était due ; rhomme de l'ancienne barbe citait les auteurs, et le docteur imberbe en appelait à la raison, cpii, selon lui, tire son autorité de sa force et non pas du nombre des années. « Comment, disait le pédagogue , pouvez-vons refuser à Fiancus Lncius Munatius l'honneur d'avoir été le fondateur de Lyon, quand i'bistoire nous dit à quelle époque et à quelle

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occasion il hâlit celte ville? Ce tut, vous devriez le savoir, pour donner asile aux Viennois, chassés de leur ville par les Allobrojjes. A l'aide de ces Vieonois, réfugiés au conflueul du Rhône et de la Saôoe, et des soldats des légions que le sénat romain fit désarmer après la guerre de Modène, Plancus éleva les murs de Lyon : il y a maintenant, tout juste, mille Luit cent soixante aiinces, car ce fut quarante et un ans avant la naissance du divio fib de Marie. ' — Je ne doute point , a repris récolier, qne la viUe n ait été agrandie d'abord par Planons, pour loger les Viennois, ensuite par le triumvir MarC'jintoine, pour s'y loger lui-même, car il n*était pas bomme à habiter une chaumière ; et quoiqu'il eût deux fleuves à sa disposition il fit encore conduire à Lyon^ par des aqueducs immenses, les eaux nécessaires à sa table et à ses bains. Je veux que cette ville ait dû au gendre d'Octave les quatre grands chemins qui conduisaient, Tun aux Pyrénées, par les Gévennes et FAuvergne ; Fautre au Rhin , par la Bresse et la Franche-Comté; le troisième à l'Océan , par le Beauvoisis et la Picardie ; et le quatrième à Marseille, en traversant la province narboonaise. Je suis prêt à convenir que Lyon dut à l'empereur Auguste, qui y résida trois ans, des palais, des bains, et de nouveaux aqueducs ; mais je soutiens qne si les Romains improvisaient des flottes, ils n'improvisaient pas des villes. Lyon uc se serait pas élevée dans le court

HISTOIRE DE LTOK. 299

espace d'un demi-siècle au rang de méti'opole des Gaules, si, bien avaol Lucins Plancus, elle o*avait déjà existé.

« Gomment croire en ef&t que la pensée de bàlir nne ville dans un lieu anssi favorable à la défense et au commerce ne fût pas encore venue aux

Gaulois? — Mais, jeune homme, savez-vous quels gens furcntlesitomaius, quelicsélaicnt la puissance et les vertus des Plaucus, des Marc-Antoine, des Agrippa, des LicininSf des Auguste, des Tibère, des. Galignla , des Glaude, des Domiticn , et de tant d'autres généraux, consuls, et empereurs, qui protégèrent Lyon après y avoir séjourné quelque temps, on seulement pour l'avoir vne en passant? — Vraiment, reprit i ccoUcr, quiconque a lu Tacite et Suétone ne connaît que trop vos Césars l Par exemple, votre Licinius , receveur des impôts , surnommé Encelade à cause de ses exactions, ayant trouve que les taxes annuelles se payaient cbaque mois par douzième, dans les Gaules, s'avisa de faire l'année de quatorze mois, afin d'en avoir deux poui- lui. — Voilà comme l'on calomnie les plus Loauétcs gens ! s'est écrié le vieux professeur; cet or, il le remit à r^mpereur: c'était pour 6ter aux Gaulois les moyens de se révolter «pril le leur enlevait. — Il le dit du moins , mais un peu tard , après avoir été découvert: la ruse vint alors an secours de ravaricc. Quant à Plancus... — Allez-vous aussi calomnier la mémoire

d'un personn<i{;c consulaire, d'un orateur habile, disciple de Cicéron, qui combattit sous César TAfricain Joba? — Et même le Romain Sdpion. — Qui se mit en devoir de foire la guerre à Marc-Antoine,

auquel il donnait bravement le nom de brigand ab' ject et corrompu , perditus ahjaclus que lalro. — Peu de temps après il se rangea sous les bannières de ce voleur. — Qui fut consul Fan de Rome 712. — Ët obtint des décemvirs la faveur de faire inscrire sur les listes de proscription Plotius Plancos , son frère , afin de mieux ressembler i I^épide; ce qui fit dire aux Romains indi(jnés : De Germants , non de Gallis, triuinp/iant consules. — Qui, Hdéle à Tamitié, suivit Antoine en Egypte. — Où il Tabandonna , après avoir été son courtisan et son bouffon » pour passer dans le parti d'Octave, auquel il proposa d*aocorder le titre d^auguste, digne récompense de tant de meurtres et de proscriptions. — César le nomma censeur. — En fut-il moins méprisé? Lucius Domitius, simple édile, l'ayant rencontré, ne le forcat-il pas à lui céder le haut du pavé? Nous avons lu notre Suétone. — Dans ce cas, tous savez qu*il fut appelé sage, sapiens, par Horace. — Parole de poète : Sén^ne cite ses maximes sur Tadulation et Fart de flatter la puissance. J*ai même appris que cet honnête Lucius Plancus Munalius fit proscrire son frère Plotius Plancus; que celui-ci, caché dans une maison sur le territoire deSalerne, fut trahi par

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HISTOIRE DE LYON. 3oi

rodenr des parfams dont il se servait ; que ses esclaves iiaciit mis à hi torture, et refusèrent de le trahir. iMotiiis, admirant leur constance , mit fin aux tourments quou leur faisait endurer en se nommant, et tendit ^nércusement la goiige à ses assassins. — Fort bien. Je vois que vous vons souvenez de ce qoe vous avez appris hier; mais vous ne nous direz pas aussi couramment, je le parie, ce qui s*est passé à Lyon pendant les règnes des rois bouqjuifjnons, ni lorsque cette ville fut soustraite à l'autorité de la couronne du successeur de Clovis, pendant les guerres des Vaudois; ni sous le g^ouvemement de ses archevêques; ni après que cette ville fut rentrée de nouveau sous la domination des rois de France; car ces choses-là ne s'enseignent pas dans les écoles: Suétone et Tacite n'en ont rien dit. — D'autres eu out parlé, a répoudu l'écolier en souriant; vous voulez, je le vois, me faire subir, devant ces messieurs , un petit examen sur Thistoire de mon pays. Je suis prêt à m*y soumettre, si ce passe4emp$, que vous voulez leur donner, peut être de leur goût. » liC jeune homme, ayant recueilli et obtenu tous les suffrafres, a continué en ces ternies: « 11 est dans Thistoire des empires, et plus encore dans celle de villes, une foule d événements dont la connaissance n est propre qu'à satisfaire une vaine curiosité. Je ne m*y arrêterai pas. Ceux qui se lient à des questions d intérêt gcînéral , et peuvent servir à

3o2 HISTOIRE DE LTON.

résoudre ces questions, me paraissent seuls mériter

detrc conservés. (Qu'importe de savoir que l'ou battait niounaie à Lyon au temps des Romains, et que les légioDs destinées à tenir en bride les Gaulois y avaient lenn quartiers ? d apprendre quOctave est venu dans cette ville à Toccasion d'âne irruption des Sicambres et de la défoite de Lollius? que Dmsiis , fils de Livie et de Tibère , y fit la dédicace du temple d'x\uj;uste le jour même où naquit son fils, Tiberius Claudim Drmus^ qui devint empereur et mari de Messaline? queuialgré les plaintes du sénat romain, où siégeaient déjà tant d'étrangers, ce Claude, à-la4bisstnpide et féroce, en augmenta le nombre en élevant Lyon au rang des colonies romaines? qu*en baine des Viennois, qui tenaient le parti de Galba, Lyon resta fidèle à Néron? qu'elle sollicita Valens pour l en^ja^jer à détruire la ville de Vienne? que Lyon se déclara contre Sévère et pouà' Albin , qui , défait à Trévoux , s y réfugia et s y coupa la gorge? que Blagnence , après avoir assassiné Constance, son bienfaiteur, et s'être fiût proclamer empereur, vint résider à Lyon ? Ces faits, et mille antres semblables, sont peu di^jnes de fixer 1 attention, parccqu'ils ont été sans influence sur les destinées des bommes; d'ailleurs, leur souvenir n est pas assez préml à la mémoire des peuples pour servir d'avertissement, si , dans le cercle d'événements où roule le monde,des circonstances pareilleset des hommes tels

HISTOIRE DE LYON. 3o3

qae ceux-là venaient à se présenter de nonvean. Mais sîfj^nalcrlrs tyrans, montrer par (|ucls traits ils se décèlent, de (jnel point ils partent, et dans quelles routes ils s engagent pourarriver au comble deia folie et des forfaits; mats opposer à ces spectres cruels Timage consolante et les actions de quelques bons princes; ces hautesleçonsde l*bbtoire ne sauraient trop se répéter pour rinstruction des peuples. Ainsi quand les nations ^^auloises, iinpalii ntesd'un joujj que l'avarice romaioe rendait djaquejour plus pesant, cherchèrent à se lier aux Sicambrcs, un Tibère, on Horjria, aurait attiré leurs cbefii dans un piège pour les égorger; Drusus les invita à une féte: par des explications, par des promesses sincères et qu'il remplit avec bonne foi, il calma les esprits, dissipa lorafre, et devint Taniour et l'espoir de la Gaule. Voilà le prince dont il faut se souvenir.

« Gains, après avoir épuisé par ses folles profusions les trésors amassés sous les deux régnes précédents, arrive à I^yop : combattre les Germains est. le prétexte de son voyaye; obtenir de l'arfjent en est le but: il met à l'encan les meubles de son palais, en fixe la valeur selon qu'ils ont plus ou moins long-temps servi à Germauicus son père, à sa mère Agrippine, à 1 ivrogne Marc-Antoine, à 1 impudique déppàtre ; il force les plus riches de Lyon et de la Gaule à les acheter au prix réglé par son extravagante avarice l A loccasion de son troisième consu-

3o4 HlSTOiaS DE LYON.

lat , il taxe lui-même les principaux de la ville , ainsi

que ceiix de la province, et reçoit publiquement et de ses propres mains, à la porte de son palais, ces contributions forcées qu'il appelle des présents: voilà le tyran qull ne faut pas oublier. Dès-lors il fut facile de prévoir ipie Tantenr de si honteuses rapines insulterait un jour à la mémoire de sa mère et de ses aïeux; qu'il ferait tuer son frère, empoisonner sa tante, et loreerait Silatins, son beau-père, à se couper la ffor^e; qu'à la mort de Drusiila , sa sœur et sa concubine, il punirait comme uu crime capital le bain, la nourriture, le sourire; forcerait le Romain, sous peine de lui manquer de respect, à rester pendant qudque temps sans se couper les cheveux , sans se raser la barbe ; et que, passant de Vex* Iravapance à la cruauté, il ferait dévorer par de» ti{;rcs, scier en deux, couper en morceaux, les hommes qui ne vanteraient pas assez hautement sou bon 0oût dans lordonnance des fêtes , on qui ne ju reraient pas par son génie. Quon ksluedemanièrequils sentent la mort devait être le refrain de celui qui disait: Ce qu'il y a rie plus louable en moi, c'est timpudcnce; c'est de ne rouf/ir de rit ti. 11 ne fallait pas être {jrand prophète pour prédire (ju iin jour cet liouune, api ès s être rassasié de toutes les débauches, souillé de tous les crimes,sejuçeraitdigned être adoré ; qu'il se ferait ériger un temple, .dresser des autels; qu il aurait des prêtres et des dévots , lesquels dénonce-

111ST01R£ DË LYOS. 3o5

raient comme impies, et feraient punir comme sa* crilôf^es les hommes assez incrédules et séditieux

pour iiieltroen doiito la diviniti- de Caligula.

u Quaud , domiué par le besoin de céder à de* passions perverses, mais crai(j[naDt de se découvrir aux regards d'Auguste, Tibère alla cacher sa vie a Rhodes , ses jours semblaient consacrés à l'étude des lettres et de la philosophie; mais, dans le secret des nuits, il se livrait à ses penclianis pour les voluptés et à la cruaiité, leur compnfrne ordinaire. An iU quidein annis (fiiiOua iiltodi spccie sccesaus exulem égarai , aUquid quam simutàtionem et secretis libûUnes meMtatus.

« Lorsque Domîtien eut échoué dans le pixijet do s emparer du commandement des légions de Cer-

calis, pour faire la çiierre à son père et se faire déclarer enipeicur, il se relira à Lyon, fei{;nit de se teuir éloigné des affaires, parut se livrer entièrement aux beUes4ettres, affcctaut une grande modération et beaucoup, de retenue dans ses moeurs, afin de dissiper entièrement les soupçons que sa conduite précédente avait dù faire naître. li*hypocrisic est le trait le plus prolond et le pUi-> oï diuaire du caractère des tyrans : si la maxime (^ui ne sai( pas disshnnlcr, ne sait pas régner était vraie... ; mais c'est un blasphème contre la rayauté, sorti de la bouche d un tyran, età lusage de la tyrannie. Titus et les Antonnins furent francs et sincères; Louis XI

Enume im tnoTUCs, t. ni. 29

3o6 HISTOIRE DE LYOK.

et Louis XIII surent dissimuler; qui osera dire qu'ils surebt mieux gouverner que Louis XII et Henri IV? Les bons princf*s ont aussi des maximes de f;ouver>

ncmeut. Trajan disait quuti eiiifiereui , semhlahie nu soleil, doit loutéchaujfer, tout vivifier par ses bienfaits ; îk joi|;uait l exemple au précepte, diminuait les im« p6ts y et Comblait de biens oeux qui avaient le mieux mérité de la patrie. Mais de telles maximes ne sont à l'usage que'des rois philosophes; les seuls dont les pensées soient vastes et les .sentiments généreux. La dissimulalioa e.>>t une des conditions du pouvoir, lorsque le cœur du monarque est corr-ompu, et quand son esprit est sans élévation.

«t II est des choses que les changements opérés par le temps dans les idées, et la longue distance •ies siècles, ne permettent pas d*expliquor : Marc- Aurclc, prince tolérant et philosophe, fut contraire aux chrétiens; sou fils, le sanguinaire, l'infauie Commode, les traita d une manière favorable.

«La plus. cruelle folie des tyrans, cest de faire porter aux hommes la peine des caprices -du sott. Après la mort de Pertinax, ANbin et Sévère se disputent l'empire : celui-ci est proclamé emperenr par les légions d'Illyrie; colles de la Bretagne nomment Albin: la fortune le seconde dans las Gaules; Lyon se déclare eu sa faveur; mais aux plaines de Trévoux il est vaincu par son compétiteur. Après> sa défoite, Lyon a le courage de lui ouvrir ses portes :

HISTOIRE DE LYON. 3o7

aussitôt la [)prle du cette fjrande citée est jurée par i impitoyable vainqueur; les habitants passés au fil de Tépée, et la ville, renversée de fond en comble, ne présente plus quune montagne d*o88ements, de cendres et de mines. Dix*neuf mille hommes , sans compter les femmes et les enfants , périrent dans cet horrible massacre. Ce[)eiHlaut l autcur d un si d<;testable forfait a trouvé de son tein[)s des Hattcurs, et des apologiiites dans la postérité!! i Lctat de Lyon devint si déplorable, que Garacalla ne voulut point sY arrêter, et que les gouverneurs ro<* mains Tabandonnèrent pour le séjour de Trêves et de Cologne. 11 fallut un siècle et demi pour que Lyon pût sortir de ses décombres. Alors cette ville devint, pour la seconde fois, la métropole d une des quatre divisions de lempire; celte division comprenait la Grande-Bretagne, les Gaules et i'£spagne.

« Sous les empereurs, Lyon fut encore prise d as< saut et pillée; cette fois ce fut par les Allemands, qu'avait appelés ^rbetiOy général romain. Selon la loi des brifjands victorieux, les Allemands allaient mettre le feu à la ville : elle fut sauvée par le (• rand Julien, qui leurcoupa la reti'aite en s*emparant des défilés des montagnes, où il les extermina pi^esque tous.

«Sidoiiius ÀpaiUnarishit évêqaejei mourut saint; mats il avait commencé par être parjure et traître. Quoique fils d'un préfet du piéloireet natif de Lyon, il livra cette ville à Tjiéodurc 11, roi des Visi^utlis.

3o8 HI8T01BE DE LYON.

m OJoacre détruisit jusqu'au nom romain. Lyon , Arles, et plusieurs antres villes des Gaules, avaient •îtéjusqu'à lui {jouverii(''<\s p.n iles prrletsdii prétoire, Ce (jouvenu (lient eessa versl au47Ci>pouriaire place à celui des fiourgui^ons , qui exista pendant cinq reut cinquante six-ans: la durée du gouvernement des Romains n*avait été quede cinq cent dix-sept ans.

« îiC premier roi de Bourj^of^ne auquel Lyon fut soumis, (Jiiiuleric, uy rqjna que deux ans. Les l'égues de ses successcms ne présentent qu'une longue liste de fils, de frères, d'oncles et de neveux, qui s*entr*égoi|;ent : Gondebaud fait massacrer Ghîlperic, et ensuite son frère Gondegisille, dans une 4%ltse de la ville où il s'était réfugié; Sigismond et toiilc sa famUle, renfermés dans un château auprès d ()rl(''ans , y p( rissent pni' ordre de ( llodomir; à son tour Clodomir, roi d Orléans, est tué, dans un combat, par Godemar, frère de Sigismond.

La reine Brunebaud fonde des monastères, et à Unstigation d*Arrigius, archevêque de Lyon , elle fait massacrer saint Didier, archevêque de Vienne.

u Un de c<*s rois bourreaux s'avise d'être législateur : au lieu de mêler, de foudre ensemble les deux peuples pour n en faire qu'une seule nation , Gondebaud semble vouloir perpétuer leurs divisions , en faisant juger les Gaulois d'après les lois romaines, et les Boin'(;ui(;nons selon leurs anciennes coutumes. Cc6 lois gombelies, où la justice fui quelquefois rcs-

UISTOIRE DE LYON. 3oy

pectée, renfermaient cependant des dispositions dignes de la barbarie de ces jours de ténèbres et de confusion : celui qui volait un cblen était ohW^é de

lui lécher piibliquenient le tlenit rc; quicon(jue dérobait un éjjervier était tenu de payer six éeus d'or au propriétaire et deux au Bsc , $i mieux u aiuiait se laisser manger par loiseau féodal cinq onces de chair sur Teslomac ; car alors la chair palpitante, prise sur un honune vivant, était estimée un peu plus de seize écus d or la livre, poids de marc. Les personnes libres, pour se distinguer des serls, ne sortaient jaiuaîs sans avoir un éper\'ier sur le poiog. Depuis elles ont préféré Tépée: un homme comme il faut doit toujours être menaçant ; soit qu il porte avec lui un animal en état d^arracher les .yeux aux passants, on une arme propre à percer le sein de ces vilains, de ces conununs, qui savent faire croître des blés, tisser des étolies, convertir le bois, la pierre, et les métaux en meubles et en ustensiles, mais qui ne lavent pas se ranger assez vite pour laisser passer un homme qui vît noblement sans rien faire.

K Aux premiers rois de Bourgogne succédèrent, dans la seuvcraineté de J^yon, les ix)is dt? IVance de la première race : Cbildebert, roi de Paris, Tbiei ry, petiirfils et pupille de Brunehaud, Charles Martel, Gharlemagne, Lotti»4e-Débonnaire, Pépin et Gharles-le-Ghauve. Cette souveraineté fîit ensuite usur-

péeparBosoDj qui se fit couronner roi de Provence; et transmise à son fils^ roi d^Arles, snmomniéLoni»- ]*Aven$le. Elle resta un moment entre les mains des

ehn|)creur.s allemands, et tomba dans celles des arclievé({ues de Lyoa, qui la rctinrcut peiidaut plus de trois siècles.

«Sous les rois de la première race , Tiyon fat prise par une armée de Sarrasins venus d'Espa^rne^ qui renversèrent les églises, les murailles de la ville, une partie des maisons, et passèrent an fil de Tépée lin très (jrand noinbi e d'hahitaiils. Ijp l eprorlïe qiKî le clci'i;*'; a toujours nirrilé l<' moins, c Cst celui d être trop soumis à la puissance teiuporclle. xXgobard , archevêque de Lyon, prit parti contre Louis-lc-Dcbonnaire, et fut un des principAux moteurs de sa déposition : il se déclara pour les fils de cet einpercnr révoltés contre lui ^ et fit de lenr conduite une flpolof^ir, coniiiKMirant par ces mots : Ecoutez, notions de la terre ! qnc loulc fclendue de l univers , du Uvant aucoucliant, du septentrion aa midi, sache que (es enfants de l'empereur ont eu raison de se souiever icontre leur père!

te Louis ayant été rétabli sur son trône, Agobard s'enfuit en Italie; il fut déposé eanoniqucnient au concile de Thionville, et cité au parlement de Tramoyc, où il ne comparut point ; ce qui ne lempé* chapas de remonter sur son siège quelques années avant sa mort, et d^étre reconnu saint : en ce temps

IllSTOlUE DE LYOS. 3ll

là oD en faisait beaacoap. A{pbard était le quarante-' troisième archevêque de Lyoo, et le vîngttiixîènie saint fourni par le siège cpiscopal de cette ville.

"Les saints sont dcvcDiis beaucoup plus rares par ia suite; on n'en compte que deux après Ajjobard. Aujourd'iiui légiise catholique toute entière u*en renferme pas un seul bien reconnu pour td par les eiperts en canonisation.

M Agobard s'était plaint de k protection accordée aou juifs; mais Cbarlemagnc , prince éclairé, nen tint compte, et laissa les enfants d'Israël continuer à chanter, d'un ton nazal, les psaumes de David, et faire leur sabbat dans la synagof^ue de Fourvière.

« Lyon devint, en 856 , sous Charles^ fils de Tenipereur. Lotbaire, la capitale du royaume de Provence^ situé entre les Alpes, le Rhône et la mer.

«Lyon cessa de faire partie des villes soumises aux descendants de Charlen)af;no , en «S-jq, pour passer sous la dominatiou de Boson. Viu{,'t- trois prêtres dépouillèrent, au nom de Jésus-Christ, le prince légitime en faveur dun usurpateur: ils le choisirent d*une voix unanime, après avoir consulté Dieu et invoqué tes saints; du moins telle fut leur déclaration. Aui élien, qui le prcinirr prit le titre d'archevêque de Lyon, eut grande part à cette élection, et ce fut lui qui couronna le nouveau roi dans Téglise de SaintpÉtienne. Le royaume que lui firent les vingt-trois prélats comprenait la Franche-

Ut HiSTOint Dl: LYON.

Comlé, la Suisse « la Savoie, le Daupbiué, la Provence, une partie du Laog^uedoc, le Vivarais, le Lyonnais, le Màcoooais, et la Bresse.

* Depuis rabaissement de la majesté royale dans la personne de Louis-le^Débonuairc, l'autorité des j prélats s'accrut chaque jour. Auréiicu, qui survécut ' à Boson, assembla les évêques à Valence, et Louis, nu de ce prince, fut choisi pour lui succéder par ceux qui avaient élevé son père sur le tr6oe.

« Eu6n, à la mort de Rodolphe , roi deBourg[o{pir, Rdchard, son frère, archevêque de Lvon, relint pour lui celto ville et «me partie du Lyonn.us,couHne étant riiéritage de sa mère Mathilde. De cette époque date la souveraineté que les archevêques do Ijyon oiit exercée, d abord comme feudataires de Fempirc, ensuite comme ayant,' à prix d*arg[ent, succédé aux droits des comtes de Forez.

« liC premier soin de ces monarques à tonsure fut de se fortifier. Us bâtirent le château de l^ierrc- Scise, et s y retirèrent. I/archevêque //n/ma/y/, dont les historiens vantent Thumilité, refusa de prêter serment à Tempereur Henri III, qui Favait fait nom<> mer, donnant de son refus cette raison théologiritie : Qu*U est défendu , par les commandements , de prendre en vain le saùit nom de Dieu. Les jésuites auraient bien di^i canoniser 1 archevêque Halioard : je le recommande à leui's prières.

ttHumberi, qui lui succéda, se montra moins

HISTOIRE DE LYON. 3l3

âcropiilenx sur Tarticle du serment, le prêta, et fit eonstmire un pont snr la Saône. Qnoiqn il ne soit pas saint, pour cette bonne action je lui garde une

place dans mon calendrier. Pendant qu^il (gouvernait liVon et son ('{jUso, le Iqjat du pape Victor assembla ua concile dans cette ville. Quarante-ciuq évêqiies et vinfyt-einq abbés s'y déclarèrent coupables de simonie : Baranius le dit, il faut l'en croire. Peu de temps après, Humbert lui-même fut accusé et déposé comme simoniaquc ; autant en arriva à Mamissés, airhevêque de Ueims. Dans le onzième siècle les gens dVgli.^e aimaient bj^aucoup l'aidciit.

« Sous l'archevêque Faire , la fete de la Conception immaculée fut introduite à Lyon par saint Anselme : c était une nouveauté. Saint Bernard et d*autres saints écrivent contre cette fête : selon eux, Jésus-Gbrist seul, étant conçu du Saint-Esprit, avait le droit d'instituer cette fête. Je serais aï>sez de l'avis de saint Bernard , si 1 ( (jli^se laline n'en eût pas décidé autrement; mais, fils soumis et respectueux, j'adopte cette fête consacrée depuis sept siècles par la dévotion des fidèles.

«Les archevêques de Lyon exerçaient depuis cent viD(][t-six ans leurs droits de souveraineté, lorsqu'il prit fantaisie à Ouy, eomte de Forez, de les leur disputer : il entre à main armée dans la ville, force 1 archevêque Iléraclius d en sortir, et fait hommage de ses terres à Louift4e-Jettne, roi de France, non

3l4 HISTOIUE DE LYON.

par amour pour ce prince, car Guy n'aimait pep*. sonne, mais pour mettre son usurpation à couvert sons une protection si puissante. I^es princes lé^times n ont pas toujours détr6né les usurpateur».

ÏjCs choses s'arrangèrent à Tainiable : Oiiy rendit iiîie partie de ses usurpations, et {j;arda l'autre ; ils partagèrent les leydes , les péages, les ponts, les gens à pendre, ou à envoyer aux galères.

« Ce partage se fit, selon Tancien usage, aux de» pens du peuple : il murmura et paya. L'archevêque ref^rettant ce qu'il n'avait pas repris, et le comte ce. qu il avait rendu, la f>nerre recoinnienea : elle finit quand de part et d autre ou fut bien fati{jué, bien épuisé} une trêve, un accommodement, furent faits, afin de pouvoir reprendre baleine et se mettre en état de recommencer. Les chanoines de Lyon y gagnèrent la qualité de comtes, dont il n'est point parlé, dans rÉvangile; mais l'Évangile est trop eunenil des grandeurs et des richesses : l'humilité qu'il recommande, la pauvreté dont il fait état, n'étaient déjà plus en honneur au douzième siècle. Valdo , riche marchand de Lyon, dut se repentir d'avoir été ef^ frayé de cette menace : // est pbis difficik à nit ricAe d'entrer dans le royaume des deux quà un chameau (c'est-à-dire à un cable) de passer par le Irou d une aiijuille. Il vendit ses biens, persuada à plusieurs de ses amis d'en faire autant , et , devenus pauvres comme les apôtres, ib se mirent à pnècher comme

HISTOIRE DE LYON. 3l5

etix. Jean de Bellesme voulut leur imposer silence: ils en prirent occasion de se déclarer contre les iDceurs, llgnonuice, et la richesse du cleiigé, qui en effet était alors très riche, assez ignorant, et passablement débauché. Cette petite c|uerelle finit par une horrible guerre: elle dura viii^rt ans, et donn;j le jour au monstre de lïnquisitioa. Vin^jt ans âpre:» cette souveraineté des aixîbcvéques fut lorigine de longs troubles entre les habitants et Téglise de Lyon , qui finit par rentrer sous la domination des rois de France.

« La cause universelle des révolutions et des ro voUes, rénormité des taxes, «-t les violence^s exercées pour les recouvrer, soulevèrent les Lyonnais contre les officiers de larcfaevéque cliargés de la perce|>* tion des droits sur les denrées qui se débitaient au marché. Une transaction entre rarchevéqne et les habitants pouvait d abord tout apaiser; mais cet aC' cord dura peu. Les offi< iers du cleq^é eherrhaient et trouvaient chaque jour de nouveaux prétextes pour inquiéter et t3fninniser le peuple : il perdit patience i Gonitit anx armes, et nomma les plus notables pour veiller à la sûreté de tons. Ce fut le premier pas vers le {;ouvemement municipal. I^uisie*Gros Tavait déjà introduit dans plusieur:> villes de sou royaume.

« Les troubles reconimencèrent à propos d un impôt que Godetnar, sénéchal de 1 archevêque de

3l6 IIISTOIKE DE LYON.

TiVon , voulut lever sur le vin qui se débitait daos la ville. Les habitant» se Misireot des clés et s'emparèreot des tours du poot da Rhône; les corps de métiers ftireot organisés en coinpa{7aies, anxquelles on nomma des officiers : cinquante des citoyens les plus accnklitrs furent choisis pour composer le conseil de la communauté. I^es archevêques et les chapitrés ontresprit très militaire^ mais ils n aiment point à ftrailler, parceqne dans ces sortes de jeux il y a toujoars quelqu'un de balafré, ce qai n*est pas séant à un homme d^éçlise. On eut encore recours à la voie des transactions. Cette fois l'archevêque et le chapitre promirent avei; serment de ne point confisquer les biens des citoyens, de ne les point mettre à mort, de ne les point mutiler en leurs membres, si ce n'est pour délits publics, et en suivant le cours ortU" noire de la justice, ce qui semblerait prouver que jusque-là les choses 8*étaient passées ainsi. Les habitants auraient la permission de chan{jer d'habita* tion et de s'absenter, sans perdre leurs biens. Eudes de Boiu'gogne , le comte de Mevers , signèrent , comme cautions et garants de ce traité, et le» chevaliers du Temple et de Saint-Jean-de-Jérusalem, comme témoins.

«Les citoyens, satisfaits, restèrent tranquilles; mais les officiers de le(jlise, le cleq;é, et l'archevêque , avisèrent aussitôt au moyen de ressaisir ces bon» droit» de confiscation, de mutilation, et de

lUSTOlUE DE LYOiN. àfj

mort, sans suivre le coars ordinaire de la justice. Ils y passèrent trente-quatre ans; enfin ils crurent

l'avoir trouvé, en 1252, par la division de la justice s<'cnlaire et d<; celle du tribunal, composé de jufijes nommés par larchevéquc et de ceux élus par les chapitres. T^a (j^uerre se ralluma entre Téglise et les habitants : les chanoines ordonnèrent aux citoyens de mettre bas les armes, sous peine d*être traités comme rebelles; les citoyens n*en firent rien , et se prirent à rire de la menace : les Lyonnais no sont pas toujours sérieux. Les chanoines assemblèrent uue armée qu'on dit uavoir pas été au-dessous de vingt mille hommes : ils soutinrent plusieurs chocs, et repoussèrent d'abord les habitants; mais ceux-ci ne se laissaient pas facilement abattre. L'archevêque se déclara pour le chapitre, et excommunia les habitants, qui n'en tiincnt compte.

« Le roi de France fut j>ris pour arbitre : ce roi était Louis IX. 11 mit d'abord la justice temporelle entre ses mains; mais, après son départ, les chanoines recommencèrent la guerre avec une fureur nouvelle : ils firent passer au fil de Fépée la garnison du fort de la Madeleine, dont ils s'emparèrent par surprise, et donnèrent à leurs soldats une alfreuse licence: ou les vit se répandre dans les campagnes, ravager les moissons, arracher les vignes, détruire |es maisons des paysans, tuer les animaux, massacrer les hommes, les femmes, et les enfants. Ces fii-

3l8 lUSTOinE DE LYO^.

reurs furent punies par des fureurs pareilles ; les gens du parti des chanoines, surpris dans la nuit, furent inhumainement massacrés et leurs maisons

livrées aux flcimmes. Des individus de tout âge et de tout sexe furent faits prisonniers; les massacres succcdèreut aux massacres : chaque paiti semblait se disputer le prix de la fureur. Trois fois les habitants de Lyon montèrent à Vassaut du couvent de Saint-Just, où les chanoines s'étaient retranchés, et ils en furent repoussés trois fois. Enfin saint fjouis envoya de Nîmes des commissaires; les hostilités cessèrent, et, au bout de quelques années, les roLs de France, en faisant renti*er la ville de Lyon sous leur autorité, firent cesser pour toujours cette lutte impie et cruelle.

On doit compter parmi les événements les plus remarquables arrivés à Lyon, depuis que cette ville a été de nouveau soumise à Tautorité des rois de France jusqu'à l'époque de la révolution française, laccord fait entre 1 archevêque Pierre lli de Savoie et les citoyens de Lyon. En vertn de cette espèce de capitulation , les citoyens avalent le droit de s'assembler et d^éltre les conseillers, syndics, et procureurs, pour la conservation de leurs titres et veiller à leurs affaires; ils avaient aussi le droit de s'imposer eux-mêmes pour les besoins de la ville, de prendre les armes et de faire le guet la nuit pour leur sûreté. Ils retinrent la garde des clés et des

HISTOIKE DE LYON. 3ig

porles de la \illc, droit dout ils jouissaient depuis sa foodatioo ; il porenl faire décharger, où , et quand bon leur semblait, les marchandises qulk faisaient conduire à l^y^" ) P^** terre ou par ean. Nul citoyen

ne pouvait etic arrêté et mis en jufîenient, à ninins que ce IIP fut pour iarciu, homicide, ou trahison; pour tour autre délit, il avait la faculté de se faire élargir en donnant caution : les poursuites par voie d'accusation, de délation, et d^inquisitiou , furent jugées tyranniques et vexatoires; il fut interdit an procureur de Tarchevéque d^en exercer aucune : les simples querelles entre les habitants n<^ iutent plus du ressort de la justice des archevêques, les citoyens eurent le droit de les terminer par forme de conciliation. Les Lyonnais ne purent être cités en jugement hors de leur ville. Les amendes furent taxées à trois sons six deniers pour le sang poluge, à soixante sous s'il était fait effusion de sang avec pierre , bâton , on couteau; lorsque la mutilation d'un membre ou la mort s'ensuivait, la peine était remise à la discrétion du juge. Tel était l'état des mœurs et de la législation au commencement du quatorzième siècle : on voit qiill y existait encore quelques traces de la vieille liberté gauloise.

«Vers 1c milieu du même siècle, les rois de France et d"An{;let(;rre ayant licencié leurs troupes, après» hi paix de liretiguy, des Allemands, des Flamands, des Brabançons, qui s'étaient mis au service dans

ilO HI8TOIBE DE LYON.

l'aunéc uicme où la guerre ce^, et qui, pour cette raison furent désignés sous le nom de tard vetms] se ▼oyant sans ressources et sans emplois, se mirent à faire la guerre pour leur compte, pillant sans distinction les sujets deTun et Taulre princes ; car ces hommes étaient pour la plupart assassins par profession, ou voleurs par inclination.

>i Campés dans une petite plaine eutvc Saint-Genis- Laiml et Briguais, à deux lieues de Lyon, ils mettaient de là à contribution les voyageurs et le pays. Les Lyonnais sortirent pour aller les débusquer de ce poste ; c'est à cette affaire qu on a donné le nom de bataille de Briguais : le comte de Forez y fut tué. Jacques de Bourbon et son tiis moururent à Lyon des blessures quiJs y avaient reçues.

« Bertrand Duguesclin délivra la France des tard venus; il s'en servit ponr renverser Pierre-le-Gruel, et pour placer sur le trône de Gastille le bâtard Henri de Transtaraare, père légitime de tons les rois qui ont réjjné en Espa(jne jusqu'à Charlejî-Quiiit.

u Durant les guerres suscitées par la longue et sanglante inimitié entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne, les Lyonnais, fidèles à la France, marchèrent contre le prince d*Orange et les partisans du duc de Bourgo^ync : ils les surprirent, le 1 1 juin i43o, à Auliiii, au Jiioineiit ou ils défilaient le long d'un bois, en firent un graud carnage, et , par cette actiou vigoureuse, conservèrent le Daupbiné, près

HKSTOIRE DE LYON. 3^1

d'être conquis. Ils a rrétèreot également , en 1S57, les ËspagDob descendus, au nombre de seize mille, dans la Bresse, au moment où la France, consternée par la perte de Saint«Quentîn, semblait s^abandon*

ner à sa mauvaise fortune. La bravoure et le tlévouenieut des Tivonuais lui rendirent sa valeur et rompirent lefiort de ses ennemis.

« Lorsque la politique, appelant à son secours la puissance des opinions religieuses, divisa la France en deux camps ennemb, et que TambitioD, jetant les {rrands et les prêtres, tantôt dans le parti des protestants, tantôt dans celui des catholiques, faisait pencher la balance de chaque côté alternativement, Lyon, par son étendue, par sa force, par sa proximité de Genève et de la Suisse, parut, à Tun et à Tantre parti, un point important à conserver on à acquérir. Le commerce y attirait beaucoup d'étran^^ers; le temps des foires parat favorable pour y eu introduit e un plus grand noud)rp, et pour les y loger sans que Tautorité dût en prendre de l'ombrage.

. « Dans la nuit du 4 Août i56o, Maligny, gentils homme mâconnab, partit de iliôteilerie de Saint- Martin, à latéte de ces étrangers et de quelques

troupes répandues dans les différents quartiers, pour sV'iupart'r tlu j)()rit de la îSaôue, couper les coniiuunications entre les deux parties de la ville et

ErMITBSX niOTIKCR, T. III. 31

3aa HISTOIRE DE LYON.

les cnipéclicr de s'entre-secourir. Mais uu prêtre, labbé Savignij rassembla les catholiques armés, char{;ea vî({oureasement Maligoy et les siens, qui commençaient à s'établir au pont de Pierre, le débusqua de ce poste, et bientôt le chassa de la ville. Dnix ans après, les calvinistes s'emparèrent de Lvou par un coup de main liardi. ils y établirent la liberté de conscience, tout en ne permettant plus de dire la messe. Cet article de la capitulation fut cause que les ecclésiastiques et les reUgieux quittèrent la ville, abandoimèrent leuns églises, qui fu* rent converties en autant de temples à lusage des calvini>les.

. u Ceux-ci ne rendirent les clés de la ville au maréchal de la Vieu ville qu*après avoir obtenu, par Tédit de pacification du 19 mars i563, la liberté de conscience et le libre exercice de leur culte. Gnq ans après, le temple qu*ik avaient élevé dans les fossés des Terreaux fut détruit dans une émeute populaire; et, à 1 annonce du gain de la bataille de 6aiDt-Denis, les catholiques désarmèrent les calvinistes , et firent brûler tous leurs livres de piété. C'est ainsi que le fanatisme exécute les traités qu'il souscrit lorsquil ne se sent pas le plus fort. . « Les intri|;ues de Tarchevéque d'Épinai , les prédications de (jnelqnes rclipjieux fanatiques, jetèrent la ville de Lyon dans le parti de la ligue, qui nVtait que le parti des Guises et de Ictranger. Les meilleurs

HISTOIRE DE LTOS. $23

citoyens, et les hommes les plus distin[;nés de la ville, la fjiiittt rcnt (|(iaiKl le tluc clo Ncmoiiis vint en pimdrclc{j(}u\ Lriuiueutaunoui des ligueurs. Le car< diualCouctun, légat du pape, en passant à Lyon, y fit renouveler le serment de fidélité à la sainte %ae. Le duc de Nemours voulut profiter du désordre gé< néral pour s*emparer de la souveraineté de Lyou , et former des provinces de son {jouvernement un élat partieulier. Il se saisit du ehateau de Picnc- Scise, et introduisit des troupes dans la ville; mais les habitants coururent aux armes, poussèrent des barricades de rue en rue, et, ayant acculé le duc contre la montagne de Fourvière, le réduisirent à un tel état, qu'il se vit dans Timpossibilité de résister davantafje. 11 voulut reeourir aux négociations : cette voie lui fut fermée; il fut pris, et conduit au château de Pierre->)cise, non plus comme gouver-> neur, mais comme captif. Cependant il parvint à s*en échapper par un stratagème, se vengea de sa prison par des pillages et des dévastations snr les terres des Lyonnais, se fit chasser de Lyon , et alla mourir de chagrin d'être resté duc, après avoir espéré se faire roi. Tels sont, jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, les principaux événements arrivés dans la ville de Lyon. — Est-ce là tout ce que vous savez? a dit éCvat ton moqueur, et presque trioni-^ phant, le vieux pédagogue. «

Eu ce moment la conversation fut interrompue : plusieurs voya[;curs ont voulu descendre à pied le

coteau au bas duquel se trouve Saint-Simphorien d Ozan ; le jeuue écolier n'a pas été le deruier à mettre pied à terre : mais tout eu sautaut et en chantant, il cherchait à lire dans nos yeux si nous étions satisfaits de son petit savoir. Je ne lui ai point refusé cette innocente récompense : meé éloges ont paru le flatter; il ma offert Tappui de son bras, et m*a dit, diiu air à-la-fois plein de confiance et de modestie: " Vous pensez bien, monsieur, que moi qui suis de Lyon, l'histoire de la ville où j'ai reçu le jour m'est bien connue; si je nen ai pas dit davatage , c^était seulement pour ne pas alonger mon récit: mais si mon vieil examinateur me pousse, il verra que quand je m^arrète en chemin , ce n'est pas faute de pouvoir poursuivre ma route. Pourtant s'il m interrojje encore, je ne sais si je ne ferais pas mieux de me taire; qu'en pensez-vous, monsieur? — A votre Age, mon ami, il faut éviter d-intenroger, et ne pas refuser de répondre : car ce silence peut être pris pour de Torgneil; et il y a plus de boute à passer pour orgueilleux que pour ignorant. »

Nous arrivions à Tau berge; en voyage les dîners sont courts : pressé de repartir, on met le temps à profit; on agit plus qu on ne parle: la causerie est réservée pour la route ou pour la couchée.

lllSTiOIRE DE LYON. 325

Nous sommes restés si peu de temps à Sainl-Simpborien, et nous en sommes repartis si vite, qu'à peine ai-je eu le temps d'apercevoir i Ozon , très petite rivière qui prend sa source vers Heyrieux , et va se jeter dans le Rhône, an-dessons de Saint-Simphorien , après s*étre répandue dans le vallon qu elle parcourt, et en avoir foniH- une espèce de marais. Nous n'étions pas encore remontés en voiture, que déjà 1 écolier et le péda(|;ogue étaient aux prises. «Je suis vraiment émerveillé de votre savoir, disait ce- Intci au jeune homme: des rois, des papes, sont venus à Lyon; deux grands conciles g^énéraux y ont été tenus , et vo» maîtres vous ont laissé ignorer ces choses, ou vous en faites si peu de ras, que vous les passez sous silence : elles valaient pourtant bien la peine detre citées. Quant à moi , je suis moins dédaigneux ou moins ignorant, et je vais le prouver.

«Le premier concile général de Lyon fut le

treizième concile œcuménique. Le pape Innocent IV l'y assembla pour donner à cette ville une marque toute particulière de sou affection. Depuis lon^^temps les empereurs, jaloux de la splendeur des souverains pontifes et des richesses de Fliglise , sui^ valent le projet impie de réduire le sacerdoce à la pauvreté des temps apostoliques, et l'es papes à lasimple (jualité d'évêques de Home. Baudouin, empereur de Constantinople, les comtes de Toulouse

326 HISTOIRE DE l^TON.

et de Provrnce, les patriarches latins de Constant!îioplo, (1 Aiitiochc et trA(|nil<''c , I^m cjuc delicryie eu terre sainte , ceut quarante archevêques et évéqnes, une infinité de procureiirs des prélats absents, et les députés des chapitres, se rendirent à ce con^ cile, et consacrèrent la doctrine de Grégoire IX et de FAnfvlais Haltes, cordelier, snr la puissance spirituelle et temporelle des papes. Il fut reconnu que seuls ils avaient reeii la puissance des elés dans la personne de saint Pierre, dont ils étaient jcs successeurs immédiats ; qulls avaient ledroît de faire et de défaire les rois, et d*en donner d autres aux penpl(^s (joùvemés par des nionaix}ues contre Ics- (piels le pape avait lancé Tanathème.

Dans son disconis d ouverture Iniioeent 1\' pi it pour sujet U s cincj d(julcurs dont il était afHi({é : la plus grande était la persécution que lui iaisait souffrir 1 empereur Frédéric 111, prince hérétique, sacrilège, et parjure, qui avait des liaisons avec le sultan d'Égyptc; ce qui fut bien prouvé parla harangue de Févêque de Calvi, et par celle d'un archevêque r>pa{]nol. Alors le très saint père se levant, un ujilieu de rassemblée, prononça ces paroles à jamais mémorables: «Je suis le vicaire de Jésus-Christ; tout ce que je lierai sur la terre sera lié dans le ciel, suivant la promesse du'Fils de Dieu i saint Pierre. Cest pourquoi , après en avoir délibéré avec nos treres et le concile, je déclare Frédéric atteint et

convaincu de parjure, pour avoir violé la pniv faite avec l'Ë^Hc. sous le pontificat de notre prédécesseur , en 1 2 ; de sacrilège ^ pour avoir rctetm prisonoiers les lëQ^ts et les autres prélats qui allaient an coneile sur les galères de Gènes ; dliérésie , pour avoir fait célébrer 1 office divin , au mépris de nos interdits et de nos censures ; par ses liaisons avec les Sarrasins, et ])ar son alliance avec rempcreur sclii>matique des Grecs, à qui il a donné sa fille en mariage; enfin, de félonie, pour avoir vexé ses sujets du royaume de Sicile, qui est un fief de l'Église romaine, et principalement pour avoir cessé, depuis neuf ans, de nous payer le tribut quil nous devait. En considération de tous ces excès , nous déclarons Frédéric j)rivc de tout honneur et di^^nité , et l'en privons par cette sentence. Nous absolvons tous ses sujets du serment de fidélité qu ils lui ont prêté, et leur défendons de lui obéir à Favenir , ni comme roi ni comme empereur : nous voulons que ceux qui lui donneront aide ou conseil , en cette qualité , soient excommuniés par (-o seul fait. Nous ordonnons, à ceux qui en ont le droit, d'élire un autre empereur.

w Quant au royaume de Sicile , nous y pourvoirons, avec le conseil de nos frères, ainsi que nous lo jugerons à propos. »

• «Pendant qu Innocent IV fulminait ce terrible anatbèmc, tous les pères tenaient un c!erf;e à la maiu ; ils 1 éteignirent aussitôt qu il eut fiai. Le pape

entonna le Te Deum en sifpde de victoire, et mille

cris do. joie fuivnt poussés par los prélats irioniphants : c'est ainsi tjue 1 l^^gUse doit n'orner. Ou s'est depuis lon(;-tenips et beaucoup écarté de cette grande voie du salut étemel; mais il faut espérer qu'avant peu nous y ramènerons les peuples et les rois. — Vous y travaillez , mon père , a repris Técolier d'un air malin : et vraiment je me doutais un pou i\uQ vous étiez un des zélés cultivateurs de la \i;;tif* ultrnniontaine ; mais nous aussi nous travaillons à rafraîchir , dans la mémoire un peu oublieuse des princes et des peuples, le souvenir de votre ambi* tion et de leur abaissement. Vous ne dites pas que la première des cinq douleurs du pape Innocent IV était le déré{;leuient et les mauvaises mœurs des preiatsj que lui, qui reprochait a 1 empereur t'rédéric ses liaisons avec le sultan d'Egypte, avait écrit au fib de MalecSaieh pour rengager à rompre le traité signé par son père et Frédéric, et à faire la guerre à 1 empereur, c'est-à-dire aux chrétiens de la Palestine. Par bonheur pour enx , le prince maliouietaii se montra plus liouuéte lionnuc que celui qui le provoquait à la (juerrc j il lui répondit ces paroles, plus di(;ncs d ètK^ conservées que la sentence contre Frédéric 111 : Fos envoyés nous ont parlé de Jésus^krist, que nous connaissons mietfx que vous, et que nous honorons plus que vous ne faites, car nous observons [alliance contracté entre

hmpèmtr Frédérie et le sultan notre père, qtm Dieu met en sa gloire.

« Frétléi ic avait rasscMiiblc les .Sarrasins de Sicile, leur avait donné pour demeure la ville de Lucem, en Fouille. Us y jouissaient du libre exercice de leur religion ; mais ce fut plutôt un acte de politique que de tolérance. Frédéric était imbu de cette vieille maxime du pouvoir, (jii un prince doit tenir à sa solde, ou du moins à sa dévotion , des «étrangers qu il puisse, au besoin, opposer à ses sujets. Le coU' elle 9 auquel les prélats quil fît arrêter allaient se rendre, avait pour objet de le déposer juridiquement; ils se trouvaient sur une flotte génoise , que la flotte sicilienne avait dû combattre; la plupart étaient ses sujets; le sort de la {{neire les avait fait tomber entre ses mains; ils étaient retenus en vertu dW droit reconnu ié^^aï par toutes les nations: Ti'évéque de Galvi n exhorta le pape à déposer Frédé> rie que poar venger son frère, mis à mort pour ses crimes par ordre de Tempereor.

ffCe fut dans ce concile de l<yon que le pape donna la pourpre aux eardinaux, non pas, comme ou Ta prcteodu pour excuser celte vérité toute mondaine, pour les faire ressouvenir qu'ils devaient être toujours prêts à verser leur sang pour la défense de la foi ; mais comme étant les ministres d*nne cour qui, pour mieux s arroger le pouvoir des césars, affectait d'eu porter l'Iiabillcmcut et la couleur.

33o UISTOJRE DE LYOK.

« Ce ne tut pas par amour pour les Lyounais que le pape choisit leur ville pour y tenir le Irei/ième concile gcaérai, mais parceque forcé à fuir de Rome et ne se 'trouvant pas en sûreté à Gènes, il avait vainement demandé un asile à tous les potentats de l^Enrope. Le sage Louis IX, appréhendant que la présence du pape ne nuisit à Fautorité royale , ne permit pas qu'il vînt s'établir dans son royaume : il essuya le même refus eu I^spa(;iie et en Angleterre. Lyon étant une ville épiscopale et soumise, pour le temporel comme pour le spirituel, à 1 autorité ecclésiastique, Tarcbevéque Aymeri Guerry ne put refuser de 1 y recevoir ; mais la splendeur de son étole se ti'oov.int éclipsce parVéclat de la tiare, il se retira dans suu eliateau de Picirc-Scisc , abandonnant, dit l liistorien J'oullin-Lumiiia , le soin de son troupeau et les biens de son église à la rapacité . des iiarpies italiennes qui dévorèrent tout. Les . moines, contre le vœu de leur institution et Tusage . constant des premiers siédes, furent soustraits à Tantorité des évéques, qui ne furent plus rep^ardés que comme des ministres subalternes de la puissance des papes, dont long-temps ils avaient été les égaux. . On vit des prélats de France, d'Espagne, et d'An- . çleterre, s'immiscer dans les affaires du gouvernement de TAllemagne et de Fltalie. Les persécutions contre Frédéric furent suivies d^horribles vengeances et de terribles malheurs : le dernier fut le supplice

HISTOIRE DE LTON. 33 1

du jeiino et infortuné Conradiu, flornitM- prince de la maison de Souabc, ('-trititc sur récliataud. . «Vous voyez, a dit le jeune hommo, que moi aussi je sais ce qui se passa à ce concile de Lyon , où les mœurs des prélats furent si peu corrigées quils commencèrent par renverser et briser les si<''(;es , en disputant au patriarche d'Aquila la place d'hoinicnr que le pape lui avait assifjnôe, et qui pour la plupart s'en allèrent ruines, les uns par le faste et le luxe mondain qu'ils étalèrent pendant leur séjour à Lyon, et les antres par les présents quHls firent à lenvi au pape, dans Tespoir d*en obtenir de grosses abbayes et des siêi^es plus riches rpie ceux dont ils étaient pourvus. C'est ainsi que l'abbé de Saint-Denys, Odou Clément, obtint rarclicvéché de Rouen; mais saint J40uis le força de restituer à son abbaye tout ce qu'il avait pillé pour faire'sa cour au très saint père Innocent IV. Je pourrab vous parler du second concile général de Lyon, assemblé en 1 274 pai* le pape Grégoire X, pour la réunion de PÉf^lisc grecque à la communion romaine, et pour envoyer des secours aux chrétiens de la Palestine. On y vit arriver les ambassadeurs d'Abaga, (^rand kau des Tartares, pour prier les cbrétiens de l'aider contre les mahométans de la Perse.

« Grë[;oirc X, voulant mettre un terme aux abns qui avaient trop souvent lieu ponr lelecfion des papes, y décréta les rëg;les des conclaves iuturs, à-

333 HISTOIRE DE LTOR.

peu-près telles qii elles sont observées an[onrti'hiii. On dirait que pour rendre les cardinaux cxpéditifs U voulut les prendre par famine. D'après sa constitatioii^tt trois jours après l'entrée des cardinaux dans le conclave ils ne sont pas d'accord sur Télection , on ne lenr sert qa*nn plat à dîner et à souper : ils sont soumis pendant cinq jours à ce régime ; après ces cinq jours il ne doit plus leur être donné que du paia, du vin , et de Teau.

< Mais je ne sub pas rhistorien des conciles, et j*aâ d'ailleurs à vous parler dW sujet qui doit vous intéresser davantage. Vous devinez sans doute, art-il dit à son antagoniste, que je veux parler de ces gens qui travaillent à relever la tiare au-dessus des couronnes, et qu'il s'a{jit des jésuites : ils ne se sont pas fait connaître d'une manière bien honorable à Lyon. De tous les ordres religieux qui existaient dans cette ville au moment où elle se soumit à Henri IV, ib furent les seuls qui refusèrent d abjurer la ligue et de prêter serment au roi. »

' Ce petit trait d histoire a excité la gaieté des voyageurs: j'en excepte pourtant le vieux pédagogue. Chacun a dit son mot sur ces soldats de la milice papale, et ce mot ma prouvé qu il leur restait peu de partisans en France.

La nuit, et les approches de Lyon , ont donné un autre tour aux idées ; on a |>arlé de la ville, des auberges, des agréments et des désagréments d'un ioog

HISTOIRE DE LTOK.

séjour à LyoQ. Od s est fait réciproquement beaucoup de questions et d offres de services sans coih séquence et sans snite; puis on s*e8t séparé, probablement pour ne plus se revoir. Les plus petits voyages ressemblent un peu aux grands : la fin rompt toutes les amitiés, et fait heureusement perdre le souvenir des peines et des fatigues de la course.

; Li l'A VILLE.

!<* LXXXVIti. [lO DÉCBIHU 1819.J

/NMr wiMH moiuMiii «I mmUtm, /yk.

Bnirt tmegraïub ville et m eqwce vMe, Il b'j cm que l'cipace dTiMe mit.

Dans les œuvres de riiomme, comme dans les ouvrages de la nature, lextérieur est ce qui frappe et ce qui occupe d abord les yeux et Fesprit. De même que Ton commence par examiner la taille, les traits, et les habits d*un homme, avant de pénétrer dans les replis de son cœur et dans les profondeurs de sa pensée, de même, avant d'entrer dans les liabitations et dans les ateliers de Lyon, je vais parcourir les rues, les places publiques, les quais, les promenades de cette grande ville; jeter sur ses maisons, sur ses édifices, un coup d*oeil rapide , et tâcher de les faire connaître à eeox de mes lecteurs que la curiosité ou riulérêt u'uut point amenés dans ses mm s.

Entré à Lyon par le faubourg et le pont de la

Guillotièrc, j ai (Hé me lofjer près de la place de lieilecour, rue Saiat-OomÎQique. L'hôtel du Commerce, où je 8uis descendn, est un des meilleurs et des plus agréables de la ville, et dès le lendemaio, sans conducteur, sans cicéronéy^enl , mais le Guide des Voyageurs en pocbc, j ai comjiicucé le cours de mes proiiieiiaclt's.

- Ce que Lyon renferme de plus remarquable, la place de Bellecour, Vtiolei^Dieu, et ïho^tice de la Charité, se trouvent à ma porte.

. La place de Bellecour est la plus ancienne , la plus belle, et la plus vaste de Lyon ; c'est là qu'au temps drs Romains le préteur rendait ses arrêts. I^a situation de cette place, entre le Hiiône et la Saône, est très a{jréable, et lui avait fait donner le noni de BeUa curia, qui fut changé en celui de Belle' cour. Telle est lopinion des antiquaires: je ne -suis pas venu ici pour les contredire.

. Soit que la relifïion ou la politique épare sa raison et arme sa main, tout fanatique est avide de sang, et se plaît au milieu des ruines. Lorsque l'empire romain s*écroulait sous les coups des barbares, le fanatisme renversait les autels des divinités du paganisme, brisaitleuns images, incendiait leius templeà, ' et se bai^^natt dans le sang des adorateurs de Jupiter ■ Olympien et cl Apollon IMusafjétes. Quand la politique eut vaincu la résistance des Lyonnais, elle si'^ gnala son triomphe par des massacres et des ravages.

Douze siècles plus tard , le 17 brumaii*c an 11, CoUot dUerboiSy autre fanatique, écrivait: «La M mine va accélérer les démolitions ; son» deux jours «les bâtiments de Bellecour sauteront. Jlrai de «suite, par-tout où ce moyen sera praticable, ren* « verser les bâtiments des proscrits. >' En effet, deux jours aj)r»'s il 110 restait de ces beaux édifices que des auias de décombres. Une main réparatrice a rassemblé ces débris, relevé ces monuments abattus, rendu à cette place et ses honneurs et son nom; mais cette main, sécbée sur un rocher au milieu des mers, n*est plus à son tour qu une {grande ruine de la politique, qu aucune puissance ne saurait ranimer.

Deux fontaines, et la statue du pupille de Mazarin, décoraient autrefois la place de Bellecour. Les hommes qui brisèrent loi^eil du bronze royal népargnèrent pas, dans leur aveugle fureur, Thumi^ lité des deux jolies Fontaines : à llieare où je parle, elles u ont pas encore été rc-tablies.

Cette place forme un long parallélogramme aux deux grands côtés desquels se trouvent plusieurs bancs de pierre : à chacune des extrémités on voit un grand bâtiment, divisé en cinq maisons , de trob étages chacune; huit pilastres et un fronton de forme carrée ornent l avant-corps de ees cinq mai- 4»ous, et une balustrade couronne tout l'édifice.

C'est du balcon de la maison Henri que Pie VU,

LA VILLL.

vrnaot en France pour consacrer par lliuile saiote' le despote de la victoire, répandit sur le peuple lyonnais, qui couvrait la place de Bellecour , la promenade, et les rues adjacentes , ses longues et abondantes hénédictions. L inscription mise sur îa niaison Ih'iii i 1 appelle cette dernit're eirconstant e, el omet le i t-ste : Tbistoirc ne s'écrit point en style la* pidaire; elle dira tout, et fera bien.

De grands tilleuls ajoutent à la place de Bellecour Taf^rément d'une belle promenade; leur feuillage épais y protr{;e les promeneurs contre les feux du soleil, et quelquefois aussi contre les averses soudaines, (^'est sous leur ombre que la brillante société de liyou vient, de midi à ti'ois lieures; sur-tout en été, étaler ses parures et ses prétentions, montrer, quand elle le peut, des objets d*envie, et trop souvent des cboses dignes de pitié. Je m expliquerai , je motiverai plus tard cette opinion. Les plus modérés la trouveront sévère ; ceux qui la justifient davantage crieront à la calomnie ; mais je m'engage à prouver qu*il y a tout au plus médisance.

La place de Bellecour date du deuxième siècle de Tère chrétienne. Lli^tel-Dieu de Lyon fut construit quatre cents ans après. cependant un des j)lus anciens établissements de ce [|enre. Au commencement du sixième siècle, le roi Childebert et la reine ITitrogotbe sa femme en furent, dit-on, les charitables fondateurs. On voit leurs statues sur

EaWTB BR ittOVIlICB, t. Uf. 93

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deux c6tés de la croisée priocipalc du portail de rHôtel-Oicu. Il est situé sur le quai de I Hôpital^ près du Rhône. La façade nouveUe, bâtiment principal, est du célèbre Sonfflot; au centre 8*éléve un dôme majestueux, atec sa lanterne et sa croix. Deux autres corps avancés» soutenus par des colonnes, et surmontés délions, ornent cette belle façade, au haut de laquelle rêf^ne une élégante galerie. Malbenreuaementune des ailes n'est point achevée. ■ Une personne qui me paraissait attachée à la maison, me voyant attentif à en examiner les dehors, est venue, d*nne manière ob1if;eante me proposer de m'y introduire et de m'en montrer les détaUs; je me suis empressé de la suivre.

Sous le dôme, j'ai remarqué on autel octogone. «De ce lien, m*a dit mon guide, la prière monte deux fois par jour Ters le Dieu des affligés : Toffieiant est vu de tous les malades couchés dans leur lit; ils peuvent Tentendre, et ajouter au mérite de son intercession toute la ferveur de leurs vœux. » J ai admiré l'ordre et la propreté de ces appartements, qui ont trente pieds de longueur et vingt-quatre d'é> lévation. On a ménagé des ouvertures èntre les solives du plancher supérieur, afin de pouvoir au besoin augmenter le mouvement de lair, en fiiciliter lercnouvellemeut, et y faire entrer plus de lumière. Les furieux , les blessés , les enfants trouvés , les femmes eu couche, sont réunis dans des appaite-

uicnt? sépares; chaque cliainbre à deux raiifjs de lits eu fer, bien espacés, et tenus avec uue propreté extrême.

Denx chambres sont destinées anx convalescents, •0 à des malades guéris, mais trop faibles encore pour sortir. Ces chambres sont plus élevées, plus

agréables, que les autres: le réfectoire des convalescents est situé au-dessus; la nourriture quils y prennent est à-la-fois légère et fortiftante.

Cinq chambres sont employées à la conservation et à la préparation des drogues; elles y sont ranfjées dans le meilleur ordre possible. Neuf officiers de santé, et an moins cent cinquante sœurs, prodi* gueiil aux infirmes les soins les plus touchants. lyHôtcl-Dicu de Lyou peut contenir onze mille ma* iades : c'est, je crois, le plus vaste de TEurope.

J*ai reconnu parmi les médecins de rH6tel-Dieo de Lyon le docteur D. V. , que j*avais vu souvent à Paris chez un de nos amis communs : il jn*a parlé de ce bel établissement en homme dont la vue des infirmités humaines n'a point- énioussé la sensibilité, et qui tient en plus haute estime les fondateurs d'hôpitaux que les bâtisseurs de palais. Ces asileS du malheur sont surtout nécessaires dans les cités populeuses, où le travail et la vie sédentaire engendrent tant de maladies parmi les classes qui sont le moins eu état de payer des remèdes, des médecins

et (l'at tendre leur p,iu''ns()n tir 1 abstinence qui les affaiblit, ou du repos qui les ruioe. Le mercredi, le samedi, de chaque semaine, les malades extérieurs sont eotendosy examinés, visités, gratuitement, avec )a plus scrupuleuse attention , par les médecins et les chlmripens de ITIôtel-Dieu. On ne dit pas seule- . ment aux iiitlijjciits, voilà le remède que vouidcve* prendre, on h; leur administre.

La ville de Lyon, resserrée entre le Rhône et la Sa6ne, respire un air tout chargé de vapeurs humides. Les rhumatismes, les catarrhes, y sont très communs^ les personnes qui hahitent les rives de Tun et l'autre fleuve sont sujettes à des péripneu- - monies, rares pendant les trois mois de Tété, mais très fréquentes pendant le reste de l'année. Il y a entre la fin de lautomne , le commencement du printemps, et Thiver, si peu de différence, qu'on pourrait à Lyon séparer Tannée météorolog;ique en deux parties égales: Tune d*hiver , commençant au novembre, finissant au i" mai ; l'autre deté, comprenant les six autres mois. Les vents soufflent rarenieut de l'est et de Touest; ceux du nord et du midi se pnrta{];ent à>peu-près également l'empire de Fatmosphère. L'influence des vents méridionaux est funeste aux personnes d*une santé délicate, et il s*en trouve heaucoup à Lyon.

It'hospicc (le In Charitéys'itur ^ ('o\nu\c\Hôlel-I)icu^ sur le quai de illôpital, esld uuc architecture plus

Lk VILLE.

modeste: trois portes, d'une extrême simplicité, s'ouvrent à tonte heuie aux vieillards scpluafjénai-» res, aux filles pauvres qui vout devenir nieres , aux eofaotsque Terreur, la bonte^oulebesoio, couverts des ombres de la nuit, cooEent en silence aux soins de la charité qui Teille poor les recevoir. Le nomr bre des enfante qu on dépose chaque année à Thospice de la Charité est d'environ quatorze cente. Coniine ou y admet aussi les orphelins et les enfants délaissés , au-dessous de sept aus, cet hospice pourvoit à la subsistance et à l'éducation de plus de quatre mille enfants; ik y: restent tonte leur vie slis sont infirmes : les individus valides doivent en sortir à Fâ^e de vin^-un ans; mais la charité, qui jusquelà pourvovait à leurs besoins , ne leur relire ses secours qu après les avoir mis à même de s'en passer: tous ont appris un métier et sont eu état de i exercer utOement pour eux et pour la société.

Des personnes investies delà confiance du conseil général des h6piUuz, et attachées à Fhospice de la Charité, parcourent chaque année les départements pour surveiller les femmes et les maîtres chez lesquels une partie des enfants de l'hospice sont mis en nourrice ou en apprentissage. Il y en avait plus de trois miUe au moment où j*ai visité cet établissement : il a servi de modèle en France à tous ceux qu on y a établis depuis le seizième siècle. U fut fondé à une de ces é^>oques funestes qui se sont trop sou-

' vent renouvelées pendant iiof quatorte siècles dt

gloire cl dr I nuln m .

Les rcssomcrs dr la Trance avaiiMitclé épuisées, autant par le faste, les prodigalités do la <<our, les débauches et les maîtresses du roi-chevalier, que par les fautes de l'administratton et les malheors de la guerre. Une horrible famine venait d'ajouter son fléau aux désastres, non encore réparés, delà bataille de Pavie et du traité de Madrid. Des paysans, cbassés par la faim de leurs misérables cbauniicrcâ, parcouraient d'un pied défaillant les rues de Lyon, tendant à la pitié une main suppliante. Cinquante habitants des plus riches se réunirent, firent des quêtes, et or(|;anîsèrent des secours. A la première distrihnlion qui fut faite à ces malheureux, il s'en trouva huit mille. Bientôt leur nombre s éleva jusqu'à douze mille; ils furent répartis dans les ciuq principaux quartiers de la ville, nourris et logés à ses frais pendant dnqnante-denz jours. Le temps de la moisson étant arrivé, ces pauvres paysans quit^ tèrentLyon en bénissant les maiiU charitables qui les avaient secourus.

L'histoire enregistre avec soin les noms des plus obscurs destructeui^ de villes, mais elle néglige ceux des bienfaiteurs des hommes: je ne sais si les noms des cinquante citoyens généreux qui, les premiers, vinrent au secours des paysans de la Bresse se trouvent consignés dans quelque recueil, mais j'ai

vaioement interroffo sur ce point les personnes auprès desquelles j espérais trouver quelques renseigne* meots; aucuoe o'a pu me répoudre : mais comme il est àrpea-prèft certain qae les échevios de Lyon priiieat part à cette bcaoe oeavre, je vais consigner ici leurs noms, afin que Tacadémie de Lyon , quand elle n'aura rien de mieux à faire, puisse mettre au concours Téloge de Claude et de Geoffroy Baronnet ^ de Jean d'y/ nlhon, de Jacques Fénoil, de Pierre Ca met, d'Etienne Berlholon , de Théodore Levin , de Jean Peunier, àeJérômeGuenierfdeSimom Court, de Jean Bochefni, et de CUmM Aimot, tons édievins pendant les années de grâce et de famine 1 53o et 1 53 1 .

De rar|;('nt reçu pour venir au secours des paysans affamés, il restait à leur départ une somme d environ seize cents francs ; c'est à Taide de cette modique somme que furent jetés les fondements de Yho^liiee de la Charité: le aele des administrateurs , les libéralités des citoyens ont lait le reste.

11 n y a pas plus de cinquante ans que la Saône scréunissiiii au Rhône, non loin du lieu ou se trouve niai uteuaot le ./>oi)< dAinai. Un sculpteur, M. Per-* rache, conçut le projet de forcer ce fleuve impétoeux de changer de lit, et d'aller pins loin se nia*^ rier à la S^ône. SI ce projet eftt échoué, on en eût blâmé Vaudace : il a réussi, et chacun vante Theureuse témérité à laquelle les Lyonnais doivent la promcuade cbaimautc, piautée de peupliers, qui

suit la lif|;ne da Rbônc et aboutît an pont de la Jlffi-

Ititièie. On aperçoit, à la tiroile, les riants i oU'aux que baigne la Saono ; à l.i {;auclio, les vastes et riclies plaines du Daupbioé, doat la pente adoucie sWréte au bord du fleuve : on se propose d'embellir eacore ce. côté de la ville, et d*y planter un nouvel Élysée. Sur la rive {gauche du Rb6ne, la moitié moins de travaux et de dépenses suffirait pour étendre la \illc de Lvon du côte des Hrotteaux, et celte ville eesserait d être res^ri'ée et coiiime étranglée cotre les deux fleuves qui 1 arrosent; mais la reflexion et 1 intérêt public président rarement àla discussion et à 1 adoption de ces sortes de projets : les vanités et les convenances personnelles y ont plus de part.

ï/aucien lit du Hliône et Tile Mofjnat sont occupes anjonrdhni par des jardins et des vcr^jers , d'où Lyon tire des fruits et des légumes ; on y a bâti des guinguettes, très fréquentées dans la belle saison par les bommes qui travaillent toute la semaine, et amassent pendant six jours largent dont Toisiveté dominicale enricbit les cabaretiersdans tons les pays callioliqucs.

.l'ai |)assé la Saône sur le ponl de la Mulalièrc;jic suivais lentement la rive de ce fleuve, en remontant vers la colline de Fourvière. A Tentrée du faubourg Saint-George, mes yeux ont été frappés par l'aspect d*une femme en longs babits de deoii, le front appuyé sur sa main droite, et dans 1 attitude de ces

Î.A VILLE. 3 j5

figures de la Douleur que les statuaires représentaient peu cIk' es et pleurant sur des tombeaux. Le Heu où elle était assise n offrait ccpeodaDt Di pierre tiiDiulaire oi tertre élevé parla pelle 'du fossoyeur, .ravançais d'un pied timide : je crai[;nais de distraire, par le bmit de mes pas, ces pensées mélancoliques où Taine s'abyrue et se plait. Mal(;ré mes précautioii><, mon approclie lui Ht lever sur moi des yeux noyés de larmes. «Vous êtes étran{][er, m'a-t-elle dit; je le vois à votre air et à vos habits: vous ne savez pas où ils Font tué? > En me montrant un en« clos, aux murs duquel elle était adossée : « C*est là! Voilà le champ où le plomb a brisé sa tête et déeliiré son cumu-. Il avait affronté cette mort en Prusse, en i^ologne, en Espagne; les balles de Tétranger avaient respecté son courage : ici, à cinq heures du matin , d'autres balles loot atteint. J'ai crié : Clémence! miséricorde! une voix m*a répondu : Exemple, politique !IU avouaient cependant quil fut prudent et modéré!!! » A ces mots, elle est retombée dans son attitude première, et moi je me sois éloigné, sans demander qui elle était, qui elle pleurait: il est des temps, des noms, des infortunes, dont nul cœur françau ne peut perdre le souvenir. . Un vaste bâtiment, flanqué de deux tours, d*un bon effet, était autrefois la commanderie de Saint^ Gconjc. L'«Vlise de ce saint est petite et d assez pauvre apparence.

Le pont A'Ainai rn'a rappelé d'antres temps etnn. autre culte; là se trouvait un temple d Aufifuste: soixante nations gauloises Tavaieut élevé eu commun au destnicteur de la liberté, à ce vieux bouiv reau des Romains, devenu clément par politique.

Les quatre piliers de granit qui soutiennent le dôme de Téglise d*Ainaî sont tout ce qui reste debout de ce temple du divin Octave; mais ce n'est pas le seul ornement païen dont cetle éjjlisc soit décorée : on voit au-dessus de la porte un petit basrelief, dédié par le médecin Pbélixius Égnaticus aux mères augustes : dles y sont représentées portant à lamain des graines et des fruits. Là le second successeur d*un si difj^nc prince, le divin Galiçula, avait établi des combats d'éloquence et introduit dans la discipline de ces jeux d'esprit l'extravagance de sa téte et la méchanceté de son cœur: le poète ou lorateur vaincu devait faire Téloge du vainqueur,' et lui donner une récompense ; Fanteor d*nn ouvrage reconnu mauvais était obligé de Tefiacer avec sa langue, sous peine d'être battu de verges ou jeté dans la rivière.

T.e palais de l'archevêché, dont-la façade regarde la 8a6oe, renferme, dit-on, des salles vastes et ornées avec goût; je nai point eu la tentation de les visiter : les somptueuses demeures des successeurs des apôtres ont quelque chose de trop mondain pour un modeste ermite. Cetle répugnance chré-'

tienne est encore fortifiée en moi par des souvenirs liistociques. Le palais nouveau des arcl)ev«!*qucs de Lyon, bâti sousTiOuis XUI, estTouvra^je d Alphonse de Richelieu, frère du fameux cardinal: celui-ci avait donné Faiçent, au nom du roi, c*es^à<dire qnll l'avait prît dans les caisses de ietat; car il disposait à-la-fois des volontés de son maiure, du sang et des trésors de ses sujets.

L'archevêché est la noble hôtellerie des personnes royales; toutes celles qui passant à Lyou vont y descendre. Pie VU y logea lorsqu'il vint en France sacrer Napoléon, alors surnommé /e Grand,

An commencement, les Lyonnais habitaient sur la rive droite de la Saône. La ville ne présentait qu un amas informe de caLiuttes basses, construites en terre, couvertes de chaume, séparées et non aUgnées. il y avait entre elles des espaces, et point de rues. Les Romains, accoutumés à vivre dans des palais, firent construire, pour eux, des édifices dignes de loger les maîtres du monde. Le coteau de Foarvière leur parut le plus agréable; ils s'yétablireut. Bientôt les maisons, en se multipliant, s étendirent vers la rivière; enfin, les habitants, se sentant à letroit, pas-, sèrent la Saône, et se répandirent entre les deux fleuves, depuis lenr confluent jusqu'à la montagne de la CraU Bousae,

Je ne sais de quel appétit d antiquités je me suis senti saisi pendant que j'étais sur la rive droite de la.

348 LA VfLLK.

Saône, mats je n aï pu i-c>i.ister à 1 envie de v oir un lieu quavait habile Marcus A^^rippa, bomnie de naissance obscure, dit Tacite, mais bon capitaine, compagnon d'Auguste dans la guerre, et qui avait été nommé consul deux fois de suite. Marcum Agr 'qypam, ignobilern loco, bonuin militid et tnctorid, socium yiugusti, geniinalis roiisiilntibiis cxtulil.

J'ai suivi la rue de Wirclievëché, celle di .s Deux Cousins, et la montée -du GùurguiUon. Au bas de cette montée, dans une vigne qui (ait aiijottrd'but partie du jardin de la maison de Vendôme, on découvrit, en 1676, une (grande mosaïque à compartiments, de vinyt pieds de lonfj sur dix de lar^je. Le tableau du milieu, de forme carrée, représente un Hermatliène ou figure de Mercure et de Minerve, sans pieds, sans mains, unis ensemble : TAmour, Pan , et un gymnasiarque tenant la palme destinée aux vainqueurs, et montrant XHermaXhène, M. Artband, directeur du inusée, a fait graver ce monument.

A l'autre extrémité de la montée du Gourguillon, on trouve le marché au bétail, et la place des Mi" nimes. C'est dans Tenclos du couvent de ces moines qu*on voit les restes de ces amphithéâtres on la férocité romaine se plaisait au spectacle du meurtre et du sang, où lliomme combattait Thomme avec la hache, la massue, et le {^jlaive; c^est là qn il « lait livré à la dent et à la griiie des animaux féroces pour

amuser les oisifs des {jurandes villes. Maiiitcoant on TëtraDgle, od lui brise les os, uo fer pointu lui traverse les entrailles; on Tattache sur un bûcher, et on le brûle, en commençaut par les pieds,, pour divertir les sultans, les inquisiteurs, et la populace, lesquels trouveot à ces passe-temps un cliarme toujours nouveau.

Non loin de ce cliamp d exécration se trouve un asile ouvert par la charité aux misères humaines. Le couvent de la Visitation, fondé en i63o, a reçu depuis une destination moins pieuse, mais pl|is charitable. Là le vice même trouve pitié et secours:des mains habiles allègent ses douleurs et guérissent ses maux ; des sœurs hospitalières ajoutent les remèdes de TniDe à ceux du corps; de douces remontrances, de salutairesavis, et l'exemple de la sainteté de leurs mœurs, spécifique plus rare et pins puissant que celui des paroles.

Cet hospice, qui renferme environ quatre cents lous, mendiants, et filles de mauvaise vie, ilevait, avant la révolution, aux soins infatigables et à la piélé généreuse de l'abbé de Vitry, sa bonne administration ; mais il avait été abandonné jusqu a ce que M. de Najac, préfet, en eût confié le soin à quelques administrateurs. Au moment où ils entrèrent en fonetion, en i8o.3, ils ne trouvèrent dans la caisse de fhospice qu'un écn de cinq Irancs. Bientôt Tordre y fut rétabli : cependant aucun rc-

35o LA VILLE.

\cmi fixe irest affecté aux dépenses de cet clablissenieiil; uni' partie est pavée sur les centimes addilioanels du département. Des dons en argent, ea linge,, en vêtements; les produits du travail des femmes qu'on y a reçues, et qui n'en sortent qu'après avoir appris un métier, pourvoient à tout le reste; et lorsque ces produits sont insnfifisants, les administrât* lu s ajoutent au tribut de leurs soins de pieuses et secrètes contributions.

Cent ciuquoute vieillards dont le travail était lunique ressource, et que le temps en a privés, achèvent dans l'hospice de VJnUquaiUe une .vie que la faiblesse de l'âge condamne à s'éteindre dans les lanjpienrs de l'oisiveté. Tous les malades atteints d'infirmités, dont on n'entreprend pas la cure dans les autres hôpitaux, sont admis dans celui de l'Anti' quaille, devenu pour Lyon une espèce d'hospice d'incurables. £nfin, c'est encore là que les famiUes renferment les jeunes gens qui ont besoin, pour ré-> primer des penchants funestes, d'une correctidn plus forte que celle qui pourrait leur être infligée par leurs [)ai ents dans la maison paternelle.

A Tendroit où se trouve lliôpital de 1 Autiquailie s'élevait jadis l'ancien palais des préfets du prétoire; deux fous sanguînaiies y. reçurent le jour : le divin Claude et le divin CaracùUa. Des massilb de vieux mur» sont tout ce qui reste de ces constructions impériales ; le bélier des bax'bai'cs u'a pu les abattre

enticrenacnt. Quant aux deux monstres couronnés, il ne reste que 1 horreur de leur mémoire et iiuiamîe de leur apothéose.

Une colonae soutient la voûte de la petite église de rAntiquailie, élevée sur on cachot où fut enfermé saint Potbin. faut s*en rapporter à la tradition populaire, cet apôtre vint prêcher le christianisme dans les Gaules, et y souffrit le martyre, Tan 177. On le considère comme le premier archevêque de Lyon, quoique alors il n'y eût point d'archevêque; mais combien de gens prêchent Thumilité apostolique et se dispensent d*en donner lexemple? - La succession des dignités ecclésiastiques forme une espèce d accumulation de quartiers nobOiaires qu oQ étale avec or'jueil. Plus d'un archevêque s'est montré glorieux de monter sur un siège élevé Tan de grâce 1771 et d'orner son front dune mitre plus ancienne que la couronne de France.

• La qualité de comte donnée aux .chanoines de Lyon n*est pas d une aussi vénérable antiquité; elle compte dix siècles de moins. L'archevêque Guicliard et le comte de Forez , las de se hatti e sans s exterminer, ce à quoi ils visaient depuis quinze ou vingt ans, s*en rapportèrent au chapitre. Le comte obtint certaines terres dépendantes de i'^plise de Lyon, lesquelles étaient à «a bienséance, comme dit le bon M. PonUin de Lnmina ; de plus , Tarcbevéque et le chapitre lui donnèrent onze cents marcs de

très boD ai {];cut. De son côté le comte abandonna à rëfjlise toutes ses iirélcutions sur la ville de Lyou, et vvâii quehjucs terres sur les deux rives du Rhône et de la Saône. Quoique ces biens fussent régis eu commun par l'archevêque et le chapitre, les chanoines s'attribuèrebt seuls le titre de comte qui y était attaché : cette communauté de biens ne dura que vingt ans; chacun de$ copropriétaires accusait Vautre de tricijoric dans le pai taj^edes lécoltes: Tarchevêque Renaud de Forez proposa, en i iy3, de séparer en deux cette propriété jusque-là indivise ; le chapitre y consentit, prit son lot, et en outre garda pour chacun de ses membres le titre, nouveau dans Téglbe, de comfe de Lyon, 1)ès>lors il fallut pour entrer au chapitre, non plus faire preuve de savoir, de doctrine, et de pi<''ié, niais de noblesse. Les apôtres seraient revenus sur la terre que les chanoines comtes neu auraient point voulu pour confrères: ils le prouvèrent bien fièrement au pape Innocent IV.

Ce pape assez puissant pour excommunier en

plein concile l'empereur Fr«»déric H ne le fut pas assez pour introduire trois de ses parents , d'une noblesse équivoque, dans Je chapiU'c de Lyon. Les chanoines résistèrent en face à sa sainteté, et protestèrent avec serment que si ces étrangers se présentaient à eux ils seraient irrévocablement, et le plus charitablement du monde , jetés dans le Rh6ne.

Innocent IV était un pape qui aimait ses parents: il écrivit aux siens de rester en Italie ; lui-même en fnt pour sa courte honte, et apprit à ses dépens qtt*on vient plus facilement à bout des empereurs . que des chanoines.

« Le bon Trajan , des princes le modèle, n

avait fait construire un forum où se trouve maintenant la petite chapelle de NoirfDame-de'Fourvières: cette chapelle fut bâtie long-temps après le forum, que déjà Ton nommait Forum Fétus, à cause de son ancienneté. De ces deux mots latins le peuple a probablement composé, par corruption, le mot de Fouruièivs, que porte maintenant ce quartier de la ville de Lyon, situé sur la rive droite de la Saône. An surplus, je m*en rapporte aux savants sur cette étymologie, qui en vaut bien une antre. J*ajoute de même la foi la plus sincère aux tradidons qui attribuent un grand nombre de miracles à Noire-Dame' de-Fourvières.

Pie VII, lors de son passajje à Lyon, rétablit le culte catholique dans cette chapelle, aliénée pendant la révolution, et rachetée par le cardinal Fescb. Le pape y célébra les saints mystères le 19 avril i8o5 ;et de la terrassedeNotre>Dame-de-Fourvières, an son des cloches, an bruit des canons, il bénit la ville et le diocèse. Il élait impossible de choisir un lieu plus convenable aux bénédictions.

ErMITS 15 PBOVIIIC&, T. lit. a3

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