VILLE
De cette terrasse, ou je suis rcslé iouy-lenips asMs, on découvre Lyou, les vastes plaines que la Sa6ae et le Rbèoe fertilisent, des paysages cbarmanis, des collines riantes qui sVlévent en amphithéâtre, et dans un va^ie lointain Fimmense chaîne des Hautes- Alpes. Sa sainteté accorda en outre à Notre-Damede-Fourviei LS le privil('^'csiu(;ulicr d'une indul{i;euce piéuiere, quotidienne, perpétuelle, et plusieurs autres prérogatives spirituelles de la plus haute importance pour la ville de Lyon en particulier, et, en général, pour le royaume, leqUel alors, sons le nom à*empirc français, avait, comme on le sait, un peu plus d'étendue.
Ce nionnuient rappelle tle plus douces idées que la place où fut le château de Pierre^cise. Sur ce rocher, qu'Agrippa fit couper lorsqu il construisit les quatre grandes voies militaires dont j'ai déjà parlé, les archevêques de Lyon firent bâtir le château de Pierre^ise : on en attribue la construction â Buchard de Bourjjojjue, qui vivait au onzième siècle. I /archevêque Ainiery Guerry s'y retira pendant le premier concile général de Lyon. Ce château servit ensuite de prison d*état : JiUoine Grodier, sieur de Servièries, y fut eqfermé, et réussit â s en échapper au moyen d*une échelle de soie que sa femme lui fit parvenir.
Le duc (le Nemours, favorisé j)ar l'arclievèque d'Épiuac, hgueur ardent, upres avoir pris posse.ssiou
de Lyon an nom de la ligne, tenta de se rendre indépendant, et de former des provinces de son çon^ vemement un état particulier: il chassa de la ville
les bourgeois qu'il supposait les plus difficiles à séduire, fit fortifier plusieurs places de la lîrcsse et du Daupbiné, ne oé(;ligea rien pour assurer le libre cours du Rhône an-dessus de la ville, et se saisit de PiéireScise; mais bientôt la garnison qu'il y avait mise fut chassée par les habitants, et lui-même, ac^ cnlé à lamoiita(]ne de Fourvières, et réduit à se rendre, fut conduit prisonnier dans ce même château. Le valet qu'on lui laissa pour le servir avait des cheveux loups, épais, qui lui couvraient le visaf;c; le duc se fit faire secrètement une perruque semblable, et un beau matin se mit en devoir de remplir un oiBce pour lequel on fait toujours place aux gens: il passa la porte sans être reconnu, et se retira à Vienne.
Cinq-Mais et de Thou furent moins heureux. De Thon, que le vindicatif cardinal Richelieu traînait à la remorque dims un bateau depuis Tarascon, arriva à Lyon le 3 septembre 1643, et fut jeté dans le chfttean de Pierre^cise ; Cinq-Mars, prisonnier à la citadelle de Montpellier, ne tarda pas à le suivre: il y arriva le lendemain.
liC cardinal, pour lequel on avait construit une chambre portative assez grande pour contenir un
Iit,'nne table, et une chaise, acheva son voyage
dans cette cabane couverte d'un damas cramoisi, et fut porté de Valence à Lyon par dix-huit de ses {gardes, qui se relayaient de distance en distance. En ce temps-là les gentibhommes avaient peu de répugnance: leurs filles étaient au service des rois et des princes; leurs bias élaiont armés pour toutes ics ven(reuuces, et les cardinaux malades se faisaient porter sur leurs épaules : ils sont un peu plus fien anjoard*hui, et de tant de services qn*on en obtenait autrefois, il nen est plus qu*un très petit nombre qu'ils rendent sans scnipnle, encore se fbnt-jls bien payer pour cela.
11 ne fallut que six joins au fameux Laubardemont pour instruire l'affaire. Le cardinal, sûr de la conscience des jn^, fit faire avant le jugement tons les préparatifs nécessaires pour Texécutton ; et satisfait de voir sa vengeance si promptement servie, si bien assurée, il se souvint que, comme homme, comme cbréticn, comme prêtre, il devait avoir horreur du saog : pour ue pas le voir couler il quitta Lyon le 1 1 septembre, et le lendemain 1 2 le sieor Laubardemont et les commissaires juges déclarèrent atteints et convaincus dn crime de lèse-majesté, c*est-è-dire de lèse-éminence, Cinq-Mars, pour entreprises, proditions, lijriies, et traités contre l'état, cV'st-à-dire contre le cardinal; et dcThou, [)our avoir eu connaissance et participation desdites conspirations, entreprises, proditions, ligues, et traités.
En lisant depuis les rcquisiloires do M. Fouquier de Tainvilie 00 a pu voir qu'il avait étudié les foi^ moles de son devancier, M. de Laubardemoat. Le cfaancdier s'emprem d^envoyer an exempt , nommé Picanlt, porter cette bonne nouvelle au cardinal; il Tatteignit sur la route de Rouanoe, à denx lieues de Lyon. Richelieu n avait compté que sur la condamnation de Cinq-Mars; la non révélation n'était pas un motif suffisant pour se débarrasser d'un bomme : « Quoi ! $*écria-t-il rayonnant d'aise, M, de Thaa aussi? en vériié M, te chancelier me délivre dun grand fardeau!* Et après s*étre assuré que l'exécution ne serait pas retardée, que les mesures étaient bien prise?;, il continua gaiement son cliemin, en louant le Seigneur, qui protège les cardinami contre les grands-écuyers.
Je détourne mes yeux de ce brigand empourpré pour les reporter sur d*autres brigands en toge. Lanbardemont et Païenne entrèrent dans la prison de Cinq-Mars. Avant de présenter sa téte au glaive, .ses membres devaient être disloques par la torture; 1 affreux cardinal l'avait désiré ainsi, et des juges commissaires ne refusaient jamais ces petites satisfactions à un nûnistre, sur-tout quand il était cai^ dinal. Ils avaient donc jugé et ordonné que Cinq> Mars serait appliqué à la question pour hi faire révéler ses complices. «Dieux! où me menez-vous? et qu'il sent mauvais icil » s'écrie le grand-écuyer,
parvenu dans un réduit obscur, éclairé setdenient par trois chandelleâ à moitié éteiotes par le lucphitlsrae de Tair où elles hndont: sans lui répoodre oo rattache au baoc de la questioo. « J^TaveZ'ifOus pas conçu le dessein d assassiner te cardinal à Lyon? demande d^une voix sombre et terrible le farouche inlcrro|;ateur. — Soi dvclan tout ce que je savais; tous les tourments du inonde ne tn 'eu feront pas dire davantnfje. » Laubardeiuont s'arrête.... le cardinal est malade... ; le roi aimait ce Cioq-Mars qu il abaodoooc...; le prix du sang reçu... Tbeure de la ven- {;cance peut soooer... Laubardcrnoot ordoooe de dé* taclier le patient, et de le reconduire dans sa prison ; Cinq-Mars y rentre, Icsprit troublé par la crainte des tortures auxquelles il vient d échapper. Un fantôme noir se présente à lui ; c est le jésuite Malevaielte, choisi pour Tassister. Laissons-les ensemble: passons daos la salle d^audience, où de Thou est i*esté.
. Un jésuite est encore lA; c'est Mambrun: ils règlent ensemble les affaires de la conscience du condamné, dont la coutcnancc est cahnc et le front serein: un autre homme ùl soutane se tient debout à Vautre extrémité de la salle; c'est le gardien des cordeliers de Tarascon. De Thon avait fait voeu de fonder dans ce couvent nne chapelle de trois cents livres de rente, s'il échappait à la vengeance du cardinal. Les cordeliers ont prie pour lui. Si Dieu
D a pas écouté leurs prières, ce.D*est pas leur faute; îk y ont mb tout le zèle, toute la ferveur que des cordellers peuvent avoir quand ils ne prient pas pour leur couvent. DeTbou a deviné la pensée du père (ja relie 11 : il deriiatuie de rciicrc-, du papier, souscrit un legs suffisant pour racçomplisscment de ce vom st mal exaucé, compose sur-le-cliamp Finscription qui doit être mbe dans la chapelle , remet le tout au moine, que le jésuite regardait de-travers, et va retrouver son confesseur.
Mais déjà l'heure du su[>plice a sonné; douze * cents honinies sous les armes couvrent la place des Terreaux ; un carrosse est à la porte de la prison ; Cinq-Mars se présente: l'beure suprême a tout-àcoap changé le caractère de ces deux hommes. Le grand^uyer, dont la crainte des tortures avait troublé l'esprit et rempli lame d*émotion et de terreur, qui sentait ses lueiubres trembler et ses fjcnoux se dérober sous lui au moment où on le conduisait dans le noir cachot de la {jénc, raffermi maintenant, et résigné à son sort, regarde la mort d'un oeil ferme et tranquille, tandis que de Thou, si calme jusqu'alors; lui qui, en apprenant sa condamnation, avait dit à (Jinq-Mai^ en lui tendant (jénéreusenient la main: » Je meurs jxinerjue vous 111 avez accusé; mais je vous le pardonne : nous avons clé si bons . amis, que ne pas vous laisser mourir seul et périr avec vous est une consolation pour moi; » De Thon sent
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défaillir son courage; on le soutient, on l'aide à* monter dans Téiégant tomisereau qui l'attend : c est ime voiture à quatre places que du Gay, trésorier de France, attaché à la famille de Cinq-Mars, a ob*
tenue par faveur. Sans lui, les condamnés auraient dû niarcliei* à pied depuis le château de Pierro-Sciso Jusqu'aux Terreaux. Arrives au pied de Téchafaud, Cinq-Mars sort de voiture, enveloppé d uu riche manteau d*écailate; un soldat veut 1 en dépouiller, il le retient avec force; et, le remettant au compaf[non do p^ Matewtiette: « Qu'on (e vende y et que lanjent soil (Jaune utix pauvres. » Un aiiti'c soldat saute sur son chapeau, et ajoutant à la plus odieuse des violences la plus làciie des insultes : " Monsieur, dit le misérable, U faut avoir de la modestie, » Le loup nlnsulte pas au loup pris dans un piège; le tigre ne mord pas le tigre qui se débat contre la mort: l'homme pervers est pins lèche que le loup, plus cruel que le tijjre; c'est le monstre de la création. Cette seconde attaque ébranle la constance de Cioq*Mars;il pousse rudement le sicaire, lui arrache son chapeau, le remet avec fierté sur cette tête qui va tomber, monte rapidement les marches de Téchafaud, examine les apprêts, les instruments, la place du supplice, et ref»arde Texécutcur; c'était un homme de la lie du peuple, qui pour cent écus venait ôtcr la vie à deux hommes dont il n'avait jamais en à se plaindre 1 le bourreau s'était cassé la
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LA VILLE. 36l
jambe, et, pour cent écns, un infâme ikisaii en ce jour son abominable office! Cinq-Mars pâlit, non en contemplant cet animal fV-mcc, mais en tirant de son sein nnc buitc enrichie de diamants; le portrait qu'on voyait dessns était celui d'une femme, jenne, belle, sensible, aimée : toute la vie du malheureux Cinq-Mars se reporte par la pensée et s'arrête sur cette douce îma^^e... au-delà Tétemité!....; il se hâte, remet la boite à son confesseur, ordonne en baibntiant de hniler le portrait, se fait coupelles cheveux, et se place dans l'attitude la plus commode à l'exécuteur, qui d'un seul coup lui tranche la téte. Le bruit avertit de Thou : il sort lentement de la voiture; il monte avec effort; il regarde, éperdu, le corps de son ami. » Je frissonne quand je j)ensc ù la iiiorl, dit-il à son confesseur: il faut de (a résolution ;je n 'en ai point : (ju on me bande les yeux. n De toutes les persounes qui se trouvent sur Téchafaud pas une n*a de mouchoir : les assistants lui en jettent trois; il en choisit un, Texécuteur lui bande les yeux, et lui, troublé, embrasse le monstre 1 1! place son cou sur le billot : tous ses membres palpitent d'effroi. I/exéenteur frappa trop près de la tête, de Thou élève ses mains au ciel, s'agite, et tombe sur le côté [gauche; son assassin essaie de le relever : l'humanité parle enfin dans le cœur des baibares accoums pour voir tuer des hommes; des crU affreux partent de tous les côtés : Tcxécuteur,
effrayé porte de nouveau la hache sur la Tictiaie, et parvient, an troisième coup, à séparer entièrement a tète dn corps.
Cest ainsi qne les hommes se déchirent les uns
les autres! celui-ci é{T;or(»e pour cent écus, celui-là pour une place, et un autre pour un cordon , pour un hausse-col, pour une mitre. Plus l'objet quiU poursuivent est élevé, plus ils se montrent prodigues de sang et de meurtres; et, pour que rien ne manque à ces foreurs, ik marquent tous leurs crimes dn sceau de lliypocrisic : c*est an nom de»lois, de la relij'ion, de la morale, rpi ils éjifOlYjent; c*est un chapelet, une balance, un laurier, un sceptre à la main qu'ils versent le sang de leurs semblablesl Richelieu ne survécut pas trois mois 4 ses deux dernières victimes.
• L*esprit obsédé de ces pensées de supplices et de mort, je suis arrivé, sans mesurer le chemin , sans faire aucune attention aux objets dont j etais environné, jusqu'à la maison des deux Amants, derrière laquelle fiit autrefois un couvent de rehgieuses dn tiers ordre, dont, par la suite, cette maison avait fait partie.
Là se trouvé une école vétérinaire célèbre; Bonr- {l^elat, non moins recomuiandable par ses vertus que par ses talents, en fut le fondateur, en 1-61 ; elle était placée alors au iauhoui^ de la Guillotière :. depuis la révolution , le gouvernement la fait trans-
férer au lieu dit de ÏObservance, où elle se trouve aujourd'hui. Ce bâtiment qui ma paru neuf parcequ il vient d'être reconstruit presque en entier, a frappé mes rc{][ards: le style simple et sévère de
l'architecture convient a la destination quH a reçue. La façade principale est au fond delà cour; elle forme, avec les deux façades latérales qui s y rattachent sur une ligne parallèle, une enceinte carrée régulière, consacrée aux récréations des élèves.et à quelques uns de leurs exercices.
J'ai visité la pharmacie, le cabinet d'histoire naturelle, et le jardin botanique, parties essentielles de cet établissement vaste et bien disposé. J'ai admiré Tordre qui y régne , le soin avec lequel il est tenu , et les richesses qu il renferme. L'école vétérinaire de Lyon a rendu les services les plus importants aux campa^jnes de la Bresse et du Danphiné, en arrêtant les profjrès de toutes les épizooties qui sy sont nianif(;,st(M S depuis sa fondation.
J'ai repassé la Saône sur le pont da Serin, aux deux extrémités duquel sont situés, sur la rive droite, l'école vétérinaire, dont je viens de parler, sur la rive gauche, les greniers d'abondance.
Ce bel édifice fut construit en 1728. La libre circulation des (grains, contre laquelle les éternels ennemis de ce <|ui est bon et raisonnable se sont si longtemps et .si violemment élevés, ayant rendu ces greniers de précaution inutiles, ils ont été con-
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verlis eu caseroci pour la cavalerie : la proximité de récole vétérinaire et la Saône , la facibcé des abofds et des arrivages, ont dû faire donner cette destination i an lifttinient qui n en avait plus. Le corps avancé, percé de cinq ouvertures à plein cintre pratiqii«'e> aux trois étaf»es, et dix croisées de chaque côté, donnent à co va^te édifice Tair et la lainière nécessaires dans tous les lieux habités paf un grand nonibre d*boDunes.
Ija construction du pont du Serin est élégante: on le croit solide ; à la vérité les piles sont en pierre, mais le reste est en bots, et non pas en fer, comme le dit à tort le Guide de i'élranqer à Lyon. M. Étienne, habile mécanicien, a fait le modèle de ce pont.
I^s quais du Serin , de Sainte-Marie, des Chaînes, de Saint-Benoit, de Saint-Vincent et des Augustins, bordent la rive gauche de la Saône, et contribuent à rembellissement de la viUe ; mais ils n*ont de remarquable qne leur utilité : ils facilitent les comraonications rt la navigation ; c'est là que se trouvent les dihgences qu'on prend pour aller à Cbàlons, les magasins de fourrages et d'éifuipement militaires, et la poudrière, qu*on y a fort imprudemment plâtrée, ainsi que les ports NamUe et de la FeuUUe,
lie pont Sainl-Fincenttnvene la Saône, vis-à-vis Saînt-Laurcnt; il fut construit, en 1715, par Aubert, arcliitcctc. Les trois arches dont se compose
ce pont eu bois sont remarquables par leurs belles proportions : il ne sert qu aux gens de pied. Plus bas se trouve le pont du Change, dont la construction remonte au onzième siècle, et dépose en faveur
de la barbarie du bon vieux temps où il fut élevé : étroit, mal pavé, obstrué par de vilaines maisons bâties sur la dernière arche de la rive gauche , ce pont n'a pour trottoir qu'une banquette de douze à quinze pouces. Ses inscriptions antiques , et presque efÏBcées, qui se trouvent encore sur quelques pierres des piles, indiquent assez que cette espèce de ruine a été bâtie avec des matériaux provenant de quelques monuments romains. Une chapelle renfermant une statue de la Vierge, du sculpteur Mimerci, située au milieu du pont, est tombée de vétusté; on voit aujourd'hui sur remplacement de cette cbapdle un petit bâtiment, de forme élégante , destiné à servir de corps-de-garde anx pompieis de la ville. Tout clian{»e , tout passe, tout est renversé, les temples, les palais, les cabanes; il n'y a dimmortei et d'immuable parmi les bommes que la vérité, la raison, et la vertu.
Le pont du Change est jeté sur la Saône à Tendroit le plus large. Un grand nombre de pierres et de rochers y divisent les eaux, et rendent ce passage difficile aux barques qui remontent ou qui descendent la rivière. Ces rochers ont fait donner au
pont le nom de pont de Pierre: je 1 ai traversé ponr aller voir de plus près la lojjc du Gbaogc, qu oa aperçoit de Tautre côté delaJSaônc.
Cet édifice, bâti en 17499 d après les dessins de Soufflot, est élevé sur un beau perron ; sa façade, à deux étages, est surmontée d*nne atti(|ue, dune galerie et de trophées. Des cornes d'abondance annoncent sa destination première: c'est là qnc les. négociants s'assemblaient pour rè{jler les affaires de commerce. I^a \oqc du Change, ainsi nommée à cause des opérations qui s y faisaient, sert aujourd'hui de temple aux protestants; mais, par une bizar* rerie remarquable, on y a laissé llnscription tir- TDTE DUCE, COMITE foutuna: accompagné par la fortune f fjuidé par la verlu. Oc (ju il y a desin{julier encore, c'est que ces paroles sont tirées d'une épître de Cicéron à ce misérable Plancus. Gicéron a-t-ii été trompé sur le compte de Plancus, ou a-t>il vouln tromper la postérité? Dans tous les cas, il est difficile d*avoir beaucoup d*estîme pour ce louangeur perpétuel des jjens en place , et de reconnaître en lui le vigoureux adversaii e de 1 audacieux Catilina.
.l'ai pris, pour me rendre à mon aubet^e, les petites rues qui se trouvent dans les environs de la place Saint-Niziers. Les mouvements du télégraphe, que j'ai aperçus, m*ont péniblement aIXecté; je suis rancuncux depuis les événements de Rennes et de Grenoble: cet instrument a pour moi quelque
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chose de sinistre; il me siiiible toujours qu'au lieir des nouvelles qu'il doit tiaosuiettrc, c'est un ordre de mort que ses ailes noires dcssineot daus les airs.
Dans aoc rue étroite, dont je n'ai pas demandé le nom, un homme, portant une planche sur ses èpaoles, m*a heurté si violemment, qu'il m*a renvci'sésurla place. I.a fcninicd'un honnête artisan, en jii'aidaut à nie relever, m'a invité à monter cijtz elle pour m y remettre un peu de rétourdissemcnt causé par une chute si brusque : ses soins empressés et ceux de sa famille ont bientôt réparé le désordre de mes sens. - . .
Je n'étais ni blessé ni meurtri; et ce petit événement ma prouvé la vérité du proverbe: à quelque chose maUieur est bon. C'est à cet accident que je dois la connaissance des mœurs et des habitudes de cette classe d ouvriers en soie, connue sous le nom de canuts, race laborieuse, sédentaire, chez laquelle le travail et la vie casanière semblent arrêter le développement du corps et de 1 esprit. Dans un pays ou la stature des hommes est en [jcnéral assez élevée, celle des canuts est petite. Leurs mouvements sont lents ^ leurs syllabes traînantes, leurs regards ternes et languissants; ce sont des plantes étiolées, sans vigueur, comme toutes celles qui croissent à Tombrc : leur activité est dans leurs doigts. Us habitent de préférence les faubourj^s de la Croi.x -Rousse, de Saint- Georges , et le cœur de la ville, parceque
les lo^^emenls y sont moins cher»; cVst pour ce motif qii ils se logent aux t'tages les plus élevés : ua grand nombre n a pour asile que des {greniers mal clos e( malsains. Le salaire qu ils reçoivent n'est pas toujours calculé sur celui des denrées : le prix de la main d'oeuvre baisse quand la matière première renchérit, et par consé<{uent loracpi un moins grand nombre d*onvricrs sont occupés ; aussi leur misère est-elle souvent affreuse : c'est cette misère qui peuple les vastes et nombreux bôpitaux de Lyon.
Les personnes qui n*ont point habité cette ville simaginent peut»étre, en voyant les riches et nombreux produits de ses manufactures, qu'elle renferme un grand nombre de vastes édifices, construits et administrés comme les belles manufoctures de Mulhouse et de Vesserling; mon canut, homme d'uu lige mur, de bon sens, et que sa femme m'a dit être Touvrier le plus adroit et le plus instruit de la ville, prétend qu il n'existe à Lyon que deux établissements de ce genre, l'un dans l'ancienne é^&»à d'un couvent, dit des Bleus, l'autre situé sortes bords de la Saoue, vis-à-vis \ile Barbe, à une demi-lieuc de la ville. Une maison de campagne, appartenant à M. Goudcre,enestle principal bâtiment; mais pour la convertir en fabrique il a fallu y faire beaucoup de constructions nouvelles: l'éloignement de la ville et des villages a même forcé d*y établir un réfectoire pour les ouvriers.
Cette tnabon appartient inainfenant û M. Bero^, comniissionnaii'o de? soierios île Fiaïu fort-sur-Ic- Mein; c'est avec les comiuissiounaircs de cette ville et ceux de Leipsick que Lyon fait la plus. faraude partie de son riche commerce. .
Oo donne aux fabricunts de soie le nom de marchands fabrican ts , pour les distinguer des marcltanés détaillants. Chaque fabricant fait travailler un nombre d'ouvriers proportioiin»* à celui des affaire» qu ii fait avec les inai'ciiaiids de Paris, des départements, et de 1 etrançei:. La soie est pesée aux ou* vriers, qui sont tenus de rapporter le même poids en étofFes, dont la forme et les dimensions ont été fixées.
Les canuts les plus oj)u lents ont deux métiers, quelquefois trois, dans une grande cLambre, échauffée en hiver par un poêle en- fonte : ce poêle sert de cheminée et de fourneau.
Dans la chambre où j'ai été reçu régnait, à environ huit pieds de hauteur, une espèce de balcon en bois le lonjj d'un petit entresol ; cet entresol est le lieu de repos (Ut toute la famille, (pii, la nuit, s'y trouve cutattôée : les lits se touchent. Souvent la misère de ces pauvres gens est telle , (pi elle les force à faire de la même pièce la i^anibre à couch.er, Tatelier, et la. cuisine. Rarement le balai imprime ses traces sur le plancher couvert de poussière : c'est là pourtant que se fabi i(pient ce* étoffes briliatUcs, KnuiiE E?i rnoviscE, t. m. 94
délicates, si faciles a altérer, à salir, et qui doivent être remises au fabricant dans tout leur éclat et toute leur pureté. L'babitude des soins qu'elles exigent, le peu de vivacité de ces familles automates, rendent les accidents rares. D ullenn ces hommes si sim* pies, instruits par le plus habile des précepteurs, le besoin , parviennent à cacher les petits malheurs qui leur arrivent, et à tromper jusquà Tœil du maître.
La ville de Lyon, presque aussi peuplée que celle de Paris, à proportion de son étendue, ne présente point cependant à Fétranger le même mouvement, la même affluence d'habitants, parceque sa popu^ lation , presque toute manufactarière, ne sort f^uère de ses ateliers que le dimanclie. I^es canuts éprouvent à s énoncer un certain embarras qui ne vient pas seulement de leur timidité et de la pesanteur de leur esprit; il est produit sur-tout par Thabitude du silence : pendant les six jours de la semaine, ces gens-là ne font guère plus d*usage de leur lan^^ue que de leurs jambes; aussi attciident-ils le dimanche avec impatience pour .s(^^tir do leur prison, voir le soleil, respirer Tair de la compare, et changer dattitude.
Le langage du peuple est, à Lyon, à-peu-près le même qu*à Grenoble, ce qui donne de la vraisem-> blance à Topinion de ceux qui veulent que les habi^
tauts de ces deux ville» aient une origine commune.
M. Molard a fait impriioer le vocabulaire des expressions pupulaices, et les a raD(;ccs par ordre al* phabétiqiie. Je veux me procurer son ouvra^je et
m'en servir, car j'cntt'iids souvent des expressions dont le sens m est inconnu, et je suis forcé de recourir à des interprètes : avec louvrage de M. Molard, un étranger peut aisément s en passer.
La femme de Thonnéte artisan, pins causeuse que son mari, et dont la langue était moins embarrassée, m'a nommé tous les niarcbauds fabricants de Lyon. Ija liste de ceux qui se livrent au coiMiuerce des tissus unis est considérable j celle des fabricants detoffes façonnées est moins nombreuse: j*ai retenu les noms de MM. Bissardon, Cousins, Grand frères, Pavy, Saint-Olive, Tralletre, Dutilleul, Maillé; MM. Grand frères ont fourni en bonne par> tîe les étoffes employées pour meubles des demeures royales.
Celles des tentures du ciiateau de Saint-Gloud sortent de la fabrique de M. Dissardon, ancien administrateur des hôpitaux de Lyon^ Il fut nommé, en 181 5, député du département du Rhône à la chambre des représentants : une ville manufacturière devait envoyer là un de ses principaux fabricants; mais ce témoiynajjjc de conliauce d une population loyale fut pour ]iii la source de chagrins profonds. Propriétaire foncier et commerçant, il occupait à-la-fois un grand nombre d ouvriers en
LA VlLLt.
soie, lir marons, de charpeoliers, de terrassiers: ami des lois et de Tordre, son caractère De donoait pas moins de garanties à Tétat que tous les liens qui ■ rattachaient à son pays ; cependant les rëvolntion-
naircs de i8i5, les hvpocrites venffeurs de l'ordre qii il> Irouhiriit iricossainineiit sons prétexte de vouloir le rélublir, teii^nirent de voir un conspirateur dans le respectable Bissardon : son asile fut violé par de fréquentes visites domiciliaires, qui révélaient moins les craintes que les projets de ceux par qui ces visites étaient ordonnées, et de ceux par qui elles étaient faites. M. Bissardon pénétra des desseins dont les éveiienieuts seuls ont empêché l'exécution : né sensible, ils jetèrent dans sou esprit des inquiétudes; une noire mélancolie le conduisit promptemcnt au tombeau. Il y descendit « jeune encore, regretté de tous les gens de bien, et plus particnlièrement de la classe ouvrière, dont il avait été le bienfaiteur. \/d luule de ceux cpii assistèrent à ses funérailles fil du malheureux Hissardon le plus touchant des éloges funèbres: Celait un des bons! disaient'ils en pleurant.
BIM. Maillé et Dutilleul ont été long-temps membres du conseil des manufactures près le ministre de llntérienr. Depuis 1820 ils ne font plus pArtîe de ce conseil ; (•ej)endant M. Maillé vient encore tout récemment de rncriier et d obtenir une médaille d or.
Aa moment oà je rentrais chez madame Boiidon- . nean, mon hôtesse, le jeune baron de M** dcscen*
dait de voilure : il revenait d<'s eaux de IMonibièrcs. Je lavais connu à Paris souffrant depuis plusieurs années d'un embarras g^astrique qui Tavait beaucoup a£foibU. Les eaiw de la fontaine de Stanislas Ini ont rendu la force, la santjé, et cette fleur de jeunesse qui en est la marque la plus brillante. M. le baron de M** avait «*tf' forcé, par une blessure très grave, de quittci- de boune heure la carrière dos armes ; il était entré dans celle de radministration, et déjà il sy faisait remarquer, lorsque les événements de 1H14 Tont encore jeté hors de cette carrière nouvelle.
IjC baron a> toujours pris son parti en homme de téte et de cœur: au lieu de faiic entendre de justes, mais inutiles plaintes, de faire des démarcbes et des réclamations, plus inutiles encore, il s'est créé des fonctions dont ni les caprices de l'autorité ni les intrigues des marquises ne peuvent interrompre le cours. L*agriculmre et les beaux-arts^ les mérinos dEspagne, le dessin, et le jardinage, partagent sa vie et ses soins; une fenune aimable et spirituelle, des enfants pleins de {grâces et d espérance, sont la première et la plus douce base d'un bonheur que rien ne menace depuis que M. de ^t* vit loin des affaires publiques et des hommes de Fautorité.
Allié à une des plus respectables familles de Lyon ,
des intérêts privés rappelaient dans cette ville : pea de jours suffisaient pour les régler ; un homme aussi intell if ;cnt, aussi vif que le baron, fait beaucoup de
choses en quelques lieiu'es : il m a offert sou bras pour appui, sa mémoire et ses eonnaissances pour ^dcs dans letude que je me propose de faire des mœurs et des usages des habitants de la seconde ville du royaume.
Il avait quelques courses à faire , moi quelques heures de repos à prendre, car ma première promenade avait été longue, et je me ressentais un peu de ma chute ; nous nous sommes donné rendez-vous pour le lendemain, ou plutôt laimable baron a pro* mis de me venir prendre a ThOtel du Commerce, où j*ai passé le reste de la journée seul, me livrant à des réflexions sur lesquelles la vieillesse étendait malgré moi son crêpe mélancolique.
SECONDE COURSE DANS LYON
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M* MUtX. [l5 DtoMMn 1819.J
SECONDE COLRSE DANS LYON
Ce que le» parc» et le» rnrlos sont nom lc« bctci fauvM, le» grandes villes le »on( |Kiui
M. (le M*" a pris ea vivant à la campagne l'habitude de se lever matin; le soleil me surprend rarement au lit : les portes d une aubei^ge sont ouvertes à toute heure; nous sommes sortis sans déranger personne.
M Hier, m'a dit le baron, vous avez suivi les quais delà Saône; descendons vers ceux du Rhône.»»
Nous avons de nouveau admiré ensemble la belle place de Belleconrt; ses hauts tilleuls commençaient à laisser tomber leurs feuilles jaunes: la saison nouvelle leur rendra leur jeune parure. Hé-* las! la vie de Thomme n'a qu'un printemps; sa téte ne sera point de nouveau parée des dépouilles que lui ciilévc l'automne! >< Cette verdure, ces beaux ombra{;es que vous regrettez, m*a dit M. de M**,
SECONDE COURSE DANS LYON
nos Lyonnais y mottpiit moins de prix que vous: on ne les voit point dans la belle saison venir en respirer les parfums et le frais; ce n*est point pour eux qu*ils offrent, pendant les ardeurs de la canicule, d'impénétrables abris eontre les rayons dn soleil: si r|nelf|ues persoiines paraissent assises, ou se proinéneat sous ces voûtes d'uoe riante verdure, ce sont des voya{{eiirs. Nous, car je me considère comme nn enfant de la ville, nous parcourons gravement, pendant les heures qui précédent le dioer, et vers le soir, les quais de Relz et de Saint-Clair, tenant nos femmes sous h? bras, nos enfaiils a la main, causant peu, regardant mal, l'esprit préoccupe de nos affaires, attendant, avec quelque impatience, les heures consacrées à des distractions auxquelles nos familles n*auront point de part, que nos femmes i{;uoreat, ou que fort saf^ement elles feifynent d'ijjnorer. Demain, si la journée est bell(\et relie d'aujourd lmi nous \c promet, nou-i irons nous mêler aux promeneurs; je suis fort connu ici ; vous ne 1 êtes guère que de moi ; notre intimité éveillera la curiosité des promeneurs, fera naître force questions', et donnera probablement lieu à quelque médisance innocente : c*est la seule distraction qtj*on se permette durant re j;ravc exercice; l'apparition d un équipage brillant, d une parure nouvelle, y donnent souvent lieu: c'est un tribut que Beilecowt paie aux Terreaux, »
SECONDE COURSE DANS LYON. J77
Le baron ma fait remarquer les travaux commencés pour terminer la belle façade de THOtel- Dieu, dont le côté qui forme ran(][le de la rue de Labarre n*est point encore achevé. On regrette
qiie le portail n'ait pas été placé sur le quai, au lieu de s élever sur la rue de lHôpital, où l'espace nécessaire pour en bien juger ieffet na point été cou* venablementménagé.
• La forme demi<>ovale du port de lHôpital, ses deux rampes en fer à cheval, sont d*un effet agréable. Ces rampes conduisent à un abreuvoir dont,
«ans celte précaution, l'abord eût été périlleux.
Le quai de Rtlz est fort beau : ii paraît neuf eocorc, quoicpie construit depuis soixante et quinze ans. Les arbres qnon y a plantés, il y a cpielques années, donnent d^a de 1 ombrage.
Les édifices qui décorent le quai de Saint-Clair sont remarquables par leur élégance : les arbres plantés sur ce (juai , les coteaux boisés qui se développent de l'autre côté du Ubôae, la plaiue des Brotteaux, semée de jolies guinguettes, les prairies verdoyantes sur lesquelles la vue se rejpose, justifient bien le goût des Lyonnais pour cette charmante promenade, rendez-vons du beau monde, qui s'y rend vers le soir, durant l'été, et eu hiver de midi à trois heures, niais seulement le dimanclie. Ce qui nest pas aussi facile à expliquer, c'est que les promeneurs ne semblent jamais tentés de passer
SECONDE COURSE DANS LYON
le pont Morand y et de se répandre dans lagréable plaine des Brotteaux : ils voot du pont de ia Guillo- Uère au pont Morand, et du pont Morand à celui de la Guiiiotière, à-pen-près . comme les promeneurs parisiens vont et viennent sur le boulevart de Gand , sans jamais fraii( liii% d'un c6té, larueLepeUetier,et de l'autre, celle du Mont-Blanc.
Il est dans la nature de ihomnie d aimer à revenir sur ses pas, à pivoter sur lui-même^ les ritour* neUes ne plaisent pas seulement à son oreille, elles ont aussi du charme pour ses jambes : il s impose des bornes; il se resserre entre d'étroites limites, sans doute pour se distinfifuer des brutes , qui tantôt poussent tout droit devant elles, et tantôt se jettent de côté.
Le quartier Sainl^Clair est babité par le baut commerce; son opulence est attestée par ^la magnificence de ses demeures : la plupart des petits souverains de l'Allcma^jne ont des jialais moins somptueux, et moins de richesses réelles, que n'en possèdent plusieurs négociants de Lyon.
J admirais l'étendue, la solidité, le goût, et Télégance, d une grande et belle maison qui s*élêve en face du pont Morand. J'ai demandé au baron sil savait à qui elle appartient, u Om , m a-t-il répondu en souriant; cost la maison Aunol. L'ancienne salle de spectacle s élevait autrefois sur le terrain que cette maison occupe. » Piiis, prenant tout-à-<ïoup
SECONDE COURSE DANS LYON. 879
mi ton grave^M. de M** a àjonCé: «La famille Auriol, dispersée comme tant d*autres par la fyraade tcm
pête politique, a perdu son chef dans les jours de deuil où le sang des plus illustres citoyens de iiyon ruisselait su r les échafauds, daiisles rue^, sur les places de cette viUe, livrée à la sape et au ^aive. Sa jeuoe épouse , non moins coara||eilse que beBe, voulut paiv tager son sort ; elle dut la vie à la férocité des bourreaux de son mari : ils la repousseront , ils la rejetèrent hors delà prison, non par pitié, mais par ])rutalité; paix;equc refuser la mort à qui la demandait à qcnoux, c'était encore insulter et proscrire. On la vit errer, avec ses enfants, sur la terre étrangère, où la pitié pour les malheureux se calculait sur la var leur des débris qnik avaient sauvés du naufrage. Jk'Htrée en France, madame Auriol est parvenue, à force de constance et de soins, à recueillir jiour ses enfants une partie des riches débris de leur patrimoine. £lle vit à Paris au sein dïine famille ai* mable qui Fenviironne de son amour et de ses- respects. »
. Dans ce quartier, et presque à la suite les uns des autres, se trouvent les plus beaux édifices de Lyon, le Grand-Théâtre, i hôtel-de-ville, le palais des arts.
Construit et décoré d'après les dessins de Soufflet, le Grand-Théâtre de Lyoli fîit commencé en 1 754 , et achevé au bout de deux ans : des- bas-
38o SECONDE COLUSE DANS LYON.
reliefs allégoriques placcssnr la façade, à-la-foU simple et élégante j de cet édifice, indiquent sa destination, trois groupes de génies ornent de chaque côté la galcrir qui n''[i;ne an haut de cette façade: un septième groupe, où ApoUou est représenté assis, domine les six autres, et occupe le milieu de la galerie. Ces ornements mWt para de bon goût: ma vue afifaiblie ne ma pas permis d en apprécier les perfections et les défauts; je nai pu juger que 1 effet général : il est très agréable.
Entre le Grand-Tliéàtre cl la place des 'l'erreaux, fut acbevé, en i655, siu* les plans de Simon Maupîn , arcbitecte-voyer, le magnifique b6tel-de-ville de Lyon, dont la première pierre avait été posée le S septembre 1647. Cet édifice forme un carré long; il occtipe lespace qui sctrouve entre les rues Lnfbnt et Puils-Gitillot : les deux ailes en retour ont chacune soixante-dix toises de longueur. Une galerie, soutenue par trois arceaux, lie ces deux ailes du côté de la Comédie. La façade du côté de la place présente deux pavillons aux extrémités formant avant-cc^ps, et au milieu une tour carrée, sur^ montée d'une coupole. Au-dessus du portail, unegalerie en saillie va de 1 un à l'autre pavillon. Blanchet, peintre français , qui alors se trouvait à lionie, fut appelé pour peindre les plafonds; il surpassa dans ce travail les espérances qu'on avait conçues de^-son talent. Présque'toiites ces peintures fnrent ^traites
SECONDE COURSE DANS LYON. 38l
par l luceudie qui consuma la faradi' de 1 hôtel-deville, le 23 septembre >774 • réparc <(tten.i8o2. La .touche de Blanciict est hardie; son coloris a de la vérité, son dessin.est correct : le plus grandetlun des meilleurs morceaux qui nous restent de ce peintre eut le tableao où il a représenté Tembraseiiieiit de i a oii,(l(''frit par Sriu' qiie. Ce tableau, déjà dégradé ei couvert de poussière , lut uelloyé et réparé eu 17G2 parle peintre Nonoile, nom, que Voltaire a couvert de ridicule daas la personne d^un abbé, jésuite, et que le talent du peintre n était pas propre à réhabiliter.
Les deux groupes dont le vestibule est onié du côté de la place des Terreaux étaient autrefois sur la place de liellecourt, au bas du piédestal de la statue équestre de Louis XIV : ils représentent le Rhône et la Saône; images plus convenables, et qui honorent plus la mémoire d'un monarque dont elles annoncent legénie prutecteui-, que les trophées d'ar* mes et les esclaves cuchaiués , symboles de guerre et d'asservissement.
On aperçoit du vestibule Tentrée de deux longues cours séparées par de belles arcades, et un second portail presque aussi hean que le premier.
Les {)lafonds de la chambre du conseil et de la salle du tribunal de commerce ont été peints par Blancbet: celle des archives nirrite ratleiition des voyageurs par sou éteudue et 1 «^iti^tî 4"* Y rêgne.^
382 SECONDE COURSE DANS ttON.
Les apparteiueots d apparat, décorés avec lieaucoupde goût, occapent le premier étu^e de l aile droite. Au restade-chanssëe sont les salles d'assemblée da conseil de la ninnicipalité.
Genx de la voirie, des contributions, des passeports, et de la police, sont au rcz-de-cliaussce de l'aile (j;auclie. Depuis rpie ce mot /;o//('e ne sijjuiHe plus seulcnicut éclairage des villes, propreté des mes et des places publiques, il fait naître par-tout des idées tristes et des sensations pénibles. Je n ai point visité Taile (];aiicbe de Fhôtel-de-ville , mais j*ai examiné long'temps et avec plaisir la vaste et nia{jnifique salle qui donne sur la place des Terreaux. Hava(j;oe par uu incendie en i8o3, cette salle a été entièrement rétablie et décorée à neuf.
J ai vu rbôpital d'Amsterdam : c'est le seul en Europe qui puisse le disputer à celui de Lyon en beauté et en ma^ificence.
M. Artaud, directeur du nius(''e, a mis un soin infatifjahle à rassembler dans 1 ancienne abbaye noble des dames de Saint -Benoit les débri:> de la ^andeur romaine épars dans les cbamps, ou que le soc a découverts en les beurtant sous la terre où ils dormaient enfouis depub plusieurs siédes.. M. Artaud a fait ranger autour des portiques ces fra{jnients de colonnes et de statues, ces masques et ces saicophnjjcs, ces amphores et ces urnes cinéraires, ces tauroboles et ces inscriptions; fragiles
SECONDE COURSE DANS LYON. 383
ouvrages de l'bomnie, ils oot survécu à leurs auteurs, ouvrages de la oatare mille fois plus fragiles encore : plosienrs sont demeurés entiers quand depuis long-4enips la main qui les forma n*est plus qu'une poussière dispersée et perdue dans Tespace.
(iracoàla rv\ olution, qui, semblable à Alcxandiele-Grand, a encore \Àus édifié que détruit , les arts et le conmieree ont fait la conquête de ce palais. Dans la grande salle, dont les statues et les oniements en stuc ont été faits sur les dessins de Blanchet, les religieuses tenaient autrefois leur chapitre. Aux futiles objets des délibérations de ces sénateurs en guimpes ont succédé les graves et importantes spéculations du commerce; cest dans cette salle que la bourse de Lyon est ouverte à deux heures chaque jour : elle se tient dans la cour lorsque le temps et la saison le permettent..
La rampe de Fescalier qui conduit au premier étage est roïnarqnablc par le bon goût des urne-^ meuts et sa ricbe balustrade.
Une salle vaste, pavée en marbre, sert de musée) c'est là que sont déposés les meilleurs tableaux de la peinture moderne , et des morceaux choisis parmi ceux de la statuaire antique que possède la ville de Ijyon. Les peintures des plafonds sont d'un très bel effet. M. de M**, amateur éclairé et très bon dessinateur, en fait un cas particulier. 11 m'a fait ad-» mirer un très beau vase de fleurs; une Ascenàon^
384 SECONDE COURSE DAMS LTON.
par le Périi{^iii : c'est uu des meilleurs tableaux du maître de Raphaël; le pape Pic VII en a fait don à la ville de Lyoa en recoDDaissance de Taccoeil qu il reçut dans cette ville lorsqiill vint en France affermir, par la cércmonie du sacre, la couronne impériale sur la tête de Napoléon ; VJtkmilion des Mdfjcs, ricbe et nia(>niHque composition due au fécond et brillant pinceau de Rubens; le très beau portrait (fim ciumoine de Cologne, peint par Garrache; une Cène, par Philippe de Champagne, où les traits et Texpression des apôtres sont d*une extrême simplicité. Outre ces peintures capitales, le musée de Lyon possrd(}de bons tabb*aux de l Espaguolet, de .1orda(Mis, du Gucrcbin , du Tiutoret , de TAlbane , de Stella, de W^ronèse, de Jouvenet, de Lebrun, de Blanchet, et dès peintres modernes, parmi lesquels on distingue le Tournois de Duguesclin, par Revoil; un Clair de Lune , par Bidault , mort en 1 8 1 3 , et d*aiv très tableaux de cette école lyonnaise qui s'est fait reniar({uer d'une manière si bouorable aux dernières expositions, et à laquelle MM. Laurent, Revoil, et Richard, ont acquis une si brillante réputation.
Le salon des antiques renferme pen de morceaux précieux. Le monument le plus remarquable, sous le rapport bistorique, non sons celui de l'art, est la fameuse table de bronze découverte sur la colline de Saint-Sébastien en 1529: elle contient une partie de la harangue prononcée dans le sénat romain par
SECONDE COURSE DANS JLYÛK. 385
rempcreur Claude pour faire accorder le titre de colonie à la ville de Lyon. Ce Claude montra quel-
qiictois une {jraiulo saj^acité clans ses ju{jeriients : il ne tut ni orateur ti op diffus ni écrivain trop méprisable; et cependant, comme empereur, comme époux, comme citoyen, il fut àrla-fois le plus féroce et le plus stupide des hommes.
Des médailles en bronze et en argent , des vases de verre antique, des lampes, des instruments, des ustensiles destinés aux usajjcs ordinaires, et quelques uns au service des autels, de petites fi(jures romaines, é^ptif^nnes, et grecques, dun fini précieux, sont renfermés dans quatre grandes armoirea d'un beau travail. On voit encore dans ce salon le vase de la Mère folle, des armes, des émaux,, un plat, une aiguière de faïence, et plusieurs autres pièces du moyeu aye.
La plus jolie statue du musée de Lyon est la figure en marbre de Pandore, Cette figure, si souple, si gracieuse, a été exécutée, à Rome, par Gartot Si lions la dévions à un ciseau italien, si cette Pandore était sortie des ateliers de Canova, elle tt*auratt j^nère moins de célébrité que Vllcbc ilu statuaire de I^assaguo; mais elle est duc à un Français, et, de tout temps, admirateurs glacés de nos compatriotes, nous jetons sur leurs chefs*d*oeuvre un coup d'oûl indifFérept : les Italiens diraient avec orgueil : Notre Cfuuidei, noire Dupaiy, notre Bra, noireÇarlol, notre
Eumnc ib tmvmcb, t. m. a 5
386 8EC0KDE COURi>E OAKS LYOU,
Cttrtelier;\es Français diseot: Carte1ier,Gaitot,Bra,
Dnpaty, Chaudet , et passent en jetant un ref^rd de dédain. En eiitiaut dans la salir du muscc, nous nous sommes arrêtés un moment (k vantlos tableaux des peintres de l ecole lyonnaise. J'ai revu avec im nouveau plaisir le Feri-Verl de M. Richard, presque aussi connu que celui de Gresset, auquel
Soeur Hosalic, au retour des aiatlnes, Plu» d'une fois apporta des pralines.
Deux jolis tableaux de M. Grobon, représentent, lun les anciens aqueducs, Tautre l'église Saint-Jean. Ces tableaux y peints à la manière hollandaise, ont le fini des maîtres flamands, genre de mérite dont on a peut-être fait dabord trop de cas, mais qu*on n'apprécie pas assez aujourd'hui : les traits largement dessinés, les touches promptes et vijjourcuses, conviennent sans doute aux grandes compositions qui, comme les fresques, doivent être vues à une certaine distance pour produire leur effet; mais dans les ouvrages de chevalet, le fini , le léché même , sont de rigueur, si Taftiste ne veut pas que ses tableaux paraissent n'être que des esquisses. Dans ces deux vues, M. Grobon a porté la magie des couleurs au point de rendre au premier coup dœil Ullusion complète. Oui , voilà les riants coteaux , les eaux transparentes des fleuves qui baignent la capitaie du commerce français. Cette lumière brillante
SKCOx^DE COURSE DANS LYON.
est bien celle du soleil de nos contrées méridionales.
M. de M** ma conduitau second étage de Faile du palais, dn c6té de la me Clermont ; il m*a introduit
dans un atelier dont il connaît bien les issues; c'est celui de M. Ricljard: nous c>j)«''i ions l'y surpicudre au milieu de ses travaux et de ses élèves : cet espoir a été trompé. L atelier de M. Richard, décoré avec tout le goût d un peintre, renferme plusieurs excellents tableaux de ce maître habile. J'ai mement regretté de ne pouvoir témoigner à Tauteur tout le plaisir (juc me faisait éprouver la vue de ses elmrinanLs ouvrages. Auprès de cet atelier se trouve la bibliothèque de i école de dessin, et la salle où se réunit la société du commerce et des arts. Les statuts de cette société, formée en i8o5, sont à-peu* près les mêmes que ceux de la société d'encouragement de Paris : le but de son institution est aussi rencouragcnieut du conunci cc et des arts,, mais seu* lement dans le département du Uliôue.
M. de connaît en grande partie les hommes estimables qui la composent : sodvent, m*a-t-il dit, ils vont visiter ces canuts, û utiles et si peu estimés; des récompenses distribuées à pi-opos dans les ate* liers modestes y entretiennent le zèle des uns, excitent, stimulent celui des autres. Une légère rétribution de trente-six francs, que chacun paie avec empressement toutes les années, sert à former une petite caisse consacrée tout entière à féconder 1 in-
aS.
388 SECONDE CODBSE DAK8 LYON.
dustriu par des prix, par des secours donnes aux artisans an^êtés dans leurs travaux faute dua peu d'argent. Le premier président de cette société utile « et par conséquent honoiraUe, fut M. BureanK de Pusy, préfet. M. Fay de Santonay, maire, lui succéda dans cette présidence, qui depuis a toujours été confiée aux houuues les plus tlisiin^;u< s de la ville par le rang qu ils occupent et U coosidéraiiuu personnelle dont ils jouissent*
J'ai examiné, avec beaucoup d*atCention, des portraits , des fleurs, des dessins fabriqués en étofles de soie, et particulièrement le bel échantillon représentant uu fragnieut de la mosaïque des jeux du cirque.
. Kous u'avoDS pu pénétrer daus le cabinet qui se trouve sur la terrasse à droite. Ce cabinet, m'a dit M* de M**, renferme une collection précieuse d*antiqultés, de médailles très rares, et quelques statues en marbre. M. Artaud, auquel ce cabinet appartient, n'était pas alors à Lyon. Une des pièces les plus curieuses de cette ricbe coUectiou est uu poignard en bronze de la plus haute antiquité. On disait que le soc de charrue n'a été inventé qu'après les poignards , et que les hommes ne se sont occupés de Part qui entretient la vie qu après avoir cherché et perfectionné l'art qui donne la mort. S entr éfTorjjer a été leur premier besoin , et si jamais i espèce humaine huit, ce sera par répée. C'est après
SF.CONDK COURSE DANS LYON. 38t)
avoir long-temps étudié cet animal féroce, quë Molière s'est écrié:
L'iioiuiue e»t, je vqm Tavoue, ud luéckaDt animal.
Le deuxième étafje , sur la place des Terreaux , est destiné kXécole de dessin, La sailo principale est belle et d*ane grandeur remarquable. Les cabinets particuliers des professeurs communiquent avec la galerie^ plusieurs de ces cabinets renferment !de' fort bons tableaux i la grande salle est décorée des plâtres des plus belles statues antiques, V Apollon, la Vénus, le groupe du Laocoon, C'est eucore dans ce palais que se réunissent :
La société d*àgncttUure, dont les travaux ont pour objet Famélioration des cultures, particulièrement de celle de- la vigne; les choix des grains qui conviennent le mieux aux différentes qualités du sol ; les j>raii'ics arliticiclles et les plantes pivotantes, qui peu veut suppléer aux prairies naturelles , et alimenter les animaux dont la force ou les produits sont les plus précieux. La terre se trouve mieux disposée à dotiner de belles récoltes en blés après avoir nourri certaines plantes propres h engraisser à-lafois le sol et les bestiaux. La socictc s'occupe, avec Je même zélé, des moyens de propager et de perfectionner les mulets, ainsi que la race des moutons et celle des boeufs. Le choix des cantons les plus favorables au développement et à la multiplication
390 SECONDE COURSE DANS LTON
de ces animaux a!est.pas ocgUgé par elle. En6a , un objet uon moins important occupe encore cette udle société; cest la plaataUoa dei bois et leur conservation: elle s*ettache à faire connaître, à procurer, et à multiplier, les arbres dont la croissance est rapide, la durée longue, et l'utilité générale. Puisqu'il existe des hommes semblables aux sauterelles, dont luuique emploi estdedévorer, d'appauvrir, et de détruire, il faut bien que d'autres bommes se réunissent, pensent, et travaillent incessamment, pour réparer les ravages de tous les fléaux auxquels Terreur de 'la nature et la corruption du principe social livrent incessaiiinicut la race humaine.
La sodclc de mêdtcine ; cette société ne date que de 1 809 , et ne fut composée d'abord que d'un petit nombre de médecins unis par lamitié. Animée par lamour des hommes et par la charité philosophique, cette société de médecine distribue, à ses frais, des ni('dailles d'encoura^i^ement , et dans des séances pub!i([ii('s , d»'cerne des prix aux auteurs ile.s meilleurs mémoires sur des sujets proposés par elle: tous ont pour but d'éclaircir un doute oujd'iudiquer un moyen plus sûr et meilleur que ceux employés jusquici dans le traitement des malades.
lie Cercle littéraire date aussi de cette époc{ue de trois lnstrcs,qui coumicnee en 1799, et pendant laquelle tant d édifices, tant de ponts, de canaux , de «routes, furcut construits^ tant d établissements
SECONDE COUnSK DANS LYON. 3gi
ulilcs créé$. Ce cercle fut fondé en 1 807 , et composé de tcente-eÛM] membres titulaires et d'autant de membres associés;. le nombre de ses correspon* dants est indéterminé :.]es sociétaires sont tenus de
composer, chacun à leur tour, des ouvra^^os à la lecture desquels It^s séances sont consacrées. Cette disposition, rigoureusement suivie, ôleaux réunions Tennui de Tuniformité académiipie,.. agréablement remplacée par la' variété des talents et.des travaux. On compte, dans ce cercle, des magistrats, . des médecins^ des statuaires, des peintres , des architectes , des propriétaires, un vétérinaire, un imprimeur, et même un acailt micien , qui n'a pas cru déroger à la science en s associant à des hommes dontles travaux ont pour but les sciences, les lettres, et les arts.
Un édit de Charles VllI roi de France, de Sicile,
et de Jérusalem , comme chacun sait , a fondé à Lyon la noblesse dite dT^clievina[;e; Louis XII confirma, par lettres-patentes du mois de juin 149B, ces choses fermes et stables à toujours, pour en jquir à Tavenir, les échevins, en tonte liberté : cet avenir ne vonlait dire, selon tonte apparence, que la dorée des existences royales; car les édits de Charles Vlll et ceux de TiOuis XII f urent confirmés de nouveau par François 1', en i5i/|; ])ar François II, eu iSSq; par Charles IX, en .iS'^oj par Henri IV, en 1S95, et plus particulièrement par
392 SECONDE GOUnSE DANS LYON. .
lettres-patentes du moi de novembre i6no; par Louis Xill, an mois de juin 16 1 8, et par Ix»uis XIV', en 1 708. Je ne connais pas de titres pkn sonirent et plus authentiqnement renouvelés, et de noblesse
moins contestable que celle des brillants habitants -du quartier île Ik'llecourt. Fies syndics de Conipessières, en Savoie, lui manquèrent de respect, dans la personne du sieur Poniier de la Pyémante, dont ib osèrent comprendre les biens dans le r6le des tailles : mais le sénat de Gbambéry lava verteinent la tête aux syndics, et maintint le sieur Pornier de Ift Pyémante dans le privilège de sa noblesse, acquise par l'échevinage de Lyon.
Un cdit, du mois de janvier i634, avait d^& tenté de réduire Texemption des tailles pour l<â nobles échevins an temps seulement où ils sei'aicitt dans Texercice de leurs charges: autant eût-il valu n'être pas noble ; « car sans ai'gent rbouucur n'est qii une maladie. »
Les anciens privilèges furent maintenus...; seulement les nobles échevins se virent réduits à déclarer en sortant de charge s*ils entendaient vivre noblemeni, c'est-à-dire faire deux part» de leur temps, afin de passer « Tuoe à dormir, et Fantre à ne rien faire , » ainsi qu'en usa toujours M. Jean de La Fontaine, do tous les écrivains français celui qui, par sa maaièrc de vivre, sentait le plus son gentilhomme. En cas qu'ils vi 0 «sent a déroger, ou
SECONDE COURSE DANS LYON
autrement à commercer de nouveaa et à se rendre utiles^ iU n^aaraient pu, aiqsi que les autres dérogeants à noblesse, être restitués ({u après avoir de nouveau déclaré l'intention de couler leurs jours dans le dolce far nicule, et cH e demeurés les bras croisés dix auaées durant, à compter de cette dé~ daration. Au bout de quatre ans, on trouva qu'il y avait bien encore incompatibilité absolue entre la qualité de mAk èt le commerce en détail on en boutique; mais «on pouvait être et réputé noble, sans «distinction avec les autres nobles du royaume, en «faisant trafic et Dé{];oce, tant d argent que raar- « cbandises, pourvu que ce fût les unes ea gros et « celles tenues en magasin, et les' autres par forme a de banque. » Mais comme pour ce faire, sans s*exposer à déchéance,, il fallait habiter Lyon , presque tous les nobles renoncèrent aussitôt an ronu'ierce. Depuis Cbarlcs Vlll la ville a eu environ douze cents échevius,ct plus de soixante prcvots des marchands. On conçoit que, si Dieu n'arrêtait en fa* veur des classes laborieuses ht verm procréatrice des classes (oisives, la ville de Lyon devrait renfermer plus de nobles qne de cannls; fort benreuse^ ment pour les amateurs des étoffes de soie le contraire est arrive: Lyon voit peu de nobles, et les canuts y abondent.
L'£CRETIilAGE.
»" XC. [20 OKCKHBIIE 1819.J
L'ËCHëYINAGE.
Le travail , ea cet litui gagr par la molletse , , S'ouïrait , * pu conptés, U nmic à U noUcne.
Je ne dirai pas comme Boilcau:
Qu'avec le temps le mérite avili
Vit honoeur en roture et le vice ennoUi;
ni comme Nicole : « La noblesse est une grandeur Rétablissement qui ne consiste ni dans les qualités de V ame ni dans celles du corps. » Je ne mesure pas
mon rstiiiie sur l'opinion conimiuie, qui veut que la noblesse dV?p<;c soit la plus resj)eclable : philo- <%ophiqnemcnt parlant, je ne tiens paii davantage à la noblesse do robe; il y a du sang sur Tuoiforme et sur la toge, et, enfant de l'Église, j*ai comme elle la même répii(jnance pour ceux qui versent le sang et pour ceux qui le font verser. Cette horreur rell[jicuÀe et pliilosophicpic atleste en moi un défaut d'héroïsme, qui pourrait fort bien me nuire aux yeux de certaines gens; n importe, à tort ou à
LÉCHEVINÂGE.
raison, je dois avouer que je fais plus de cas de la noblesse d^échevinage que de toutes les autres. Je sais bien qn*elle commençait aussi par la Taoité et
qu'elle Baissait de même par rorffiieil; mais du moins, clans le principe, elle était charitable et bienfaisante.
Lorsqtt*un négociant se trouvait assez riche, et que sa réputation dliomme de bien était suffisamment établie, Taspirant aux écussons sollicitait l'honneur d*exercer les fonctions «gratuites de recteur des hù|)iiaux. La durée de ses fonctions était de quatre années. Le nouveau recteur donnait quatre mille livres aux pauvres, ctdéposait dans la caisse de Tliôpital une autre somme de dix mille livres : elle lui était rendue au moment où il cessait ses fonctions; et le plus souvent il en abandonnait une partie aux malades ; cfuelqiies uns la laissaient tout entière.
C'est pai ini les recteurs sortants que l'on choisissait le trésorier, lequel n'était en charge que [)cndant un temps détermitié. En y entrant , il déposait un cautionnement de deux cent mille livres, sur lesquelles on faisait à lliôpital les avances que les temps et les circonstances rendaient nécessaires. Des fonctions de trésorier on passait à celles de co;isenialeur; le conservateur devenait éclievin, et réchcviu était aoohli après deux aps d'exercice dans cette dernière char(];e. Dès cemomcnt le nouveau noble quittait les Terreaux pour aller en Belle-
896 LhCIlKVlNAGE.
court vivre noblement, c'est-à-dire sans rien faire.
Cent fainilles'par siècle subissaient cette mêla** morphose, et, semblables à linsecte qui les avait
rnricliies, de vers obscurs et laborieux devenaient des papillons brillaFits, mais oisifs. La maison d'Albon est la seule qui ne doive point son illustration Aux vers à soie: aucune autre ne remonte au-delà de deux cents ans ; mais dans une dizaine de siècles les descendants actuels de ces marquis, comtes,'et vicomtes, lauront de fort illustres aïeux, si 1 on connait alors d'autres titres cpic celui de citoyen, qui pourrait, à la rit^iuour, tenir lieu de tous les autres. Les Americams. nous cultivateurs, bons marchands, excellents manus, s*en contentent, et nous ne voyons pas quils s en trouvent plus mal.
La noblesse de Lyon est de sa nature sédentaire et pacifique. Avant la révolution à peine fournis^ sait-elle aux troupes du roi une douzaine do lieutenants d iulanterie et de cavalerie : elle a occupé peu do places dan5; les antichambres de Versailles et des Tuileries; la haute ma^trature, la haute administration ne se recrutaient point dans son sein : elle ce va {ruère à la cour et même à Parla rpio pour s'y former aux belles iiiani< i( ->, ( t, quoifjui' tlopnis la restauration elle ait repris ses titres, ou remarque daus ses habitudes, dans son luxe, dans son élégance, plus d'imitation de la Gbausséed*Antin que du fauboui^ féodal.
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Jariinis di'civt ne lut plus rolijjieuM'iiiciit oxëciité que celui du t i {^enuinal au 10, qui u fait de i aucien couveut de religieuses de Saiot-Benoît le palais des sciences, des arte, et du commerce. Oo ne voit pas sans regret dlgnobles masure$ adossées i ce beaa monument; il serait aisé de llsoler en ouvrant une rue derrière, et du eôté opposé à la façade; mais ce ne sont ni les choses lionnes ni ( lioscs faciles qui se font le plus tôt et le mieux : de petites considérations personnelles remportent toujours sur rintérét (général; la paresse, 1 insouciance de Fadministrationi laissent long-temps en souffrance les besoins que ilntérét privé satbferatt à Tinstant même.
A côté du ])alals des Arts se trouve réalise de Saiat'Pierrc, cpii n'est (jucre remarquable que par son ancienneté. On en attribue la construction à Tarchevéque Leydrade, que les libéralités de Gharlema(;ne mirent en état de réparer les temples et les monastères détniHs par les Sarrasins.
Larchevéquc Leydrade introduisit dans son église le rit romain, et abolit rancicn rit gaulois, qui jusque là y avait été observé : c'est un tort. U ne faut jamais faire entrer l'étranger dans les intérêts dn pays: la suite Fa bièo prouvé.
Si la petite église de Saint-Pierre atteste la piété de l arcbevêque Leydrade, elle prouve mal en faveur de sou goût. L entrée est mesquine; les quatre
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tableaux qui décorent la nef m'ont paru peu dignes d'attention, (juoiqirnn de ces tableaux soit de Blaocliet. Le maître-autel est revêtu de marbre précieux. La petite place ^Saint-Pierre est ornée d*une fontaine, an -dessus de laquelle s'élève une croix en fer doré. L^ensemble de ce petit monument ne manque pas d*harmonie, et est plus agréal)le à l'œil que la façade (i^othique de 1 enlise.
En redescendant vers le Itliùnc par les rues du Plâtre, du Bàt-d'Jrgeut, et ttu Pas- Etroit, nous nous sommes trouvés près d*un bâtiment vaste, magnifique, dont la façade regarde le Rbône:
c*était la bibllotbéque» M. Delandine, ancien député, auteur don (rrand nombre d ouvrages, est maintenant bibliothécaire de la ville de Lyon; il était absent : sa santé, altérée par l'âge et de longues souffrances, ne lui permet pas toujours de remplir les fonctions de sa place; il est remplacé par un de ses fils, auquel on doit aussi quelques œuvres littéraires. 11 a publié, en 18 17, deux volumes in-8% assez épais, sous le nom de Panache de Henri ly, on la Pludatujc royale. C est l'histoire de la campagne du duc d'Angouléme dans le midi de la France, pendant les cent jours. M. Delandine fils y servit, et se trouva à la suite du prince au Pont^uSaint-' Esfnit, oÀ il se distingua sans doute, puisque c*est pour ce fait qulL a sollicité la faveur d*ajoutèr à son nom celui de ce pont célèbre, faveur très gra-
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cienscment octroyée h. Viinpétrant, et dont à juste titre il se iiionln' aussi fier que lOcoïKiai^sant.
.Vai adiiiiré la va^le élcuduc de la i)iijliotljeqiie. L'architecture moderne a produit |)e{i de luouuméats plas remarquables. Cette salie immense a cinquante mètres de longueur, onze de largeur, et son élévation est de treize mètres. Elle est ornée de globes et de planisphères, de bustes, de bas^reliefs, d(; tables précieuses; elle est bieu pavée, mais le froid du marbre ne la rend pas favorable peudaut riiiver : alors les lecteurs se réunissent dans une salle moins vaste et échauffée qui se trouve à côté.
La bibliotfaèqoè de Lyon renferme soixante-dix mille volumes, an nombre desquels on compte, quator/.e mille in-folio, placés sur six rahfjs dans des armoires fjrillees qui rc/jncnt tout autour de la salle. Les lourds volumes sont séparés des in-4" et des ioS'* par une galerie à balustrade , qui s*étève an-dessns des armoires. Cette bibliothèque renfehne des ouvrages p récieux sur lliistoire et sur les sciences pliysiques; des manuscrits grecs, syriaques, hébreux, chaldéens , arméniens, arabes, persans, tartares, cbiuois, et indiens: plusieurs sont écrits sur des feuilles de palmier, d'autres sur du vélio. La salle des mannscrits renferme presque autant de volûmes que la grande salle. G*est là que se trouvent les éditions des livres imprimés avant le seizième siècle. Dans une autre salle on a réuni la collection
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des ouvrages de tous les auteurs lyonnais. Les volumes de format atlantique, les atlas, et les gravures^ soDt réunis dans la salle dite des Estampes.
Derrière cotte salle s<.' trouve un cabinet d'antiquités, riche en reliques de ces temps où les arts d'ajjrémeut concouraient, peut-être plus encore que de nos jours, à égayer la vie, et dissiper les pensées tristes et mélancoliques.
M. de M*** connaît la bibliothèque de Lyon, plus encore comme homme instruit que comme ancien hahilaut de la ville: il m'a iiiunlré plusieurs livres rares. J ai remarqué pluii particulièrement un herbier, avec figures peintes sur vélin, auquel on donne plus de six siècles d ancienneté; les CEwtres de Luther, on se trouve sa fameuse conférence avec le diable; unCicéron, en quatre volumes, imprimé à Milan vers la fm du quinzième siècle; ï Histoire naturelle de Pline, et Tite-Live^ imprimés eu 1470 ■ et 1472 à Venise, par picolas Jenson, sur heau papier vélin; et surtout une Histoire générale de ia chimie, imprimée à Pékin, en caractères chinois» Deux grands {jlohes peints par le père Grégoire, et le buste en marbre de Boileau, sculpté par Coysevox, ont aussi attiré notre attention. ïiOnis XIII, ou plutôt Richelieu et Louiâ XIV ont enrichi la bibliothèque de Lyon des magnifiques éditions du Louvre. *
Après avoir bng-ttmps parcouru les salles de la
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bibliothèque, admiré les» richesses littéraires qu elle renferme, et Tordre qui rq^oe dans plusieurs par>
lies, M. de M** m'a conduit sur la belle terrasse qui tonclie à la (;rande salle. T^'air pur qu'on y respire, les aspects riches et variés qu'on y découvre, invitent l'esprit à la méditation, et lui procurent des rêveries pleines de charmes: un horizon ioh mense où s*éléve, vers Torient, le colosse glacé du Mont*Blanc; d*un côté, les verts coteaux' de la Bresse; de l'autre, le Mont-Pila , les cimes bleuâtres de la Graiicle-Chartreusc, et des montagnes au bas desquelles Grenoble est assise. Entre les Alpes qui s'abaissent en collines vers le. Rhône, et ce fleuve, roidant dans un vaste canal ses ondes brillantés et rapides, se développe une plaine immense, coupée par des x'i^nes, des coteaux, des bouquets d'arbres, et (les tapis de verdure; à nos pieds, des quais superbes, ombragés par de belles allées d'arbres; deux beaux ponts, des maisons particulières, vastes et somptueuses comme des palais, tel est le spectacle offert par Topulente ville de Lyon an petit nombre de personnes studieuses qui viennent dans sa riche bibliothèque chercher dans rinstniction les moyens de rendre les hommes plus heureux en les rendant meilleurs.
« Notre ville, m*a dit en sortant M. de M*^, est, avant tout, commerçante et manu£&cturièi*e. Les classes industrieuses s*occupent de leurs affaires, et
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