LES CALAS
DIDEROT, NEWTOIV, FRANCKUN,
BACINE, WASHINGTON, OORNEILLE,
DBLILLE, LAFAYETTË, MILTON.
FEUJ^EY-VOLTAIRE. ^^t.
An bas du portrait de .WasjiiogtpD , on lit cette inscription de la main de Voltaire:
- Ife quid detrimenti capieU respublica.
An bas du portrait de Delille, ce vers d Horace inscrit par Voltaii*e :
NuUiJIeiHUorquam Hbi, FirgitL
Au bas du portrait de Leibnitz, Voltaire a inscrit ce quatrain;
Il fut dans runivoi-s conr.u par ses ouvrages, Et dans son pays même il se fit respecterj ]1 instruisit les rois, il (-daira les sages: Plus sage <|u'eiu, il sut douter.
Après avoir écrit ces notes au crayon sur une vieille commode en marqueterie, seul meuble de
cette chambre dont je n'aie pas parlé, je m abandonne aux rcfli.'xious que ce lieu m inspire.
C'est ici, dans celte étroite enceinte, qu'a vécu, pendant près de vingt ans, cet bomme prodigieux à qui seul il » été donné de soumettre la puissance au génie, de flétrir tons les préjugés de son siècle, et de venger Thumanité et la raison des longs outrages du despotisme et de la superstition. Je ne puis faire un pas dans cette chambre ou j)lut6t dans ce sanctuaire sans y rencontrer ses traces: j interroge les annales dn monde , et j'évoque ici les ombres illustres dont s'enorgueillissent tous les peuples et
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tous les siècles; c'est d*eUes-inènies cpie Voltaire reçoit sa couronne immortelle.
Qiirl autre écrivain a jamais réuni le fjoût le plus pur au {{('nie le plus subliiue ; l'iniagination la plus ardente à la pensée la plus juste ; la {?;racc la plus touchaote à réruditioa la plus profonde ?
Quel historien a porté plus de lumière dans ce chaos d*erreurSy de préjugés, et de mensonges^ que Ton appelle lliistoire?
Quel poète a su, comme l'Apollon iiaiirai.s, faire entendre tour-à-tour sur sa lyre les accords des neufs Muses? Quel autre avant lui avait fait parler à la philosophie le langage des dieux? '
Quel philosophe s'est attaché avec plus de constance à la recherche de la vérité; a donné plus de charmes à la sagesse, plus d*emptre à la vertu?
Quel moraliste a signale les travers de son siècle avec une ironie plus sanglante, a stigmatisé ses vices d'un vers plus brûlant?
Qui le croirait cependant, cet homme unique, admirahle exception de Vespèce humaine, ce Voltaire sans rival, à qui les anciens eussent élevé un temple, dont le nom est le premier titre de gloire de sa patrie, a vécu dans lexil ; et, quarante-cinq aus après sa mort, la Sottise et TËnvie, debout auprès de lurne qui renferme sa cendre, s'occupent encore à remuer sa cendre avec des poignards.
D'imbéciles énergumènes, possédés du démon
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du fanatisme et cl(« pouvoir absolu, ne cessent de répéter que Voltaii e est 1 aut(;ur de la révolution. Sans doute il eût applaudi de toutes ses forces à une révolution qui consacrait la destruction des abus anzqnels il avait déclaré durant sa vie une guerre si active et si courageuse ; il aurait béni cette assemblée nationale qui proclama Tabolition des droits féodaux, des dîmes, de la eorvée, de la iiiaiii-niorte; qui détruisit les priviiejjes exclusifs de la noblesse et du elcrjjc, Ja vénalité des eharjjes, les lettres de cachets, la torture, Tatrocité des supplices ^leutassement des malades dans les hôpitaux, rétablissement des cimetières an milieu des villes, les institutions monacales ; il aurait béni 1 edit qui décréta la liberté de la presse, la réforme des eodes civil et criminel f 1 unilorniité des poids el mesures, IVVjale répartition des impôts décrétée par les députés de la nation; sans doute Voltaire, témoin de tous ces prodiges, se fCA écrié : « Goorage, roi des Français! coora[;e, mandataires du grand peuple I achevez de détruire tous les maux (juc j'ai signalés, de faire tout le bien que j ai provoqué dans mes écrits. »
Mais à quels Français, aussi loug-teuips qu'ils sauront lire, cspère-t-on faire accroire que Fauteur de Ui Henriade et du Siècle de Louis XJF, que le panégyriste de Lonîs IX et le chantre de Fontenoy ait contribué par ses écrits à la chute dun trône auquel se rattachaieut ses plus beaux titres de
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[jloirc? querécrivam qui accorda de si jnsi»-^ éloj^es aux t'dits bienfaisants qui sijjnalèrcnt les trois premières années dn rêfjne de liouis XVI, ait amené les luallicurâ d'une famille dont il a imiuortalisé les vertus? . .
Ne faut-il pas avoir renoncé à sa raison pour oser dire que Fécrivain qui avait pris pour devise hainè aux persécuteurs a provoqué des crimes qu'il - a von ('S à 1 exécration des siècles? Icnteudcz-vous s écrier :
Éxcermines, Q^nd Dien, de la terre où nous sommes Quiconque avec plaisir répand iè sang des hommes !
Vous ne pouvez nier qne Voltaire, témoin des excès delà révolution, en eût été la première victime; ponssez donc la démence jnsfjuVi raccuser d'en avoir été par anticipation l'instigateur et le complice.
« S'il est vrai« continuent les ennemis de Voltaire^ ' qn il eût abjuré les hommes de la teirreur , il ne rest pas moins quil en a préparé le rè{^ne en semant
l'inerédidité dans tous les cœurs, en propageant l'alhéisme dans tons les esprits, «
Vous mentez effrontément, répondrai-je en style de Saumaisc à ces nouveaux tartufes: Voltaire un athée !... celui qui fit ce vers à jamais gravé dans la mémoire des hommes:
Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
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Celui qui réfuta si violon uuciit Ir Syslùtnc de hi unture, et même le livre de f J'^.^jjril, dont il aiiuait teu drement l'auteur l'auteur dAlzire, et du poëmc fie la Loi naturelle Voltaire, croyait etToalait que l'on crût à Pexistence d'un. Dieu rémunérateur et vençear, d an Dieu de paix et de bonté, devant lequel tous les hommes sout éfjaux, qui vous tiendra plus de compte d'ime houue action que d'uuc longue prière^ d uu Dieu qui venge Imuoceoce, qui hait rtiypocrite, et qui punit loppressenr; la religion de Voltaire est celle de Fénélon, de Socrate, de Gonfucius, de Marc-Auréle : sa religion n*e$t pas la vôtre... Je ne sais combien de temps je serais resté absorbé dan-, des r/ flexions que réveillait dans mon esprit chacun des objets dont j étais entouré, si le banquier de Genève, qui m'avait accompagné au château, n était venu m*avei*tir que notre diner d*anbêi|re était servi. Je ne sortis pas de la maison de Voltaire sans éprouver un serrement de cœur auquel je deviens chaquejour plus sujet en m'éloignant des lieux que j aime', avec la certitude de les avo\r vus pour la dernière fois.
Pendant le dîner, où M. N*" ne manqua pas dlnviter le jardinier de Voltaire, qui vit encore, on peut croire qu*il ne se dit pas un mot dont le grand bomme ne fÙt Tobjet. On aurait de la peine h s*imaginer la surprise du vieux jardinier en apprenant que celui qu il n entend jamais uomnier sans porter.-
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la main à son cœur avait eu beaucoup d'ennemis dans $a vie , et qu 'il existait des hommes à qui sa mémoire était en horreur : k Dieu me préservé de les rencootrer jamais ma bâche à lâ main, s*écria le vieillard; je sens que j aurais de la peine....» M. N*** calma le courroux du bon homme en l'assui ant <jne le patriart lie de Femey n'avait en et n avait pour cnoeuiis que les sots, Ic^ méchauts , les hypocrites, etles ineptes barbouilleurs de papier de son temps et du nôtre. «Cela me fait souvenir, ajouta-t-ii, que jai fait une vie de Voltaire d\in Qenre tout-à-fait nonvean. » Je lui témoignai ma sur* prise de ne point connaître cet intéressant ou vrajje. — C'est un pl.ii>ir (juo je piiisvous donner à l'instant même, reprit-il en tirant de sa poche uoe feuille de papier qu il déploya devant moi : en ma qualité de banquier, je fais plus de cas des faits que des phrases; jai donc inia(^iué de dresser le bilan de ce {jrand capitaliste pour savoir à quoi m*en tenir sur sa lortiuie : je lui ai ouvert un compte en partie double; le voici : nous pouvons le vérifier ensemble. J'ai pris tant de plaisir à cet examen que je veux mettre les lecteurs à portée d*en vérifier enx>mémes les résultats.
PERNET-TOLTAIRE.
YOLTÀIRË A LA POSTÉRITÉ.