‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 6 (volume 5)Chapitre 16 sur 65 · LES AÉRONAUTES · texte numérisé non relu

LES AÉRONAUTES

qu'elle attendrait pour partir que le soleil, plus près de l'horizon, permît aux spectateurs de la suivre des yeux dans sa course.

Le moment arrivé, la (jondole, surmontée du parachute, fut attachée au hallon; mademoiselle Garnerin s’y plaça lé{}èrcinent , et , sans donner le moindre si(rne d'inquiétude, elle salua les spectateurs du drapeau blanc qu'elle tenait à la main, et donna l'ordre à dix hommes, qui le retenaient avec effort, de lâcher les cordes du ballon; sa force d'ascension était telle qu'il s'élança comme un trait dans les airs aux acclamations des spectateurs; je n'y mêlai pas les miennes; j'étais oppressé par un sentiment plus pénible; les larmes roulaient dans mes yeux.

Il avait été convenu avec la jeune aéronantequ'elle se séparerait du ballon au signal de la détonation de trois boites d'artifice : on le donne et les yeux s’attachent avec effroi sur la frêle machine qui continue à s’élever. Déjà elle avait atteint une prodigieuse hauteur; les uns craignaient que cette jeune fille, qui montait pour la première fois dans un aérostat, ne s’y fût évanouie; les autres, et c’était le plus grand nombre, supposaient que, retenue par une frayeur, que chacun éprouvait, à l’abri même du danger, elle ne pouvait se décider à couper, comme une parque fatale, le fil qui la reti'uait encore à la vie; mais tout à-coup un cri général d’é-

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pouvante a retenti ; la pâleur est sur tous les fronts; le lien est eoupé, la nacelle, séparée du ballon, s'abiiiie dans l’espace... Au même moment, le paraebute se déploie, le gouffre se ferme, et l’intrépide aéronaulc, mollement balancée dans les airs, semble redescendre à regret sur la terre, où tous les vœu.\ la rappellent.

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N* XII. [4 >uv»:MBnE i8i5.j

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ProRic , «*ii advient, du l>ool>eur du maUde, Et vois atirihurr au teul pouvoir de l'art Ce qii'avcr la nature aura fait le kasard.

Tu. CoB.^ElLLe, Festin de Pvrrr.

Comme il pourrait fortfilen m’arriver d'avancer, à ce sujet, des j)ropositions mal sonnantes à certaines oreilles, je ne ferai pas mal de les mettre tout de suite à l'abri d'un nom dont on ne s'avisera pas de me contester l’aiitoritc. « Si l'on vient à peser mûrement (remarquez bien, lecteurs, que c’est Boërliaave qui parle) le bien qu’ont fait au monde, depuis l’ori{;ine de l’art, une demi-douzaine de vrais fils d'Esculapc, et le mal que la multitude immense des docteurs de cette profession a fait au penro humain, on pensera, sans aucun doute, qu’il serait beaucoup plus avauta{;eux qu’il n'y eût jamais eu de médecins dans le monde. Ilabemus conjilentem reuw ; et j’en prends acte.

11 y a long-temps qii’ou a fait l’obscrvation-qu’il

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n’y avait cjii’une route pour entrer dans la vie, et qu’il y en avait mille pour en sortir; eli bien! ôtez seulement la guerre et la médecine; et si vous dites encore avec Viqjile, que /es portes de la mort sont ouvertes nuit et jour', vous ne vous plaindrez plus, du moins, quelles soient obstruées par la foule qui s’y précipite.

Je soutiens, depuis long-temps, un paradoxe de la vérité duquel je me donne moi -meme comme une preuve vivante : c’est que les maladies ue sont point dans la nature, et qu’elles n’ont point d’aulrc source que notre intempérance, à prendre ce mot dans sa plus grande accÿUion. Je suis né avec un tempérament très faild^^ je n’ai jamais été malade, et je suis arrivé doucement à un âge où l’on ne meurt plus que de la mort, comme dit Montaigne. Quel remède ai-je employé pour vieillir? celui que Zadig prescrit au .seigneur ügul ; j’ai mangé quand j’avais faim ; j’ai bu quand j’avais soif, je me suis reposé quand j’étais las.

La plus forte objection morale qu’on puisse faire contre la médecine résulte, selon moi, de l’inconstance de ses principes ; en effet, combien de systèmes différents depuis Hippocrate jusqu’au docteur Gall? Molière, chez lequel s’étaient réfugiés la

** Nocte% attjue tlies patetatra Janua ditii.

Vinoii.i:

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raison et le bon sens qui manquent ci tant de fous, soutient que la médecine est une des jdus (jrandes erreurs qui soient parmi les hommes, .le ne connais pas de proposition inatbematique susceptible d'une démonstration plus rigoureuse : après avoir cité le témoignage de Boërbaavc, je citerai encore celui de Guy-Patin, un des médecins les plus savants et les plus spirituels du dix-septième siècle, lequel prétendait que la PHYSIOLOGIE, la p.vtiiolocie, et la SÉMÉIOLOGIE, n étaient (pic les parties accessoires d'une science dont le fond était la CHAnLATANEUiE.

Si le fond de la médecine a toujours été le même, les ridicules des médecins ont changé . dans le seizième siècle, leur science se liait à la chiromancie et à l’astrologie judiciaire; Imc Oauric guérissait, ou du moins prétendait guérir, au moyen des planètes et des signes cabalistiques, ce qui n’empêchait pas qu’on ne vécût alors assez long-temps, et qu’il ne fallût un coup d’arquebuse pour tuer, à quatrevingts ans, le connétable de Montmorency.

■ Les médecins prirent de la gravité sous Louis XI V, et cette gravité devint plus comique : la robe doctorale et l’énorme perruque qu’ils adoptèrent à cette époque achevaient d’en faire des personnages de théâtre; et les scènes où Molière les a fait si gaiement figurer sont les meilleurs mémoires que nous ayons sur la médecine de cette époque: les consultations des médecins de Pourceaugnac sont du la

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plus exacte vérité; la Faculté d’aujourd'liui pourrait en contester les formes , mais elle serait obligée d’eu adopter les principes. L’auteur du Malade Imaginaire était conséquent: il .se moquait des médecins, et ne .s'eu .servait |>as. Mauvillaiu, dont il écoutait les ordonnances sans les suivre, était son ami particulier, et lui fournissait les plaisanteries teclniiques que l’on trouve dans quelques unes de ses pièces.

Quand j’entrai dans le monde, les médecins à {jraude perruque avaient disparu pour faire place aux médecins à perruque à trois marteaux; l’babit de velours noir, le solitaire au doigt, et la canne à bec de corbiii, étaient les signes caractéristiques de la profession; la bonbonnière en écaille blonde dans la pociie de la veste n’était pas encore aussi indispcu.sable qu elle l’est devenue quinze ans plus tard. Les médecins à bonbonnière s’einparcreut des boudoirs , et rivalisèrent avec les abbés pour les succès de salon : une petite maitresse avait alors son carlin, son docteur, son perroquet, .son abbé, son petit jockey, et .son grand beiduque. Ces Hippocrates de toilette s’étaient fait un jargon précieux dans le genre de celui de Marivaux; on leur doit l’invention des vapeurs, sur lesquelles ils ont vécu pendant une vingtaine d'années.

Aux médecins poupards succédèrent les Esculapcs de Germanie, qui guéri.ssaicnt toutes les maladies au moyen du magnétisme et de l’électricité;

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ceux-ci affectaient une e.vtrêrae simplicité; le grand liabit de drap bnin, l)outonné du haut eu bas, à la manière des quakers, la petite perruque ronde, sans poudre, composaient leur costume; ils se croyaient obligés de faire, au moins une fois dans leur vie, un pèlerinage en Suisse pour herboriser sur les Alpes et s’entretenir avec Tronchin dans un chalet du pays de Vaud.

Tels étaient l'état et l’esprit de la médecine lorsque je quittai la France pour n’y rentrer qu’un demisiècle après. Unecircon.stancc pénible vient de m’offrir l’occasion d’ob.server les changements matériels qu’a subis la gent bippocratienuc pendant ma longue absence. Ma bonne Ottaly , cruellement éprouvée par un climat et par un régime nouveaux, a failli mourir, faute de deux ou trois plantes de la Guianc qui servent à scs sauvages habitants, de remèdes universels. Ces dictâmes bienfaisants ne leur sont pas ordonnés par des médecins brévetés; ils ne sont pas dénaturés en passant par le pilon et l'alambic d’un pharmacien patenté; peut-être aussi leur vertu salutaire tient-elle à leur applieation immédiate.

Je ne crois pas à la médecine; mais beaucoup de gens y croient, et je ne voidais pas prendre sur moi l'évènement d'une maladie qui s'annoncait avec un caractère aussi grave. .le fis transporter la malade à Paris, et je courus chez un médecin célèbre que m’avait indiqué madame de I<orys.

ErMITF. r»K I.A T. I.

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J’arrivai chez le docteur; vingt personnages atendaient dans le salon ; je fus introduit à mon tour. Le docteur Norvillc est un homme d’une cinquantaine d’années, dont les manières n’en ont guère plus de vingt-cinq ou trente ; ce qui frappe au premier abord, c’est la satisfaction où il est de lui-même, l’estime qu’il se porte, le bien qu’il se veut. Il était en robe de chambre de piqué de la plus éclatante blancheur, assis dans un grand fauteuil d’acajou massif, dont la figure et les attributs d’Hermès, en bronze doré, composaient les ornements: sa bibliothèque, en bois de citronnier, renfermait toutes les richesses de la science; seulement je remarquai que la rcliùre des livres était si fraîche, si brillante, qu’il y avait tout lieu de penser qu'on les avait bien rarement ouverts; mais je pouvais croire qu’un aussi savant homme n’avait plus rien à apprendre dans les livres: je n’eu doutai plus, en c.xaminant les deux pilastres de la cheminée incrustés d’une vingtaine de médailles d’or et d’argent, que le docteur avait gagnées dans toutes les académies de l’Europe.

M. Norville, après m’avoir fait asseoir, s’informa pobment de l’objet de ma visite, et, sans attendre ma réponse, il me demanda des nouvelles de madame de Lorys. «Quelle femme! continua-t-il; et pourquoi faut-il que notre art ne puisse rien sur la marche du temps? » Puis il me parla de son joli château dans la forêt de .Senart , d’une fête qu’il y avait

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donnée l’année dernière; puis, avec une adresse de transition très reniar<|iiablc, il m’entretint des élections, on il venait d'ètre nommé candidat; du premier concert de madame Catalani, on on lui avait pris sa loge; des alliés; de la cliute de madame Sacchi; du boulcvart de Gand, et de la rentrée de Talina; il se souvint alors que c’était sou jour de loge au Français, et sonna pour prévenir qu’il irait dîner chez la comtesse de Sennccourt. « Vous ne m’avez pas dit, reprit-il, ce qui me procurait l’bonncur de vous voir; mais je me suis particulièrement appliqué à la sëmciolique , et je crois déjà connaître la maladie sur laquelle vous venez me consulter.... Vous avez.... — Près de quatre-vingts ans; c’est un mal auquel je ne connais qu’un remède, et je laisse à la nature le soin de me l’administrer; je viens vous consulter pour un autre, j’ai amené avec moi d’Amérique.... n On annonça l’imprimeur. Il apportait les épreuves d’un Mémoire sur les Paljnlalions , <[ue le docteur avait lu à la première classe de l’Institut ; il renvoya, pour la correction des épreuves, à un jeune étudiant qui avait suivi ses expériences à l’hospice Saint-Louis, et qu’il avait chargé de surveiller l’impression de son Mémoire.

Son secrétaire vint ensuite lui montrer la première intention de la dédicace d’un de scs ouvrages à un prince d’Allemagne. Le docteur y ajouta quelques phrases, dans lesquelles il comparait un souverain

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.,ui avait fourni cenl vingt -s.'pt hommes à la coalition, au grand Alexandre encourageant Aristote.

A chaque interruption M. Norvillc me priait de rexcuser: une fois (pie j’eus pris mon parti sur son impertinence, je m’amusai beaucoup de ses ridicules. Son valct-dc-chambre vint lui duc quelques mots à l’oreille, et dans l’instaut uue jeune femme, (pi’im vaste chapeau de paille dérobait à mes regards, fut introduite-dans le cabinet du docteur. U se leva, lui prit la main; je voulais sortir: « Restez, me dit-il; je suis à vous dans un moment; je nai qu’un mot à dire à madame; » et il la conduisit dans l’ciiibrasurc d’une croisée; pour conserver une contenance discrète, je me mis à feuilleter un livre.

La petite dame, dont la figure très agréable, bien qu’un peu pâle, se réfléchissait à son insu dans une place en face de moi, ne se doutait pas que je la voyais rougir et baisser les yeux en parlant au docteur, (pii l’écoiitait avec plus de plaisir que d’attention. Après un quart-d’heure de chuchotage, la dame prit congé. «Voilà ce que c’est, me dit en rentrant le docteur, qui l'avait été reconduire; un mari absent, une erreur de date : c’est embarrassant;

mais la médecine estiudiilgente.... Elle accorde au-x

femmes six semaines pour se reconnaître.... V oiis disiez donc?.... — Que j’ai pour gouvernante une mulâtresse.... — Une gouvernante? de quel âge? — Maisd'une cinquantaine d’années. — C’estdiffercnt!

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— Je la crois attaquée d’une fluxion de poitrine.... » On annonça M. Rougeard, et je vis entrer ou plutôt .se rouler un homme de quatre pieds de haut, qui me parut en avoir près du double de circonférence: «Eh bien! mon cher, comment allez-vous? — Toujours souffrant. — Vous travaillez trop. — Que voulez-vous, docteur? mes associés sont des bêtes, et mes commis des brutes; je suis obligé d’avoir de l’esprit pour tout ce monde-là. — Quand partez- vous pour votre terre? — J’attends l’adjudication delà fourniture générale. — Encore quelques millions à gagner? — Bah! des millions; c’est de la santé qu’il rne faut, et, pour en avoir, je vous emmène avec moi à la Grimaudière, où je veux passer le reste de l’été; nous y chasserons, vous à cheval, et moi en calèche. — J’ai tant d’occupations!... Je laisse là mes affaires; vous pouvez bien planter là vos malades; ils n’en mourront pas. — Au fait, j’ai besoin d’un mois de solitude pour achever mon grand ouvrage sur le .système musculaire... Nous verrons. — En attendant, à quel régime me mettezvous? — Continuez Tivoli et le vin de quinquina. — V^ous dînez demain avec moi; nous nous amuserons, c’est mon dîner d’artistes. Je vous quitte, j’ai rendez-vous à la guerre. — Adieu, Rougeard; l’exercice, mon cher, l’exercice, et sur-tout rompez avec la rue de Clirhy, je vous en conjure, j’ai mes raisons pour cela. — Adieu, docteur, à demain. »

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« Vous ne connaisse/, pas ce (jros lioinrac-là, iiic <Ut-il cpiand il fut parti? il a autant d'or qu’il en

pèse : aussi en est-il à sa qiiatriciiie banqueroute

Mais ne perdons pas de vue votre affaire. Votre Américaine a une fluxion de poitrine, dites-vous?.... (On lui remet un billet.) Allons ne voilà-t-il pas rju’on m’attend à l’hAtel de Senneterre ? Le duc arrive malade de l'armée. » Il sonne son valet-decbainbre, me demanda la permission de s'habiller; et , tout en faisant sa toilette , il me parle des influences atmosphériques , d'irritation nervale, d’en- )>or{'ement de vaisseau.x lymphatiques, de la nécessite de mettre fin à l'état fébrile; demande son habit vert américain, son lis en diamants et ses ordres étranf>ers; ordonne pour la malade des rafraîchissements, de l’eau d’or{»e émulsionnée; ébourriffe ses cheveux devant la glace, promet de venir le lendemain, sans s'informer de l’adresse de la malade, et saute dans son cabriolet en me demandant mille pardons.

.l’étais furieux et le mot de faquin bien prononcé fut entendu d’uu homme qui sortait avec moi.

*■ C’est bien le nom qui convient à ce docteur frelu- (|uct , me dit-il : je venais le chercher pour ma femme qui s’en est engouée comme tant d’autres folles, tandis que nous avons à notre porte M. Daigremont',

' M. (1c Mon(ai{;rc : à l'épo([iic de la pmnière publication de cc volume cct excellent liornmc vivait encore ; il est mort en 1 8 , à Saint-UumiiiQue, où l'avait conduit le désir d'i-trc utile à riminanité.

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homme d’uu vrai mérite, dont elle ne veut pas entendre parler, pareequ’il soigne yralis les pauvres de notre quartier, n Je n’avais pas de temps à perdre; je demandai l'adresse de ce médecin, et je me fis conduire à l’extrémité d’une petite rue du faubourg Saint-Germain , dans une maisonnette entre cour et jardin, dont l’aspect me prévint en faveur de celui qui l’habitait. Le cabinet où je fus introduit avait quelque chose de scientifique qui donnait l'idée d’un homme studieux et modeste : on n’y voyait pas, comme chez son confrère Norville, les figures d’Esculape et d’Hygie sculptées ou peintes sur tous les panneaux : trois ou quatre cents volumes , la plupart reliés en parchemin jauni par le temps, et rangés sur des tablettes de noyer; quelques pièces d’anatomie, un herbier, des cadres d’insectes, et les portraits de Linné, de Haller et de Boèrbaave, décoraient seuls ce petit sanctuaire de la science. M. Daigremont, au moment où j’entrai, s’occupait d’une démonstration anatomique, en présence de quelques élèves qu’il faisait opérer sous ses yeux. J’exposai en peu de mots l’objet de ma visite, et je le priai de me donner une consultation par écrit, s’il n’avait pas le loisir de m’accompagner à l’instant même. «Je vous suis, me dit-il; les consultations sont des billevesées : je ne connais de médecine que la clinique, et je n’ai d’avis qu’au chevet du lit des malades. » Tout eu parlant il prenait sa canne et

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son chapeau, indiquait à ses élèves ce qu'ils devaient faire pendant son absence , leur donnait rendez-vous pour le lendemain, à six heures du matin , à rilôtcl-Dieu, et montait en voiture avec moi.

Je m’aperçois, à regret, que j’ai donné trop de place à la critique, et qu’il ne m’en reste plus pour l’éloge. Je dirai donc en peu de mots que le docteur Daigrcmont visita ma pauvre Ottaly; qu’il lui donna les soins les plus assidus, et qu’en peu de jours elle recouvra la sauté. En retournant dans ma retraite, j’ai cru devoir exprimer au docteur ma reconnais- ■sance en quelques lignes; encore n’ai-je eu que la peine de les transcrire :

«Vous ne m’avez point réconcilié avec la méde- >< cine; mais vous me forcez de convenir qu’il n’y a « rien de plus estimable au monde qu’un médecin « qui , ayant dans sa jeunesse étudié la nature, connu « les ressorts du corps humain, les maux qui le tour- « mentent, les l'emédes qui peuvent le soulager, «exerce son art en s’en défiant, soigne également « les pauvres et les riches, ne reçoit d’honoraires « qu’à rejjret, et les emploie à secourir l’indigent ' »

' Voltaire, Dictionnaire philoiopltique.

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