‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 6 (volume 5)Chapitre 2 sur 65 · DE L’ERMITE DE LA GUIANE · texte numérisé non relu

DE L’ERMITE DE LA GUIANE

A Monsieur [éditeur de [Ermite de la Chausséed’Antin et du Franc-Parleur.

Monsieur, j'avais accepté, dans une entreprise qui a pour objet de former la Galerie des Mœurs françaises, une tâche que j’ai remplie le moins mal qu’il m’a été possible; je n’ai plus les moyens, et je ne me sens plus le courage de la continuer. Quel temps, en effet, pour observer et pour peindre nos moeurs! La nation française n’a plus de physionomie ; les convulsions de la souffrance ont si profondément altéré ses traits, si complètement dénatimé son caractère , qu’elle est devenue tout-à-fait méconnaissable. D’ailleursje ne connais, tout Franc- Parleur que je suis, ni vérités bonnes à dire, ni vé-

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rites bonnes à entendre, an milieu de ciiu| ou six cent mille baïonnettes étranjjères qui peuvent si facilement nous couper la parole. .le résigne donc, avec votre consentement, mes fonctions d’observateur entre les mains d’un homme que le hasard vous envoie, et qui semble qualifié tout exprès pour un pareil emploi, dans les circonstances où nous nous trouvons.

Le corps politique est dangereusement malade; la faculté des hommes d’état, appeléeùson aide, ag- (;ravecncorelemal:danscettecousultationdecbarlataus, les uns n’ont pour but que de se faire payer leurs visites; les autres, qui s’entendent avec les héritiers du mourant, se hâtent de ruiner, par des remèdes violents, sa faible eoustitution. Je suis du nombre de ceux qui ne comptent plus que .sur une de ces crises salutaires que la nature amène quelquefois contre toute espérance et toutes probabilités. Je la desire trop pour ne pas craindre de la contrarier par des efforts dont je ne pourrais garantir que l'intention.

L’heure de la retraite a .sonné pour moi ; si j’étais forcé de rendre compte du parti que je prends, je me contenterais de citer un vers célèbre du Caton d’Addison, dont la pensée affaiblie est qu’il y a telle circonstance où le poste de C honneur est dans la vie la plus obscure.

Agréez, je vous prie, etc.

(ÏL'ILLAUMC LE FnA50pAnLEVn.

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Note de l'Editeur. La lettre suivante , que madame de Lorys a écrite à M. Guillaume , et dont celui-ci veut bien nous permettre de faire usage, servira d'introduction , auprès de nos lecteurs, au singulier personnage qui remplira désormais dans ce recueil la place que la retraite du Franc-Parleur y laisse vacante.

Lettre de madame de Lorys à M. Guillaume de MontUver.

Paris, 4 juillet i8i5.

Monsieur, deux ans à peine écoulés depuis la perte que nous avons faite de notre ami fErmite de la Cliaussée-d .dntiii ne l’ont point banni de votre mémoire, et sans doute vous partagerez le plaisir que m’a procuré la singulière visite que je viens de recevoir. Vous vous rappelez sans doute qu’à la mort du bon Ermite je vous fis passer, entre autres papiers, une lettre qu’il adressaità un certain chevalier de Pagcville , son ami d’cnfance, dont il a raconté les étranges aventures dans un de ses derniers discours'. .le ne m’attendais pas, et sans doute vous ne vous attendiez pas plus que moi, à faire avec cet étrange personnage une plus ample connaissance.

* Voyez le troisième volume de l'Ermite de la Chausse'e-d'Antin^ n* 106 , pa^c 3ao.

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