DES GENS DU GRAND MONDE
l’iirlons de» maux ».ins iiii qu’un arus |)ris de travers, Source de toute erreur, sème d;ms riinivcrs.
noii.rAi', sat. XII.
Le meilleur ouvrage que l’on pût faire sur la morale et sur la politique, serait un dictionnaire où l’on assignerait irrévocablement la valeur des mots que chacune de ces deux sciences emploie. Tous les vices, toutes les erreurs, tous les crimes, toutes les sottises dont la morale et la politique ont à gémir, ne sont, à bien prendre, que de fausses applications de termes mal définis. Supposons, par exemple , que , depuis la première guerre punique jusqu’à nos jours , les mots d'alliance, de traité, de serment, de convention, de balance politique, délimités naturelles,!! eussent jamais eu qu’une seule et même signification ; que cette signification claire, précise, invariable, n’eût été susceptible d’aucune interprétation équi-
DICTIONNAIHE
voquc, d’aucuuc acception (étrangère à sa dcHnilion primitive: que de guerres évitées! que de trabisous prévenues! (jue de conquêtes, de spoliations, de lioute et de sang épargnés! Le royaume des Lombards n’eût pas été détruit, et Carthage subsisterait peut-être encore
Ou conçoit, jusqu’à un certain point, cette obscurité du langage politicjuc: les cabinets, toujours prêts à se tromper entre eux , n’ont pas besoin de s’entendre, et ils ont encore moins besoin d’être entendus des peiqiles; mais la morale est à l’usage de tout le monde; elle est également nécessaire aux individus, aux nations, et à ceux qui les goiiverncnl; il semble donc que tous les moLs de cette science devraient avoir pour ainsi dire une valeur numérique, et que les substantifs amitié, constance, vice et vertu , par exemple, devraient porter à l’esprit des idées aussi claires que les chiffres i , 2 , 3 et 4» su*' l’expression desquels on ne varie jamais : il n’en est cependant pc 2 s ainsi; d’une année, d’une maison, d’une personne à l’autre, ces termes changent d’acception , et quelquefois expriment des idées tout-à-fait contraires. C’est principalement dans cette partie de la société que l’on a|)jjelle ou plutôt qui s’appelle elle-
' On sait que Icü üoniains, ubusanl <lc la double sif;uiHcation des mots tobi el civitos, déliuisircul Carlba(*e de fond en l oinblc, sous prétexte rju ils avaient promis dccoiisci vcr la cilr, mais non pas la viilr.
DES GENS DU GRAND MONDE. 26 (J même /c (jrand monde, que ces aberrations du lan- {ja{;c sont les plus fréquentes et les plus étranges. Elles ont dil me frapper plus vivement qu’un autre, moi qu’un long séjour au milieu des peuples sauvages a privé de ce tact délicat, de ce sentiment des convenances, qui modifient l’expression dans le langage, comme les signes à la clef modifient, en musique, l’accent et l’accord de la note. Je me suis bientôt aperçu que je ne savais pas la langue du monde où je vivais, et comme je suis dans l'âge où l’on ne peut plus avoir de maitre que soi-même, j’ai pris le parti, pour refaire mon éducation, de composer un dictionnaire à mon usage, auquel je puisse avoir recours au besoin. J’en vais citer quelques fragments.
«A.me. — Principe de la vie. On l’a crue longtemps immortelle; on commence à en douter depuis que Cabanis a découvert l’immortalité des corps.' Il y a de bonnes âmes qui font tout le mal possible ; de grandes âmes qui ne s’élèvent pas tout-àfait à la hauteur de l’oubli d’une injure; des âmes étroites où il n’y a place que pour soi; des âmes vénales, des âmes de boue, qui sont presque toujours des âmes damnées. Quelques hommes soutiennent encore qu'il n’y a point d’ame; la meilleure preuve qu’ils en donnent, c’est qu’ils n’en ont pas. — .ime, voyez Matière.
« Amour. — .Substantif des deux genres; échange