‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 6 (volume 5)Chapitre 65 sur 65 · L ERMITE · texte numérisé non relu

L ERMITE

De quelque côté que je tourne les yeux, je ne vois que des abus.

LE PHILOSOPHE

Je ne connais rien de plus facile que de les indiquer, et rien de plus difficile que de les détruire: ce sont des taches que l’on remarque sur une étoffe, et qu’on n’enlève le plus souvent qu’en emportant la pièce.

l’ebmite.

.T’aime mieux un habit troué qu’un habit sale.

LE PHILOSOPHE

Cela prouve que vous êtes plus propre que frileux, ou, pour quitter la métaphore, que vous

VOUS arrangez mieux de l’absence d'une vertu que de la présence d’uii défaut.

l’ermite.

Je desire quelquefois ce qui n’est pas; mais je suis toujours choqué de ce qui est mal, et quand tout le monde en convient, je suis étonné que l'on ne se corrige pas.

LE PIULOSOPUE.

C’est qu’en fait d’abus, on craint aussi celui de la correction.

l’ermite.

Cette crainte peut être fondée jusqu’à un certain point, lorsqu’il est question d’abattre les abus de haute-futaie, si j’ose m’exprimer ainsi, dont les profondes racines ont pénétré jusque sous les fondements de l’édifice social; mais, pour le moment, je ne parle que de cette foule de petits abus semblables à ces ronces vivaces qui embarrassent les avenues d’un jardin, et qu’on peut faire disparaitre d’un coup de serpette.

LE PHILOSOPHE

11 faut encore de l’adresse et du discernement pour cette opération si simple, où il s’agit de distinguer l’abus de l’u.sage quelquefois utile auquel il s’enlace de cent manières.

l’ermite.

L’usage une fois vicié par l’abus vaut rarement la peine d’être conservé. Faire l’aumône est sans

doute une chose bien honorable en .soi; mais si cette vertu , exercée sans choix et sans mesure, a produit le fléau cruel de la mendicité ; la vénération qu’on doit avoir pour une source divine défend-elle de la purj^er du limon qui la corrompt dans son cours? Connai.ssez-vous un abus plus révoltant que celui qui creuse dans l’Ktat un gouffre où viennent s'engloutir des générations entières , et citerez-vous une ville au monde où cette honteuse maladie du corps social soit plus endémique qu’elle ne l’est à Paris, et s’y montre sous des formes plus hideuses?

LE PHILOSOPHE

De vrais philosophes en ont trouvé le remède, et plus d’une expérience en constate l’effieacité. En 1775, un homme de lettres (que cette seule action justihc de bien des torts), Linguet , dans ses Annales, proposa un prix en faveur du meilleur mémoire sur les moyens de détruire la mendicité; il en fit luimême les fonds. Un seigneur bavarois, quelques années après, consacra une grande paitie de sa fortune à délivrer de ce fléau la ville qu’il habitait; et, dans un temps beaucoup plus voisin de nous, M. de Pontécoulant, aloi-s préfet d’une des plus belles provinces de la Belgique, signala son active administration par un bienfait dont ce pays gardera longtemps la mémoire : il en extirpa jusqu’au germe de la mendicité, dont une longue habitude avait fait une véritable profession. Ces cures locales attestent

Oigitized

QUELQUES ABUS. SSg

la possibilité d’arrêter les progrès de l’épidémie universelle, et l’on ne doit pas moins espérer, sur ce point, de la protection des lois et de la sollicitude des gouvernements européens, que de la simple hum^ité des despotes orientaux : s’ils ont des esclaves, du moins ils les nourrissent.

l’er.mite.

En attendant que nous soyons aussi heureux et aussi sages que des Turcs, la mendicité nous assiège; et, aux progrès qu’elle fait, il est à craindre qu’à Paris, comme à Rome, la moitié de la population ne demande bientôt l’aumône à l’autre.

LE philosophe.

Vous vous trompez: ce mal diminue; mais c’est encore là une de ces plaies qu’il faut prendre garde de fermer sans précaution. La répression de la mendieité appartient à la police ; son extinction ne peut jamais être que l’ouvrage des moeurs.

l’ebmite.

C'est au nom de celles-ci que je vous demanderai maintenant, mon cher philosophe, si vous verriez beaucoup d’inconvénients à remédier à un désordre d’une autre espèce , dont le scandale public va toujours croissant, dans cette prétendue capitale du monde civilisé : je veux parler, avec toute la réserve qu’exige un pareil sujet, de ces courtisanes en plein vent, dont les essaims nocturnes s’emparent de la ville à la chute du jour.

LE PHILOSOPHE

Je ne dirai pas, comme certain pauvre diable de votre connaissance, en parlant de. ccS demoiselles :

J’cn fais assez de ras;

Leur art est doux, et leur vie est joyeuse;

car je pense, au contraire, que leur art est odieux et leur vie très à plaindre ; mais je mettrai cet abuslà au nombre de ceux qu’il faudrait bien se garder de détruire si l’on en avait les moyens, et cela, pour vingt raisons que vous voudrez bien me permettre d’abandonner à votre sagacité.

l’ermite.

Il ne m’est pas encore bien démontré que tous ce^ accommodements, toutes ces transactions que l’on fait avec le vice, sous prétexte d’en détourner ou d’en limiter la contagion, ne soient pas de la nature de ces traités que l’on fait avec les corsaires barbai-csques, et qui ne servent qu’à perpétuer un système de piraterie dont on se délivrerait en les exterminant. Mais en admettant, sur le fait de cette espèce de courtisanes, cette proposition singulière, que le respect des mœurs nécessite le maintien d’un ordre ou d’un désordre de choses qui les outrage, il me semble que l’on pourrait mettre d’utiles conditions à cette condescendance je voudrais qu’à l’exemple de ce qui se passe dans plusieurs autres

QUELQUES ABUS. .I9 l

fjraüdes villes, on leur assi{jnât à Paris un quartier spécial dans les limites duquel se trouverait restreint l’exercice de leur privilège'. Je voudrais qu’à Paris, comme autrefois à Nantes, à Bordeaux, leurs places fussent marquées au spectacle, et qu'une mère de famille ne fût pas exposée à se montrer avec .sa fille dans une loge où la présence d’une de ces femmes appelle les regards d’une jeunesse effrontée. LE PHILOSOPHE.

Il resterait à examiner si l’on n’augmente pas l’intensité du mal en établissant un foyer de corruption, ou si, comme je le pense, on l’affaiblit en le disséminant.

l’ermite.

On se trouve fort bien de l’institution des lazarets? ,

le philosophe.

Je le crois ; personne an-dehors n’est intéressé à en violer la consigne , et l’on résiste facilement aux charmes de la peste. Néanmoins, je suis entièrement de votre avis sur les bienséances morales, qui semblent faire une loi d’assigner aux théâtres une place particulière à des femmes qui n’en ont aucune dans la société.

l’ermite.

Puisque je suis en train de vous signaler les abus qui m’ont choqué plus particulièrement depuis mon retour en France, je vous dirai qu’un de ceux aux-

Iga QUELQUES ABUS.

quels j’ai le plus de peine à m’accoutumer est cet étranpe déplacement que je remarque dans les occupations naturelles aux deux sexes. Est-ce bien chez les Français, an pays de la galanterie et de la politesse, que l’on voit des femmes journellement employées aux transports des plus lourds fardeaux; qu’on en rencontre d’autres attelées à des charrettes qu’elles traincnt, en haletant, d’un bout de la ville à l’autre , tandis qu’en jetant les yeux dans les boutiques, vous les voyez remplies d’hommes dans la force de l’âge, occupés de travaux à l’aiguille? Des hommes qui brodent! des femmes qui labourent! contraste affligeant et honteux que j’ai souvent eu occasion d’observer sans sortir des barrières.

LE PHILOSOPHE

J’en .suis peut-être moins choqué que vous, en songeant qu’il est plus commun ici que par-tout ailleurs de trouver des gens qui ne sont pas de leur sexe. l’ermite.

OnnejustiHe pas un abus par un abus plus grand. Ainsi , vous auriez beau me dire que plus d’un marchand en détail enfreint les réglements de police en étalant en dehors de sa boutique, je ne me récrierais pas moins contre cette foule de revendeurs qui s’emparent, de tous côtés, de la voie publique, où ils établissent, au grand détriment des marchands domiciliés.

Leur comptoir sur roulette, et qu’on porte à dos d’homme.

QUELQUES ABUS. 3g3

Cet abus, qui, depuis quelques années, va croissant de jour en jour, est la source des plus graves inconvénients : il tend, de vingt manières, à la ruine du commerce, en arrêtant le débit des marchands en boutique, qui ne peuvent soutenir la concurrence avec des revendeurs qui ne paient ni loyer ni patente ; en ouvrant un débouché facile au négociant de mauvaise foi, pressé de vider à tout prix ses magasins; en facilitant la vente des marchan- • dises volées, en offrant mille moyens de tromper impunément l’inexpérience des acheteurs. Un autre inconvénient fâcheux de cet abus est de donner l’apparence d’un métier à. une foule de vagabonds, qui s’en prévalent pour exercer impunément leur funeste industrie.

LE PHILOSOPHE

On doit croire qu'un abus si commun n’a point échappé à l’active vigilance des magistrats; mais toutes les circonstances ne sont pas également propres à faire le bien, ni même à réprimer le mal: il y a des temps où il faut que tout le momie vive, même lorsqu’on n’en voit pas la raison.

■ l’eumite.

Passons à des observations moins graves, .lene puis voir sans humeur ces affiches de toutes couleurs dont on bariole, dont on défigure à Paris l’extérieur de nos monuments publics. J’ai dans l’idée que les archontes d'Athènes n’auraient pas permis aux Laf-

fecteur de ce temps-là d’afficher leur rob anii-syphilitique sur les propylées, ou même sur les murs du Céramique; sans compter que plusieurs de ces placards sont un véritable outrage à la pudeur publique. Où serait l’inconvénient que l’autorité désignât, comme elle le fait pour les places de fiacres, les lieux où il serait permis d’afficher, et qu’elle reléguât dans le quartier de Fémis Mcrelrix ces pancartes indécentes qui salissent tous les coins des rues? Il y aurait un autre avantage à adopter cette * mesure : c’est au pays de la fièvre qu’il importe de faire connaître les propriétés du quinquina.

La propreté est une vertu dont je fais si grand . cas, qu’en faveur de cette seule vertu je fais grâce aux. Hollandais de beaucoup de qualités sociales qui leur manquent. C'est assez vous faire entendre à quel point je suis révolté des sales habitudes qu’on a laissé contracter aux dernières classes du peuple, et qu'un bon réglement de police, sévèrement exécuté pendant quelques mois, ffirait pour faire disparaître.

LE PHILOSOPHE

.le vois que nous nous sommes partagé en idée les fonctions des édiles romains : vous vous êtes oc-

cupé des réformes à faire; moi, je rêve aux établissements utiles que l’on pourrait former.

.Te voudrais que, profitant des découvertes faites, et dont un peuple voisin s’est le premier assuré les

QUELQUES ABUS. 3g5

avantages, on parvînt, en multipliant les pompes à feu, à distribuer à Paris, comme à Londres, l’eau de la rivière dans toutes les maisons ; qu’au moyen du phloscope on y perfectionnât l’éclairage; que toutes les places publiques y fussent plantées d’arbres, et que les grandes rues en fussent bordées.

Je voudrais qu’on établit des bains publics aux frais de l’état, où le peuple fût admis sans la moindre rétribution.

Je voudrais que les prisonniers condamnés à la simple détention fussént employés, comme à Berne, aux travaux publics, au balayage des rues, au nettoiement des égoùts.

Je voudrais

Le philosophe André voulait tant de choses, que je trouverai, dans le seul exposé de ses vœux, la matière d’un autre discours.

3g6 LA PREMIÈRE COMMUNION.

xxxvii. [^8 MARK i8iG.]

De combien de douceurs n est pis privé celui qui niinqtic de relicioii? sentiment peut le consolerdans ses peines? Quel spectateur anime les bonnes actions qu'il rail en secret? Quel prix peut>il attendre de ta vertu? Comment doit*il envisager la mort?

J. J. RoissEiAn» Emile.

Autant je trouve d’inconvenance et d’inconvénients à faire de la rclifjion le sujet d’une discussion publique, autant je trouve d’utilité et meme de charmes dans ces entretiens particuliers où deux personnes cherchent mutuellement à s’éclairer, à se persuader, à s’instruire sur un objet d’une si haute importance. « Un peu de philosophie, a dit Bacon dans son chapitre de la Superstition , conduit à l’athéisme; beaucoup de philosophie ramène à la religion. » Les raisons dont il appuie cette vérité ne sauraient être trop souvent reproduites. « L’esprit de l’homme (continue l’illustre chancelier d’Angleterre), en examinant séparément les causes secondes, n’a souvent pas la force d’en sortir; mais

LA PREMIÈRE COMMUNION. 3g7

s’il parvient à découvrir le lien qui les unit et les confédéré, il s’en sert comme d’un point d’appui pour s’élever jusqu’à la divinité, qui en tient en main la chaîne éternelle. »

La lecture de cet admirable chapitre des Essais, que je faisais, il y a quelques jours, à madame de Loiy s, en nous promenant sur la terrasse du château de Senart, me servit de texte pour combattre un reste de préjugé que cette dame conserve contre la philosophie moderne. « En matière de religion, me disait-elle, je crains cet orgueil philosophique qui cherche à se rendre compte de tout; et, n’en déplaise à Bacon, plus on examine, plus on est près d’être incrédule. La religion ne demande que de la foi ; la philosophie exige des preuves. — Elle fait plus : elle les fournit, et c’est dans l’excellence même de la morale qu’elle puise ses démonstrations. En annonçant que la religion est au-dessus de la raison humaine, la philosophie n’admet point qu'elle y soit contraire; elle ne dit point, comme certains théologiens : Croyez, pareeque cela est absurde; mais : Croyez, pareeque cela est vrai, bon, utile. — Fort bien! mais chez vos philosophes, ce mot religion a une acception bien étendue, et l’on serait souvent tenté de croire qu’ils respectent également le Zenda, le Coran, et Y Evangile. — C’est-à-dire qu’ils croient une religion si nécessaire aux hommes, qu’ils pensent, avec raison, qu’il vaut encore mieux qu’ils

3g8 LA PREMIÈRE COMMUNION,

en aient une mauvaise que de n’en point avoir, mais tous (je parle des philosophes véritablement dignes de ce nom) s’accordent sur ce point, que la religion chrétienne (à ne la considérer même qu’avec les yeux de la raison) est la plus utile et la meilleure, parcequ’clle donne à la vertu de plus nobles espérances, au vice de plus vives alarmes, au malheur de plus douces consolations; parcequ’clle est la seule au monde qui tende à élever l’homme au-dessus de lui-même, en lui faisant une loi d’aimer ses ennemis, de bénir jusqu’à ses bourreaux ; parceqii’elle rétablit la nature humaine dans tous ses droits, parccqu’elle venge l’opprimé et qu’elle maudit l’oppresseur. Après cela, il est également vrai de dire que ces mêmes philosophes, qui pensent que, de tous les abus, les plus cruels sont ceux qui out une source respectable, se sont de tous temps élevés contre l’intolérance et la superstition. — Beaucoup plus que contre l’athéisme! Cependant votre philosophe par excellence. Voltaire, n’hésite pas à dire que la superstition est moins dangereuse que l’athéisme. — 11 s’est, je crois, contenté de les mettre sur la même ligne, ,1’ai bien présente à la mémoire cette pensée, qu’il répété en plusieurs endroits de ses ouvrages: un athée raisonneur, violent et puissant, .serait un fléau tout aussi funeste qu’un superstitieux sanguinaire. — J’ai souvent eu occasion de remarquer que ces messieurs.

LA PREMIÈRE COMMUNION. 3g9

qui ont une singulière tendance vers la réforme,, appellent superslition les pompes, les cérémonies de l'Église, et qu’ils s’efforcent de séparer le rite de la religion, dont il est le plus ferme appui et le plus sûr garant. — Vous me permettrez, sur ce point, d’être de l’avis de l’auteur du livre de la Sagesse, et de rappeler, après Charron , dont vous ne récuserez pas l’autorité, que le culte extérieur eil plus souvent le signe de l’ostentation humaine que de la vérité divine, et qu'il faut s’en acquitter sans hypocrisie , sans luxe, sans ambition. J’ajouterai (en m’appuyant d’un texte non moins respectable) « que la religion doit être la loi secréte de notre conduite, et non, comme nous en avons tant d’exemples, l’enseigne trompeuse d’une vie tout-à-fait étrangère à sa doctrine. »

La pluie vint interrompre notre entretien, au grand regret de madame de Lorys, qui tenait beaucoup, disait-elle, à me ramener à son avis dans cette grave question; elle ajouta qu’elle en avait la certitude, si je consentais à pa.sser à Paris, avec elle, toute la matinée du dimanche suivant. J’acceptai l’invitation. Madame de Lorj’s retourna à Paris, et je restai dans ma cellule cbaropêtre. Le samedi matin, je reçus un billet qui me rappelait notre rendez-vous, où je devais me trouver à neuf heures précises. On me prévenait, par post-scriptum, qu’on ne déjeunerait pas avant une heure.

4oo LA PREMIÈRE COMMUNION.

Je fus exact; je trouvai iiiadainc de Lorj^s dans son oratoire, où elle avait doun«f l’ordre qu’on m’introduisît, et je crus remarquer qu’elle était vêtue avec beaucoup plus de siui|)licité qu'à l’ordinaire. Cette dame, sans aucune des prétentions qui appartiennent à un autre âge, et dont personne ne sent plus vivement le ridicule, a néanmoins pour principe qu’il faut", non point parer, mais orner la vieillesse, comme on seine des fleurs autour d’un tombeau pour en rendre l’aspect supportable.

La remarque que j'avais faite ne lui échappa pas. « 11 y a des jours, me dit-elle, et celui-ci est de ce nombre, où la créature butnainc ne doit pas craindre de paraitre dans toute son infirmité. Qu'importent les ravages du temps à qui ne doit s’occuper que d’une vie immortelle! » 11. y avait dans le son de sa voix, dans ses manières, une sorte de gravité qui ne lui est point ordinaire, et que je cherchais à m’expliquer, lorsqu'une vieille gouvernante entra avec la jeune Cécile ', âgée de quatorze ans, petitefille et pupille de madame de Lorys. Sa parure blanche, sans aucun ornement, le grand voile de mousseline dont elle était entièrement recouverte, je ne sais quel cliarnie d’innocence et de candeur répandu sur toute sa personne, excitèrent en moi

* l..a même que j'appelle Ida dans le discours intitulé les Confia desicet d’une jeune fille.

Digitir* ' by Go<v.^'

un mouvement d’admiration que j’aurais manifesté sans doute eu me récriant .sur la beauté de cette charmante enfant , si je n’eusse été averti , par un regard de madame de Lorys, que ce n’était ni le lieu ni l’occasion d’un compliment de cette nature.

Cécile, les yeux baissés, s’approcha de sa grand’mère, qui la fit asseoir près d’elle, et lui adressa la plus touchante exhortation. J’appris alors que ce jour était consacré au plus saint des devoirs, et que la jeune Cécile se préparait à le remplir pour la première fois. Quand madame de Loi-ys eut cessé de parler, sa petite-fille se mit à ses genoux , et la vénérable aïeule, d’une voix pleine de la plus touchante émotion, appela la bénédiction du ciel .sur la tête de la vierge orpheline, où brillait la céleste pureté des anges. Je ne restai point étranger au sentiment religieux dont leur coeur é-tait rempli.

Madame de Loi'ys donna l’ordre de faire approcher une vqitore de place ; et comme je paraissais étonné qu’elle ne demandât^ pas son carrosse: « Je pense, me dit-elfe, qu’il y a des actions dans la vie dont la sainteté ne s’accorde pas avec l’appareil d’un luxe mondain ; nous aurions été à pied à l’église, ajouta-t-elle plus bas, si je n’eus.sc craint que la beauté de cette enfant n’attirât sur elle des regards que je veux en détourner, ou des observations dont elle ne doit pas être l’objet, n

EnMITR DE I.A Gu1.%Mï, T. I. 3Ô

4o2 i.a première communion.

Nous arrivâmes à lV(;lise. Le grand nombre de voitures élégantes, de laquais à livrées, qui en obstruaient les avenues, me prouva que l’humilité chrétienne, dont madame de Lorys faisait preuve dans cette circonstance, n’était point à l’usage de tous les fidèles.

Cécile alla prendre place parmi les jeunes commuuiantcs, qui occupaient la paitie droite de la nef la plus voisine du chœur. Les conununiants de l’autre sexe étaient placés â gauche.

La piété parait être un sentiment plus naturel au cœur des femmes qu’à celui des hommes; la cérémonie religieuse à laquelle j’assistais aurait suffi pour m’en convaincre : en jetant les yeux sur ces jeunes gens appelés à l'accomplissement du même devoir, on était également frappé du profond recueillement des unes et de l’espèce de contrainte que s'imposaient les antres, sans parvenir à dissimuler leur distraction.

Une seule observation était à l'avadhige de ceuxci: une simplicité plus entière, plus générale, se faisait remarquer dans leur vêtemAit, et la distinction des états et des rangs y disparaissait sous l'uniforme simplicité des habits; il n’en était pas ainsi parmi les jeunes filles, dont plusieurs étalaient un luxe de parure qui trahissait au moins la vanité de leurs parent.'-'.

Au milieu de ces colombes du Seigneur, pour me

LA PREMIÈRE COMMUNION. 4o3

servir de l’expression du Psalmiste, la modeste Cécile attirait tous les regards, moins encore par sa grâce angélique que par l’extase religieuse où elle était plongée. On se rappelait, en la voyant, la sainte dont elle porte le nom, et dont le pinceau de Raphaël a consacré l’image.

Le sermon qui fut prononcé dans cette circonstance solennelle ne répondit ni à l’attente ni aux besoins de l’auditoire. L’orateur chrétien, au lieu de profiter des pieuses et tendres dispositions des cœui-s pour y semer la parole divine, pour y graver ces vérités éternelles que la morale enseigne et que la religion sanctifie, se contenta de débiter, d’une voix alternativement soirnde et criarde, une disseiiation théologique sur le plus auguste et le plus impénétrable des mystères. En tout autre lieu j’aurais, je crois, interrompu le prédicateur, en lui adressant la question que faisait César à je ne sais quel mauvais orateur de son temps; « Parlez- vous, ou chantez-vous? Si vous chantez, je vous préviens que vous chantez fort mal. »

La procession des jeimcs communiants allant à l’offrande est encore un moment de triomphe pour la vanité, dont il serait à souhaiter qu’on pût éviter l’occa.sion : la grandeur et la forme du cierge qu’ils ont en main, la beauté de la poignée de velours

* Si rnhMf, muta •ania^.

jjamie de franges d’or et d’argent dont il est orné, la valeur de l’offrande que chacun doit présenter, est entre eux l’objet d’une émulation qui n’est pas toujours exempte d’orgueil et d’envie.

11 est des actions si saintes, qu’on peut craindre de les profaner en les décrivant. Je ne suivrai donc point les nouveaux communiants au pied du sanctuaire, au moment

Où l’ange, dans les deux,

Courbe lui-même un front religieux.

Je m’abandonnai moi- meme, sans examen, au mouvement d’adoration dont tous les cœurs étaient saisis, et qui se manifestaient au front des mères par un pieux attendrissement qui allait jusqu’aux larmes.

La figure de madame de Lorys rayonnait d’une joie céleste au retour de l’autel, d’où elle ramenait sa petite-fille, belle de cette grâce divine qu’elle as'ait été puiser à sa source.

Le service fini, nous rentrâmes à l’bôtel, et lorsque Cécile se fut retirée dans sa chambre, où elle témoigna le désir de déjeuner seule, nous reprîmes notre entretien sur l’utilité de la pompe des cérémonies relif'ieuses. « .le conviens, disais-je à matlame de Lorys, que le culte extérieur est utile à la religion, <|u il rend plus solennelle, dont il personnifie en quelque sorte la spiritualité; mais peut-être

Digiti?ed h'. Coo'

faiit-il craindi-e, en abusant d’un pareil moyen, de donner à certains philosophes le droit d observer que les religions païennes... » Quelquun entra, et la conversation prit un tour moins serieux.

Page 1