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n** ccxi. ( a6 MAI 1827.]
SAINTES
Tu reÿtre imptriû pt^ulos, Homane, memento.
VlRGlLl.
Homâio, ta dealinée eti dVtre roi.
Un délicieux paysage environne Saintes, où nous arrivâmes vers le soir. Des bouquets d’arbres groupés avec grâce auprès d'eaux murmurantes, des ruisseaux sinueux qui traversent des plaines cultivées avec soin et presque avec recherche , auraient fixé plus long-temps notre attention, si les ombres de la nuit, en ajoutant à la magie du spectacle, ne nous avaient empêchés d’examiner plus minutieusement les détails dont il se composait.
Après avoir goûté le repos de la nuit, nous fûmes éveillés dès l'aurore par notre guide , que nous ne tardâmes pas à suivre à travers le labyrinthe des rues étroites et mal pavées de la capitale de l’ancienne Saintonge. Les maisons, mal construites, n’ctonnent pas un voyageur qui a parcouru la Frauce; mais on a un peu abusé de ce privilège de mauvaise
SAINTES
architecture ; elle est poussée trop loin dans la ville dont je parle. Nous passâmes sur le pont qui traverse la Charente , et qui offre deux constructions d’un style et d’une époque tout différents : l’une , qui touche au faubourg des Dames, et qui ne remonte qu’au dix-septième siècle; l’autre, plus ancienne, et qui aboutit à la ville, est gotliique dans sa forme , si toutefois ce mot gothique convient à l’architecture saxonne ou moresque que l’on désigne ainsi fort mal-à-propos. Au milieu du pont s’élève un magnifique arc de triomphe, dont la belle disposition contraste assez plaisamment avec la double dissonance architecturale qui se présente à droite et à gauche. Des souvenirs de grandeur , de gloire, et de bonté, consacrent ce monument : c’est c!elui que les Saintongeois élevèrent à Germanicus après sa mort. Us adjoignirent, il est vrai, à ce héros citoyen, le nom odieux de Tibère, et le nom assez peu honoré de Dinsus.
Composé de deux portiques, cet arc de triomphe a dix-sept pieds d’épaisseur sur quarante-sept de large; dans sa ruine actuelle, il n’a que trente-huit pieds de haut. On l’a malheureusement enchâssé et comme à moitié enseveli dans le pont, barbarie que nous n'excuserions pas , si un caprice du fleuve , qui passait autrefois près de l’arc de triomphe , ne l’avait rendue nécessaire. Les eaux changèrent de lit , et assaillirent tout-à-coup ce débris magnifique.
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Les inscriptions de l'attique et de la frise ont fait l’admiration et causé l’extase des antiquaires. M. Mersan , mon guide et moi , trop occupés deÿ moeurs et des annales saintoises, nous ne consacrâmes pas à ces lettres onciales, cubitales, à demi-effacées, assez de temps pour les déchiffrer. Je ne veux point profiter de ce bénéfice d’une érudition facile que présentent à l’orgueil de nos écrivains modernes tant d’ouvrages si commodes à consulter, magasins d’érudition à l’usage des gens qui veulent faire parade aujourd’hui du savoir acquis hier.
Rien de plus obligeant ni de plus aimable que notre gentilhomme, dont les connaissances locales nous furent d’une très grande utilité. 11 voulut bien nous conduire à l’araphitliéâtre qui existe encore derrière les ruines de Sainl-Eulrope. C’est un monument digne de remarque : aussi vaste , à ce que les habitants de Saintes prétendent, que le bel amphithéâtre de Nimes, il ne s’est pas conservé dans la même intégrité. En foulant la terre que renferme son enceinte, en voyant la verdure des arbres et la tige des rosiers couvrir im sol arrosé si long-temps du sang des gladiateurs, le philosophe réfléchit aux révolutions des empires. Qui contemplerait, sans un enthousiasme mêlé d’effroi , ces débris de la majesté romaine ? il y a de grands sujets de méditation , il y a une sorte d’éloquence dans ces édifices gigantesques comme le roi des peuples, dans ces pierres
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liées par un ciment indestructible comme son empire qui dure encore , comme sa politique qui nous gouverne aujourd’hui même.
Les souterrains de l'amphithéâtre sont séparés par un mur de refend, qui jadis supportait les voûtes , les gradins circulaires où s’asseyaient les spectateurs , ainsi que la plate-forme qui environnait le cirque. L’œil peut distinguer les loges nommées par les anciens caveœ; de là s'élançaient les bêtes féroces destinées au combat. On peut aussi assigner la place du mur qui entourait l’arène, et celle où siégeaient' les magistrats et les principaux habitants. Cinq mille spectateurs pouvaient se réunir dans cetie enceinte , dont la dimension , mise à proht avec plus d’adresse, eût pu renfermer un nombre d’assistants beaucoup plus considérable. Cependant << IlumUions-nous, comme dit Bossuet, devant ces monuments d’un peuple grand jusque dans ses jeux, et auprès duquel les peuples modernes de l’Europe civilisée voient s’abaisser, pour ainsi dire, toute leur nouvelle grandeur. »
LA FONTAINE
RO CCXII. [a JDIR 18x7.]
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