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rent en son pouvoir, il les fit enfermer tous dan.s des sacs, et jeter dans un chenal que forme la jonction des rivières entre Tonnay et Kochefort. Si les moines ont porté leurs haines et leurs plaintes en paradis, combien l'arae du seigneur ne doit-elle pas être tourmentée par les exécuteurs des justices divines dans les domaines infernaux de leur ressort!
Après avoir écouté, sans y ajouter trop de créance, cette étymologie de la Fosse aux Moines, près de laquelle nous avions passé ; après avoir même prêté notre attention aux longs débats qui suivirent cet acte de vengeance et de violence , au récit de l’anathèuie fulminé par l’église et à celui de la résurrection de douze abbayes que fonda par la suite le baron qui en avait dépeuplé une ; après avoir admiré cette perpétuité des moines si vivaces, si indomptables, et renaissant de leurs cend res, pro/em sine maire creatam , nous passâmes à la chronique scandaleuse de Saintes, et je dois avouer que le petit-fils de l’ami de Fénelon en était tout aussi bien instruit que des missions du bon pasteur dans la Saintonge.
Une conversation rapide, hachée, et décousue, mêlée cependant de raison et de cette espèce d'instruction bistorique qui se joiut si agréablement aux futilités et aux saillies dont se compose l’art difficile de bien causer, nous fit paraître le chemin moins long. TTn auteur anglais fort ancien ' com-
‘ Th. Rurion.
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pare ces traits anecdotiques, ces fragments d’histoire qui se joignent à la conversation pour lui donner pour ainsi dire du corps, à ces fragments d’excellents fruits que l’art des ménagères conserve et confit dans la liqueur. Sans trop m’arrêter sur cette similitude domestique et bizarre , je recueille tout ce que la conversation dont je parle m’offre d’intéressant et de curieux.
Six cent treize années avant Jésus-Christ, la Saintonge avait ses rob : elle pensa que leur domination était trop pesante, et se rétablit en république ; conquise ptu* les Romains, l’année 121 avant notre ère, elle s’associa à la grande confédération des Gaules , et fournit douze mille hommes à Vercingétorix, l’out fut vaincu, pris, ou égorgé par César, qui s’empara de leurs vaisseaux : plus tard, ces mêmes vaisseaux, longeant les côtes de la Gaule, servirent à combattre les Venètes de l'Armorique. La Saintoiige, toujours agitée, s’épuisa en vains efforts pour reconquérir sa liberté. Unie, asservie , muette sous le joug romain , elle finit par se résigner à cet esclavage civilisé que les Romains imposaient au monde; car ils eurent aussi le secret d’ennoblir la servitude.
Une ère de quatre siècles commença pour les Saintongeois , ère de splendeur et de paix. Leur pays se trouva encadré dans la seconde Aquitaine ; un gouverneur résidait à Saintes. Eiitrope vint y annoncer le christianisme, et, s’il faut' en croire des
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pens assez peu croyables d’ailleurs , comme Bollaudiis, Papebrock et autres qui sont les seules autorités en ce genre, les païens lui firent subir le martyre.
Les barbares jaillirent de l’occident , et Sigerie , roi des Visigotlis,s’emparade la Saintonge.Elle resta sous la domination visigothe jusqu’à l’année Soy. Défait et tué dans une bataille rangée , ülric , roi des Visigotbs, laissa la Saintonge à Clovis, qui la céda comme duché au guerrier Aribert et à ses descendants. Waistre, petit-fils d’Eudes, eut le malheur d’être trop puissant. Pépin-le-Bref le regarda comme redoutable, et jetant ses armées sur la Saintonge, en extermina les habitants , ainsi que tous ceux des contrées situées en-deçà de la Loire. Calamités sur calamités, guerres sur guerres, cadavres sur cadavres ; ces malheureuses contrées furent peuplées de morts pendant sept campagnes différentes et consécutives. L’assa.s$inat de Waistre termina dignement cette horrible tragédie.
Quoique notre voyageur s’étendît avec complaisance sur les annales qui composent l’histoire des comtes postérieurs à cette époque , j’y ai trouvé plus de blason que d’héroïsme, et plus de singularité que d’intérêt. En 85 o, les armes normandes désolent la Saintonge. Un combat livré à Rancogne leur en assure la posse.ssion en 890. Rancogne se nomme aujourd’hui Taitlebounj . Foulques-Nérn devienl comte
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de SaintODge, qui suit le sort de toute la Guieniic et qui passe sons le sceptre anglais. En 1242, saint Louis bat àTaillebourglcs Anglais et le comte de La Marche. En i36o, la Guienne .se révolte contre Édouard, prince de Galles, et cite ce dernier au parlement de Paris. On confisque la province, et Charles V charge le grand Duguesclin de conduire, avec ses hommes d’armes , les huissiers qui doivent la saisir: spectacle assez plaisant, en dépit des grandes qualités du héros. Confondant ainsi les exploits judiciaires, si j’ose me servir d’un jeu de mots que le seul souvenir bi^orique suffit pour justifier , avec ses exploits et les lauriers de la guerre, Duguesclin prend la Saintonge et le Poitou , et les réunit à la couronne de France.
Paisible long-temps , troublée ensuite par le calvinisme, cette pro^nce fut en proie à tous les troubles des guerres religieuses; Richelieu en apaisa, ou plutôt en étouffa les dernières étincelles. Elles renaquirent avec violence pendant les campagnes révolutionnaires de la Vendée, dont cependant cette province était séparée par le Bas-Poitou. Telle est, en peu de mots, l’analyse rapide de ces annales que notre gentilhomme esquissa presque à son insu , et dont la narration piquante a gravé le souvenir dans mon esprit.