‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 8Chapitre 33 sur 79 · I.A VILLK UE l'ONS · texte numérisé non relu

I.A VILLK UE l'ONS

toresque. C’étaient autrefois d’assez puissants sei- {jneurs que les sires de Pons; lorsqu’ils venaient rendre hommage aux rois de France , ils se présentaient devant le trône armés de toutes pièces et la visière du casque baissée. Ils leur disaient : Sire, je viens à vous pour vous faire hommaije de ma terre de Pons, et vous supplier de tue maintenir en la Jouissance de mes privilèfjes. Le roi lui-même remettait alors une épée au sire de Pons. On vit ces seigneurs mêler leur féroce activité à toutes les guerres qui désolèrent la province. Assiégée par [jOuis XIII, au commencement du dix-septième siècle, elle appartenait, avant la révolution, à la maison de Lorraine, et le titre de prince de Pons était affecté aux princes de cette maison.

« Vous parlerai-je du célèbre Àgrippa d'-dubigné , j)olitique, satirique, historien, né auprès de cette ville, et qui passait sa vie à dire des méchancetés, à les expier en pri.son, à les soutenir à la pointe de l’épée, et à recommencer pour être puni de même? S’il faut en croire un écrivain moderne. Agrippa, l’ami constant du roi de Navarre, lui était attaché par des liens plus tendres et plus secrets d’une parenté non reconnue. Ainsi, par une bizarre complication, dont l’amour et la destinée ont embrouillé les fils, le roi Louis ^IV aurait épousé sa propre cousine en s’unissant à madame de Mainteuon.

U llii concile tenu à Pons, de 1293 à 1294» fstt

encore l’orgueil du petit clergé de cette petite ville. Comment certifier ce fait dont aucun acte, aucun monument ne subsiste?

— Accordez-le lui, m’écriai-je; c’est un dernier honneur dont il faut le laisser s’environner; et vous savez, ajoutai-je en souriant, quil ne fait pas beau avoir des querelles , même historiques , avec les hommes d’église.

— Hélas ! cela est trop vrai ! saint Augustin ne poursuivit-il pas les donatistes jusqties à la mort, Bossuet, Fénelon, jusques à l’exil? Le P. La Chaise n’accabla-t-il pas nos jansénistes jusques à la destruction de leur asile? O bizarre et malheureux entêtement des hommes! Ce concile a-t-il existé? Ce mot est-il exact? cette signification est-elle précise? doit-on dire que la troisième personne de la Trinité vient de la seconde , vient des deux , ou vient de la première? Quand je marche, moi créé par Dieu même, marché-je en raison de ma volonté, ou en raison de celle de Dieu ? Baisons suffisantes pour se battre, s’égorger, se ruiner, et cela pendant des siècles Pauvres humains ! »

• Blaye, continua mon guide, antique et vénérable cité, se nommait jadis Promontorium-Sanlonum , le promontoire de la Saintonge. Ce nom, qui lui a été donné de temps immémorial , s’explique assez bien par sa position sur une langue de terre qui ressemble en effet à un promontoire jeté dans la

Gironde. Croirons-nous sur parole les chroniqueurs, d’après lesquels le cadavre sanglant du fameux Roland, comte de Blaye , avait été transféré de la vallée de Roncevaux dans la cathédrale de cette petite ville? On m'a montré, comme un irrécusable témoignage , le cor-de-chasse du héros , si célèbre sous le nom d'Olisant, ce qui n’a, comme vous le pensex bien, ni ébranlé ni raffermi ma première conviction.

U Blaye a soutenu plus d’un siège. En 1 568 , les calvinistes la prirent et lui firent subir tous les outrages et toutes les misères d’une ville saccagée. Les ligueurs s’en emparèrent ensuite et opposèrent au maréchal de Matignon, qui vint les assiéger, une si opiniâtre résistance, qu’il fut obligé de lever le siège et de leur abandonner la ville. Le port de Blaye est peuplé, si j’ose employer cette expression, de navires de tous les pays. Le cabotage de la Bretagne lui envoie ses embarcations légères, qui jettentbeaucoup de mouvement dans ces parages. La Gironde, eu face de la ville , a près de deux mille toises de large. On a craint que Bordeaux ne souffrît de cette position , et pour apporter remède à sa sûreté menacée, on a construit dans une île , située au milieu du fleuve , une forteresse qu’on nomme encore aujourd’hui Pdtë de Rlaye; elle commande les deux rives , et ferme ainsi le passage de la Gironde.

« Une abbaye qui existait à Blaye contenait.

s’il faut ajouter foi aux menteuses chroniques , Te» cendres du roi Caribert. Rien de plus irrégulier, ni (tranchons le mot) de plus laid, que l’intérieur de * Blaye; les campagnes des environs sont en revanche fertiles, cultivées, et riantes.

« 11 ne tiendrait qu’à moi de continuer mon récit et de vous entraîner jusqu’à Plassac, où le duc d’Épemon avait un château-fort , que l’on apercevait de la ville de Blaye. On attribue à ce château une magnificence romanesque dont il ne reste plus vestige. Les voyageurs qui battent aujourd’hui le pavé aperçoivent à sa place le château de Monlaiet, dont l’aspect est assez grandiose pour consoler ceux d’entre eux qui peuvent avoir des souvenirs. »

Nous devisions ainsi, tout en admirant la variété presque infinie de cultures qui annonce toute la fertilité de la Saintonge. Le blé, la vigne, le seigle, le sarrasin y croissent ensemble , et y offrent le mélange de leur fécondité différente et de leur végétation. Les marais salants ( nous eûmes occasion d’en examiner plusieurs) sont une des principales richesses de la contrée : il est à craindre, ou plutôt à desirer , que la mine de sel gemme découverte en Lorraine ne porte un grand préjudice à cette branche d’industrie saintongeoise.

Beaucoup de ebénes verts aux rameaux noueux , au vaste feuillage , jettent sur ce pays une ombre pittoresque. Rien ne contribue plus que ces beaux

^ atbres à donner an paysage un caractère de grâce mêlée de grandeur. L’industrie fait chaque jour des progrès en Saintonge. M. Mersan m’a assuré que le département de la Charente-Inférieure était le seizième de la France pour le revenu, et le vingtième pour la population, ce qui prouve que le résultat des produits industriels de ses habitants dépasse la proportion exacte qui se trouve communément entre la population et la richesse.

Déjà plusieurs fois j’avais répété, avec l’accent de la surprise , certains noms de villes et de villages qui frappaient mon oreille et qui la surprenaient étrangement. U Vous n’avez pas encore tout entendu, me dit M. Mersan; un voyageur aguerri ne fait point d’attention à ces vétilles ; que serait-ce donc si vous aviez à prononcer le nom de ce village du pays de Galles, qui ne se compose exclusivement que de consonnes Llpwllgwnm (Voy. (Fine and fValnuts)?

U Je n’ai rien à dire contre la prononciation des mots saintongeois ; elle est facile et franche : mais ces noms eux-mêmes tiennent à la barbarie, et semblent indiquer une grossièreté habituelle qu’on ne rencontre pas dans d’autres contrées. Pour ne citer que les plus honnêtes, je vous rappellerai que nous avons passé par la Vieille-Anesse, dont les habitants .se sont moqués de nous; que de là nous sommes tombés dans le chemin de la Crotte, qui

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justifie bien son nom et celui plus dégoûtant encore du village auqitel il conduit. Ai-je besoin de vous dresser un catalogue complet des titres burlesques de toutes ces bourgades, Tarle-y-Fume , Tout-y- Faut, Scche-Bec , Pois-Ventre, Engoule-Vent, véritables noms de carnaval?

«.le tâcherai de vous faire éviter La Brelandière et Cure-GouJIel. Nous ne passerons pas non plus par Puy-Merdeux ; mais il est impossible de dîner ailleurs qu’à C Àne-Cuil ; c’e.st le seul hameau des environs qui nous laisse espérer les délices d’une omelette au lard et d’une soupe au lait. Je me résignai à cet inconvénient des voyages , et je trouvai que l’auberge de l’Ane-Cuit valait mieux que son titre, par une compensation sans doute de tant d’autres auberges qui ne valent rien malgré les titres ambitieux qui cachent leur riche nullité.

SAINT-JKAN DANGELY.

s" rxxiv. [juin 1837,]

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