CAHORS
est ne à Gahors, dans la boutique d'un cordonnier, soS père. On sait comment, chargé de choisir parmi les cardinaux un souverain pontife , il ne crut pouvoir tnieux faire que de se proclamer lui -même. Qu’on' se figure l'étctnnement des conclavistes, en l’entendant s’écrier ; Ego sttm pqpn. ’
ClémentMarot, l’honneur de Monpupitre, comme Jean-Baptiste Rousseau fe disait avec assez peu d’élégance j est aussi de Gahors. Il a laissé des poésies charmantes, que la naïveté, la verve, et une certaine énergie pleine de vivacité , d’esprit et de grâce , feront vivre aüssi long-temps que la languefrançaisc. Je me contente d’indiquer à vos souvenirs littérai res , bon Ermite, ce poète aimable qui seftible tenir àla-fbis' de la gentillesse naïve des trouvères et de la correefion plus classique des modernes poètes d’Académie.’
« On compte environ douze mille âmes à Gahoi-s. La ville' possède un collège , un théâtre , un séminaire, une pépinière, une bibliothèque et une académie : vous ne vous étonnerez pas si je rassemble dans la même énumération des objets disparates, mais dont la civilisation moderne favorise , pour ainsi dire, Je développement simultané.. Le gibier abonde dans' les environs; le vin y est délicieux; et l’on y vit à bon marché : vous voyez que je vous entretiens d’un véritable pays de Gocagne. F^es vignes, plantées sur les coteaux qui entourent Gahors,
OAHOHS.
jouissent d’une célébrité méritée, que je n'ai pu justifier à vos yeux que par de faibles échantillons, n Je serais tenté de proposer aux ministres la translation passagère des chambres législatives dans une région bienheureuse où les festins ministériels , entretenus à beaucoup moins de frais , soulageraient infiniment le budget de l’état.’» •
Tels furent à-peu-près les renseignements -que je dus à l’instruction économique et historique de M. Brard. En le quittant, je me dirigeai vers Souillac, où je passai la Dordogne sur un pont magnifique dont la construction s’achève. Ou haut de la montagne de Cressenzac , que j’atteignis bientôt, on découvre une vue immense; l’œil suit avec délices le cours sinueux de la Dordogne , qui parcourt et anime un paysage aussi varié qu’enchanteur. C’est, sans doute, un des panorama les plus riants et les plus imposants à-Ia-fois de l’Europe entière. Je laissai à ma droite le château pittoresque, et je descendis dans un antre vallon, plus beau peut-être encore et où se trouve assise une de ces villes auxquelles le caprice d’un moderne rimailleur a donné une célébrité plus grotesque que poétique : Brives-la-Gaillarde méritait bien que je m’y arrêtasse quelque temps , et les observations que je recueillis , pendant le temps que j’y passai , doivent être consignées dans un chapitre séparé.
DE BHIVES-EA-GAII.I,ARnE, ETC. 25']
r** ccxx. [luiîi 1827.]
DE imiVES-LA-GAILLAUDE
A F.IMOGES.
Ou fi€ pouvait quitter ce lieu riiarmam, ni lier <le désirer le revoir.
Fil'vr.tO'N.
Il est impossible de rien ini.igincr de plus riant que le paysage qui sert de fond à la petite ville de Brives-la-Gaillarde. Je ne sais pourquoi on l’a choisie pour en faire une espèce de type ridicule des villes de'province. Aux environs, de nombreux ruisseaux serpentent dans les prairies; des bosquets ombreux sont groupes de distance en distance avec la variété la plus pittore.sque , et l’aspect enchanteur de ces beaux lieux semble de nature, non à exciter la ver\-e comique d’un auteur de parodies, mais à éveiller le talent d’un Breugliel, d’un Wouvermans ou d’un Demarne.
Je commençai par me promener sous les arbres qui embellissent la chaussée construite le long de
EuMITK f.H fROVtJtCB, T. Vîl|. I7
DE nniVES-I-A-GAILLARDE
la Corrèze ; parmi les édifices dont l’élégance m’a frappé, j’ai sur-tout remarqué ceux du Grand- Faubourg, que la route publique traverse.
llrives, que j’essaie de réhabiliter, fut le théâtre du sacre d’un roi. Ce fut dans scs murs que Gondebaiid, fils naturel de Clotaire T', fut courouué roi des Français à .son retour d'Italie, en 585. Ce roi devait aller périr misérablciiicut à Lugdunum Conveiiarum, au pied des Pyrénées, abandonné de ceux mêmes qui l’avaient amené en France.
I.e cardinal Dubois, ami du prince, célèbre dans les annales de la galanterie , du jeu , de la table , et de l’Fglise, est né à Brives-la-Gaillarde; peu de geus ont mieux comiu l’art de s’élever aux dignités les plus hautes par l’impudence même de leurs vices et la nudité de leur basse.s.se.
Je ne dois point passer sous silence l’accueil fort aimable que je reçus de plusieurs lirivois fort s'pirituels et fort aimables; je desire que le témoignage que je leur rends, et l’admiration que tout ami de la nature doit à la fertilité riante du pays où Drives est située concourent à relever cette jolie petite ville de l’espèce de dccbcance qu’elle a injustement subie.
Je partis pour Limoges, qui n’est éloignée de Drives qiiede trente lieues. On trouvesufla route, et suspendue pour ainsi dire sur la cime d’un rocher, Userclie, qui domine la Vezère. Ses nombreuses tourelles, entremêlées d’arbres vigoureux, ce mé-
A UMOGKS.
lange agréable de constructions et de verdure, lui donnent un aspect singulier, que dans le jargon à la mode on ne manquerait pas de nommer romantique. En 181 5, elle offrait un spectacle plus pittoresque encore. Des banderolles tricolores s’agitaient dans les airs sur le sommet de ces tours, et l’éclat des bannières qui se jouaient dans les rameaux prêtait un air de fête et de triomphe à cette ville peu connue, et digne d’attirer l’attention des artistes. Ils n’ont pas négligé le château de Pierre-Buffière , qui appartenait autrefois à des .seigneurs considérables , rois féodaux des pays d’alentour. Ces belles ruines ont été souvent de.ssinées; la mousse qui les couvre , les effets bizarres de la lumière et de l’ombre, jouant à travers ces masses que le temps a brisées de mille manières, ajoutent à ces ruines quelque chose d’étrange qui rappelle les débris des vieux châteaux d’Ecosse, où la mu.se de Walter Seott a trouvé ses plus heureuses inspirations.
.l’arrive à Limoges. L’hôtel de la Pyramide, que l’on m’avait indiqué comme le meilleur de la ville, reçut le dépôt de mon faible bagage. Malgré la euriosité que j'avais d’examiner dans tous ses détails la patrie de Jaeques Delille, et, s’il faut tout dire, eelle de M. de Pourceaugnac, je eédai, comme les héros de Virgile et d’Homère, au sommeil et à la fatigue. Le lendemain matin, Y Annuaire limousin,