A LIMOGES
la grande douleur des érudits. En général les rues de Limoges sont tortueuses, malpropres, et dignes de servir de point de comparaison avec ces sentiers immondes dont les plus antiques cités de la France offrent an voyageur le spectacle dégoûtant. L'Annuaire m’indiquait, comme la principale curiosité de la ville, le tombeau du malheureux Waistre, duc d’Aquitaine, et je m’acheminais déjà vers l’église de Saint-Martial, où .se Imuve ce monument, quand on m’apprit qu’elle avait été démolie en 1793. Telle est l’exactitude des itinéraires : cette erreur se l'ctrouve dans celui de Richard, publié récemment, et les voyageurs qui pourraient s’y laisser attrapei' comme moi feront bien de se tenir pour avertis.
Je cherchai, comme le dit un auteur systématique qui a eu le malheur de naître deux siècles trop tard, une compensation à mon désappointement. J’allai visiter la cathédrale, où l’on me fit remarquer un tableau de Rubens où se retrouve tonte la magie et toute la vigueur de sou pinceau. L’évéché, vers lequel je me dirigeai ensuite, est un immense édifice; ses jardins, dont l’étendue est ■proportionnée à celle des bâtiments, occupent une grande terrasse qui s’étend jusqu’aux bords de l’eau , et d’où l’on descend sur la rive par des degrés qui produisent un effet agréable et pittoresque. La manufacture de porcelaine, que j'examinai dans tous ses détails, réveilla chez moi, par le spectacle-
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d’une industrie féconde cl puissante, le noble orgueil de la patrie, .le me félicitai comme Français de voir les travaux de mes concitoyens enchaîner sur noti’e sol les trésors que l'Inde absorbait jadis.
Je cherchai vainement la trace de cette noble famille des Pourceaugnacs, si plaisamment immortalisée par Molière, et dont tous les écoliers connaissent les armes parlantes. Au nombre des Limousins célèbres se trouve en première ligne Jean Dorât, Dauratm (ledoré),invciileur de l’anagramme, et qui s’amusa jadis à faire de son nom propre un barbarisme en calembourg; esprit médiocre et chargé de science, poète latin assez élégant, érudit et polyglotte, en un mot , capable de dire à ses ennemis de grosses injures en sept ou huit langues différentes.
Le climat du Limousin est généralement froid ; des montagnes s’y élèvent de toutes parts; le sol en est médiocre. De nombreux ruisseaux arrosent les vallées, et la plupart d'entre elles offrent de belles prairies et de fertiles pâturages. Aussi les chevaujf et les bestiaux de cette contrée jouissentils d’une juste renommée. C’est pour leur fournir des aliments salubres et nourrissants que l’on y cultive le sainfoin et la luzerne, en dépit d’un préjugé populaire qui affirmait que les grains ne germaient point dans ce terrain. Les hommes de ce pays sont en général forts et trapus; les femmes de cette haute
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classe de la société que les Anj^lais appellent hightije y sont renommées par la ré{]ularité de leurs traits et l’extrême fraîclieur de leur teint. 8i la beauté était en ce moment l’objet d’un concours européen, c’est nne jeune dame du départemeut de la Ilautcv Vienne, fille d’un de nos braves {'énéraux, que Paris y députerait pour assurer le prix aux Françaises.
La contrée doit aux arbres qui la couvrent cet aspect sauvage et riant qui la distingue. Le charme, le hêtre, le châtaignier, en couvrent les hauteurs. Le châtaignier sur-tout se reproduit dans le Limousin avec une étonnante fertilité : son fruit sert de nourriture commune aux paysans et même aux bourgeois. On dirait que ce bel arbre, devenu la providence du Limousin , supplée à l’avarice naturelle du sol. Un gastronome, auquel M. Mersan m’avait adressé à Limoges, me fit goûter d’excellents mets dont ce fruit faisait la ba.se , et je dois .saisir cette occasion de rendre un éclatant lioiiimage aux truites saumonnées, aux légumes .savoureux, et au gibier délicieux, qui, placés sur la même table, accompagnaient le plat national.
>■: Je priai le même habitant de Limoges de m’instruire d’une manière succincte des résultats et des richesses de l’industrie limousine, u.le dois placer en première ligne, me dit-il, l’exploitation des mines d’étain , de fer, de plomb, de cuivre, d’antimoine, de soufre, d’alun, et de vitriol, que four-
264 de bhives-la-g ai llaiide nit notre province. Chaque jour on y découvre de nouvelles mines de charbon de terre. Nos fabriques de drap, de papier, d’étoffes, de porcelaine, et d’épingles, sont toutes florissantes, versent beaucoup d’argent dans la circulation, et entretiennent dans l’aisance une nombreuse population d’ouvriers. La tannerie est peut-être la branche la plus importante de l’industrie de Limoges; la matière première ne nous manque pas, et notre commerce sous ce rapport est très considérable.
U Quel est le curieux dont le cabinet ne renferme pas quelques émaux de Limoges? Cet art, autrefois spécialement cultivé dans notre province, a dégénéré peu à peu. En 1 76 1 , il n’y avait déjà plus dans la ville qu’un seul ouvrier émailleur; je doute qu’il ait un successeur parmi nos contemporains.
U Je ne vous parlerai ptis de nos maçons; le Limousin est, comme vous le savez, la pépinière de tous ces hommes robustes qui, la truelle sur l’épaule, se répandent sur toutes les routes de France et vont construire vos habitations et vos palais. C'est du Limousin que viennent à Paris ces essaims d'ouvriers qui constituent, au sein de la capitale, une espèce de république et de population isolée. Si l’ouvrage manque , tous ces hommes n’ont plus de pain , et la police est obligée de les renvoyer dans leurs montagnes. Ajoutons que la maçonnerie, prise dans le sens le plus matériel et le