‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 8Chapitre 49 sur 79 · NOTIU; MO^TAG^IE · texte numérisé non relu

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fiques; le colonel, qui semblait deviner par instinct quels étaient les véritables objets de ma curiosité, parla des mines d’antimoine de Massiac, des mines d’argent de Pontgibaud, des mines de plomb, de cuivre, deferdont ccttccontrée abonde: ou convint généralement que l’Auvergne l’ciirermait d’inappréciables trésors, et que si des culrepreneui’s riches et habiles se chargeaient d’exploiter une terre dans le sein de laquelle tous les métaux précieux ont germé depuis si long-temps, les résultats de ce travail paieraient avec usure leurs efforts même les plus pénibles. « Nos paysans, me dit M. deVenissan, redoutent malheureusement les travaux des mines. Quelques exemples récents des catastrophes terribles que la dilatation du gaz a causées dans ces excavations, leur ont inspiré pour l’état de mineur une horreur invincible. Il est triste que les immenses richesses minéralogiques de l’Auvergne ne soient pas mises à profit d’une manière plus utile. Le cristal naturel, le porphyre, le jaspe, la lave susceptible d’un si beau poli, le basalte dont la matière formerait des statues aussi solides que le bronze, s’offrent de toutes parts aux voyageurs qui visitent ce pays.

« Nous avons d’excellentes mines de houille dans la Bassc-Auvergiie, et si les plans de Colbert, qui voulait rendre l’Ailier navigable depuis Brioude jusqu’à Pont-du-Château , eussent été exécutés , notre

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contrée, l’uuc des plus pauvres de la France, eu serait certainement la plus riche. Aujourd'hui nous n’avons ni ponts , ni canaux , ni routes ; aucun de ces moyens de communication, qui sont an commerce ce que les veines sont au corps humain, ne favorise notre industrie. J’ai vu l’année dernière deux de ces sapinières, bateaux de sapin, qui, construites et assemblées avec des chevilles du même bois, sont chargées de pommes , de marrons, de papier, et de vin , enfin des seuls objets qui constituent notre commerce; je les ai vues,disje, rester un mois entier engravées dans le sable du fleuve. » Ou parla beaucoup d’administration ; M. de Venissan prétendit avec raison que la meilleure de toutes est celle qui ouvre aux particuliers la route la plus facile et la plus large vers ces améliorations industrielles dont l’état profite , et que l’intérêt de chacun indique à tous. Les eaux minérales dont l’Auvergne est la source la plus féconde devinrent ensuite l’objet de la conversation : sur un espace de soixante lieues elles jailli.s.sent du sol presque à chaque pas. M. de Venissan vanta l’efficacité de celles de Médagne, qui guérirent Massillon de 1a colique néphrétique ; M. Mica prétendit que Chaudes-Aigues et Mont-Dor méritaient la renommée par excellence donteesdeux endroitsjuuissaient. Au récit des malheurs causés par l’embrasement des mines de charbon , le colonel opposa celui des éboulements

NOTItli MONTAGNE.

fréquenlsquc les eaux miuérales provoquent en s’infiltrant dans les terres ; il cita le fameux éboulcmcnt de 1 7^3 , où tout un côté de la montagne glissa sur ses flancs et alla s'asseoir dans la plaine. Quatrevingts années auparavant Issoire avait été victime, me dit M. de Venissan, d’une semblable calamité. Toutes les propriétés furent bouleversées par cette espèce de tremblement de terre, et sur les ruines des chaumières l’esprit de chicane, ne reconnaissant plus les limites du territoire de chaque habitant, vint s’établir et commencer de nouveaux désastres.

On se levait pour partir, et l'on parlait d’aller visiter le Nid de la Poule, entonnoir ba.saltiquc tapissé de verdure dont rhonuiic de notre montagne commençait l’éloge, quand tout-à-coup, sc tournant dn côté du sentier que nous venions de gravir, il s’écria: •»Vile! vite! voici le chapeau! » Nous fixâmes nos regards vers le point qui attirait son attention , et il ajouta : » Remarquez du côté du Cantal cette niasse de nuages; elle va s’avancer avec rapidité, et en moins d’une demi-heure notre montagne aura sa coiffure. Hâtons-nous de descendre et d’échapper aux torrents de pluie qui vont couler de la tête du Puy. » Nous suivîmes ce conseil, et M. de Venissan m'expliqua, chemin faisant, ce phénomène, résultat de l’attraction que ces soixante pics basaltiques exercent sur les nuages

NOTBE MONTAGNE.

errants dans ratniosplièrc. En effet , je vis toutes les niasses de vapeurs suspendues à l'extrémité de l'horizon aecourir par vagues pressées, augmenter rapidement de volume et de vitesse , et se suspendre en couronne noire sur le front de la montagne : suivant que le souffle du vent agitait ces vapeurs elles changeaient de forme; tantôt semblables à un cône noir et renversé qui, tenu en équilibre sur sa pointe , touchait celle du Puy-de- Dôme; tantôt figurant au-dessus de cette montagne verte une montagne lumineuse qui ne touchait à l’autre que par sa couche inférieure. Quand nous arrivâmes au pied du Ptiy, je me sentais si fatigué que je demandai â mes compagnons de route un moment de répit; le spectacle était déjà changé. Des lignes de nuages blancs, suspendus comme des bandelettes au-dessus de la chaîne entière des puys, se balançaient sur chacun de ces pics par bandes rangées avec un art apparent qui surprenait la vue. Lorsque je me levai pour dire adieu à la dernière montagne sur laquelle je monterai sans doute, une métamorphose plus étonnante nous pénétra d’admiration. Les nuages, prenant la forme du cône et le couvrant dans toute son étendue, lui firent changer, non de figure, mais de couleur. Vous eussiez dit une pyramide de vapeurs brunes et noires, se levant dans l’azur du ciel. Enfin, cette magie bizarre se détruisant elle-même, je vis les

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masses de nuées rouler tout-à-coup le long de la montagne comme des corps solides qui, lancés sur un plan incliné , s'évanouiraient après avoir décrit mille cercles de rotation précipitée : la pluie tombait par torrents lorsque nous entrâmes dans le carros*^ qui nous ramena dans la capitale des Ârveri.

LES GIlANnS VASSAUX

s" CCXXVIII. [jois 1837,]

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