‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 8Chapitre 6 sur 79 · COUTUMES DE LA SOLOGNE · texte numérisé non relu

COUTUMES DE LA SOLOGNE

(^«anpestns metius Stytha yù/unt tt fiÿidi Gela.

Horace.

Scythe* et Gélules total moioi barbern.

« Vous connaissez, me dit VaLbreuse à notre retour dans sa closerie , l’état physique et matériel de la Sologne. Vous avez pu, d’après un exemple que le hasard vous a offert, juger du caractère moral de ses habitants. Cependant il y a , dans ce petit coin du globe, une foule d’autres particularités intéfessantes pour qui veut faire des mœurs spéciale.^ une étude plus attentive ; vous ignorez quelles superstitions régnent encore dans cette Sologne qui n’est pas à cinquante lieues de Paris.

« Si vous deviez demeurer parmi ces Illinois de la France une année entière, j’aimerais mieux vous rendre témoiü de leurs fêtes, de leurs cérémonies, que de vous coramuniquér le récit toujours pâle de ces coutumes si piquantes' en elles-mêmes par leur

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»in{pilaritd ; mais vous passez rapidement à travers cette contn'-e, et je dois me contenter de vous offrir un abréjjé fidèle de quelques bizarreries locales, tel que me l’a confié un curé vénérable dont la vie s’est écoulée dans un village de la .Sologne. .le ne .vous nommerai pas ce bon prêtre à qui la congrégation ne pardonpe ses vertus qu’en faveur de sa profonde obscurité.

U Les paysans de nos bourgades, dit le bon curé en question , ojit à-peii-près la même idée de Dieu qu’un sauvage de son fétiche, et j’ai toujours eu la plus grande peine à éffaêer de ces esprits grossiers l’idolâtrie qui y germé comme dans un sol naturel.

« Mais la bonté du caractère des Solonais et la grâce de Dieu qui les a exemptés d’envie, d’orgueil, et de cupidité, font que la superstition qu’on peut leur reprocher ne produit cpie des coutumes plus ou moins singulières, analogues à leur vie pauvre et à leurs'idées bornées.

« Ou ne persuaderait pas â un paysan solonais , que , si sa jeune épouse enfonce elle-même l’anneau , nuptial jusqu’à la troisième phalange, elle ue sera pas maîtresse au logis ; que sa femme ne mourra 'pas la première, si le cierge qu’elle tenait au commencement de la cérémonie se trouve à- la fin plus court que celui du fiancé, ni que c’est \me coutume ridicule de piquer jusqu’au sang par derrière le marié et la mariée , pendant la célébration de la messe , pour

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‘savoir lequel dos deux sera jaloux. Ce sont des traditions ridicules et naïves, conservées dans toute leur rudesse depuis Tépoque de la domination romaine jusqu’à nous..

« Les noces sont la grande fête des Bolonais. On invite à une nocf , non seulement le maître et la maîtresse de chaque maison, mais les domestiques, les journaliers, les.in(irmes, et les enfants. Pendant qiie ce bataillon de conviés se rend à la noce du voisin , leurs maisons sont confiées à des mercenaires. Souvent on voit trois cents personnes assister à ces réunions solennelles, et ne retoiu'ner au logis qu’après deux ou trois jours de danses, de jeux, et de festins continuels. Un garçon d’honneur fait inviter sa fiancée ou sa maîtresse à la noce où 11 est convié, eûmme une fille d'honneur y fait inviter son amant : je dois ajouter que l’état d’amant et de maîtresse est un commencement de mariage , une liaison légitime dont personne ne se formalise, et dont il est rare que les avances soient protestées de part ou d’autre.

« A un repas de noces , où nos paysans étalent tout le luxe de leur pauvreté, succède une quête en l’honneur des mariés. Tantôt la mariée cède aux filles d'honneur .son bouquet de noces, et celles-ci, exécutant au milieu de la salle des pas rustiques, et se passant le bouquet de main en main, ,se rapprochent des convives , pendant qUe le ménétrier du canton fait jurer soïis l’archet le violon qui guide

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leur danse. Tantôt cette quête prend la fonpe d’unê procession solennelle mêlée d’hymnes rustiques. Cinq paysannes composent cette procession : la première, vêtue de scs plus beaux habits, tient à la main une quenouille et son fuseau , la’ présente aux assistants, et chante ce refrain gotique .

L’épousée a bien quenouille et fuseau )

Mais de chanvre, hélas! pas un écheveau.

Pourra-t-elle donc hier son trousseau?

« Cette complainte ouvre les cœurs et desserre les bourses. La seconde paysanne reçoit les offrandes dans le gobelet de l’épousée , la troisième verse rasade aux convives généreux , la quatrième essuie la bouche des buveurs avec une serviette qu’elle tient à cet effet , et la dernière , ordinairement la plus jolie , embrasse elle-même , et à la ronde , la compagnie tout entière , dont le nombre est souvent considérable.

« Je ne placerai point , parmi ces usages qui n’étonneraient personne si le récit s’en trouvait dans une relation des mœurs laponnes , les cantiques en français barbare que l’on chante après grâces, et les fragments de psaumes que la piété naïve y intercale souvent. Le dernier jour des noces on ne manque jamais d’exécuter une espèce de cérémonie assez

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