i DEUX VILLES
attention, que ces losanges désagréables avaient occupée.Quelques renseignements, que jedemandai selon mon ordinaire aux habitants de toutes les classes que le hasard m’envoyait, me guidèrent à travers les quatre quartiers de la ville. On peut la diviser en effet en ville ancienne et en ville nouvelle, faubourg des Carmes et faubourg de l’Ailier. De riantes promenades, un Cours planté de quatre rangs d’ormes, m’avaient fait oublier l’aspect antipittoresque que le caprice des maçons a donné à cette capitale , lorsque je me souvins que le tombeau du maréchal de Montmorcnci , victime du pouvoir de Richelieu , se trouvait dans le couvent de ta Visilation à Moulins. Je me bâtai de m’y faire conduire : la composition du groupe funèbre place sur le tombeau est heureuse et expressive. La Valeur et la Libéralité, qualités princières, comme on aurait dit au quatorzième siècle, et que les Montmorenci ont toujours déployées, s’élèvent des deux côtés du tombeau. Plus loin sont la Piété et la Justice. Le maréchal, à demi couché, est appuyé sur son coude : sa femme est à ses pieds , enveloppée d’une Longue robe de deuil, et versant des larmes. Derrière le groupe est l’ume cinéraire, placée sous un élégant portique. Ce monument simple , et de bon goût, dont l’exécution est parfaite et l’idée heureuse, éveilla chez moi ces émotions mêlées de douleur, d’admiration, ces pensées mélancohques
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ET TROIS GRANDS HOMMES. 363 et hantes dont le charme se fait si vivement sentir de certains esprits. Montmorenci était le filleul de Henri IV , qui disait de lui : « Si jamais la race royale venait à faillir , regardez Montmorenci , et reconnaissez votre maître. » C’était lui qui s’attristait de ne pas posséder plus de trésoi's, pour faire plus de largesses. <> Que ne suis-je empereur ! s’écriait-il; je donnerais bien davantage. » Quand le lâche frère de Louis XIII, Gaston d'Orléans , se révolta contre le monarque, Montmorenci , qui gouvernait le Languedoc, l'accueillit dans cette province. Ce fut une faute, ou plutét une faiblesse. A peine la lutte fut-elle engagée, Montmorenci, abandonné par l'ingrat, se battit comme un lion , tomba sur le champ de bataille, et fut décapité par ordi-e du sanguinaire Richelieu. «Je le reconnus, disait un des témoins pendant l’information du procès que ce ministre-roi poursuivit avec rage , je le reconnus au feu et à la fumée dont il était couvert; un homme, après avoir rompu six de nos rangs, tuait encore des soldats au septième : je jugeai que ce ne pouvait être que Montmorenci. n
Deux autres grands hommes , le maréchal de Bertvick et le maréchal de f^illars, ont vu le jour à Moulins. Rivaux de gloire et concitoyens, tous deux moururent en 1734. Berwick, frapprî d’nn coup de canon , périt le premier, u Je le disais bien , s’écria Villars en apprenant cette nouvelle, que